‹ Cours d'histoire du Canada (volume 4)Chapitre 4 sur 85 · NOTICE SUR L AUTEUR. Y · texte numérisé non relu

NOTICE SUR L AUTEUR. Y

qu'au 10 octobre 1834 ; durant le choléra de cette année, il était premier rhapelain de l'hôpital de la Marine. Il fut curé à Saint-Isidore jusqu'au 1er octobre 1836, à Sainte-Foye, jusqu'en octobre 1837, à Sainte-Anne de Beaupré et Saint-Ferréol, jusqu'en octobre 1841. Appelé à l'Archevêché, en 1850, par Mgr. do Sidyme, il fut nommé membre du conseil particulier de l'évêque, et devint aumônier des hôpitaux militaires de Québec en 1855.

• Ami de tous ses devoirs ecclésiastiques, d'une conscience très-délicate, rempli de zèle et d'une admirable piété, M. Ferland s'acquitta de toutes ses charges avec le succès que l'on devait attendre de la réunion de tant de qualités. Nous ne voulons rappeler ici qu'une circonstance de la vie de son ministère. En 1847, époque si funeste pour nos frères de la population irlandaise, lorsque déjà plusieurs prêtres avaient succombé au terrible fléau du typhus, il voulut affronter, à deux reprises, les dangers de l'épidémie. Deux fois, les malheureux émigrés de la Grosse-Ile furent les témoins de son courageux dévouement. Il s'est acquis, par cette conduite héroïque et par plusieurs autres bons offices, la reconnaissance de tous les membres de la Congrégation de Saint-Patrice. Au premier bruit de sa dernière maladie, ils accoururent en grand nombre, et bientôt la sacristie, où il fut atteint, se remplit des personnes qui venaient lui témoigner leur douloureuse sympathie.

i Le soldat se rappellera aussi sa charité. Accoutumé, six jours de la semaine, à entendre seulement la voix sévère du maître qui ne connaît que les rigueurs de la discipline militaire, il aimait à rencontrer aux pieds des autels un père pour le bénir et l'encourager. Que de fois sa parole douce et bienveillante alla soulager la douleur d'un de ces pauvres malheureux dans les hôpitaux militaires ! C'était une de ses occupations favorites. Nous le rencontrâmes un jour, qu'il allait s'y livrer : i Le prêtre, nous dit-il, a besoin d'autres jouissances que de celles de l'intelligence ; j'aime à catéchiser les enfants des soldats, et à visiter leurs pauvres malades. » Toute la garnison avait pour lui la plus haute estime ; un de ses officiers supérieurs vient d'exprimer, en termes fort élogieux, les regrets causés par sa mort.

• Cependant, au milieu même des travaux du ministère, il n'oubliait pas l'objet privilégié de ses études. Connaître et chérir son pays, le faire connaître et chérir par ses compatriotes, tel a été le vœu le plus constant de ce citoyen remarquable ; tel a été le but de ses glorieux ouvrages. Canadien par la naissance et par le cœur, comme il le dit lui-même dans son Introduction à V Histoire du Canada, il étudia avec amour l'histoire de sa patrie, et il nous a laissé le fruit de ses recherches dans quelques publications extrêmement estimables. Ses Observations sur une histoire du Canada, par l'abbé Brasseur ; ses Notes sur les Registres de Noire-Dame de Québec ; son Voyage au Labrador ; son Journal d'un voyage à la côte de Gaspé ; la Vie de Mgr. Plessis, et surtout son Cours d'Histoire du Canada, voilà les précieux monuments que nous a laissés son beau talent d'historien, voilà aussi ses titres à notre reconnaissance et à celle de la postérité.

» Le dernier ouvrage que nous avons nommé, il le publia en 1861, à la suite des cours qu'il donna à l'Université-Laval. Nommé professeur à la faculté des Arts de cette institution, le 10 juillet 1855, élu doyen de cette

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même faculté le 18 mars 1864, il eut la gloire d'ouvrir ses leçons publiques. C'est lui qui inaugura, dans notre ville de Québec, ce mode d'enseignement supérieur, auquel notre population était peu préparée et qui a tant de difficultés à réussir, même dans les grandes villes de France. Durant quatre années, de 1858 à 1862, M. Ferland sut attirer autour de sa chaire un auditoire quelquefois fort nombreux, toujours très-attentif et avide de sa parole. L'afftuence fut considérable surtout au moment où le professeur déroula les péripéties de ce drame qui commença à l'expulsion des malheureux Acadiens, et se termina par la mort de Montcalm. Nous pûmes compter jusqu'à trois et quatre cents auditeurs frémissant au récit de nos malheurs, mais remplis d'admiration pour les glorieuses actions de nos ancêtres.

i II n'entre point dans le cadre restreint de cette notice biographique d'apprécier le mérite de M. Ferland comme historien. Disons cependant que, si un autre écrivain, avant lui, a créé notre histoire, il a su, de son côté, rectifier un grand nombre de dates, débrouiller avec art nos origines confuses, jeter la lumière sur une foule de faits mal accusés, et mettre en relief plusieurs figures présentées sous un faux jour. Prêtre et catholique avant tout, il était merveilleusement préparé à rendre aux commencements de notre épopée ce caractère religieux qu'on ne peut pas méconnaître, sans fausser la vérité. D'une exactitude scrupuleuse, capable, avant d'affirmer un fait, de se condamner à des recherches longues et pénibles, c'est aux sources primitives qu'il a recours ; c'est aux témoins oculaires qu'il en appelle ; c'est aux archives même de Paris et de Londres qu'il va s'adresser. Toute sa critique, d'après le mot de Fénelon, se borne à donner comme douteux ce qui l'est et à en laisser la décision au lecteur, après lui avoir donné ce que l'histoire lui fournit. « Nous avons cherché la vérité aux sources qui nous ont paru les » plus sûres, > dit-il dans son introduction, « et nous avons essayé de la pré- » senter telle que nous l'avons rencontrée. »

» Le premier volume seul de ses cours est publié ; le second, nous assuret-on, est prêt à recevoir l'impression, et s'arrête à la domination anglaise. Ce fut là un des regrets qu'il apporta dans la tombe ; la dernière année de sa vie, sentant les avertissements de la mort, il songeait, avec douleur, à sa chère histoire qu'il laisserait sans pouvoir la terminer. Ses pressentiments ne l'ont malheureusement pas trompé.

> Si nous résumons les quelques réflexions que nous avons disséminées dans cette notice, nous verrons que le public à eu raison de manifester, par sa douleur, le regret que lui causait la mort soudaine de M. Ferland. D'un caractère aimable et gai, spirituel dans ses réparties, observateur fin et délicat, bon envers tout le monde, modeste jusqu'à désespérer ceux qui auraient voulu le voir se produire davantage au grand jour, enfin d'une droiture de vues, sans arrière-pensée de l'amour propre : qui ne le pleurerait sincèrement ? Sa mort laissera d'immenses regrets non-seulement à Mgr. l'Administrateur, qui l'aimait si sincèrement, mais encore à tous ceux qui ont eu le bonheur de le connaître, au Canada tout entier.

» C. E. Legaré, Ptre.

» Québec 13 janvier 1865.»

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