‹ Cours d'histoire moderne (volume 2)Chapitre 21 sur 40 · TT · texte numérisé non relu

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4 Selon d'antre* 21 4. \ '

& m st. mod., 1829, 16

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voqua une nouvelle assemblée , pour y entendre de nouveau Célestius; mais Célestius avait quitté Rome, et Zosime écrivit, aux évéques d'Afrique, qu'il avait condamné les pélagiens.

La querelle continua quelque temps encore ; dix-huit évéques d'Italie refusèrent de souscrire la condamnation de Pélage ; ils furent dépossédés de leurs sièges , et exilés en Orient. Le triple arrêt du concile, du pape et de l'empereur avait porté à cette cause un coup mortel. Depuis l'année 4*8, on ne découvre plus, dans l'histoire , aucune trace de Pélage. Le nom de Célestius se rencontre encore quelquefois , jusque vers 427 ; il disparait alors. Ces deux hommes une fois hors delà scène, leur école décline rapidement. L'opinion de saint Augustin , adoptée par les conciles, par les papes, par l'autorité civile, devient la doctrine générale de l'Église. Mais la victoire devait lui coûter encore quelques combats : le pélagianisme mourant laissait un héritier ; les sémi-pélagiens rengagèrent aussitôt la lutte qu'il ne pouvait plus soutenir.

Dans le midi de la Gaule , au sein des monastères deLérins et de St.-Victpr, alors le refuge des hardiesses de la pensée , il parut à quelques hommes , entre autres au moine Cassien , dont je vous ai déjà parlé, que le tort de Pélage

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avait été d'être trop exclusif , et de ne pas tenir assez de compte de tous les faits relatifs à la liberté humaine et à son rapport avec la puissance divine. L'insuffisance de la volonté de l'homme, par exemple, la nécessité d'un secours extérieur, les révolutions morales qui s'opèrent dans l'âme et ne sont pas son ouvrage, étaient des faits réels , importans , et qu'il ne fallait ni contester, ni seulement négliger.

Cassien les admit pleinement , hautement, rendant ainsi , à la doctrine du libre arbitre, quelque chose de ce caractère religieux que Pélage et Célestius avaient tant affaibli. Mais, en même temps, il contesta, plus ou moins ouvertement, plusieurs des idées de saint Augustin, entre autres son explication de la réforme morale et de la sanctification progressive de l'homme.

Saint Augustin les attribuait à l'action directe, immédiate, spéciale de Dieu sur l'âme, à la grâce proprement dite, grâce à laquelle l'homme n'avait, par lui-même, aucun titre, et qui provenait du don absolument gratuit, du libre choix de la Divinité. Cassien accorda plus d'efficacité aux mérites de l'homme même , et soutint que son amélioration morale était en partie l'œuvre de sa propre volonté, qui attirait sur lui le secours divin , et produisait f par un

enchaînement naturel bien que souvent inaperçu, les changemens intérieurs auxquels se faisait reconnaître le progrès de la sanctification.

Tel fut, entre les semi-pélagiens et leur redoutable adversaire, le principal sujet de la controverse ; elle commença vers , à la suite des lettres de Prosper d'Aquitaine et dHilaire , qui s'étaient bâtés d'informer saint Augustin que le pélagianisme renaissait sous une nouvelle forme. L'évêque d'Hippone écrivit sur-le-champ un nouveau traité intitulé : De prœdestinationc sanetortim et de dono persévérant iœ; Prosper publia son poème contre les ingrats; et la guerre des pamphlets et des lettres reprit toute son activité.

Saint Augustin mourut en 43o; saint Prosper et Hilaire restèrent seuls chargés de poursuivre son oeuvre. Ils allèrent à Rome et firent condamner les semi-pélagiens par le pape Célestin. Quelque modifiée que fût cette doctrine, elle était peu favorable dans l'Eglise; elle reproduisait une hérésie déjà vaincue ; elle affaiblissait, bien qu'à un moindre degré , le ressort religieux delà morale et du gouvernement; elle était en désaccord avec le cours général des idées qui tendait à faire , en toute occasion , à l'intervention divine, la plus large part; elle serait tombée presque sans résistance , si une doctrine

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directement contraire, celle des Prédestinatieus, n'était venue lui prêter quelques momensde force et de crédit.

Des écrits de saint Augustin sur l'impuissance de la volonté humaine, la nullité de ses mérites et la nature parfaitement libre et gratuite de la grâce divine , quelques logiciens intraitables déduisirent la prédestination de tous les hommes et l'irrévocabilité des décrets de Dieu sur le sort éternel de chacun. Les premières manifestations de cette doctrine au V* siècle sont obscures et douteuses; mais dès qu'elle parut , elle choqua le bon sens et l'équité morale de la plupart des chrétiens. Aussi les semi-pclagiens s'empressèrent-ils de la combattre et de présenter leurs idées comme le contrepoison naturel d'une telle erreur. Tel fut surtout le caractère que s'efforça d'imprimer au semi-pélagianisme , vers l'an 445 1 l'évêque de Riez , Fauste, que j'ai déjà nommé et dont je parlerai plus tard avec détail. 11 se présenta comme une sorte de *riédiateur entre les pélagiens et les prédestinatiens; il faut, disait-il, dans la question de la . grâce de Dieu et de l'obéissance de l'homme , tenir la voie moyenne, et n'incliner ni à droite ni à gauche ; selon lui , Pélage et saint Augustin avaient été l'un et l'autre trop exclusifs; l'un

accordait trop à la liberté humaine et pas assez à l'action de Dieu; l'autre oubliait trop la liberté humaine. Cette espèce de transaction obtint d'abord, dans l'église gauloise, beaucoup de faveur; deux conciles réunis, l'un à Arles en 472, l'autre à Lyon en 47 3, condamnèrent formellement les prédestin atiens, et chargèrent Fauste de publier un traité qu'il avait écrit contre eux , intitulé : De la grâce et de la liberté de la volonté humaine, en lui ordonnant même d'y ajouter quelques dé veloppemens. Mais ce ne fut là, pour le sémi-pélagianisme, qu'un jour de répit, une lueur de fortune, et il ne tarda pas à retomber dans son discrédit.

De son vivant déjà, saint Augustin avait été accusé de conduire à la doctrine de la prédestination , à la complète abolition du libre arbitre, et s'en était énergiquement défendu. Il se trompait, je crois, comme logicien en niant une conséquence qui semble découler invinciblement de ses idées, d'une part, sur l'impuissance et la corruption de la volonté humaine, de l'autre, sur la nature de l'intervention et de la prescience divine. Mais la supériorité d'esprit de saint Augustin le sauva , en cette occasion , des erreurs où l'eût précipité la logique , et il fut inconsé quent précisément^ cause de sa haute raison. Per-

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mettez - moi , Messieurs , d'insister un moment sur ce fait moral qui seul explique les contradictions de tant de beaux génies : j'en prendrai un exemple tout près de nous , et l'un des plus frappan s. La plupart d'entre vous , ont lu , à coup sûr, le contrat social de Rousseau :1a souveratneté du nombre, de la majorité numérique, est , vous le savez , le principe fondamental de l'ouvrage ; et Rousseau en suit long-temps les conséquences avec une inflexible rigueur; un moment arrive cependant où il les abandonne , et les abandonne avec éclat : il veut donner à la société naissante ses lois fondamentales, sa constitution; sa haute intelligence l'avertit qu'une telle oeuvre ne peut sortir du suffrage universel, de la majorité numérique , de la multitude : « Il faudrait des dieux, dit-il , pour donner des lois aux hommes. ... Ce n'est point magistrature , ce

n'est point souveraineté C'est une fonction

particulière et supérieure , qui n'a rien de commun avec l'empire humain ' ; » et le voilà qu'il fait intervenir un législateur unique, un sage; violant ainsi son principe de la souveraineté du nombre pour recourir à un principe tout dif-

i Contrat social , liv. II, chap. 7.

férent, à la souveraineté de l'intelligence, au droit de la raison supérieure.

Le contrat social \ Messieurs, et presque tous les ouvrages de Rousseau abondent en contradictions pareilles , et elles sont peut-être la preuve la plus éclatante du grand esprit de Fauteur.

Ce fut par une inconséquence de même nature que saint Augustin repoussa hautement la prédestination qu'on lui imputait. D'autres à sa suite, dialecticiens subtils et étroits, poussèrent sans hésiter jusqu'à cette doctrine et s'y établirent : pour lui, dès qu'il l'aperçut, éclairé par son génie, il détourna la vue, et sans rebrousser tout-à- fait chemin, prit son vol dans un autre sens enrefusantabsolumentd'abolirlaliberté. L'Église fit comme saint Augustin : elle avait adopté ses doctrines sur la grAce , et condamné à ce titre les pélagiens et les semi-pélagiens ; elle condamna pareillement les prédestinatiens , enlevant ainsi à Cassien, à Fausteet à leurs disciples, le prétexte à la faveur duquel ils avaient repris quelque ascendant. Le semi-pélagianisme ne fit plus dès-lors que décliner: saint Césaire, évêque d'Arles, reprit contre lui , au commencement du VI e siècle, la guerre que saint Augustin et saint Prosper lui avaient faite: en 52g, les conciles d'Orange et

d'histoire MODERNE. 2l5 de Valence le condamnèrent : en53o, le pape Boniface II le frappa à son tour dune sentence d'anathème, et il cessa bientôt , pour long-temps du moins, d'agiter les esprits. Le prédestinatianisme eut le même sort.

Aucune de ces doctrines, Messieurs , n'avait enfanté une secte proprement dite : elles ne s'étaient point séparées de l'Église ni constituées en société religieuse distincte; elles n'avaient point d'organisation , point de culte : c'étaient de pures opinions , débattues entre des hommes d'esprit ; plus ou moins accréditées, plus ou moins contraires à la doctrine officielle de l'Église , mais qui ne la menacèrent jamais d'un schisme. Aussi de leur apparition et des débats qu'elles avaient suscités , il ne resta guères que certaines tendances, certaines dispositions intellectuelles , non des sectes ni des écoles véritables. On rencontre à toutes les époques , dans le cours de la civilisation européenne : i° des esprits préoccupés surtout de ce qu'il y a d'humain dans notre activité morale , du fait de la liberté , et qui se rattachent ainsi aux pélagiens : 2 0 des esprits surtout frappés de la puissance de Dieu sur l'homme , de l'intervention divine dans l'activité humaine, et enclins à faire disparaître la liberté humaine sous la main de Dieu; ceux-là tiennent aux

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