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civile et de la société religieuse en Gaule, au V e siècle. Entrons plus avant dans l'examen de la société religieuse, la seule qui fournisse, à l'étude et à la réflexion , une ample matière.
Les principales questions qui aient occupé au V* siècle la société chrétienne gauloise , sont : i° le pélagianisme , ou hérésie de Pélage, combattu surtout par saint Augustin ; 2 0 la nature de l'âme , agitée dans le midi de la Gaule , entre l'évêque Fauste et le clerc M amert Claudien; 3° quelques points de culte et de discipline , plutôt que de doctrine , comme le culte des martyrs , le mérite des jeûnes, des austérités, le célibat, etc.; c'était, vous l'avez vu, l'objet des écrits de Vigilance ; 4° enfin , la prolongation de la lutte du christianisme contre le paganisme et le judaïsme ; elle a encore inspiré les deux dialogues du moine Evagre , entre le juif Simon et le chrétien Théophile , le chrétien Zachée et le philosophe Apollonius.
De ces questions, le pélagianisme est de. beaucoup la plus importante : il a été la grande affaire intellectuelle de l'Eglise au V w siècle , comme l'arianisme l'avait été au IV e * C'est de son histoire que nous nous occuperons spécialement aujourd'hui.
Personne n'ignore qu'il s'agit, dans cette con-
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troverse, du libre arbitre et de la grâce, c'està-dire des rapports de la liberté de l'homme avec la puissance divine , de l'influence de Dieu sur l'activité morale de l'homme.
Permettez qu'avant d'en aborder l'histoire, j'indique la méthode que je me propose d'y porter.
Au seul énoncé de cette question, vous voyez quelle n'est particulière , ni au V e siècle , ni au christianisme; c'est un problème universel, de tous les temps , de tous les lieux , que toutes les religions, toutes les philosophies ont posé et tenté de résoudre.
U se rapporte donc évidemment à des faits moraux primitifs , universels , inhérens à la nature humaine, et que l'observation doit y reconnaître. Je rechercherai d'abord ces faits; j'essaierai de démêler dans l'homme en général , indépendamment de toute considération de temps, de lieu, de croyance particulière, les élémens naturels, la matière première, pour ainsi dire de la controverse pélagienne. Je mettrai ces faits en lumière , sans y rien ajouter, sans en rien retrancher, sans les discuter, uniquement appliqué à les constater et à les décrire.
Je montrerai ensuite quelles questions découlent naturellement des faits naturels, quelles difficultés, quelles controverses se peuvent élever
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à leur occasion, toujours indépendamment de toute circonstance particulière de temps , de lieu, d'état social.
Cela fait et, si je puis m'exprimer ainsi , le côté général, théorique, de la question une fois bien établi , je déterminerai sous quel point de vue spécial ces faits moraux ont dû être considérés au V* siècle, par les défenseurs des diverses opinions en débat.
Enfin , après avoir ainsi expliqué de quelles sources , et sous quels auspices est né le pélagianisme , je raconterai son histoire ; je tenterai de suivre , dans leurs rapports et leur progrès , les idées principales qu'il a suscitées, pour faire bien connaître quel était l'état des esprits au moment où s'éleva cette grande controverse , ce qu'elle en fit, et à quel point elle les laissa.
Je vous demande , Messieurs , votre plus scrupuleuse attention, surtout dans l'examen des faits moraux auxquels la question se rattache : ils sont difficiles à bien reconnaître , à énoncer avec précision; je voudrais que rien ne leur manquât en clarté et en certitude , et à peine ai-je le temps de les montrer en passant.
Le premier , celui qui fait le fond de toute la querelle, c'est la liberté, le libre arbitre, la volonté humaine. Povir connaître exactement ce
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fait, il faut le dégager de tout élément étranger, le réduire strictement à lui-même. C'est, je crois , faute de ce soin qu'on l'a si souvent mal compris ; on ne s'est point placé en face du fait de la liberté , et de celui-là seul ; on l'a vu et décrit , pour ainsi dire, pêle-mêle avec d'autres faits qui lui tiennent de très-près dans la vie morale , mais qui n'en diffèrent pas moins essentiellement. Par exemple, on a fait consister la liberté humaine dans le pouvoir de délibérer et de choisir entre les motifs d'action ; la délibération et le jugement qui la suit ont été considérés comme l'essence du libre arbitre. Il n'en est rien. Ce sont là des actes d'intelligence et non de liberté; c'est devant l'intelligence que comparaissent les différens motifs d'action , intérêts , passions , opinions ou autres ; elle les considère , les compare , les évalue , les pèse , et enfin les juge. C'est là un travail préparatoire , qui précède l'acte de volonté , mais ne le constitue en aucune façon. Quand la délibération a eu lieu , quand l'homme a pris pleine connaissance des motifs qui se présentent à lui , et de leur valeur , alors survient un fait tout nouveau, tout différent, le fait de la liberté ; l'homme prend une résolution, c'est-à-dire commence une série de faits qui ont en lui-même leur source , dont il se regarde comme
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Fauteur, qui naissent parce qu'il le veut, qui -ne naîtraient pas s'il ne voulait pas , qui seraient autres s'il les voulait produire autrement. Ecartez tout souvenir delà délibération intellectuelle, des motifs connus et appréciés ; concentrez votre pensée et celle de l'homme qui prend une résolution sur le moment même où il la prend, où il dit : «Je veux, je ferai, »et demandez-vous , demandez-lui à lui-même s'il ne pourrait pas vouloir et faire autrement. A coup sûr, vous répondrez, il vous répondra : «oui.» Ici se révèle le fait de la liberté : il réside tout entier dans la résolution que prend l'homme à la suite de la délibération : c'est la résolution qui est l'acte propre de l'homme , qui subsiste par lui et par lui seul ; acte simple, indépendant de tous les faits qui le précèdent ou l'entourent ; identique dans les circonstances les plus diverses; toujours le même, quels que soient ses motifs et ses résultats.
L'homme voit cet acte, Messieurs, tout comme il le produit; il se sait libre; il a conscience de sa liberté. La conscience est cette faculté qu'a l'homme de contempler ce qui se passe en lui, d'assister à sa propre existence, d'être pour ainsi dire spectateur de lui-même. Quels que soient les faits qui s'accomplissent dans l'homme , c'est par le fait de conscience qu'ils se révèlent à lui ;
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la conscience atteste la liberté , comme la sensation , comme la pensée ; l'homme se voit , se sait libre, comme il se voit, comme il se sait sentant , réfléchissant, jugeant. On a souvent essayé, on essaie encore aujourd'hui d'établir, entre ces faits divers , je ne sais quelle inégalité de clarté, de certitude ; on s'élève contre ce qu'on appelle la prétention d'introduire dans la science des faits inouïs , obscurs , les faits de conscience : la sensation , la perception , dit-on , voilà qui est clair, avéré, mais les faits de conscience, où sont-ils? Quels sont-ils? Je ne crois pas avoir besoin d'insister long-temps, Messieurs: la sensation, la perception sont des faits de conscience tout comme la liberté : l'homme les aperçoit de la même manière , avec le même degré de lumière et de certitude. Il peut prêter son attention à certains faits de conscience plutôt qu'à certains autres , et oublier ou méconnaître ceux qu'il ne regarde point : l'opinion à laquelle je fais allusion dans ce moment en est la preuve; mais quand il s'observe d'une manière complète, quand il assiste, sans en rien perdre, au spectacle de sa vie intérieure , il a peu de peine à se convaincre que toutes les scènes se passent sur le même théâtre , et lui sont connues au même titre, par la même voie.
Je désire , Messieurs , que le fait de la liberté humaine , ainsi réduit à sa nature propre et distinctive, demeure bien présent à votre pensée, car sa confusion avec d'autres faits limitrophes, mais différens , a été Tune des principales causes de trouble et de débat dans la grande controverse dont nous avons à nous occuper.
Un second fait également naturel , également universel, a joué dans cette controverse un rôle considérable.
' En même temps que l'homme se sent libre, qu'il se reconnaît la faculté de commencer , par sa volonté seule, une série de faits, en même temps il reconnaît que sa volonté est placée sous l'empire d'une certaine loi qui prend , selon les occasions auxquelles elle s'applique , des noms différens, loi morale, raison, bon sens, etc. Il est libre ; mais , dans sa propre pensée , sa liberté n'est point arbitraire ; il en peut user d'une façon insensée , injuste , coupable ; et chaque fois qu'il en use , une certaine règle y doit présider. L'observation de cette règle est son devoir, là tâche de sa liberté.
Il s'aperçoit bientôt que jamais il ne s'acquitte pleinement de cette tâche , qu'il n'agit jamais parfaitement selon la raison , la loi morale ; que , toujours libre, c'est-à-dire moralement capable
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de »e conformer à la règle , en fait il n'accomplit point tout ce qu'il doit , ni même tout ce qu'il peut. A chaque occasion , quand il s'interroge avec scrupule et se répond avec sincérité , il est forcé de se dire : «j'aurais pu si j'avais voulu; » mais sa volonté a été molle , lâche ; elle n'est allée jusqu'au bout ni de son devoir, ni de son pouvoir.
C'est là, Messieurs, un fait évident et dont chacun peut rendre témoignage :ilya même ceci de singulier que le sentiment de cette faiblesse de la volonté devient souvent d'autant plus clair , d'autant plus pressant que l'homme moral se développe et se perfectionne : les meilleurs , c'est-à-dire ceux qui ont employé et déployé le plus de force , qui ont su le mieux conformer leur volonté à la raison , à la morale, sont bien souvent les plus frappés de son insuffisance, les plus convaincus de cette inégalité profonde entre la conduite de l'homme et sa tâche, la liberté et sa loi.
De là, Messieurs, un sentiment qui se retrouve, sous des formes diverses , dans tous les hommes , le sentiment de la nécessité d'un secours extérieur, d'un appui à la volonté humaine, d'une force qui s'ajoute «à sa force et la soutienne au besoin. L'homme cherche de tous côtés cet ap-
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pni, cette, force secourable; il les demande aux encouragemens de l'amitié, aux conseils de la sagesse , à l'exemple, à l'approbation de ses semblables , à la crainte du blâme ; il n'est personne qui n'ait à citer, chaque jour, dans sa propre conduite , mille preuves de ce mouvement de l'âme avide de trouver, hors d'elle-même, un aide à sa liberté qu'elle sent à la fois réelle et insuffisante. Et comme le monde visible , la société humaine ne répondent pas toujours à son vœu , comme ils sont atteints de la même insuffisance qui se révèle à son tour , l'âme va chercher, hors du monde visible, au-dessus des relations humaines, cet appui dont elle a besoin : le sentiment religieux se développe ; l'homme s'adresse à Dieu et l'appelle à son secours. La prière est la forme la plus élevée, mais non la seule sous laquelle se manifeste ce sentiment universel de la faiblesse de la volonté humaine , ce recours à une force extérieure et alliée.
Et telle est la nature de l'homme que , lorsqu'il demande sincèrement cet appui, il l'obtient, et qu'il lui suffit presque de le chercher pour le trouver. Quiconque, sentant sa volonté faible , invoque de bonne foi les encouragemens d'un ami , l'influenoe de sages conseils, l'appui de l'opinion publique, ou s'adresse à
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Dieu par la prière , sent aussitôt sa volonté fortifiée, soutenue , dans une certaine mesure et pour un certain temps. Ceci est un fait d'une expérience journalière, et qu'il est aisé de vérifier.
En voici un troisième dont la gravité ne saurait être méconnue : je veux dire l'influence des circonstances indépendantes de l'homme sur la volonté humaine, l'empire du monde extérieur sur la liberté. Personne ne conteste le fait; mais il importe de s'en rendre compte avec exactitude, car, si je ne m'abuse, il est en général mal compris.
J'ai distingué tout à l'heure la liberté de la délibération qui la précède et s'accomplit par l'intelligence. Or, Messieurs, les circonstances indépendantes de l'homme , quelles qu'elles soient, le lieu, le temps où l'homme est né, les habitudes, les mœurs, l'éducation, les évènemens n'agissent en aucune façon sur l'acte même de la liberté , tel que j'ai essayéde ledécrire; il n'en est point atteint ni modifié ; il reste toujours identique et complet , quels que soient les motifs qui le provoquent. C'est sur ces motifs, dans la sphère où se déploie l'intelligence, que les circonstances extérieures exercent et épuisent leur pouvoir : le siècle, le pays, le inonde au sein duquel s'écoule la vie , font varier à l'infini
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les élémens de la délibération qui précède la volonté : par suite de cette variation , certains faits , certaines idées, certains sentimens sont, dans ce travail intellectuel, présens ou absens , prochains ou éloignés , puissans ou faibles , et le résultat de la délibération, c'est-à-dire le jugement porté sur les motifs, en est grandement affecté. Mais l'acte de volonté qui la suit demeure essentiellement le même : ce n'est qu'indirectement , et à cause de la diversité des élémens introduits dans la délibération , que la conduite de l'homme subit cette influence du monde extérieur. Un exemple , j'espère , me fera pleinement comprendre. Fidèle aux mœurs de sa tribu , à regret mais pour accomplir son devoir, un sauvage tue son père vieux et infirme : un Européen, au contraire, le nourrit, le soigne , se dévoue au soulagement de sa vieillesse et de ses infirmités. Rien de plus différent , à coup sûr , que les idées entre lesquelles se passe , dans les deux cas , la délibération qui précède l'action , et les résultats qui l'accompagnent : rien de plus inégal que la légitimité , la valeur morale des deux actions en elles-mêmes; mais la résolution même , l'acte libre et personnel de l'Européen et du sauvage n'est-il pas semblable s'il a été accompli dans la même intention et avec le même degré d'effort r
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Ainsi sur les motifs et sur les conséquences de l'acte libre , l'influence des circonstances indépendantes de la volonté est immense ; mais c'est là le champ où elle s'exerce ; le fait intérieur placé entre la délibération et l'action extérieure , le lait de la liberté reste le même, et s'accomplit pareillement au milieu des élémens les plus divers.
J'arrive au quatrième et dernier des grands faits moraux qu'il est indispensable de bien connaître pour comprendre l'histoire du pélagianisme. J'en pourrais énumérer beaucoup d'autres; mais ils sont de moindre importance; ils découlent évidemment de ceux que je mets ici en lumière , et je n'ai pas le temps de m'y arrêter.
Certains changemens , certains évènemens moraux s'accomplissent et se déclarent dans l'homme sans qu'il en rapporte l'origine à un acte de sa volonté, sans qu'il s'en reconnaisse l'auteur.
Au premier aspect, l'assertion étonne peutêtre quelques personnes : permettez-moi, Messieurs, de l'éclaircir d'avance par l'exemple de faits analogues, mais plus fréquens , qui ont lieu dans le domaine de l'intelligence , et «ont plus faciles à saisir.
Il n'y a personne à qui il ne soit arrivé de chercher laborieusement quelque idée , quelque souvenir, de s'endormir au milieu de cette recherche
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sans y avoir réussi, et le lendemain, à son réveil, d'atteindre sur-le-champ au but. Il n'y a point d'écolier qui, aycint commencé à étudier sa leçon, ne se soit couché sans la savoir, et le matin, en se levant, ne Fait apprise presque sans travail. Je pourrais citer beaucoup de faits de ce genre ; je choisis ces deux-là comme les plus incontestables et les plus simples.
J'en tire cette seide conséquence; indépendamment de l'activité volontaire et réfléchie de la pensée, un certain travail intérieur et spontané s'accomplit dans l'intelligence de l'homme, travail que nous ne gouvernons pas , dont nous ne contemplons pas le cours, et pourtant réel et fécond.
Il n'y a rien là d'étrange : chacun de nous apporte en naissant une nature intellectuelle qui lui est propre. L'homme gouverne et modifie , perfectionne ou dégrade par sa volonté son être moral ; mais il ne le crée point ; il l'a reçu , et l'a reçu doué de certaines dispositions individuelles, d'une force spontanée. La diversité native des hommes , sous le point de vue moral comme sous le point de vue physique, n'est pas contestable. Or, de même que la nature physique de chaque homme se développe spontanément et par sa propre vertu, de même , quoique à un degré fort
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inégal, il 8 opère dans la nature intellectuelle , mise en mouvement par ses relations avec le monde extérieur ou par la volonté de l'homme lui-même, un certain développement involontaire * inaperçu, et, pour me servir d'un mot dont je ne voudrais pas qu'on tirât aucune conséquence , mais qui exprime figurément ma pensée, je ne sais quel travail de végétation qui porte naturellement des fruits.
Ce qui arrive dans l'ordre intellectuel, Messieurs, arrive également dans Tordre moral. Certains faits surviennent dans l'intérieur de l'âme humaine, quelle ne s'attribue pas, dont elle ne se rend pas raison par sa propre volonté ; certains jours , à certains momens elle se trouve dans un autre état moral que celui où elle s'était laissée , où elle se connaissait. Elle ne remonte pas jusqu'à la source de ceschangemens; elle n'y a point assisté et ne se souvient pas d'y avoir concouru. En d'autres termes, l'homme moral ne se fait pas lui-même tout entier; il a le sentiment que des causes , des puissances extérieures à lui , agissent sur lui et le modifient à son insu; il y a pour lui, dans sa vie morale comme dans l'ensemble de sa destinée, de l'inexplicable, de l'inconnu.
Et il n'est pas nécessaire, pour se convaincre de ce fait, d'avoir recours à ces grandes révolutions
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morales, à ces chaiigemens subits, éclatans, que l'âme humaine peut quelquefois éprouver , mais auxquels l'imagination des narrateurs ajoute beaucoup, et qu'il est difficile de bien apprécier. Il suffit, je crois , de regarder en soi-même pour y découvrir plus d'un exemple de ces modifications involontaires; et chacun de vous, en observant sa vie intérieure , reconnaîtra sans peine , si je ne m'abuse, que les vicissitudes, les développemens de son être moral ne sont pas tous le résultat , soit d'actes de sa volonté , soit de circonstances extérieures qu'il connaisse et qui les lui expliquent.
Tels sont, Messieurs, les principaux faits moraux auxquels se rapporte la controverse pélagienne ; les voilà sans aucun mélange d'évènemens historiques, de circonstances particulières, tels que nous les livre la nature humaine , simple . universelle. Vous voyez sur-le-champ que , de ces faits seuls , toujours abstraction faite de tout élément spécial et accidentel, résulte une multitude de questions , et que plus d'un grand débat peut s'élever à leur sujet. Et d'abord , on peut en contester la réalité: ils ne courent pas tous également ce péril ; le fait de la liberté humaine par exemple est plus évident, plus irrésistible qu'aucun autre; on l'a méconnu cependant ; on peut tout mécon-
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naître; il n'y a point de bornes au champ de l'erreur.
En admettant même ces Êiits , en les reconnaissant, on peut' se tromper sur la place que chacun occupe , sur le rôle que chacun joue dans la vie morale ; on peut mesurer inexactement leur étendue, leur importance; on peut faire trop grande ou trop petite la part dè la liberté , dès circonstances extérieures , de la faiblesse de la volonté, des influences inconnues., etc.
On peut aussi tenter d'expliquer les faits , et varier prodigieusement dans les explications. S'agit-il, par exemp'e, de ces changement involontaires, inaperçus, qui surviennent dans l'état moral de l'homme ? On dira que l'âme est inattetitive , qu'elle ne se souvient pas de tout ce tjui se passe en elle-même , qu'elle a probablement oublié tel acte de volonté, telle résolution, telle impression qui a produit ces consédjWences dont elle n a pas tenu le fil, ni observé le développement. Ou bien , on aura recours, pour expliquer ces faits obscurs dé la vie morale , à untè actïôn difëcté, spéciale , de Dieu sûr l'âme, à un rapport permanent entré l'action de Diéiï ët l'activité de l'homme.
Etmn on peut tenter de côneiliér entre eiix ces fàîté de t divërsë8 manières ; on peut les réduiré