‹ Cours de botanique (volume 2)Chapitre 15 sur 65 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Des Piquons.

J £ désigne ici sous le nom général de piquans (arma) tous les organes ou parties d'organes qui dégénèrent en pointe dure et plus ou moins aiguë, et qui deviennent ainsi deà espèces d'armes défensives pour les plantes qui en sont douées. Ou a coutume de distinguer parmi ces déf<^ses végétales les épines et les aiguillons; mais cette distinction, comme je l'ai jadis fait remarquer (i), est moins, facile qu'on ne l'avait cru d'abord. On a dit long-temps que les épinçs tenaient au bois et les aiguillons a Técorce; mais, d'après cette dé&nition, il aurait fallu admett]:eq.u'il n'ei^istait que i'un de ces organes dans les monocptylé* doses, où le bois et l'écorce ne peuvent se distinguer, et on aurait même été embarrassé de dire s'il appartenait aux épines ou aux aiguillons; dans les dicotylédones ellesmêmes on était bien, incertain pour savoir à quelle classe on devait rapporter les piquans de plusieurs feuilles, et ceux qui naissent auries organes de la fleuir'et du fruit Dans cet état de. la science;, j'ai fait remarque^ que tout les organes des plantes étài,eBt susceptibles de prendre à ' leur extrémité un degré d'endurcissen^ent qui leis tcaos^ forme en piquans, et il a été facile de voir que ceux qui,

(1) tK:., IFI. fr., éd. 3, vol. I, p. ii4.

Tonu II. la

Ijg ^ OA6ANBS ACCESSOIRES.

jusqu'alors, avaient reçu le nom d'az^«z//o/i5(aculeî), plutôt par qnelqu'analegie va^e que par suite d'nne définition rigoureuse, étaient des organes de ta nature des poils enduras et accrus plus qu'à l'ordinaire , et que tous les autres organes transformés en piquans devaient être et avaient été en général considérés comme des épines {sçmd^. Quelques exemples mettront ces principes hors de doute, et serviront en même-temps à faire connaître les variétés d'origine et de formé des épines et des alguiHons.

La circonstance qui produit le plus fréquem^ment des épines > c'est le défaut de développement des branches de certains arbres, qui s'endurcissent et se transforment parlà en pointes piquantes ; ainsi , par exemple , les épines da prunier épineux si commun dans les haies , ne sont évidemment que des branches endurcies (2); en effet elles naissant de l'aisselle des feuilles comme les branches : elles portent souvent des feuilles; leur anatomie est absolument eelle des rameaux; bien plus, lorsqu'un de ces pruniers se trouve placé dans un Keu très-aride , il a beaucoup d'épines on, en d'autres termes, beaucoup de branches qui avortent; si, au contraire, on le place dans un terrain fertile, il perd, dit-on, ses épines, c'es^^•dire que toutes ses pousses, au-lieu d'arorter, se prolongent en véritables brandies. C'est à cause de cette circonstance commune à phsieurs arbres et arbustes, et surtout à ceux de la famille d^ roîMcées, ^e Pona sourent observé que les végétaux épinenxlse dépotitllent de leurs piquans par Ja culfUre; i^si j'ai tu, dans le jatdin de Cenève, un néflier

(a) Daham. , Phys. arb. 2, pi. i3, f. 127. Tarp. Iconogr. pi. 4 ^c' y fig* 7* <>'•

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OHaAlfES AGCB890IRBS. , I79

sauvage perdre en deux ans, ppr la culture, toutes les épines dont U était bérîssé. Les épines des gîeditsia, qui 800t si énormes et si rameuses , celles des genêts, des cj" ttses et mie Ibnie d'autres, ne sont que des branches avoriées et eiidurcies. On pourrait^ dire que ce sont des épines raméales.

Les pétioles des astragales adragans (3), de llitlimodendroo (4)? de fammodendron (5), offrent un phénomène analogue; ces pétioles s'endurcissent à la fin de la vie des folioles, et lorsque celles-ci sont tombées ou prêtes à tomber, ils se transforment en de véritables épines pétiolaires très-dures et très-aiguës : par la nature même de Jeur origine elles sont toujours simples; elles durent presqu'autant que la tige elle-même ; car tous les pétioles 4}tti ont cette tendance spinescente, sont continus et non articulés à leur base.

lues stipules de plusieurs plantes prennent un endurcis* sèment tel, qu'elles se présentent sous l'appaKnce de véritables épives stipulaires : telles sont les épines des pictetia (6). Mais il faut faire attention que les coussinets <m ]as protubérances de la branche sur lesquelles les pétioles s^t placés acquièrent.queIquefois un développement latéral assez graod pour former de véritables épines, qu'on a souvent prises pour des épines stipulaires; on les dis* tipgtt^ très-biei» dans certaines espèces d'acacia, (m elles 4X)e3ti^tem avec lea vraies stipules, par exemple, dan$

{3j DC, Astra^. t. 3i à37. Pall. Astr. t. i, a;, etc.

(4) Pallas, FI. Toss. t. 33.

(5) U, Astjrag. A.91.

(6) DC. , Le^im. , pi. 47.

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l8o OBGANBS ACCESSOIRBS.

Vacacia hœmatomma {j) ; mais lorsque l'an des déax organes se rencontre seul, il est presque impossible d'affirmer si les épines situées d'un et d'autre cdtés des feuilles sont des stipules endurcies ou des expansions latérales du coussinet. L'analogie avec les plantes voisines peut seule lever le doute.

Il arrive , dans un petit nombre de cas , que les folioles avortent en tout ou partie, et que le pétiole se change en épine; cette épine est simple quand toutes les folioles avortent , trifide quand les deux stipules adhérentes à la base du pétiole , ou les deux folioles inférieures réduites à leur nervure moyenne endurcie, forment les deux branches latérales délepine; quinquéfide quand les stipules et les folioles persistent à-la-fois. C'est de cette manière que paraissent se former les épines des diverses espèces de berberis ou épine-vinetles (8) , qui ne sont évidemment autre chose que des feuilles réduites à leur moindre expressbn , et chez Jesqueiles les faisceaux de feuilles axillaîres remplacent, quant à Fusage physiologique, les vraies feuilles transformées en épines.

La* feuille elle - même peut se transformer en épine de 46UX manières : tantôt la feuille se trouve réduite à un pétiole foliacé^ plus ou moins dilaté, et terminé en pointe épineuse , comme cela parait avoir lieu dans le littœa, le yucca, etc.; tantôt le limbe lui-même se prolonge par son extrémité en épine, formée par le prolongement de la nervure moyenne, comme dans le chuquiraga. Ce que je viens de dire des feuilles est égale-

(7) DC* , Legum. , pi. 68.

(8) Dulurm. Phys. arb. 2 , pi. xa , f. ia4* Voyez aussi pi. g^ f. 1 de cet ouyragc.

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OBGANES ACCESSOIHES. l8l

ment vrar des folioles, dont la nervure moyenne se prolonge en épine, comme dans le genre couheria^ des lobes des feuilles dont les nervures se prolongent en épines, comme on le voit dans les chardons; et des dents épineuses, qui ne sont que des lobes plus petits que les précédens. Les pointes des feuilles des houx (9) , etc. , rentrent dans ces cas d'épines foliaires, mais celles des aloës et des agaves sont analogues aux épines latérales des pétioles.

Les feuilles, réduites à l'état d'écaillés, d'involucres ou de bractées, présentent tous les mêmes phénomènes, et se rapprochent, pour la plupart, des pétioles dépourvus de limbe et prolongés en épioes : c'est ce qu'on voit facilement en examinant les involucres des chardons et des autres composées épineuses.

Les pédoncules des fleurs peuvent , comme tous les autres organes de la plante, et notamment comme les branches doQt ils ne diffèrent pas réellement, s'endurcir au point de former des épines*, cet endurcissement a surtout lieu après la fleuraison, et se présente sous deux formes assez remarquables : tantôt les branches florales, plus ou moins rameuses, persistent après la chute des fleurs et des fruits, et forment des espèces d'épines ordinairement ramifiées et en apparence terminales, comme, par exemple, dsms Valyssum spinosum, le mesembryanthe' mum spinosum, etc. ; tantôt l'axe de l'épi s'endurcit après la fleuraison et se termine , à l'époque de la maturité, en une pointe dure qui, dans certaines plantes, telles que le trifo-^ lium suhterraneum , sert, par suite de la courbure du pédoncule , à pénétrer dans'la terre pour y enfouir les graines.

• (9) Duham, Phys. arb. i, pi. 3, f. ii3.

l8ft OBeAHBS ACGB8S0IBBS.

Quelquefois les pédicelles^ lorsqu'ils ne portent pas de fleurs^ se transforment en épines: c'est ce qui parait avoif lieu dans le nauclea (lo), etc.

Les parties mêmes de la fieur, quoique plus fouaces que les autres et ayant par-conséquent moins le temps 4e ^endurcir, ne laissent pas que de présenter des dégénérescences épineuses.

Ainsi, les sépales participent tellement à la nature des feuilles y qu'on les voit souvent, comme elles, se terminer en épines, par exemple, dans les stachys^ les a^rettes épineuses de certaines composées rentrent dans cette classe.

Les pétales eux-mêmes, malgré leur mollesse habîtodfe et leur fugacité, se terminent quelquefois en pointes épineuses ; tels sont ceux du cupiera (i i).

Les étamikies persistantes ou stériles de quelques byttnérlacées acquièrent une consistance asse^ ferme pour pou* voir prendre le nom d'épines. •

Les styles persistent souvent api*ès la fleuraison, et forment au sommet des fruits des -épines sourent trèsdures et trêstprblongées : telles sont,. par exemple, les cornes épineuses des martynia.

Ainsi tous les organes des plantes, excepté les racines et les graines, sont susceptibles de s'endurcir où de se prolonger en épines, de telle sorte qu'il est impossible de dire qu'une épine soit un organe proprement dit, mais qu'on doit la considérer comme «un état particulier de végétation.

(10) Hayn. Term. bot. , t. 29, £. 5.

(11) DC, Ann. mas. dliist. nat.', T. 9, pi. i5.

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OBSAIIBS ACCESSOIBBf. iSS

Tous les piquani qui ne sont ni rendhnrdsseiiieDC ni It proloflgemeilt d'aucio des organes qut j'ai membanési portait génériquement le nom d^aiguiUonê^ et peurem être considérés comme def espèces de poils plus grands, plus forts f }dns durs qu'à Pordisaire ; îi est des cas on la transition des poils aux atguiUons est teUement insensiUe^ qu'elle démontre Tidentité de leur natnre: ainsi, dans tes bouppes de poib qui naissent à l'asseKe des feuiUes des opufUiaf op en voit qoelques^uns prendre pkis de fcnrce qu'à Yordinaire , et se transformer es ai^uittoDS trés«alongés et très-durs. U en est àjpen-près de même des rosiers (12) : on voit souvent les poils* gkndulevx de ]Êms pédoncules et de leurs calices s'endurcir en de véritables aignillons. Il est donc des cas oà Pon ne peut fttè^es douter que les aiguillons soitt anab^iues wsl pioilS) et sembfenc des poils endurcis. Je sais qu'on né peut Fa£jfirmer d'une manière générale, si ce n'est par voie d'ana*lo^e.

Quoi qu'3 en tfoit, les aiguillons se dislingiienit des épines en ce qu'ils ne tiennent la place d'aucun des grands orgënes de la plante : on les trouve ordinaif ement le long des tiges, des branches , des pédoncules, des pétioies, dds nervures des feuilles du. des calices on même des pétales ; mais 0s ne términeat jamais les fibres on les nermres, tandis que les épines^ étant des endurcissemens d'organes, sont toujours placées à leur sommet. Ce caractère mre parait le pbs sur pour distinguer les aiguillons des épines, surtdut dans la classe des monocotylédones.

De ce que les atguittons remplacent les poils , et que les

(la) Duham Phys. arb. a ^ pi. iS, f. 12a.

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l84 OBGANBS AG€BS80IBBS.

épines remplacent tous les autres organes ^ il suit, comme conséquence, que les premiers sont superficiels, et q[ue les seconds tiennent au tissu intime; ce qui rentre dans l^tie des anciennes manières de considérer ces organes.

On a remarqué que la plupart des aiguillons des tiges on des pétioles sont courbés, avec la pmnte. dirigée du côté inférieur, comme on le yoit dans le rosier (i3); mais cette règle ne doit paë être prise à la rigueur : H existe de véritables aiguiUons par£ûtement droits, par exempte, dans plusieurs mimosées.

Les piquans," quelle que soit leur origine, sont en général des armes défensives propres à certains végétaux, et qui servent à les protéger contre la morsure des grands animaux, et souvent même contre l'attaque de l'homme. Quelques-uns peuvent servir, ou k percer la terre, pour favoriser la semaison naturelle , comme \e l'ai dit plus bant du trèfle souterrain , ou à accrocher les fruits ou les graines de certaines plautes à la laine des animaux, pour les transporter au lieu, comme on le voit pour les involacres de la Bardane , etc.

, L'existence, et par-c<«iséquent l'usage des piqnans, est un fait entièrement propre à certaines espèces, quelquefois, à certames variétés, et ne se lie que très-légèrement à la Symétrie générale des végétaux, et par-^^onséquent aux lois fondamentales de leur organisation; aussi on observe fréquemment, dans les mêmes familles et dans les mêmes genres, des espèces, les unes munies, les autres dépourvues de piquans.

Observons, en terminant ce chapitre, et cette remarque

(i*3) Duham. 1. c. , pi. i3, £. 121 » ïaa.

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OBfiANBS ACCBSSOIRBS. l85

sera également applicable au suivant, que Tanalogie qu'on observe dans la manière dont les sépales, les pétales, les étamines et les carpelles peuvent, comme les vraies feuilles , se transformer en épines ou en vrilles , tend à confirmer l'Identité d'origine de ces organes , telle que nous Pavons exposée au livre précèdent.

l86 0A6ANE8 ACCKSSOIBB»^

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