‹ Cours d'histoire moderneChapitre 33 sur 74 · RELATION · texte numérisé non relu

RELATION

DE L'AMBASSADE ENVOYÉE, EN 449, A ATTILA, PAR THÉODOSE LE JEUNE, EMPEREUR D'ORIENT.

Rien ne serait plus curieux à "bien connaître que les relations des empereurs romains avec les Barbares, Germains, Huns, Slaves, etc., qui se pressaient sur leurs frontières. Par là seulement, nous pourrions nous former une idée précise et un peu complète de l'étal comparatif de la civilisation romaine et barbare. Par malheur, les documents nous manquent ; nous n'avons à ce sujet que des phrases, des paragraphes épars dans les chroniqueurs latins, les traditions confuses des peuplades germaniques, ou quelques vieux poëmes qui , dans leur forme actuelle, sont évidemment fort postérieurs aux iv^ et v» siècles. La relation de l'ambassade envoyée en 449 , par Théodose le Jeune , à Attila , alors maître de toute la Germanie et établi sur les bords du Danube , est sans contredit le plus étendu et le plus instructif des monuments qui nous restent à cet égard, le seul même qui nous montre l'intérieur des Etats et de la vie d'un chef barbare, et nous fasse assister de près à ses relations avec les Romains. Rien de plus authentique que ce récit : il faisait partie d'une histoire de la guerre contre Attila , en sept livres, écrite par le sophiste Priscus, originaire de Panium en Thrace , et membre luimême de l'ambassade ; il nous a été conservé dans les Excerpta legationum insérés au tome premier de la collection des historiens Byzantins , et qui formaient le cinquante-troisième livre d'une grande compilation historique faite par un certain Théodose, d'après les ordres de Constantin YI Porphyrogénète (9Il-9o9). J'en donne ici la traduction textuelle. Ce tableau se rapporte , il est vrai . à l'empire d'Orient, iion à celui d'Occident, et à des Barbares Huns, non à des Barbares Germains ; mais la situation relative des deux empires et des Barbares était, à cette époque, à peu près la même; l'état social et les mœurs des Huns, malgré la diversité de l'origine et du langage, ressemblaient beaucoup, dans les traits généraux du moins, à ceux des Germains. On peut donc . faute de documents spéciaux aux Germains et à l'Occident, regarder celui-ci comme une image assez fidèle des relations de l'empire expirant avec ses conquérants futurs.

Ambassade d'Attila à Théodose. — Embûcties dressées contre la vie d'Attila par Clirysaphe, eunuque, au moyen d'Edecon et de Vigile. — Ambassade de Thcodose à Attila. — Divers récits sur les mœurs des Huns, leur façon de vivre, etc.

Le Scythe Edecon, qui avait fait de grandes choses à la guerre , vint de nouveau avec Oreste , en qualité d'envoyé. Celui-ci, Romain d'origine, habitait la Pœonie , pays situé près de la Save , et qui. par suite du traité fait avec Aétius. général des Romains occidentaux , obéissait au Barbare.

Cet Edecon donc , admis dans le palais , remit à l'empereur des lettres d'Attila, dans lesquelles il se plaignait qu'on n'eiit point rendu les transfuges, et menaçait de reprendre les armes s'ils ne lui revenaient point, et si les Romains ne s'abstenaient pas de cultiver la terre que le sort des combats avait ajoutée à sa domination. Or, cette terre s'étendait le long de l'Ister, depuis la Pœonie jusqu'à la Thrace; la largeur était le chemin de quinze jours. De plus, on ne devait pas tenir le marché , comme jadis , sur la rive de ITster, mais à Naissus , laquelle ville, prise et ruinée par lui, et éloignée de Pister de cinq jours de marche d'un homme agile, faisait, selon lui . la limite des Etats des Scythes et des Romains. Enfin il ordonnait qu'on lui envoyât des ambassadeurs, non de naissance et de dignité comnmnes, mais telsillustres consulaires qu'on voudrait choisir, disant que, pour les recevoir, il descendrait à Sardica.

Ces lettres lues , Edecon quitta l'empereur avec Vigile, qui était venu pour interpréter les choses qu'Attila mandait à l'empereur par lettres; et après avoir visité les autres appartements, il se rendit en présence de Chrysaphe, serviteur de l'empereur, et en grande faveur et autorité près de lui.

Le Barbare avait admiré la magnificence de la demeure royale. Vigile, venu en même temps que lui pour s'entretenir avec Chrysaphe, rapporta, en l'interprétant , combien il avait vanté le palais de l'empereur, et proclamé les Romains très-heureux, à cause de l'abondance de leurs richesses. Chrysaphe dit alors à Edecon qu'il aurait îles demeures sem-

Llables, brillantes, et aux toits dorés, et toutes sortes de biens , s'il voulait abandonner la Scythie pour vivre parmi les Romains. Mais Edecon dit qu'il n'était pas permis au serviteur d'un autre maître de commettre une telle action sans son consentement. L'eunuque lui demanda s'il avait un accès facile auprès d'Attila , et de quelle puissance il était revêtu chez les Scythes. Edecon répondit qu'il y avait une grande familiarité entre lui et Attila, dont la garde lui était confiée en commun avec plusieurs des principaux Scythes , car chacun d'eux tour à tour, à des jours prescrits, veillait autour de sa demeure. L'eunuque reprit alors que, si Edecon voulait être homme de parole, il lui procurerait les plus grands avantages ; mais qu'il fallait du loisir pour traiter cette affaire ; qu'il la lui communiquerait si, après le souper, il voulait revenir sans Oreste et ses compagnons d'ambassade : le Barbare le promit, et se rendit auprès de l'eunuque après avoir pris de la nourriture.

Après s'être, au moyen de l'interprète Vigile, donné la main et juré, l'eunuque de ne dire que des choses qui fussent non au détriment, mais à l'utilité et au prolit d'Edecon, celui-ci de ne pas révéler ce qu'on allait lui proposer, même quand il ne l'exécuterait pas , l'eunuque dit à Edecon que si, de retour en Scythie, il ôtait la vie à Attila, et revenait chez les Romains, il passerait tout son temps dans les délices et les richesses. Edecon consentit à la proposition de l'eunuque, et dit qu'il avait besoin d'argent pour cette atïaire, non pas de beaucoup, mais de cinquante livres d'or, qu'il partagerait entre les soldats qui étaient sous ses ordres, et lui seraient très -utiles pour la prompte exécution de la chose. L'eunuque voulait les lui donner sur-le-champ sans tarder, mais le Barbare dit qu'il fallait d'abord le renvoyer pour rendre compte de sa mission, et Vigile avec lui , pour recevoir la réponse d'Attila touchant les transfuges ; qu'ils conviendraient ensemble de la marche de leur entreprise, et que , le moment venu, Vigile irait chercher l'or ; car certainement lorsque lui , Edecon, serait de retour, Attila l'interrogerait, ainsi que tous les autres, pour savoir qui leur avait fait des présents, et combien d'argent il avait reçu des Romains, et il ne lui serait pas possible de le taire, à cause de ses autres compagnons. L'eunuque trouva que le Barbare avait raison, et se rangea à son avis.

Après qu'Edecon l'eut quitté, Chrysaphe se rendit au conseil de l'empereur, qui manda Martial , maître des offices, et lui apprit la convention faite avec le Barbare , car il était du droit de sa charge qu'elle lui fut confiée et commise. Le maître des offices est en effet de tous les conseils de l'empereur,

et a sous ses ordres les courriers, les interprètes et les soldats chargés de la garde du palais. L'empereur donc et Martial s'étant consultés sur toute cette affaire, on résolut d'envoyer à Attila nonseulement Vigile, mais Maximin, comme ambassadeur... Vigile, qui faisait en apparence les fonctions d'interprète, devait exécuter ce que jugerait à propos Edecon. Quant à Maximin, qui ne savait pas ce qui s'était traité dans le conseil de l'empereur , il était chargé de remettre des lettres à Attila.

L'empereur avait écrit par ses envoyés comment Vigile était revêtu de la fonction d'interprète, et comment il avait choisi , pour ambassadeur, Maximin qui surpassait Vigile en rang, était de naissance illustre, et le servait lui-même en beaucoup de choses. A cela il ajoutait qu'il ne convenait pas qu'Attila, transgressant le traité, envahît les provinces romaines; que, bien qu'il lui eût déjà rendu beaucoup de transfuges , il lui en faisait passer encore dix -sept, et qu'il n'en avait pas davantage chez lui. Ces choses étaient contenues dans les lettres.

Maximin avait reçu l'ordre de dire de bouche à Attila de ne pas demander des hommes plus élevés en dignité pour ambassadeurs : que les prédécesseurs de l'empereur n'avaient pas en usage d'envoyer, à ceux qui régnaient autrefois en Scythie, d'autres personnes que celui de leurs soldats qui leur tombait sous la main , ou quelque autre messager qui rendît ce dont on l'avait chargé : que , pour s'accorder sur les autres choses qui mettaient de la division entre eux , il croyait bon qu'Attila lui envoyât Onégèse. Comment se pourrait-il qu'Attila reçût un consulaire dans Sardica toute ruinée?

Lorsque Maximin , cédant aux prières de l'empereur, se chargea de l'ambassade qu'on voulait lui confier, il m'engagea à l'accompagner : nous partîmes donc avec les Barbares , et nous arrivâmes à Sardica, qui est, pour un homme agile, à treize jours de marche de Constantinople. Après notre arrivée , nous crûmes devoir inviter Edecon et les autres Barbares à prendre un repas avec nous : on égorgea les bœufs et les moutons que nous fournirent les habitants du lieu; et tout étant préparé, nous nous mîmes au banquet. Pendant le repas , les Barbares commencèrent à vanter et à élever aux nues Attila , et nous l'empereur : Vigile s'avisa de dire qu'il ne convenait pas de comparer un dieu à un homme, ajoutant qu'Attila était un homme et Théodose un dieu : les Huns prirent cela fort mal, et s'enflammèrent par degrés jusqu'à la plus vive colère ; nous nous efforçâmes de détourner la conversation , et de les apaiser par des paroles de douceur.

ECLAIRCISSEMENTS ET TABLEAUX HISTORIQUES

Quand nous sortîmes du banquet , Maximin , voulant se concilier par des présents Edecon et Orestc , leur donna des vêlements de soie et des pierres précieuses de l'Inde. Oreste , lorsque Edecon se fut éloigné, dit à Maximin que celui-là était sage et prudent qui prenait soin de ne pas faire comme tant d'autres, et de ne se rien permettre qui put offenser les rois ; quelques personnes en effet, sans faire attention à Orestc, avaient invité Edecon à souper, et l'avaient comblé de présents : pour nous, ignorant tous ces détails, et ne comprenant pas bien ce que voulaient dire les paroles d'Oresle , nous lui demandâmes comment et en quoi il avait été traité avec mépris ; mais il ne répondit rien et s'éloigna.

Le lendemain , en continuant notre route , nous racontâmes à Vigile ce qu'Oreste nous avait dit; il nous dit que celui-ci avait tort de se plaindre de ce qu'il n'avait pas obtenu les mêmes honneurs qu'Edecon ; qu'Oreste n'était qu'un serviteur et un secrétaire d'Attila, tandis qu'Edecon, Hun de naissance et fameux par ses exploits à la guerre, le surpassait de beaucoup en dignité. En disant ces mots , il adressa la parole à Edecon dans la langue de celui-ci, et nous dit ensuite, soit que ce fût vrai, ou qu'il se permit un mensonge , qu'il venait de répéter à Edecon ce que nous lui avions rapporté; celui-ci entra à ce sujet dans une telle colère que nous eûmes beaucoup de peine à le calmer un peu.

Nous arrivâmes à la ville de Naïssus , qui avait été détruite et rasée par les ennemis; nous n'y trouvâmes aucun habitant, excepté quelques malades qui s'étaient réfugiés dans les ruines des temples : avançant de là dans des plaines' désertes, à quelque distance de la rivière ( car ses bords étaient couverts des ossements de ceux qui avaient été tués pendant la guerre), nous arrivâmes chez Aginlhée, chef des soldats de l'illyrie, qui habitait non loin de Naïssus; nous portions des ordres de l'empereur pour qu'il nous remît cinq transfuges, qui devaient compléter les dix -sept dont il parlait dans sa lettre à Attila : nous allâmes trouver Aginlhée, et nous lui demandâmes de nous les livrer. Après leur avoir adressé des paroles de consolation, il les fit partir avec nous.

La nuit s'était à peine écoulée que nous fîmes route des montagnes de Naïssus vers le Danube;

' Ils passèrent le Danulie probal)]cnient aux environs de la petite ville li'^quœ donK les environs, situés entre une chaîne de montagnes et le fleuve, doivent cire maréca(jeux; peut-être fut-ce à renihoucliure du iMarcus dans le Danube.

' Cette plaine doit être dans le liaiuiatde Tenieswar; les tentes d'Attila se trouvaient alors probahlenient dressées entre le Thèmes et le Danube.

nous parvînmes , après une foule de tours et de détours, dans un certain bourg encore sombre; nous croyions que notre chemin devait se diriger vers l'Occident, mais, dès qu'il fit jour, le soleil levant se présenta devant nos yeux ; ignorant la position de cet endroit, nous nous récriâmes comme si le soleil, que nous voyions vis-à-vis de nous, suivait un cours différent de son cours accoutumé, et indiquait ainsi des bouleversements dans l'ordre régulier des choses; mais c'est à cause des inégalités des lieux que cette partie de la route est tournée vers l'Orient.

De cet endroit, d'un abord difficile et escarpé, nous descendîmes dans des plaines marécageuses; là, des bateliers barbares nous reçurent dans des canots d'une seule pièce, qu'ils font de troncs d'arbres taillés et creusés, et ils nous passèrent au delà du fleuve ' ; ce n'était point pour notre traversée qu'avaient été préparés ces canots, mais pour celle d'une multitude de Barbares que nous rencontrâmes sur la route, car Attila semblait marcher à l'invasion des frontières de l'cinpire, comme à une partie de chasse ; tels étaient les préparatifs de guerre contre les Romains, et les transfuges non encore livrés lui servaient de prétexte pour la commencer.

Après avoir passé le Danube , et avoir parcouru avec les Barbares un espace d'environ quinze stades, on nous fit arrêter dans une plaine, pour y attendre qu'Edecon fût allé annoncer notre arrivée à Attila 2. Ceux des Barbares qui devaient être nos guides, demeurèrent cependant avec nous. Vers le soir, pendant que nous soupions, nous entendîmes un bruit de chevaux qui s'approchaient; aussitôt parurent deux guerriers scylhes, qui nous ordonnèrent de nous rendre auprès d'Attila; nous les invitâmes auparavant à partager notre souper; ils descendirent de cheval, soupèrent avec nous et le lendemain marchèrent devant nous pour nous montrer la roule. Vers la huitième heure du jour, nous arrivâmes près des tentes d'Attila ^ ; il y en avait aussi un grand nombre d'autres : comme nous voulions planter les nôtres sur une certaine colline, des Barbares accoururent et nous en empêchèrent, parce que celles d'Attila étaient placées tians la vallée d'à côté. Nous les laissâmes déterminer à leur gré l'endroit où nos tentes devaient être dressées.

Là arrivèrent bientôt Edecon, Scotta , Orestc et

3 En supposant une lieue par heure de marche, ces tontes se trouvaient à environ neuf lieues du Danube : le grand noml)re de bateaux déjà pri'parés sur le Danube pour le passage des troupes, et la multitude de Barbares qu'avaient rencontrés les ambassadeurs, me portent à croire qu'eu effet elles n'en étaient pas plus éloignées.

quelques-uns des principaux Scythes, qui nous demandèrent dans quel but nous avions entrepris celte ambassade; nous, de nous regarder mutuellement, et de nous étonner d'une demande si ridicule ; ils n'en insistèrent pas moins, et se rassemblèrent en foule et en tumulte pour nous arracher une réponse. Nous répondîmes que l'empereur nous avait ordonné d'exposer notre commission à Attila seul et non à d'autres ; Scotta, offensé de ces paroles, dit que , ce qu'il faisait, il en avait reçu l'ordre de son chef, «t Grecs, s'écria-t-il, nous )> connaissons bien votre astuce et votre perfidie )> dans les affaires. » Nous protestâmes que jamais on n'avait imposé à des ambassadeurs l'obligation de dévoiler l'objet de leur mission avant d'avoir été admis dans la présence de ceux à qui ils étaient envoyés ; nous ajoutâmes que les Scythes devaient le savoir, puisqu'ils avaient souvent envoyé des députés à l'empereur, et que nous devions jouir en toute sûreté des mêmes droits ; que , sans cela, les privilèges des ambassadeurs seraient violés. Ils s'en allèrent aussitôt trouver Attila, et, revenus bientôt après, mais sans Edecon, ils nous dirent ouvertement tout ce que contenaient nos ordres, et nous enjoignirent de partir sur-le-champ, si nous n'avions rien de plus à traiter avec eux.

Ces paroles nousjctèrent dans une grande anxiété; nous ne pouvions concevoir comment avaient été découverts et dévoilés les projets de l'empereur , que les dieux mêmes ne pourraient pénétrer ; aussi jugeâmes-nous à propos de ne rien montrer de nos ordres, avant qu'on nous eût permis de voir Attila. Nous répondîmes : u Quel que soit le but de notre )• mission , que nous soyons venus pour traiter de )) ce que vous venez de dire , ou de toute autre )> chose , cela ne regarde que votre chef, et nous )i sommes décidés à ne point nous en entretenir i> avec d'autres que lui. » Us nous renouvelèrent alors l'ordre de partir aussitôt.

Pendant que nous faisions nos préparatifs de départ. Vigile nous reprocha la réponse que nous venions de faire aux Scythes : u II eut beaucoup » mieux valu mentir, dit-il , que de s'en retourner )> sans avoir rien fait; si je m'étais entretenu avec « Attila, je l'aurais facilement détourné de faire^a )) guerre aux Romains; je lui ai rendu autrefois » plusieurs services , et je lui ai été fort utile, lors j) de l'ambassade d'Anatolius ; Edecon est du même 51 avis que moi. » Qu'il dît vrai ou faux, il n'avait d'autre intention que de profiter de l'ambassade pour trouver une occasion de faire tomber Attila

■ Les carpes du Danube étaient célèbres à celte époque et faisaient partie du luxe de la table des Barbares. Cassiodore dit : Privali est habere quoi locus conlinet; in princi-

dans le piège convenu, et pour rapporter l'or dont Edecon avait dit qu'il avait besoin pour le partager entre certains guerriers. Mais Vigile ignorait qu'il était trahi ; Edecon, en effet, soit qu'il craignît qu'Oreste ne rapportât à Attila ce qui avait été dit au souper de Sardica, ou ne l'accusât d'avoir eu des entretiens secrets avec l'empereur et Chrysaphe, avait révélé à Attila la conjuration formée contre sa vie, et l'avait instruit de la quantité d'or qu'on devait fournir pour ce dessein , ainsi que de tous les objets que nous devions traiter dans notre ambassade.

Forcés donc de nous mettre en route, malgré l'approche de la nuit, nous apprêtions nos chevaux, lorsque desRarbares vinrent nous dire qu'Attila nous ordonnait de rester, à cause de la nuit qui s'opposait à notre départ. A l'endroit même d'où nous allions nous éloigner, arrivèrent aussitôt des hommes qui nous amenaient un bœuf, et nous apportaient des poissons du Danube, qu'Attila nous envoyait. Après avoir soupe ', nous nous endormîmes. Quand le jour parut, nous espérions qu'Attila se serait radouci, et nous ferait donner quelque réponse favorable ; mais les mêmes Barbares vinrent nous répéter de sa part l'ordre de nous en aller, si nous n'avions à lui parler d'aucune autre affaire que de celles dont il était déjà instruit. Nous ne répondîmes rien , et nous disposâmes à nous mettre en route, quoique Vigile fît tous ses efforts pour nous engager à dire que nous avions à entretenir Attila de choses qui l'intéressaient beaucoup.

Comme je voyais Maximin désolé , je pris avec moi Rusticus qui entendait la langue des Barbares; il nous avait accompagnés en Scythie, non à cause de l'ambassade , mais pour des affaires particulières qu'il avait auprès de Constance , Italien d'origine, qu'Aétius, générai des Romains occidentaux, avait envoyé à Attila pour lui servir de secrétaire. J'allai trouver Scotta (Onégèse étant absent), et je lui dis, par l'intermédiaire de Rusticus, qu'il recevrait de Maximin beaucoup de riches présents, s'il voulait lui procurer en toute sûreté une entrevue avec Attila. J'ajoutais que l'ambassadeur avait à parler de choses qui devaient être fort avantageuses, non-seulement aux Romains, mais aussi aux Huns ; que son ambassade serait très-profilablc à Onégèse lui-même, car l'empereur demandait qu'Attila l'envoyât à sa cour pour y terminer les différends des deux nations, et qu'il en reviendrait comblé des dons les plus magnifiques ; je lui

pali convivto hoc deccl exquiri quod risum dehcat ndmirari. Destinel carpam Danubius, a Rlieno venial ancorugo. {fart., l. XII, ep. 4.)

ECLAIRCISSEMENTS ET TABLEAUX HISTORIOUES

fis observer que, puisque Oncgèse était absent, il ne devait pas faire moins que son frère daiis une atïiure aussi importante, n Je sais, lui dis-je, qu'At- )) tila a aussi en vous une grande confiance , mais )> on ne peut raisonnablement en croire ce qu'on » a entendu dire, et c'est à vous à nous montrer )i par le fait ce qu'Attila vous accorde de faveur. )i — Soyez sans inquiétude, me dit aussitôt le )) Barbare ; qu'il faille ou parler ou agir, j'ai au- )) près d'Attila autant de crédit que mon frère ; » et, montant à cheval, il partit pour la tente d'Attila.

Je revins auprès de Maxiniin, que je trouvai avec Vigile, fort tourmenté et fort incertain sur le parti qu'il devait prendre; je lui racontai la conversation que je venais d'avoir avec Scotta , et ce qu'il m'avait répondu ; je l'engageai donc à préparer les présents qu'il aurait à faire à ce Hun, et ce qu'il dirait à Attila. Ils se levèrent aussitôt (car je les avais trouvés couchés sur l'herbe), me remercièrent des soins que je venais de prendre , et rappelèrent ceux de leurs gens qui s'étaient déjà presque mis en route avec les chevaux : ils discutèrent ensuite entre eux pour savoir quel discours Maxiniin devait tenir à Attila, et comment ils lui remettraient les présents qu'ils lui apportaient de la part de l'empereur.

Pendant que nous nous occupions de toutes ces choses , Attila nous envoya chercher par Scotta. Nous nous acheminâmes donc vers sa tente, que nous trouvâmes environnée d'une multitude de Barbares, qui faisaient la garde tout autour.

Lorsqu'on nous eut permis d'entrer, et que nous eûmes été introduits, nous vîmes Attila assis sur une chaise de bois ; nous nous tînmes à quelque distance de son trône. Maximin s'avança , salua le Barbare, et lui remettant la lettre de l'empereur, lui dit que les empereurs lui souhaitaient, à lui et à tous les siens, santé et prospérité, u Qu'il arrive )> aux Romains tout ce qu'ils me souhaitent , » répondit le Barbare , et se tournant aussitôt vers Vigile, il l'appela animal impudent, lui demanda comment il osait se présenter devant lui, quand il devait savoir tout ce qui avait été convenu pour la paix lorsqu'il avait accompagné l'ambassade d'Anatolius, et ajouta qu'aucun autre ambassadeur n'aurait du l'aborder avant que tous les transfuges eussent été rendus. Vigile essaya de répondre qu'on les avait Hvrés tous, et qu'il n'en existait plus un seul chez les Romains; mais Attila , s'échauffant de plus en plus , l'accabla de reproches et d'injures , et poussant des cris de fureur , lui dit que, sans son respect pour le caraclère d'ambassadeur qui retenait sa colère, il le ferait mettre en croix , et livrerait son corps aux vautours pour le punir de son audace et de l'insolence de son lan-

gage; il ajouta qu'il y avait encore chez les Romains beaucoup de transfuges , et se faisant apporter un tableau sur lequel étaient écrits leurs noms, il ordonna à ses secrétaires de le lire à haute voix.

Après que cette lecture eut fait connaître quels étaient ceux qui manquaient encore, Attila exigea que Vigile partît sur-le-champ avec Esia pour porter aux Romains l'ordre de lui renvoyer tous les transfuges scythcs qui étaient encore en leur pouvoir, et qui s'étaient retirés chez eux depuis le temps où Carpilion, fils d'Aétius, général des Romains occidentaux, était resté en otage à sa cour. «t Je ne souffrirai point, dit- il, que mes esclaves )• portent les armes contre moi ; ils ne seront » d'ailleurs d'aucun secours à ceux qui prétendent i> leur confier la garde des terres que j'ai conquii> ses ; quelle est , dans toute l'étendue de l'empire i> Romain, la ville ou la forteresse qui pourrait res- )i ter entière et debout, quand j'ai décidé qu'elle )) se»'ait détruite? Qu'après avoir exposé ma volonté 1) sur les transfuges, les envoyés reviennent sur- » le-champ m'annoncer si on veut les rendre ou si Il on préfère la guerre. î>

Il avait commencé par ordonner que Maximin attendit la réponse qu'il voulait faire à la lettre de l'empereur, mais il demanda tout de suite les présents. Après les lui avoir remis, nous nous retirâmes dans notre tente où nous nous entretînmes, dans notre langue maternelle, de tout ce qui venait de se dire. Comme Vigile s'étonnait des outrages dont l'avait accablé Attila, qui s'était montré pour lui si bienveillant et si doux lors de sa première ambassade , je lui dis que je craignais fort que quelqu'un des Barbares , qui avaient soupe avec nous à Sardica , n'eût irrité xVtlila en lui rapportant que Vigile avait appelé l'empereur un dieu et Attila un homme ; cela parut aussi probable à Maximin qui ignorait la conjuration formée contre le roi des Huns : mais Vigile était dans une grande anxiété , et ne pouvait pénétrer la cause des injures et de la colère d'Attila; il lui était impossible de croire, comme il nous le dit dans la suite , que les propos du souper de Sardica lui eussent été rapportés , ou que la conjuratioJi eut été découverte. La crainte qui avait gagné tous les cœurs était telle qu'à l'exceplion dEdccon , aucun de ceux qui entouraient Attila n'osait lui adresser la parole , et Vigile pensait qu'Edecon n'en prendrait que plus de soin de tout ensevelir dans un profond secret, soit à cause du serment qu'il avait prêté, soit en raison de la gravite de l'alfaire; il devait craindre en effet que le tort d'avoir assisté à des conseils clandestins, dirigés contre Attila, ne le fit traiter en coupable et punir Irès-sévèrenient.

Tandis que nous étions en proie à ces inquiétudes, Edecon survint ; il emmena à part Vigile ( il feignait en effet de vouloir exécuter sérieusement et sincèrement le projet qu'ils avaient formé) , lui dit d'apporter l'or qu'il devait distribuer à ceux dont ils se serviraient pour faire le coup, et s'éloigna. La curiosité me fit demandera Vigile ce que venait de lui dire Edecon; mais, trompé luimême , il persista à nous tromper, et , cachant le véritable objet de leur entretien , il prétendit qu'Edecon lui avait rapporté que c'était à cause des transfuges qu'Attila était entré contre lui dans un si grand courroux : le roi des Huns exigeait , ajouta-t-il, ou qu'on les lui livrât tous, ou qu'on lui envoyât des ambassadeurs choisis parmi les hommes les plus riches et les plus puissants de l'empire.

Notre conversation fut interrompue par des gens qui venaient, de la part d'Attila, nous défendre, à nous et à Vigile , d'acheter aucun captif romain, aucun esclave barbare , ou quoi que ce fut, excepté les choses nécessaires à la vie , jusqu'à ce que les différends des Huns avec les Romains fussent terminés. Cette défense du rusé Barbare n'était pas sans intention :. il voulait prendre Vigile sur le fait, en ne lui laissant aucun prétexte sur lequel il pût s'excuser d'avoir apporté une somme d'or considérable. H nous ordonna aussi d'attendre Onégèse pour que nous reçussions de lui la réponse à notre ambassade , et que nous lui remissions nous-mêmes les présents que lui envoyait l'enqjereur et que nous voulions laisser. Onégèse avait en effet été envoyé chez les Acatzires avec l'aîné des fds d'Attila, Après nous avoir donné cet ordre, il fit partir Vigile et Esla pour Constantinople, sous prétexte de redemander les transfuges, mais, au fait, dans l'intention que Vigile rapportât l'or promis à Edecon.

Après le départ de Vigile, nous ne demeurâmes plus qu'un jour en cet endroit; nous partîmes avec Attila pour des lieux plus éloignés vers le septentrion : à peine avions-nous fait un peu de chemin avec les Barbares, que nous changeâmes

' Priscus ne dit pas quelle fut leur nouvelle direction : tout porte à croire que ce fut Touest, et qu'en générai leur route se dirigea presque constamment vers le nord-ouest.

" Ce passage a été le sujet d'une grande discussion; voici la phrase de Priscus : E -o yap.eXv Ouyarépx Euxù/jl k&vlsro. Le sens qui se présente naturellement est : « où il voulait é|)ouser sa fille Escam. » Cependant le sa manque, et il semble que Prisciis aurait dû mettre èuuzù. Quelques savants en ont inféré que ce n'était point sa fille (lu'Attila avait épousée, que c'était la fille d'Escam, et qu"il fallait lire Ouyuvèpcc Tj Eîzâ/^; ils ont remarqué avec raison que les Grecs faisaient presque toujours indéclinables les noms propres des Barbares qu'ils connaissaient mal ; que, si Attila eût épousé sa propre fille, Priscus n'aurait pas manqué d'insister

de direction , d'après l'ordre des Scythes , guides des étrangers *. Attila cependant s'arrêta devant un certain village, où il prit pour feuuue sa fille Esca , quoiqu'il en eût déjà plusieurs : les lois des Scythes le permettent ainsi ^.

De là nous fîmes route à travers une grande plaine , par un chemin uni et facile , et nous rencontrâmes plusieurs fleuves navigables; les plus grands , après le Danube , s'appellent le Drecon, le Tigas et le Tiphisas. Nous traversâmes les plus considérables sur des bateaux d'une seule pièce, qu'ont, pour leur usage particulier, ceux qui habitent sur les bords de la rivière , et les autres sur des canots que les Barbares ont toujours sous la main, car ils les traînent sur des chariots, pour s'en servir sur les étangs et dans les lieux inondés. On nous apportait des vivres des villages , du millet au lieu de froment, et du tiied au lieu de vin : c'est ainsi que les appellent les habitants. Ceux qui nous accompagnaient pour nous servir nous apportaient du viillet et nous donnaient une boisson tirée de l'orge , que les Barbares nomment cam,

A l'approche de la nuit, après une route assez longue, nous dressâmes nos tentes sur le bord d'un marais , où les habitants des villages voisins allaient puiser de l'eau, car ses eaux étaient bonnes à boire; mais un violent ouragan, mêlé d'éclairs, de tonnerre et de pluie, s'étant élevé tout à coup, notre tente fut renversée , et nos ustensiles jetés dans le marais : effrayés de cette chute et des tourbillons de l'orage , nous abandonnâmes cet endroit ; nous nous dispersâmes, et chacun de nous prit, au hasard , au milieu des ténèbres et de la pluie , le chemin qui lui parut le meilleur. Arrivant enfin de différents côtés aux cabanes du village, nous nous y réunîmes, et nous demandâmes à grands cris ce dont nous avions besoin : à ce bruit, les Scythes sortirent; ils allumèrent les roseaux dont ils se servent pour faire du feu, et s'informèrent de ce que nous voulions , et de ce qui nous faisait pousser de tels cris ; les Barbares qui nous accompagnaient répondirent que nous avions été dis-

sur la singularité d'un pareil mariage; et le désir de purger Attila du crime de l'inceste leur a fait regarder cette conjecture comme certaine : il est possible qu'elle soit fondée; cependant on ne saurait contester que la phrase suivante de Priscus : Les lois des Scythes le permcllcnt ainsi, porte sur ce qu'Attila avait épousé sa fille, aussi bien que sur la pluralité de ses femmes ; et de plus, les témoignages historiques ne permettent pas de douter que chez un grand nombre de peuples barbares, il ne fût permis d'épouser sa fille; celui de saint Jérôme est positif : Persœ , Medi, Indi cl jElhiopes , régna non, modica, et romano regno paria , cum matribus et ariis , cum filiahus cl nepolibus eopulanlur ( lib. ii, adv. Jovinianum). Pourquoi les Huns n'en auraient-ils pas fait autant?

ECLAIRCISSEMENTS ET TABLEAUX HISTORIQUES

perses et égarés par la tempête : ils nous accordèrent alors une généreuse hospitalité, et nous firent du feu avec des roseaux secs.

La maîtresse du village avait été une des femmes de Bléda ; elle nous envoya des aliments et de belles femmes, pour que nous nous livrassions avec elles au plaisir et à l'amour ; cela est regardé chez les Scythes comme un honneur. Nous remerciâmes les femmes des aliments qu'elles nous rapportaient, et nous nous endormîmes dans nos huttes, sans faire usage de la dernière offre de leur reine. Dès qu'il fit jour, nous nous mîmes à la recherche des petits meubles et des ustensiles de voyage que nous avions perdus ; nous les retrouvâmes en partie dans l'endroit où nous nous étions arrêtés la veille, en partie sur les bords du marais ou dans le marais même : l'orage avait cessé , le soleil s'était levé brillant, et nous passâmes tout le jour dans ce village à faire sécher nos effets. Après avoir pris soin de nos chevaux et des autres bêtes de somme , nous allâmes saluer la reine, et, ne voulant pas le céder en générosité aux Barbares qui nous avaient si bien reçus , nous lui doimâmes des coupes d'argent, des toisons rouges, du poivre de l'Inde, des dattes et d'autres fruits secs; après avoir souhaité aux habitants de ce village toutes sortes de prospérités en récompense de l'hospitalité qu'ils nous avaient accordée , nous partîmes.

Après une marche de six jours , les Scythes , guides des étrangers , nous ordonnèrent de nous arrêter dans un certain village , pour que nous continuassions notre route à la suite d'Attila qui allait passer par là : nous y rencontrâmes les ambassadeurs que lui avaient envoyés les Romains occidentaux; les principaux étaient Romulus, décoré du titre de comte, Primutus, préfet du Norique, et Romanus, chef d'un corps de troupes ; avec eux étaient Constance, qu'Aétius avait envoyé à Attila pour lui servir de secrétaire , et Tatullus , père de cet Oreste adjoint à Edecon; ceux-ci les avaient accompagnés, non à cause de l'ambassade, mais par amitié, et en raison de leurs relations particulières. Constance s'était lié avec eux pendant son séjour en Italie , et des motifs de parenté avaient déterminé Tatullus : son fds Oreste avait pris pour femme la fille de Romulus de Pétovio , cité du Norique.

Ces ambassadeurs venaient tâcher d'adoucir Attila qui avait demandé qu'on lui livrât Sylvaiius, préfet de l'argenterie de Rome, parce qu'il avait reçu des coupes d'or que lui avait remises un certain Constance. Ce Constance, originaire desGaules occidentales, avait été donné à Attila et à Bléda, pour leur servir de secrétaire, de même que le fut dans la suite un autre Constance; cet homme,

donc , à l'époque où la ville de Sirmium en Pannonie était assiégée par les Scythes, avait reçu de l'évêque de la cité des vases d'or; l'évêque voulait que, s'il survivait à la prise de la ville, le prix de ces vases fut employé à le racheter, et que , s'il y mourait, on se servît de cet argent pour délivrer les citoyens emmenés captifs : mais Constance . après la ruine de la ville, sans s'inquiéter des résultats du siège, se rendit en Italie pour une affaire, remit les vases à Sylvanus, en reçut le prix, et il fut convenu entre eux que, si Constance s'acquittait de cet argent et des intérêts, dans un temps fixé, les vases lui seraient rendus; que, dans le cas contraire , Sylvanus les garderait et en userait comme de son bien. Attila et Bléda , soupçonnant ce Constance de trahison, le firent mettre en croix; et Attila, instruit de l'affaire des coupes d'or, demanda qu'on lui livrât Sylvanus, comme ayant volé des effets qui devaient lui appartenir. Aétius et l'empereur des Romains occidentaux lui envoyèrent des députés pour lui dire que Sylvanus n'avait point volé ces vases, qu'il était le créancier de Constance , qu'il les avait reçus en gage pour la somme prêtée , et les avait vendus au premier prêtre qui avait voulu les acheter, attendu qu'il n'était pas permis à des hommes de se servir pour leur usage des coupes consacrées à Dieu : ils devaient ajouter, dans le cas où de si bonnes raisons et le respect du à la Divinité n'empêcheraient pas Attila de persister à redemander les coupes . que Sylvanus lui en remettrait le prix; on ne pouvait en effet livrer un homme qui n'avait aucun tort.

Tel était l'objet de la mission de ces députés . qui suivaient le Barbare pour en obtenir une réponse et s'en retourner ensuite.

Comme nous devions marcher par la même route qu'Attila, nous attendîmes qu'il eut pris les devants, et nous le suivîmes peu après avec le reste des Barbares. Après avoir traversé quelques rivières, nous arrivâmes à un grand bourg; là était la maison d'Attila, beaucoup plus élevée et plus belle que toutes les autres maisons de son empire ; elle était faite de planches Irès-polies, et entourée d'une palissade en bois , non comme fortification . mais comme ornement.

La maison la plus voisine de celle du roi était celle d'Onégèse, entourée aussi d'une palissade de bois; mais elle n'était ni élevée, ni garnie détours, comme celle d'Attila. Assez loin de l'enceinte de la maison était situé le bain qu'Onégèse, le plus riche et le plus puissant des Scythes, après Attila, avait fait construire avec des pierres apportées de Pannonie ; il n'y a en effet dans cette partie de la Scythie ni pierres , ni grands arbres , et il faut faire

venir les matériaux d'ailleurs. L'architecte qui avait construit ce bain , fait prisonnier àSirmium, avait espéré que la liberté serait la récompense de son travail; mais cette douce espérance avait été bien déçue ; il était tombé au contraire dans une servitude beaucoup plus dure; Onégèse en avait fait son baigneur, et il les servait, lui et toute sa famille , quand ils allaient au bain.

Lorsque Attila arriva dans ce village, déjeunes fdies vinrent à sa rencontre; elles marchaient en file, sous des pièces de toile fine et blanche, soutenues de chaque côté par les mains de plusieurs rangs de femmes, et si bien tendues que, sous chaque pièce , marchaient six jeunes filles ou même davantage : elles chantaient des chansons barbares.

Nous étions déjà assez près de la maison d'Onégcse, par laquelle passait le chemin qui conduisait à celle du roi , lorsque sa femme sortit, suivie d'une multitude de femmes esclaves qui apportaient des mets et du vin, ce qui est regardé chez les Scythes comme le plus grand honneur : elle salua Attila, et le pria de goûter de ces mets qu'elle lui présentait avec les plus vives protestations de son dévouement pour lui ; le roi , pour donner une marque de sa bienveillance à la femme de son confident , mangea de dessus son cheval; les Barbares qui l'escortaient tenaient élevée jusqu'cà lui la table qui était d'argent ; après avoir ensuite trempé ses lèvres dans la coupe qu'on lui avait offerte , il entra dans son palais ; c'était une maison beaucoup plus apparente que les autres , et située sur une éminence.

Pour nous, nous restâmes dans la maison d'Onégèse, selon l'ordre de celui-ci qui était de retour avec le fils d'Attila ; nous y fûmes reçus par sa femme et par d'autres chefs illustres de sa famille, et nous y soupàmes; Onégèse ne put rester avec nous et se délasser à table , parce qu'il était allé ' rendre compte à Attila de ce qu'il avait fait dans sa m.ission, et de l'accident survenu à son fils, qui s'était démis le poignet droit; c'était, depuis son retour, la première fois qu'il se présentait devant le roi des Huns.

Après le souper, nous quittâmes la maison d'Onégèse , et nous dressâmes nos tentes plus près du palais d'Attila, afin que Maximin , qui devait avoir une entrevue avec ce prince , et s'entretenir avec ceux qui lui servaient de conseillers , en fût aussi peu éloigné que cela était possible. Là nous passâmes la nuit.

Dès que le jour eut paru, Maximin m'envoya à Onégèse pour lui porter, tant les présents qu'il lui offrait lui-même que ceux que lui envoyait l'empereur, et lui demander quand et où ils pourraient avoir une conversation; je me rendis donc chez

Onégèse , avec les esclaves qui portaient les présents; les portes étaient fermées et je fus forcé d'attendre qu'elles s'ouvrissent , et qu'il en sortît quelqu'un qui pût l'instruire de mon arrivée.

Tandis que je passais le temps à me promener autour de l'enceinte de la maison d'Onégèse, s'avança quelqu'un que je pris d'abord pour un Barbare de l'armée des Scythes, et qui me salua en Grec, en me disant : xatps- Je m'étonnai qu'un Scythe parlât grec; les Barbares en eflfet, renfermés dans leurs habitudes, ne cultivent et ne parlent que des langues barbares, celle des Huns ou celle des Goths; ceux qui ont de fréquentes relations de commerce avec les Romains parlent aussi le latin ; aucun d'eux ne parle grec, à l'exception des captifs réfugiés dans la Thrace ou dans l'Illyrie maritime ; mais quand on rencontre ces derniers , on les reconnaît aisément à leurs vêtements déchirés et à leur pâleur, signe de la mauvaise fortune où ils sont tombés. Mon homme au contraire avait l'air d'un Scythe heureux et riche ; il était vêtu avec élégance et avait la tête rasée en rond : le saluant à mon tour, je lui demandai qui il était, d'où il était venu dans la terre des Barbares, et pourquoi il avait adopté les usages des Scythes. u Vous avez donc bien envie de le savoir ? me dit-il. n — Ma raison, pour vous le demander, lui répon- !> dis-je , c'est que vous avez parlé grec. » — Il me dit alors en riant qu'il était Grec de naissance, qu'il s'était établi pour faire le commerce à Viminacium , ville de la Mœsie sur le Danube , qu'il y avait demeuré longtemps et y avait épousé une femme Yiche ; mais que, lors de la prise de la ville, tout son bonheur s'était évanoui, et que, dans la répartition du butin , ses biens et lui étaient échus en partage à Onégèse. Il est en effet d'usage chez les Scythes que les principaux chefs , après Attila, mettent de côté les captifs les plus riches et se les partagent après. Mon Grec avait ensuite vaillamment combattu contre les Romains; il avait contribué à soumettre la nation des Acatzires à son maître barbare, et, d'après les lois scythes, il avait obtenu en récompense la liberté avec la propriété de tout ce qu'il avait acquis à la guerre ; il avait épousé une femme barbare de qui il avait eu des enfants ; il était commensal d'Onégèse, et son nouveau genre de vie lui paraissait très -préférable à l'ancien. En effet, ceux qui demeurent chez les Scythes, après avoir supporté les fatigues de la guerre, passent leur vie sans aucun souci ; chacun jouit des biens que lui a accordés le sort, et personne ne lui suscite la moindre affaire, ou ne le tourmente jamais en quoi que ce soit

Pendant que nous causions de la sorte , un des domestiques d'Onégèse ouvrit les portes de l'en-

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ceinte de la maison ; je courus vers lui, et je lui demandai ce que faisait Onégèse; j'ajoutai que j'avais à lui parler de la part de Maximin , ambassadeur des Romains ; il me répondit que, si j'attendais un peu , je pourrais le voir bientôt , car il allait sortir : peu de temps après, en effet, je vis Onégèse s'avancer, et j'allai vers lui en lui disant : « L'ambassadeur des Romains vous salue , et je )• vous apporte des présents de sa part, ainsi que » l'or que vous envoie l'empereur. » Comme je m'efforçais de lui demander où et quand il voulait s'entretenir avec nous , il ordonna aux siens d'emporter l'or et les présents, et me dit d'aller annoncer à Maximin qu'il se rendrait bientôt chez lui.

Je retournai donc dire à Maximin qu'Onégèse allait venir le trouver ; il arriva aussitôt après dans notre tente ; et adressant la parole à l'ambassadeur, il le remercia des dons de l'empereur et des siens, en lui demandant ce qu'il voulait de lui puisqu'il l'avait fait venir; Maximin lui répondit que le temps approchait où il pourrait acquérir la plus grande gloire en se rendant auprès de l'empereur, en terminant les démêlés des Romains et des Huns, et en établissant par sa sagesse une paix solide entre les deux nations; paix qui, non -seulement serait très- avantageuse pour elles, mais qui lui vaudrait tant de biens , à lui et à tous les siens, que sa famille en ressentirait, pour l'empereur et toute la race impériale, une éternelle reconnaissance. Onégèse demanda alors comment il pourrait se rendre agréable à l'empereur et terminer de tels démêlés ; Maximin lui répondit qu'il n'avait qu'à prendre part aux affaires présentes, à aller remercier l'empereur, à étudier soigneusement les causes de discorde et à interposer son crédit pour arranger les différends d'après les conditions des traités. <t Mais il y a longtemps , reprit Onégèse , que j'ai i> instruit l'empereur et ses conseillers de la volonté » d'Attila sur toute cette affaire ; les Romains penit sent-ils que leurs supplications m'engageront à )i trahir mon maître, et à ne tenir aucun compte )• des avantages que j'ai trouvés chez les Scythes )• pour mes femmes et mes enfants? Ne vaut-il pas )i îiiieux servir auprès d'Attila que jouir auprès )> des Romains d'immenses richesses? Du reste je » leur serai beaucoup plus utile en restant chez 1) moi , en calmant et en adoucissant la colère de » mon maître, s'il formait dans tout ceci quelque « projet violent contre l'empire , qu'en me rendant » à Constantinople , et en m'exposant à des soup- » çons si je faisais quelque chose qui parût contraire j> aux intérêts d'Attila. » A ces mots, pensant que je serais chargé de m'entretenir avec lui sur ce que nous désirions en apprendre (une telle entrevue

I convenait peu , en effet , à la dignité dont Maximin était revêtu), il s'éloigna.

Le lendemain , je me rendis dans l'enceinte intérieure de la maison d'Attila , pour porter des présents à sa femme, qui s'appelait Créca; il en avait trois enfants; l'aîné régnait déjà sur les Acatzires et les autres nations qui habitaient la Scythie du Pont-Euxin. Dans cette enceinte étaient beaucoup d'édifices, construits, en partie, de planches sculptées et élégamment assemblées, en partie de poutres sans sculptures , bien dressées avec la doloire et polies , qui étaient entremêlées de pièces de bois travaillées au tour; les cercles qui les unissaient, à partir du sol, s'élevaient et étaient distribués suivant de certaines proportions. Là demeurait la femme d'Attila. Les Barbares qui gardaient les portes me laissèrent entrer, et je la trouvai couchée sur une molle couverture ; le pavé était garni de tapis sur lesquels nous marchions ; une multitude d'esclaves l'entouraient en cercle; et vis-à-vis d'elle, des servantes, assises à terre, bigarraient des pièces de toile de couleur qu'on applique comme ornements sur les habits des Barbares.

Après avoir salué Créca, et lui avoir offert les présents, je sortis; et, en attendant qu'Onégèse revint du palais, où il s'était déjà rendu, je parcourus les autres édifices de l'enceinte où demeurait Attila. Tandis que j'étais là avec beaucoup d'autres personnes ( comme j'étais connu des gardes d'Attila et des Barbares de sa suite , on me laissait aller partout ), je vis avancer une foule nombreuse qui accourait en tumulte et à grand bruit ; Attila sortit d'un air grave; tous les yeux se dirigeaient vers lui ; Onégèse l'accompagnait , et il s'assit devant sa maison. Beaucoup de gens qui avaient des procès s'approchèrent de lui, et il rendit des jugements; il rentra ensuite dans son palais où il reçut les députés des nations barbares qui étaient venus le trouver. Pendant que j'attendais Onégèse , Romulus , Pronmtus et Ronianus, députés vcims d'Italie pour l'affaire des vases d'or, Rusticius qui était de la suite de Constance, et Constantiolus , originaire de la Pannonie, soumise alors à Attila, m'adressèrent la parole , et me demandèrent si nous avions reçu notre congé. « C'est pour le savoir d'Onégèse, leur » dis-je, que j'attends dans cette enceinte. ■< Je leur demandai à mon tour s'ils avaient obtenu quelque réponse favorable sur l'objet de leur mission. « Pas n du tout, me répondirent-ils; il est impossible de ) faire changer Attila d'avis ; il menace de la guerre î« si on ne lui livre pas les coupables ou Sylvanus.;» Comme nous nous étonnions de l'intraitable or gueil du Barbare , Romulus , homme d'une grande expérience et qui avait été chargé de plusieurs missions très-honorables, nous dit: «> Cet orgueil

i> vient de son heureuse fortune, qui l'a placé dans 1) un rang si élevé ; sa fortune lui a valu un grand » pouvoir, et il en est si enUé que les bonnes raisons » n'ont aucun accès auprès de lui , et qu'il ne croit » juste que ce qui est une fois entre dans sa tête : )> aucun de ceux qui ont régné, soit dans la Scy- » thie , soit ailleurs , n'a fait d'aussi grandes choses )> en aussi peu de tcnq)s ; il s'est soumis toute la )) Scythic , il a étendu sa domination jusqu'aux iles i> de l'Océan, il a rendu les Romains ses tributaires ; 1. non content de cela , il médite de plus grandes » entreprises ; il veut reculer encore les frontières )) de son empire, et il se prépare à attaquer les « Perses. »

Un de nous demanda quelle route conduisait de la Scythie chez les Perses; Romulus répondit que le pays des Mèdes n'était pas situé très-loin de celui des Scythes ; et que les Huns connaissaient bien ce chemin, puisqu'ils y étaient allés autrefois. Pendant les ravages que faisait dans leur pays une famine, et la tranquillité que leur laissaient les Romains occupés à une autre guerre, BasichetCursich, guerriers de la famille royale des Scythes, et chefs de troupes nombreuses , avaient pénétré dans le pays des Mèdes ; ces chefs, venus dernièrement à Rome pour y traiter d'une alliance, avaient raconté qu'ils avaient fait route à travers une contrée déserte, qu'ils avaient traversé un marais que Romulus croyait être les Palus -Méotides, et qu'au bout de quinze jours, après avoir gravi de certaines montagnes, ils étaient descendus dans la Médie ; que là , pendant qu'ils butinaient et faisaient des excursions dans les campagnes, était survenue une armée perse qui avait obscurci l'air de ses traits ; qu'à la vue d'un tel péril , ils s'étaient retirés, avaient repassé les montagnes, et n'avaient emmené qu'une très- petite portion de leur butin , car les Mèdes en avaient repris la plus grande partie ; que pour éviter le choc des ennemis, ils avaient pris une autre route, avaient traversé des lieux semés de pierres marines qui brûlaient ' , et étaient enfin rentrés dans leur pays, après une route dont Romulus ne se rappelait pas la durée : il était aisé de voir par là que la Scythie n'était pas très-éloignée du pays des Mèdes.

Romulus ajoutait que si , par conséquent , la fantaisie d'attaquer les Mèdes prenait à Attila, cette invasion ne lui coûterait ni beaucoup de soins , ni beaucoup de fatigues , et qu'il n'aurait pas un long chemin à faire pour tomber sur les Mèdes, les Par thés et les Perses , et les contraindre à lui payer tribut. Il avait un si grand nombre de troupes qu'aucune nation ne pouvait lui résister. Nous nous

' Ces pierres ne sont autre chose que le bitume qui abonde sur les bords de la mer d"Azof et de la mer Noire.

mimes alors à former le vœu qu'Attila attaquât les Perses , et détournât ainsi de nous le poids de la guerre. « Il est à craindre , dit Constantiolus , 1) que, les Perses une fois vaincus , il ne traite les )• Romains, non plus en ami, mais en maître; )i maintenant nous lui envoyons de l'or à cause de !> sa dignité dont nous l'avons nous-mêmes revêtu ; i> mais , s'il dompte les Mèdes , les Parthes et les 1) Perses, il n'épargnera plus les Romains qui font !> de ce côté la borne de son empire; il les regar- )> dera comme ses esclaves , et les forcera d'obéir à i> ses terribles et insupportables volontés. i>

La dignité dont parlait Constantiolus était celle de général des armées romaines, honneur qu'Attila avait reçu de l'empereur pour en recevoir en môme temps le traitement attaché à ce titre. Constantiolus pensait qu'Attila violerait sans peine les devoirs de cette dignité, ou de toute autre dont il plairait aux Romains de le décorer, et qu'il les forcerait à lui donner le nom de roi au lieu de celui de général : déjà, lorsqu'il était de mauvaise humeur, il disait que les généraux des armées étaient ses esclaves, et ses généraux étaient à ses yeux les égaux des empereurs romains.

La découverte de l'épée de Mars avait beaucoup ajouté à sa puissance; cette épée adorée autrefois par les rois des Scythes , comme consacrée au dieu de la guerre , avait disparu pendant plusieurs siècles , et elle venait d'être retrouvée à l'occasion de la blessure d'un bœuf. Pendant que nous causions assez vivement sur tout ce qui venait de se dire, Onégèse sortit; nous l'abordâmes pour l'interroger sur les affaires dont nous étions chargés ; après s'être entretenu d'abord avec quelques Barbares , il me dit de demander à Maximin quel était le consulaire que les Romains comptaient envoyer pour ambassadeur à Attila. Je rentrai dans notre tente, et je rapportai à Maximin ce que venait de me dire Onégèse ; nous délibérâmes sur ce que nous devions répondre aux Barbares. Je retournai ensuite vers Onégèse , pour lui dire que les Romains désiraient vivement qu'il se rendît à Constantinople , et qu'il fût chargé d'accommoder leurs différends avec Attila ; mais que, s'ils étaient déçus dans cette espérance , l'empereur enverrait tel ambassadeur qu'il lui plairait. Il m'ordonna aussitôt d'aller chercher Maximin, et dès que celui-ci fut arrivé , il le conduisit vers Attila. Maximin, de retour bientôt après, nous raconta que le Barbare avait déclaré qu'il voulait absolument que l'empereur lui envoyât pour ambassadeur Nomius, ou Anatolius, et qu'il n'en recevrait aucun autre ; Maximin lui avait fait observer qu'il ne convenait pas de rendre suspects à l'empereur les députés qui lui seraient envoyés , en les désignant; mais Attila lui avait répondu que,

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si les Romains s'y refusaient , il terminerait la querelle en prenant les armes.

A peine étions -nous rentrés dans notre tente, que le père d'Oreste vint nous dire : «( Attila vous i> invite tous deux au banquet qui doit avoir lieu 1) vers la neuvième heure du jour.» A l'heure dite, nous nous rendîmes à l'invitation , et, réunis aux ambassadeurs des Romains occidentaux, nous nous tînmes devant l'entrée de la salle , en face d'Attila ; là, les échansons, selon l'usage de ce pays, nous présentèrent une coupe, afin que, avant de nous asseoir, nous lissions des libations ; après nous en être acquittés et avoir goûté de la coupe , nous allâmes occuper les sièges sur lesquels nous devions souper.

Des sièges étaient préparés des deux côtés de la salle, le long des parois; au milieu était Attila, sur un lit vis-à-vis duquel était placé un autre lit, derrière lequel se trouvaient les marches d'un escalier qui conduisait à celui où ce prince couchait. Ce lit était orné de toiles et de tapis de diverses couleurs , et il ressemblait à ceux que les Romains et les Grecs arrangent pour les mariés. 11 fut réglé alors que le premier rang des convives s'assiérait à la droite d'Attila, et le second rang à la gauche ; nous fûmes placés dans le second rang avec Bérich, guerrier très -considéré parmi les Scythes; mais Bérich était au-dessus de nous. Onégèse occupait le premier siège à la droite du roi , et vis-à-vis de lui étaient assis deux des fils d'Attila ; l'aîné était couché sur le même lit que son père , non à côté , mais fort au-dessous , et il tenait toujours les yeux baissés par respect pour son père.

Tout le monde s'étant assis , l'échanson d'Attila lui présenta une coupe devin; en la recevant, Attila salua celui qui occupait la première place ; à cet honneur, celui-ci se leva aussitôt : il ne lui était pas permis de se rasseoir avant qu'Attila, goûtant de la coupe ou la buvant tout entière, l'eût rendue à l'échanson. Attila, au contraire, restait assis, tandis que les convives, recevant une coupe chacun à son tour, lui rendaient hommage en le saluant et en goûtant le' vin. Chaque convive avait un échanson, qui entrait à son rang après la sortie de celui d'Attila. Tous les convives ayant élé honorés de la mémo manière , Attila nous salua à notre tour à la manière des Thraces; après ces cérémonies de politesse , les échansons se retirèrent.

A côté de la table d'Attila étaient dressées d'autres tables, faites pour recevoir trois ou quatre, ou même un plus grand nombre de convives, chacun desquels pouvait , sans déranger l'ordonnance des sièges , prendre sur les plats avec son couteau ce qui lui plaisait. Au milieu s'avança d'ubord le ser-

viteur d'Attila , portant un plat plein de viande ; ensuite ceux qui devaient servir les autres convives couvrirent les tables de pain et de mets. On avait préparé, pour les Barbares et pour nous, des mets et des ragoûts de toutes sortes, et on nous les servait sur des plats d'argent; mais Attila n'avait qu'un plat de bois et ne mangeait que de la viande.

Il montrait en tout la même simplicité : les conviés buvaient dans des coupes d'or et d'argent; Attila n'avait qu'une coupe de bois; ses habits étaient fort simples, et ne se distinguaient de ceux des autres Barbares que parce qu'ils étaient d'une seule couleur et sans ornements; son épée, les cordons de sa chaussure , les rênes de son cheval n'étaient point, comme ceux des autres Scythes, décorés de plaques d'or ou de pierres précieuses.

Lorsque les mets servis dans les premiers plats eurent été mangés, nous nous levâmes, et aucun de nous ne reprit son siège avant d'avoir bu une coupe pleine de vin , à la santé et à la prospérité d'Attila , selon les formes que je viens de décrire. Après lui avoir rendu cet hommage, nous nous rassîmes ; on apporta alors sur toutes les tables de nouveaux plats qui contenaient d'autres mets , et lorsque chacun en eut mangé à satiété , nous nous levâmes, nous nous remîmes à boire comme la première fois, et nous nous rassîmes encore.

A l'approche du soir, les mets furent enlevés ; deux Scythes s'avancèrent, et récitèrent devant Attila des vers de leur composition , où ils chantaient ses victoires et ses vertus guerrières. Tous les regards des convives se fixèrent sur eux; les uns étaient charmés par les vers ; d'autres s'enflammaient à cette peinture des batailles ; des larmes coulaient des yeux de ceux dont l'âge avait éteint les forces , et qui ne pouvaient plus satisfaire leur soif de guerre et de gloire. Après ces chants barbares, un fou vint débiter un déluge d'extravagances et de Sottises telles qu'il fit éclater de rire tous les assistants.

Le Maure Zerchon entra le dernier : Edecon l'avait engagé à venir trouver Attila, et lui avait promis d'employer tous ses soins pour lui faire rendre sa fiMume ; il l'avait prise autrefois dans la Scylhic , où il jouissait de la faveur de Bléda , et il l'y avait laissée. Lorsque Attila l'avait envoyée en don à Aétius, il avait d'abordespéré la ravoir, mais cette espérance avait été déçue, parce que Attila s'était irrité de ce qu'il était retourné dans son pays ; saisissant l'occasion de la fête , il venait la redemander, et sa figure, son maintien, sa prononciation, le mélange bizarre qu'il faisait de mots huns. latins et gotlis, excitèrent une telle gaieté, de

tels transports de joie, que les éclats de rire étaient inextinguibles ^

Attila seul conservait toujours le même visage ; il était grave et immobile , il ne disait et ne faisait rien qui annonçât la moindre disposition à rire ou à ^'égayer; seulement, lorsqu'on lui amena le plus jeune de ses fds , nommé Irnach, il le regarda avec des yeux d'affection et de plaisir, et lui prit la joue pour le caresser. Comme je m'étonnais qu'Attila lit si peu d'attention à ses autres enfants, et ne parut occupé que de celui-ci, un des Barbares, assis près de moi, et qui parlait le latin, après m'avoir fait promettre que je ne révélerais pas ce qu'il allait m'apprcndrc, me dit que les devins avaient prédit à Attila que toute sa race périrait, à l'exception de cet enfant qui en serait le restaurateur.

Comme le banquet se prolongea fort avant dans la nuit, nous ne crûmes pas devoir rester plus longtemps à boire, et nous sortîmes.

Le lendemain nous allâmes trouver Onégèse, pour lui dire que nous demandions à être congédiés, et que nous ne voulions pas perdre inutilement plus de temps : il nous répondit que telle était aussi l'intention d'Attila et qu'il avait résolu de nous congédier; il tint ensuite un conseil des principaux chefs, relativement aux résolutions qu'avait prises Attila , et rédigea la lettre que nous devions rapporter à l'empereur. Il avait auprès de lui des secrétaires chargés de sa correspondance, entre autre Rusticius, originaire de la haute Mœsie, qui avait été fait prisonnier par les Barbares, et à qui son talent pour la parole avait valu cet emploi.

Après le conseil , nous suppliâmes Onégèse de rendre la liberté à la femme et aux enfants de Sylla, qui avaient été réduits en servitude , lors de la prise de Ratiaria : il n'était pas éloigné de nous l'accorder, mais il exigeait une rançon considérable : nous lui demandâmes avec instance de se laisser toucher de pitié par le souvenir de leur ancienne condition, et la vue de leur misère actuelle : enfin, en se rendant auprès d'Attila, Onégèse nous accorda la liberté de la femme pour cinq cents aurei, et fit présent à l'empereur de celle de ses fils.

Pendant ce temps Reccam , femme d'Attila , qui veillait sur ses affaires domestiques , nous invita à souper^; nous nous rendîmes auprès d'elle et nous la trouvâmes entourée d'un grand nombre de chefs Scythes; elle nous combla de politesses, nous tint

> N'est -il pas sinfjulier de trouver déjà à la cour d'Attila un arlequin? Telle est en effet leur origine : la couleur des esclaves noirs, VélravgeW de leur figure et de leurs manières les firent reclicrcher par les Barbares comme d'excellents

les discours les plus aimables , et nous donna un magnifique banquet. Chacun des convives se leva , nous présenta une coupe pleine de vin, et nous embrassa en la reprenant, ce qui est chez les Scythes une marque de bienveillance : après le souper, nous nous retirâmes dans notre tente pour y passer la nuit.

Le lendemain, Attila nous invita de nouveau à un banquet ; nous y observâmes les mêmes cérémonies qu'au premier , et nous nous y divertîmes fort ; ce jour-là , ce n'était point le fils aîné d'Attila qui était assis sur le même lit que ce chef, mais son oncle OEbar , qu'Attila regardait comme son père.

Pendant tout le banquet, Attila nous parla avec beaucoup de douceur; U ordonna à Maximin d'engager l'empereur à donner pour femme , à son secrétaire Constance, celle qu'il lui avait promise : Constance, en effet, était venu à Constanlinople avec les députés d'Attila, et il avait offert de s'employer à maintenir la paix entre les Romains et les Huns, pourvu qu'on lui donnât en mariage une femme riche : l'empereur y avait consenti et lui avait promis de lui faire épouser la fille de Saturnillus, homme d'une famille noble et d'une fortune très -considérable; mais Athénaïs ou Eudoxie (on donnait à l'impératrice ces deux noms) fit mourir Saturnillus , et Zenon , personnage consulaire, empêcha l'empereur d'exécuter sa promesse ; ce Zenon, accompagné d'une nombreuse troupe d'Isauriens, gardait alors la ville de Constantinople, qui était menacée par la guerre, et commandait les armées d'Orient; il fit sortir la jeune fille de prison, et la donna à un certain Rufus, l'un de ses parents. Constance, frustré ainsi de ce mariage, demandait instamment à Attila de ne pas souffrir l'affront qu'il avait reçu, et de faire en sorte qu'on lui donnât une femme, ou celle qu'on lui avait ravie, ou une autre qui lui apportât une riche dot : aussi, pendant le souper , le Barbare recommanda à Maximin de dire à l'empereur qu'il ne fallait pas que Constance fût trompé dans son espérance, et qu'il était contraire à la dignité d'un empereur d'être un menteur. Attila donnait cet ordre à Maximin, parce que Constance lui avait promis une forte somme d'argent, s'il réussissait par sa protection à épouser une jeune Romaine riche.

A l'approche de la nuit, nous nous retirâmes du banquet.

qui vient redemander sa femme à Attila, rappelle Arlequin redemandant Colombine.

^ Les érudits ont longuement discuté la question de savoir si cette Recca était la même que la femme d'Attila dont a

honifons; et, pour comble de singularité, le Maure Zerchon, déjà parlé F'riscus, et qu'il a nommée Créca.

ECLAIRCISSEMENTS ET TABLEAUX HISTORIOUES

Au bout de trois jours enfin , nous fumes renvoyés après avoir reçu des présents ; Attila fit partir avec nous, comme ambassadeur, Bérich, Tun des principaux chefs scythes , seigneur de beaucoup de villages dans la Scythie, et qui, au banquet, avait été placé du même côté que nous, mais à un rang supérieur. Bérich avait déjà été autrefois reçu comme ambassadeur à Constantinople.

Pendant notre route, et comme nous arrivions à un certain village, on prit un Scythe qui était venu dans le pays des Barbares pour y espionner en faveur des Romains ; Attila le fit mettre en croix. Le lendemain , comme nous traversions d'autres villages, nous vîmes traîner, les mains liées derrière le dos, deux prisonniers, esclaves chez les Scythes, qui avaient tué ceux que le sort de la guerre avait rendus maîtres de leur vie et de leur mort ; on leur serra la tète entre deux pièces de bois , et on les mit aussi en croix.

Bérich , tant que nous cheminâmes dans la Scythie , suivit la même route que nous , et se montra doux et bienveillant ; mais lorsque nous eûmes passé le Danube, il devint notre ennemi, sur quelques misérables prétextes fournis par nos domestiques. Il commença par retirer à Maximin le cheval qu'il lui avait donné ; Attila en effet avait exigé que tous les chefs scythes qui l'accompagnaient fissent des présents à Slaximin , et ils lui avaient tous à

l'envi offert des chevaux , Bérich comme les autres ; mais Maximin , qui voulait se montrer sage et modéré, avait refusé la plupart de ces chevaux, et n'en avait accepté que quelques-uns. Bérich donc lui ôta le sien, et ne voulut plus ni causer avec nous, ni suivre la même route. Ainsi ce gage d'une hospitalité contractée dans le pays même des Barbares n'alla pas plus loin. Nous nous rendîmes à Adrianopolis, par Philippopolis ; nous nous arrêtâmes quelque temps dans cette ville pour nous reposer; et , adressant la parole à Bérich , nous lui demandâmes pourquoi il avait gardé avec nous un silence si obstiné ; il n'avait aucune raison de nous en vouloir, puisque nous ne l'avions offensé en rien ; il s'apaisa, nous l'invitâmes à souper, et nous parlimes d'Adrianopolis.

Nous rencontrâmes en chemin Vigile qui retournait en Scythie, et après l'avoir instruit de la manière dont Attila avait répondu à notre ambassade, nous continuâmes notre route. Arrivés à Constantinople, nous pensions que Bérich avait oublié sa colère ; mais nos politesses n'avaient pu triompher de son naturel farouche et vindicatif j il accusa Maximin d'avoir dit que les généraux Aréobinde et Aspar n'avaient point de crédit auprès de l'empereur, et que , depuis qu'il connaissait la légèreté et l'inconstance des Barbares , il savait le cas qu'on devait faire de leurs exploits.

TABLEAU CHRONOLOGIQUE

DES PRINCIPAUX ÉVÉNEMENTS DE L'HISTOIRE POLITIQUE DE LA GAULE, DU V^ AU X« SIÈCLE.

Invasion générale des Germains dans l'empire d'Occident, et spécialement dans la Gaule.

Etablissement des Bourguignons dans la Gaule orientale.

Établissement des Visigoths dans la Gaule méridionale.

Élablissoment des Francs dans la Belgique cl la Gaule septentrionale.

Invasion d'Attila en Gaule. — Sa défaite dans les plaines de Chàlons en Champagne,

476 Chute définitive de l'empire d'Occi-

dent.

481 -SU Règne de Clovis. — Etablissement du royaume des Francs. — Leurs conquêtes dans la Gaule orientale .

occidentale el méridionale.

27 nov. ol I i Mort de Clovis. — Partage de ses jdomaines et de ses Etals entre ses qua- 'ire Ois.

523 — 1)34 I Guerres des Francs contre les Bourguignons. — Chute du royaume de ices derniers.

CIVILISATION Ei\ FRANCli. — LEÇONS I A XXX.

Octob. 732

21 oct. 741

sept. 768

ClolaircI", quatrième fils de Clovis, seul roi des Francs.

Traite d'Aiulelot, entre Contran, roi de Bourgogne , et Childebert II , roi de Metz.

Clotaire II, fils de Chilpéric I" et de Frédégondc , seul roi des Francs.

Élévation progressive de la famille des Pépin parmi lesFrancs Austrasiens.

Lutte des Francs de Neustrie contre les Francs d'Austrasie.

Bataille de Testry. — Triomphe des Francs d'Austrasie.

Gouvernement des Francs par Charles-Martel.

Invasion et progrès des Arabes dans la Gaule méridionale et occidentale.

Ils sont battus près de Tours par Charles-Martel.

Mort de Charles-Martel. — Partage de la Gaule entre Pépin et Carloman, ses fils.

Carloman se retire dans un monastère. — Pépin seul chef des Francs.

Déposition de Childéric 111, dernier roi Mérovingien. — Pépin, dit le Bref, est déclaré roi des Francs , et sacré à Soissons par Winfried (S. Bonifacc), archevêque de Mayence.

Le pape Etienne II, venu en France, sacre de nouveau Pépin et sa famille.

Guerres de Pépin en Italie contre les Lombards. — Son alliance avec les papes.

Guerres de Pépin dans la Gaule méridionale contre les Sarrasins. — 11 s'empare de la Septimanie.

Guerres de Pépin dans le sud -ouest de la Gaule , contre les Aquitains. — Il s'empare de l'Aquitaine.

Mort de Pcpin. — Partage de ses Etats entre ses deux fils, Charles et Carloman.

Mort de Carloman. — Charlemagne seul roi des Francs.

Expédition de Charlemagne contre les Aquitains.

Expéditions de Charlemagne contre les Saxons.

Expéditions de Charlemagne contre les Lombards. — Il chasse les rois lombards et s'approprie leurs Etats.

Expéditions de Charlemagne contre lès Lombards du pays de Bénévent.

Expéditions de Charlemagne contre les Arabes d'Espagne, d'Italie, de ,Sardaigne, etc.

24 oct. 800 25déc.800

28janv.814

1" oct. 833

2 nov. 835

50 mai 839

20 juin 840 840—843

29 juin 841

25 déc. 875

6 oct. 877 856 — 877

10 avril 879 879 — 882

5 août 882 882 — 884

6 déc. 884

Expéditions de Charlemagne contre .les Slaves et les Avares, dans l'Europe i orientale.

Relations de Charlemagne avec les empereurs d'Orient.

Entrée de Charlemagne à Rome.

Il est proclamé empereur d'Occident.

Ambassade de Haroun-al-Raschid à Charlemagne.

Charlemagne partage ses Etats entre ses trois fils, Charles , Pépin et Louis. Les Normands commencent à ravager les côtes de la Gaule-Franque.

Mort de Charlemagne.

Couronnement de Louis le Débonnaire à Rhcims, par le pape Etienne IV. Louis s'associe son fils Lothaire, et donne à ses deux plus jeunes fils. Pépin et Louis, les royaumes d'Aquitaine et de Bavière.

Intrigues et révoltes des fils de Louis le Débonnaire contre leur père.

L'assemblée deCompiègne se réunit pour dégrader Louis.

Pénitence publique et dégradation de Louis à Soissons.

L'assemblée de Thionville annule les actes de celle de Compiègne.

Assemblée de Kiersy-sur-Oise, où Louis dépouille ses fils aines, Lothaire et Louis, en faveur du cadet, Charles le Chauve.

Louis le Débonnaire se réconcilie avec son fils Lothaire. — Nouveau partage de l'empire entre Lothaire et Charles le Chauve.

Mort de Louis le Débonnaire.

Guerre entre les fils de Louis le Débonnaire.

Bataille de Fontenay.

Traité de Verdun.— Partage définitif de l'empire.

Charles le Chauve réunit successivement une grande partie des Etats de Charlemagne.

11 est couronné empereur à Rome.

Il reconnaît, dans l'assemblée de Kiersy-sur-Oisc , l'hérédité des bénéfices et des offices royaux.

Mort de Charles le Chauve.

Invasions continuelles et toujours croissantes des Sarrasins, et surtout des Normands, dans la Gaule-Franque.

Règne de Louis le Bègue , fils de Charles le Chauve.

Mort de Louis le Bègue.

Règne de Louis III et Carloman , fils de Louis le Bègue.

Mort de Louis III.

Règne de Carloman.

Mort de Carloman.

Règne de Charles le Gros.

Les Normands assiègent Paris pendant une année.

ÉCLAIRCISSEMENTS ET TABLEAUX HISTORIOUES

2janv.888 887 - 898

28janv. 893

l^janv. 898

la juin 923

Mort de Charles le Gros.

Règne d'Eudes, comte de Paris, fils de Robert le Fort, élu roi pendant que Charles le Gros vivait encore.

Formation d'un grand nombre de seigneuries indépendantes.

Couronnement de Charles le Simple, fils de Louis le Bègue.

Mort du roi Eudes.

Règne de Charles le Simple.

Il cède , par le traité de Clair-sur Epte. à Rollon , chef normand , cette partie de la Neustrie qui a pris le nom de Normandie.

Robert, duc de France, frère du roi Eudes, est élu roi.

Il est tué dans une bataille, contre Charles le Simple, près de Soissons.

Raoul, ou Rodolphe, duc de Bourgogne est élu roi de France.

Captivité de Charles le Simple entre

7 oct. 929 lojanv. 956 956 — 9o4

10 sept. 9ol 9o4 — 986

2 mars 986 986 — 987 21 mai 987 3juillet987

les mains d'Héribert , comte de Vermandois. — Il est mis un moment en liberté , et bientôt renfermé de nouveau.

3Iort de Charles le Simple.

Mort du roi Raoul.

Règne de Louis IV. dit d'Outremer, fils de Charles le Simple. — Ses relations, tantôt amicales, tantôt hostiles, d'une part avec l'empereur Olhon I^"", maître de la France orientale; de l'autre , avec les seigneurs indépendants de la France centrale et occidentale.

Mort de Louis d'Outremer.

Règne de Lothaire.filsdeLouis d'Outremer. — Ses guerres avec Olhon II.

Mort de Lolhaire.

Règne de Louis V, fils de Lolhaire.

Mort de Louis \.

Hugues Capot, comte de Paris, est sacré roi de France à Rheims.

TABLEAU CHRONOLOGIQUE

DES PRI^CIPAl'X ÉVÉ^EMEMS DE LHISTOIRE RELIGIEUSE DE LA GAULE. DU V«- AU X-- SIÈCLE.

11 nov. 400

Mort de saint Martin , archevêque de Tours.

Ecrits de Vigilance, prêtre, contre les reliques des martyrs et quelques autres pratiques de PÉglise. — Saint Jérôme les réfute.

F'ondation de monastères dans la Gaule méridionale , entre autres de ceux de Saint-Victor, à Marseille, et de Lérins.

Saint Germain, cvêque d'Auxerre.

Les Bourguignons embrassent l'arianisme.

Naissance du semi-pélagianisme dans la Gaule méridionale. — Saint Augustin le combat.

Saint Loup, évoque de Troyes.

Concile nombreux. — Le lieu est incertaiïi '.

Saint Hilaire, évéque d'Arles.

Concile d'Orange.

■ Je n'indique dans ce tableau que les princijiaux conciles, (.1 sans rien dire de leur ol>jel. Le taMeau Vil est spécialc-

Contestation entre les évêques d'Arles et de Vienne sur l'étendue de leur juridiction métropolitaine.

Concile d'Arles.

Concile d'Arles.

Fauste, évéque de Riez. — Sa discussion avec Claudien Mamerl. sur la nature de l'àmc. — Il est accusé de semi-pélagianisme. — Il écrit contre les prédestinatiens.

Institution des Rogations par saint Mamert. évéque de Vienne.

Saint Sidoine-Apollinaire, évéque de Clermonl.

Concile d'Arles.

Saint Avile, évéque de Vienne.

Clovis embrasse le christianisme.

Conférence tenue à Lyon, on présence de Gondobaud. roi des Bourguignons, entre les évêques catholiques et les évêques ariens.

ment consacré à l'histoire des conciles et de la législation canoni(|uc de la Gaule à celle épofjue.

mi

SIO

Saint Césaire , évèque d'Arles,

Concile d'Agde.

Sigismond , prince bourguignon , abandonne l'arianisnie.

Concile d'Orléans.

Concile d'Épaone, dans le diocèse de Vienne.

Concile d'Orange.

Concile de Vaison.

Concile d'Orléans.

Concile d'Orléans.

Concile d'Orléans.

Introduction de la règle de saint Benoît en Gaule. Réforme et progrès des monastères. On commence à donner à la vie monastique le nom de religio.

Concile d'Orléans.

Concile d'Arles.

Saint Germain , évèque de Paris.

Concile de Paris.

Saint Grégoire , évèque de Tours.

Saint Senoch , et plusieurs autres reclus se rendent célèbres par leurs austérités.

Childcbert II, roi d'Austrasie, contraint les Juifs à se faire baptiser.

Concile d'Auxerre.

Concile de Mâcon.

Arrivée de saint Colomban en Gaule.

Il fonde le monastère de Luxeuil.

Désordres dans les monastères. — Des imposteurs parcourent la Gaule en se donnant pour le Christ.

Incorporation progressive des moines dans le clergé.

Concile de Paris.

Clotaire II consacre l'élection des évêques par le clergé et le peuple , en se réservant la confirmation.

Concile de Rlieims.

Saint Amand, évèque missionnaire, travaille à la conversion des infidèles en Belgique.

Dagobert I'^'' force les juifs à se faire baptiser.

Fondation de l'abbaye de Saint-Denis.

Concile de Paris.

Saint Eloi, évèque de Noyon.

Saint Ouen, évèque de Rouen.

Fondation d'un grand nombre de monastères.

Concile de Châlôns.

Saint Léger, évèque d'Autun,

Progrès de l'influence temporelle des évoques.

Prédication des moines Angio - Saxons , et autres , soutenus par les maires du palais d'Austrasie, chez les peuples d'Outre -Rhin, tels que les Saxons, les Frisons, les Danois, etc.

Tyrannie des évèques sur les monastères. — Chartes obtenues par les monastères. — Protection que leur accordent les rois et les papes.

Prédication et institutions de S. Boniface en Germanie. — Fondation des évèchés de Salzbourg , Freysingen , Ratisbonne , Wurtzbourg , Passau , Eichstaîdt, etc.

Charles -Martel envahit une partie des domaines du clergé.

Relations des papes avec Charles - Martel et Pépin le Bref.

Concile de Lcptines.

Progrès de la papauté à la faveur de son alliance avec Pépin et Charlemagne.

Concile de Wermerie.

Concile de Verneuil.

Pépin le Bref fait donation à l'Eglise de Rome de domaines pris sur les Lombards.

On recommence à débattre les questions dogmatiques. — Réforme de l'Église par le pouvoir civil.

Etablissement et règle des chanoines, par Chrodegand, évèque de Metz.

Concile de Gentilly.

Charlemagne interdit l'abus du droit d'asile dans les églises.

Le pape Adrien I""^ donne à Charlemagne un recueil de canons.

Charlemagne étend la donation de Pépin à l'Eglise de Rome.

Benoît d'Aniane entreprend la réforme de la vie monastique.

Théoduif, évèque d'Orléans.

Evèques spéciaux, établis dans certains monastères.

Condamnation du culte des images par l'Eglise gallo- franque. — Livres Carolins , composés à ce sujet par Alcuin, et envoyés au pape par ordre de Charlemagne.

Hérésie des Adoptions. — RéTutée par Alcuin , et condamnée par l'Eglise gallo -franque.

Leidrade , archevêque de Lyon.

L'Eglise gallo - franque adopte la doctrine que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils.

Cinq conciles, tenus la même année, travaillent à la réforme de la discipline ecclésiastique.

Règles des chanoines et des chanoinesses, adoptées au concile d'Aix-la- Chapelle.

— Louis le Débonnaire donne force de loi au traité des offices ecclésiastiques d'Amalaire, prêtre de Metz.

Réforme des monastères, ordonnée par un concile d'abbés et de moines , tenu à Aix-la-Chapelle.

Progrès de l'indépendance et du pouvoir temporel des évèques. — Décadence de la royauté.

Preuves du droit de l'empereur d'Occident à intervenir dans l'élection des papes.

Ilarold et sa femme, princes danois.

ÉCLAIRCISSEMENTS ET TABLEAUX HISTORIQUES

Vers 850

Vers 843

avec leur suite, sont baptisés dans le palais de Louis le Débonnaire.

Idées et tentatives d'Agobard , archevêque de Lyon , à l'exemple de Claude, évcque de Turin, pour réformer les abus de l'Église , entre autres le culte des reliques et l'adoration des images.

Controverse sur la transsubstantiation et l'immaculée conception, suscitée par les écrits de Paschase-Radbert.

Concile de Compiègne.

Concile de Thionville.

Concile d'Aix-la-Chapelle.

Progrès de la papauté, aux dépens, 1° du pouvoir des souverains temporels ; 2° du pouvoir des évéques et des églises nationales. — Relations du pape Nicolas l" avec les gouvernements et l'Eglise de la Gaule-Franque.

Apparition des fausses décrétales.

Concile de Thionville.

Hincmar, archevêque de Rheims.

S. Prudence, évêque de Troyes.

Controverse sur la prédestination et la grâce. — Lutte de Gottschalk et d'Hincmar.

S. Rémi , archevêque de Lyon.

Concile de Soissons.

Affaire de Wulfad et des autres clercs ordonnés par Ebbon, archevêque de Rheims.

Affaire du divorce deLothaire et de Teutberge.

Lettres de conseils et de reproches des évéques de Gaule à Louis le Germanique.

Affaire de Rothade, évêque de Soissons.

Affaire d'Hincmar, évêque deLaon.

Le pape Jean VIII institue Primat des Gaules et de Germanie Anségise, archevêque de Sens.

Vers la fin du siècle.

— Concile de Pontion.

Concile de Blayence.

Concile de Trosley.

Fondation de l'abbaye de Cluny, par Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine.

Rollon et un grand nombre de Normands embrassent le christianisme.

S. Odon, abbé de Cluny, réforme son monastère et plusieurs autres qui, avec l'autorisation du pape, se réunissent en une seule congrégation. — Premier exemple du gouvernement commun d'un ordre monastique.

Lutte entre les Normands chrétiens et les Normands restés païens.

Gerbert, archevêque de Rheims, pape en 999.

Canonisation d'Ulrich, évêque d'Augsbourg, par le pape Jean XV.

— Premier exemple de la canonisation papale. — Les évéques continuent à déclarer des saints dans leur diocèse.

— Odilon , abbé de Cluny, institue la fête des trépassés.

— Institution de l'office de la Vierge.

— Progrès de la simonie et du désordre des mœurs dans le clergé, et des superstitions de tous genres dans la population. — Nombre infini de saints et de reliques. — Extension des pénitentiels et du rachat des péchés.

— Les papes se déclarent de plus en plus les adversaires des désordres dans l'Église , et entreprennent de les faire cesser.

— De simples particuliers s'élèvent contre les abus et les superstitions, entre autres Lcutard aux environs de Châlons-sur-Saône.

— Les monastères travaillent à se soustraire à la juridiction des évéques.

TABLEAU CHRONOLOGIQUE

DES PRINCIPAUX ÉVÉiNEMEISTS DE L'HISTOIRE LITTÉRAIRE DE LA GAULE, DU ¥<■ AU X^' SIÈCLE.

Riitilius

Numanius,

de Toulouse ou

de Poitiers.

Sulpice Sévère;

d'Aquitaine.

Évagre.

Saint Paulin; de Bordeaux.

Cassien (Jean); de Provence.

Palladius;

de Poitiers.

Saint Prosper;

d'Aquitaine.

Mamert Claudien; de Vienne.

Salvien ; du nord de la Gaule.

Sidoine Apollinaire; né à Lyon.

Fauste ; Breton d'origine.

Gennade; de Provence.

Pomœrius; Africain d'origine, vécut à Arles.

Mort après l'an

Mort après 420.

Au commencement du v^ siècle.

Au commencement du v= siècle.

Mort vers 463.

Mort vers 474.

Mort à la fin du v<^ siècle.

Mort à la fin du v<-- siècle.

Mort à la fin du

v'' siècle.

Fin du v siècle.

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