‹ Cours d'histoire naturelle fait en 1772Chapitre 21 sur 201 · FAMILLE DES LÉZARDS. — CROCODILE · texte numérisé non relu

FAMILLE DES LÉZARDS. — CROCODILE

ticulièrement dans les eaux moins herbeuses, comme au Petit-Gentilly et dans le bassin des Tuileries.

Elle n’a jamais plus de trois à quatre pouces de longueur.

Le mouron de Normandie, appelé aussi le sourd au Maine, quoiqu'il ne soit pas sourd, pluvine en Dauphiné, lavorne en Lyonnais, blande en Frovence, suisse en Bourgogne, est plus grand que la salamandre aquatique. Il à sept pouces environ de longueur.

Il est noirâtre, taché de jaune partout et sans crête à la queue.

Jl ne se trouve ni en Suède, ni au nord de l’Europe, ni aux environs de Paris, mais à Fontainebleau sur les platiers ; en Normandie sur les coteaux maritimes, dans les broussailles herbeuses où l’eau sourcille, mais non pas dans l'eau. Il se retire sous les pierres et sous les souches d’arbres où on le trouve rassemblé en société.

Il vit de limaçons, de versdeterre, et d’insectes aquatiques.

Sa liqueur laiteuse est fétide et légèrement caustique.

Quelques personnes croient mal à propos que cet animal est venimeux. Plusieurs expériences faites par M. de Maupertuis, par nombre d’autres et par nous, prouvent que ni son lait, ni sa chair avalée ou appliquée, ni sa morsure ne sont venimeux; mais seulement que sa chair est vomie par les animaux qui en mangent parce qu’elle est trop visqueuse et difficile à digérer.

Cet anima! marche lentement. Lorsqu'on le bat il redresse la queue comme pour inspirer de la terreur.

M. de Maupertuis dit lui avoir trouvé tantôt quarante à soixante œufs, tantôt autant de petits dans les deux ovaires, et qu'il est vivipare en même temps et ovipare.

Il a la vie extrêmement dure, mais trempé dans le vinaigre ou dans le sel en poudre il y périten convulsions, comme le lézard commun et les vers, dans l’espace de trois minutes ;

il ne peut vivre plongé sous l’eau, il faut qu’il élève ses narines au dehors pour respirer.

Le CROCODILE, crocodilus, forme un genre de lézard différent de tous les autres en ce qu’il a cinq doigts aux pieds antérieurs distincts, et quatre aux pieds postérieurs palmés, réunis par une membrane lâche, la plupart onguiculés, et la queue comprimée, articulée et dentelée en crête.

On en connaît trois espèces qui sont : 4° le crocodile vert ordinaire , ou le grand , a huit rangs d’écailles sur le dos, la queue un quart plus longue que le reste du corps; 2° le caïman noirâtre; 3° le gavial du Sénégal et du Gange, à bec menu et cylindrique.

Le crocodile, crocodilus, proprement dit, est cendré vert et il a la queue un quart plus longue que le reste du corps. Sa plus grande longueur totale est de dix-huit pieds sur deux pieds de largeur. Les éerivains qui disent qu’il y en a de trente-six pieds de longueur exagèrent beaucoup. Jamais on n’en a vu de pareils au Sénégal, où ils sont plus communs et plus grands qu'ailleurs.

Cet animal est commun dans les eaux douces du Nil et surtout dans celles du Niger, où on le voit quelquefois par centaines dans les parties inférieures du fleuve, depuis l’île de Sor, dans le Marigot, qui porte son nom de diasic, c’est-àdire Marigot des crocodiles, jusqu’auprès de Podor, dans un espace de trente-cinq lieues environ.

Il se repose communément sur les plateaux exposés au soleil, et ne plonge dans l’eau que quand il voit quelque animal qu’il craint ou qu’il veut surprendre. Lorsqu'il nage sans dessein, le dessus de son corps paraît comme une pièce de bois flottante, et dans cette position ses yeux et son nez sont au-dessus de l’eau pour respirer et pour voir ce qui se passe au bord du rivage. |

Comme il se nourrit de quadrupèdes aussi bien que de

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poissons et de lézards aquatiques, dès qu’il aperçoit des bœufs ou des moutons buvant sur le rivage, il plonge aussitôt, les gagne entre deux eaux, en prend un par la patte, l’entraîne au milieu de l’eau où il achève de le tuer en le noyant, puis il le mange à son aise.

Comme la mâchoire supérieure est moins épaisse que inférieure, elle joue sur elle et est mobile.

La femelle pond en juin, au milieu des plaines sablonneuses exposées au soleil, environnées de bois et désertes, à cinquante ou cent toises environ du rivage , trente-six à soixante œufs ovoïdes , grands comme ceux de l’oie, mais un peu plus longs, blancs, tiquetés de jaune, à coque dure.

Les écailles du dos de cet animal sont osseuses et si dures que la balle du mousquet ne peut y pénétrer; celles de ses côtés sont si unies qu’elle glisse dessus. Il n’y a que le fer des flèches ou du couteau qui puisse y pénétrer. Cet animal nage mieux qu’il ne marche.

Comme il marche en rampant, en trainant son corps sur la terre, les nègres le tuent aisément lorsqu'ils le rencontrent à terre, mais il faut qu’ils soient deux ou trois, parce que cet animal donne de forts coups de queue de côté. Lorsque j'en tuai un avec mes deux nègres, je montai sur le milieu de son corps pour l’assujettir et ralentir sa marche, pendant que l’un des deux nègres tenait sa queue et la coupait à sa racine , et que l’autre, qui avait plongé un bâton dans sa gueule, lui erevait les yeux et plongeait le couteau au défaut du cou.

Les nègres mangent ses œufs et sa chair, qui est noire et grossière comme celle du bœuf; j’en ai goûté plus d’unefois, mais tous deux ont une odeur de muse peu supportable.

Les Égyptiens adoraient autrefois les crocodiles, et les habitants de la ville d’Arsenie, autrement ville des Croco-

diles, voisine du lac Mœris qui en était rempli, le craignaient au point qu'ils en faisaient nourrir un qui était attaché par les pattes de devant. On lui attachait des pierres précieuses autour de ses oreilles. On lui donnait à manger des viandes consacrées jusqu’à ce qu’il mourût. Alors on Pembaumait et on le plaçait dans la sépulture des rois.

On lit dans l’histoire ancienne que le crocodile a pour ennemis l’hippopotame et l’ichneumon, espèce de furet ou de rat aquatique qui entre dans sa gueule pendant qu’il dort, qui lui ronge les entrailles et le fait mourir ainsi pour le manger ensuite à son aise, et qui déterre ses œufs dont il est très-friand. En effet, dans les bas-reliefs antiques dont on voit une belle imitation autour du grand bassin des Tuileries, on voit au-dessous de la figure du dieu Nil et de ses quatorze petits enfants, qui sont placés à diverses hauteurs pour indiquer ses diverses crues qui n’annoncent l’abondance que lorsque l’eau monte à quatorze coudées, on voit, dis-je, un lit de marble blanc autour duquel sont représentés en bas-reliefs les objets particuliers à l'Égypte, teis que le lotus ou le nelumbo, dont ils font une sorte de pain; Pibis, qui purge le pays des serpents; l’ichneumon, et l’hippopotame tenant un crocodile dans sa gueule.

Ce qui distingue le caïman du crocodile, c’est qu’il est plus petit, jaune roux, marbré de noir, à six rangs d’écailles sur le dos et à queue à peine aussi longue que le corps.

il se trouve dans les parties supérieures du Niger, vers le pays de Galam, où on l'appelle, maï-maï. Il est aussi commun en Amérique autour des iles : peut-être es‘-ce une autre espèce. Il vit de tortues.

Il ne passe guère douze ou quinze pieds en longueur.

Le SEPS OU CHALCIDES DE PLINE forme un genre de lézard différent de tous les autres, en ce que chacun de ses pieds n’a que trois doigts.

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