‹ Cours d'instruction réligieuse, ou, Exposition complète de la doctrineChapitre 70 sur 82 · CONDITIONS NÉCESSAIRES POUR QUE NOS ACTIONS SOIENT BONNES · texte numérisé non relu

CONDITIONS NÉCESSAIRES POUR QUE NOS ACTIONS SOIENT BONNES

Une action est bonne quand elle est conforme à la loi de Dieu; elle est alors l'accomplissement d'un devoir ou l'observation d'un conseil.

La bonté morale d'une action suppose trois choses : elle suppose d'abord que nous avons l'idée du bien; en second lieu, que nous voulons faire le bien tel que nous l'avons conçu ; enfin que nous le faisons librement, sans contrainte, sans nécessité : connaissance, volonté, liberté.

Celui qui agit sans savoir ce qu'il fait ne produit pas un acte moral; il n'y a dans ses actes qu'un mouvement instinctif, une sorte d'impulsion organique, qui ne peut avoir ni bonté ni malice devant Dieu. Telles sont les actions de l'enfant qui n'a point encore l'usage de la raison, les actes d'un homme endormi, ou d'un homme distrait qui ne se rend pas compte de ce qu'il fait.

Il n'est pas moins évident qu'il ne suffît pas de connaître ce qui est bien, si on n'a la volonté de le faire, avec une intention pure. Demandez à un enfant si l'aumône est une bonne œuvre : il vous répondra sans hésiter qu'elle est bonne. Il comprend qu'il est bon de venir au secours de l'indigent, de soulager un frère qui souffre. Mettez ensuite sous les yeux de cet enfant une personne qui fait d'abondantes aumônes, mais sans motif de charité ni de religion ; qui donne par COURS d'instr. m. 25

vanité, arec ostentation, ou pour des motifs plus mauvais : il ne verra plus dans ces aumônes qu'un avantage pour ceux qui les reçoivent, mais non pas une œuvre bonne dans celui qui les fait ; tant il est manifeste qu'une action n'est bonne qu'autant qu'elle est faite dans une vue pure. La raison ne permet pas plus de faire le bien dans une mauvaise intention que de faire le mal pour arriver à une bonne fin : elle veut qu'on fasse ce qui est dans l'ordre de la Providence, et qu'on le fasse en vue du bien.

Ceci demande une attention particulière dans la direction de la vie, car Dieu jugera nos œuvres, non d'après les apparences, mais d'après les mobiles les plus secrets qui nous auront fait agir. Il est donc pour nous d'une extrême importance de nous conduire par des motifs que la conscience puisse avouer.

Nous pouvons bien, dans les œuvres qui ne sont pas directement relatives à Tordre du salut, n'avoir 4 que des motifs purement naturels, comme de faire une aumône par pure bienveillance, de rendre service au prochain par une simple honnêteté naturelle; mais à quoi ces œuvres nous serviront-elles pour le ciel? Elles seront absolument stériles, et nous aurons perdu notre temps : une partie dp notre vie se sera consumée en vain, tandis qu'avec ces marnas œuvres, faites par un motif surnaturel, nous eussions pu rendre plus de gloire à Dieu, et nous préparer une abondante récompense dans le ciel.

De tous les motifs surnaturels, ie plus excellent, celui que nous devons par conséquent nous propeser de préférence, est la gloire de Dieu, l'amour de Dieu. Il est assurément bien permis d'agir en vue de la ré-

compense ; l'espérance chrétienne est une vertu théologale qui donne beaucoup de prix à nos œuvres. Les plus grands saints ont été excités, consolés et soute-' nus dans l'exercice des vertus par l'attente du ciel ; nous marcherons sûrement en suivant leurs exemples. Néanmoins ces mômes saints avaient encore plus à cœur la gloire de Dieu que leur propre bonheur ; ils avaient compris que créés et mis au monde pour glorifier Dieu, Dieu étant le principe et la fin de toutes choses, c'est vers lui que nous devons tendre par le motif de la charité. Voilà pourquoi ils s'offraient souvent à lui, et offraient avec eux leurs œuvres par un motif d'amour»

Quand nous avons entrepris une action en vue de plaire à Dieu, cette action reçoit sa valeur du motif qui nous anime, alors même que dans l'exécution nous n'avons pas toujours présente l'intention que fcnous nous sommes d'abord proposée* Cette intention persévère, et elle influe très-positivement sur nos actes, puisqu'ils se font sous son impulsion, pourvu que nous ne l'ayons pas révoquée en nous laissant aller à des pensées contraires.

Il y a plus : nous pouvons dire d'une suite d'actions diverses qjii se font dans le cours de toute une journée et au delà, ce que nous disons d'une œuvre particulière : celui qui offre à Dieu le matin toutes les actions de là journée, et qui, sans faire de nouvelles offrandes, sans renouveler ses motifs, demeure ensuite dans la disposition habituelle où la grâce l'a d'abord établi, peut considérer toutes ses œuvres comme bonnes, comme surnaturelles dans leur principe» Nous lui conseillons cependant de renouveler

de temps en temps son intention première, pour exciter davantage son ardeur, la vivacité de sa foi et de son amour. D'ailleurs il est à craindre qu'il ne se glisse imperceptiblement dans le cœur des sentiments contraires, qui altèrent les bonnes dispositions où l'on devrait se conserver.

Notre faiblesse est en effet très-grande : nous commençons un travail dans un sincère désir de plaire à Dieu ; dans la suite, l'amour-propre , le désir de l'estime des hommes, la recherche de notre propre satisfaction, viennent se mêler à ces vues surnaturelles, diminuent leur influence et peuvent même les écarter entièrement , sans que nous nous en| rendions compte. De très-grands saints ont fait en eux-mêmes l'expérience de cette faiblesse ; et, pour se maintenir plus sûrement dans leur résolution de ne travailler que pour Dieu seul, ils se sont habitués à renouveler fréquemment les bons desseins que Dieu leur avait mis au cœur.

§ 2. — MÉRITE DES ACTIONS VERITABLEMENT BONNES ; MERITE NATUREL, MÉRITE SURNATUREL.

Le mérite d'une action est en rapport avec sa bonté morale.

Dieu a voulu que toute action bonne reçût une récompense, non-seulement dans la satisfaction que fait éprouver le témoignage d'une bonne conscience, mais surtout dans la jouissance des biens réservés à ceux qui le servent fidèlement. Si l'action n'a qu'une bonté naturelle, si elle n'a pas été vivifiée par le Saint- Esprit, sa récompense est dans ce monde ; c'est au

fond peu de chose. Saint Augustin pensait que Dieu avait fait fleurir l'empire romain et étendu sa domination sur un si grand nombre de provinces, pour récompenser les vertus morales des premiers citoyens de Rome. C'est possible ; mais nous qui avons des espérances immortelles, nous aspirons à quelque chose de plus excellent : notre récompense sera d'une nature bien différente.

I/Égfise catholique enseigne que les œuvres du juste, faites sous l'inspiration et avec le secours du Saint-Esprit, méritent une augmentation de grâces sur la terre et un surcroît de gloire dans le ciel. Au jour du jugement, le Sauveur rappellera au juste le bien qu'il aura fait : il passera en revue non-seulement ses œuvres extérieures, mais ses bons désirs/ tous les mouvements délibérés de son cœur, et à chacun de ses actes correspondra une récompense. %/ Apôtre saint Paul soutenait le courage des fidèles par la vue de ces magnifiques récompenses ; il leur disait : « Ne nous lassons pas en faisant le bien, « parce qu'un jour nous moissonnerons la gloire et « le bonheur... Quelques moments bien courts de « tribulation opèrent un poids immense de gloire. « Donc, tandis que nous en avons le temps, faisons « le bien l . » Quelle douce consolation n'éprouvait-il pas lui-même quand, parvenu au terme de ses travaux, portant dans son cœur le pressentiment d'une mort prochaine, avec une ferme assurance des miséricordes divines, il écrivait à l'un de ses disciples : « J'ai bien combattu, j'ai achevé ma courâe; j'ai

1 II» Ép. aux Corinthiens, iv, 17 ; Ép. aux Galates, vi, 9-10.

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a gardé, la foi : la couronne de justice m'eet réa «ervée* que le Seigneur, juste juge, ae rendra « en ce jour 1 1 »

Les protestants n'ont pu supporter que nous parlions du mérite de nos œuvres et du droit qu'elles nous donnent à une récompense. Selon eux, c'est un orgueil insoutenable et une injure faite à Notre- Seigneur. Est-ce donc une faute à nous de parler le langage des saints Apôtres et de nous rappeler les promesses du Sauveur? Pour comprendre comment notre doctrine se concilie avec les mérites de Notre- Seigneur, écoutons les paroles du concile de Trente : <t Encore que nous voyions que les saintes Lettres « font tant d'estime des bonnes œuvres, que Jésusce Christ nous assure lui-même qu'un verro d'eau « donné à un pauvre ne sera pas privé de sa récoro- « pense, et que l'Apôtre témoigne qu'un moment de «peine en ce monde produira un poids de gloire 4 a éternelle, toutefois à Dieu ne plaise que le chrétien « se fie ou se glorifie en lui-même et non point en ^ Notre-Seigneur, duquel la bonté est si grande ence vers les hommes,, qu'il veut que ses dons soieat «leur* mérites* 1»

Ce serait une toile témérité de croire que la créature puisse avoir par elle-même aueua droit sur les biens de son Créateur. Quelques bonnes œuvres que nous fassions, Dieu ne peut nous devoir que ce qu'il nous a promis, car il a sur nous un domaine absolu : nous sommes à lui bien plus qu'à nousrnaèmes. Il est donc impossible que sa justioe soit tenue à rien

1 II- Ép. à Timothée, iv, 7-8.

* Cwcjie 4e Trepte, »ess r ri, e. xxv.

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envers nous, si ce s'est que sa bonté l'y oblige. La justice qui nous récompense est fondée sur la promesse divine par laquelle Dieu s'est engagé gratuitement envers nous, à cause de Jésus-Christ. Voilà pourquoi le saint concile de Trente veut que nous considérions la vie éternelle promise à ceux qui auront persévéré jusqu'à la fin, sous ce double caractère de grâce et de récompense : grâce qui est miséricordieuseinent promise aux enfants de Dieu par Notre-Seigneur Jésus-Christ, récompense qui sera fidèlement rendue à leurs bonnes œuvres et à leurs mérites, en vertu de la promesse de Dieu.

Et qu'on ne dise pas qu'il n'y a point de proportion entre nos œuvres et la vie éternelle. Il y en a certain nement une : c'est la proportion qui existe entre la semence et le fruit, entre le fondement et l'édifice, entre le commencement et la perfection. Le Sainttbprit qui nous est donné opère continuellement en nous pour former dans notre âme la vie de Jésus- Christ. Il commence sur la terre et il n'achève que dans le ciel. La foi qui nous éclaire est une sorte d'initiation à la vue intuitive ; l'espérance nous fait aspirer au bonheur du ciel; l'amour que le Saint-Esprit nous inspire nous unit à Dieu et excite en nous des désirs que Dieu ne peut satisfaire qu'en se donnant lui-même. Ne soyons donc plus surpris d'entendre dire que Dieu doit la vie éternelle aux œuvres qu'il produit en nous par sa grâce ; c'est dire qu'il se doit à lui-même d'accomplir l'ouvrage qu'il a commencé, d'achever le merveilleux édifice dont il a posé les fondements, de contenter les désirs qu'il a inspirés t est-il rien de plus digne de sa sageése ?

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Lorsque les fidèles agissent comme membres de Jésus-Christ, leurs actions tirent leur valeur de Jésus- Christ, parce qu'elles viennent de la vertu qu'il répand en eux, c'est-à-dire de son esprit qui les prévient par ses inspirations, qui les aide dans ce qu'ils font de bien et qui fait, par là même, que leurs actions sont en quelque sorte divines 4 . L'Église, qui sait que tout ce que nous faisons de bien provient de l'influence de ce chef adorable qui anime tout le corps mystique des chrétiens, n'a dû faire aucune difficulté à reconnaître le mérite des bonnes œuvres.

Comme, d'après cette doctrine, la raison du mérite vient de l'union intime de nos âmes avec Jésus-Christ, il suit que ceux qui sont séparés de lui par le péché mortel ne sont capables de mériter auprès de Dieu ni la grâce, ni la gloire. Leurs œuvres, en les supposant faites par le mouvement du Saint-Esprit, sont certainement bonnes, elles sont surnaturelles, elles les dis^ posent à la justification, ce qui est immense ; mais elles ne peuvent leur acquérir aucun droit ni aux récompenses du ciel, ni même à la grâce de la justification, qui est toute gratuite de la part de Dieu.

Nous venons d'exposer un grand mystère : mystère peu connu des chrétiens, qui cependant fait leur gloire, et qui est en même temps le fondement assuré de leur bonheur : c'est la vie de Jésus-Christ dans l'âme du juste et le mérite surnaturel des œuvres que cette vie produit. L'avons-nous compris, en avonsnous soupçonné du moins l'excellence ?

Notre-Seigneur nous a dit de lui-même : Le discours

1 Bossuet, Réfutation du catéchisme du P. Ferry, II* section, ch. xin.

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que j'ai prononcé n'est pas de mot, mais de mon Père; mon Père, demeurant en moi, fait mes œuvres*. Jésus * Christ faisait sans doute ces œuvres, mais il les faisait avec son Père, et il lui en attribuait la gloire. Or, de même que le Père céleste demeure et opère en son Fils bien-aimé, ainsi Jésus-Chrit demeure, vit et opère dans l'âme qui lui est unie par la grâce sanctifiante. Il nous a communiqué sa vie en nous donnant son Saint-Esprit, lequel nous éclaire des lumières de la foi, nous anime par les inclinations qu'il met en nous, par les désirs qu'il nous inspire, par les bons mouvements qu'il nous donne. Voilà pourquoi l'Apôtre saint Paul disait : J'ai beaucoup travaillé, mais ce n'est pas moi seul, c'est la grâce de Jésus-Christ avec moi. Jésus-Christ vit en moi. Tout chrétien en état de gTâce, et qui fait ses œuvres dans des vues surnaturelles, peut tenir ce lragage. Voyez- vous ce petit enfant de huit à dix ans, iftk a conservé l'innocence de son baptême, et qu'une mère pieuse a instruit de la manière dont il doit offrir son cœur et ses œuvres à Dieu? Cet enfant ne sait pas encore raisonner, il ne fait rien d'éclatant, le monde ne s'occupe pas de lui, il vit ignoré dans le sein de sa famille. Eh bien, je vous le dis en vérité : ce petit enfant procure plus de gloire à Dieu par ses prières et par ses actions que beaucoup de grands personnages qui entreprennent des œuvres éclatantes dans l'Église ou qui composent de doctes ouvrages, mais qui n'ont pas des vues aussi pures, un cœur aussi simple et aussi docile sous la main du Saint-Esprit. Jésus- Christ vit dans le cœur de cet enfant, et il opère en lui

• Évang. de saint Jean, xiv, 10.

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des oeuvres vraiment divines» Heureux qui comprend cette vérité élémentaire du Christianisme ! Plus heureux encore celui qui s'applique à n'agir que selon lés lumières de sa conscience, relevant la valeur de ses œuvres par des motifs surnaturels, et les faisant en union avec Notre-Seigneur !

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