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CHAPITRE V

Des Écailles.

vJw désigne en général, sous le nom à' écailles (squamae), de petits corps planes et pointus, qui occupent diverses places à la surface des végétaux; mais il est peu de termes sous lesquels on confonde plus dobjets hétérogènes : leur simple indication suffira pour faire comprendre leurs différences, et pour montrer combien il faut se défier, en histoire naturelle, de ces dénominations vagues, qui ne sont pas fondées sur Fanatomie.

Les organes confondus sous le nom d'écaillés, peuvent se rapporter à trois classes principales : ou bîen ce sont des appendices analogues aux poils, ^\x des excroissances de certains organes ^ ou des organes foliacés , plus ou moins avortés et réduits à un rudiment. ^

Les écailles analogues aux poils sont : ou des sortes de disques rayonnans et peltés, comme ceux de \elœagnus angustifolia , qui semblent formés par la soudure habituelle de plusieurs poils rayonnans sur un seul plan; ou des poils élargis, scarieux et dilatés au-moins à leur base, comme ceux du pétiole des ibugères (i). Ceux-ci paraissent, au premier coup-d'œil, différer beaucoup des poils; mais , si on les étudie dans la famillje entière, on y trouve tous les degrés divers de largeur, depuis ceux qui ont

(i) Engl. bot. y fl. 797.

208 OlIGAIf SS A CCBSSOIBXS.

tout-à-fait la forme de poils , jusqu'à ceux qui sont larges et dilatés en forme d'écaiHes. Les expansions membraneuses qui couronnent les fruits de plusieurs composées et de quelques dipsacées^ peuvent être considérées, ou comme des poils d'aigrettes soudés ensemble, ou comme des membranes formée» par un avortement du limbe du calice moins intense qu'à l'ordinaire.

La seeoBdecksse des écailles sont les expaasions propres à certains organes; ainsi lé calice des salsoia pdrte sur son dos des aippendices ABembraneux qui font partie de cet organe; la gorge da nerium^ des siléiiés (&), etc., se prolonge en écailles pétaloîdes^ dont Fenemble fome une sorte de couronne; ces divers corps, queUeque sott leur apparence, ne sont pom des organes spédaox , mab sont de simples formes propres à telle ou telle par^ et, en leur donnant le nom d'écaillé, on n'a pas vonla sans doate exprimer formellement l'existence d'un nouvel oi^ane.

Enfin le sens le pl«s fréquent du mot d'écaHle est de désigner de petits corpi planes, qui sont des rndimens de feuilles avortées ou d'orgaiies anatogoes, tels que des sti* pules, des bractées ou des sépales, ou même d'autres organes floraux, fé^ts à de très-petites diaensioDs. C'est une dégénératioD qoi. change leurs formes et leurs diqien* sions , et les rendï'ait méconnaissables pour ceux qui ne seraient pas prévenus de ce genre de cbangement. Des exemples pris dans ces divers organes 8affiroiit,|e pense, pour me faire comprendre.

On a coutume de dire que le calice des oeillets est muni de quatre écailles à sa base; mais quiconque les examinera

(a) Voy. pi. 34) f. a. Saponmia cœspUo$a<

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01tGA?fSS ACCESSOIRES. 2O9

avec quelqu'babitude des comparaisous organiques, reconnaîtra de ^te que ces écailles ne sont que des feuilles supérieore^ ou des bractées qui , par suite du voisinage des fleurs, sont restées très-petiles , et ont pris l'apparence désignée en d'autres cas par le terme 4'écailles. Dans une monstraosité très-singulière (3) d'œillet , que f ai déjà mentionnée , le Qombre de ces paires d'écailles est extraordi^ naîrement accru, et il arrive Souvent alors que les fleurs avortent. .

Les rameaux de la plupart dcsérythroxylées(4), du pictetia squamafa (5)j et de plusieurs autres plantes, sont souvent revêtus par de petites écailles embriquées et scarieuses : ce sont des stiptiles persistantes et très rapprochées dont les feuilles ont manqué , et qui, pour ce motif même, sont pins serrées et plus nombreuses qu'à l'ordinaire.

Les bractées qui fcurment les involucres des flenrs composées ou des dipsacées, sont des feuilles réduites, faute de développement, à de petites dimensions, et ont, par ce motif, reçu le nom d'écaillés. On a aussi donné ce nom, dans ces mêmes plantes, soit aux bractées avortées situées entre les fleurs, et plus ordinairement appeléespa///?/^^5(paIeœ), soit aux pièces du calice, réduites à l'état d'aigrette, lorsque leur formp s'éloignait de celle des poils, et que leur consistance leur donnait quelque ressemblance grossière avec des écailles; c'est encore dans ce sens qu'on a donné

(3) Bot. mag. , pi. 1639.

(4) Cay. dûs. 8 , pi. âa5 à 333.

(5) Vahl. symb. 3, pi. 69.

TofM II. l4

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210 ORGANES ACCBSSOÏRES.

ce nom aux bractées des cônes, aux glumes de plasieurg graminées et cypéracées, etc., etc. Enfin les écailles des bourgeons rentrent absolument dans la même catégorie, et^ ne sont que desrudimens ou desavortemens de feuilles de pétioles ou de stipules; mais leur histcûre est si importante^ qu'elle mérite une mention très -particulière, et fe lot eonsacre le chapitre suivant.

ORGANES ACCESSOIRES. ^i,J

tlHAP^TRE VI.

Des Bourgeons.

Lie terme de bourgeon est pris, dans la langue française dans deux sens très-différens : i .• et ce sont principalement les agriculteurs qui l'employant en ce sens; on entend par là les jeunes productions ou lès jeunes branches des végétaux viVaces: c'est ce que les botanistes appellent ye«nei pouss^ ou scions. Lorsque Ces jeunes pousses se sont trouvfes revêtues ou protégées à leur naissance par des écailles particulières , cm a dit que la plante avait des bourgeons écailJeux; dans le cas contraire, on dit qu'elle a hi bourgeons nus. 2> Les botanistes désignent au contraire sons le nom de bourgeon (gemma), non la jeune pousse mais l'ensemble des écailles ou tuniques qui l'entourent ou la protègent dans sa jeunesse; dans ce sens, que noud adopterons ici, ils disent qu'une jeune pousse est nue ou sans bourgeons quand el),en'a.à sa naissance aucun tégument particulier; ils disent qu'elle a un bourgeon écailleux quand elle offre un tégument formé de pièces dont la con: àistance est analogue à des écailles, et ils peuvent de même dire, dans certains cas, qu'elle a un bourgeon à tuniques membraneuses ou à écailles charnues, etc.

Une seconde équivoque de langage, dont je dois préven.r, c'est que les agriculteurs ont souvent l'habitude d appeler du nom de bouton, et les fleurs non encore dé^

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tilS OBGANZS ACC£5S0inES«

veloppées , et les bourgeons (dans le sens des botanistes), avant leur épanouissement. Mais les botanistes ont admis le mot de bouton (alabastrum) pour désigner la fleur non épanouie, et après avoir averti que ce que ndus nommons bourgeon est nommé, par les agriculteurs , ^i/ quand il est peu apparent, bouton quand il a atteint sa grosseur, et bourgeon quand il est développé, nous notons ici, pour le reste de ce chapitre, que nous réservons le nom de bourgeon aux tégumens des jeunes pousses, à quelqu'âgeijiye nous les considérions.

Les bourgeons présentent des apparences très-difFé* rentes, selon la place qu'ils occupent dans le végétal et selon la nature de celui-ci; nous en distinguerons sous ce rapport deux classes, savoir : i.* les bourgeons caulinaiVes qui naissent sur les tiges des arbres et arbustes, ou les bourgeons proprement dits ; 2.0 ceux qui se forment au collet des plantes vivaces, à fleur de terre, comme les turions, ou sous terre, coçime les bulbes proprement dites. L'origine de ces deux sortes de bourgeons est toujours un demîavortemeut ou une dégénérescence des parties foliacées» mais leur position entraine d'assez grands changemens dans leur apparence pour qu'il soit plus convenable de les étudier' d'abord séparément, pour présenter ensuite leurs points de rapport.

Tous les arbres dicotylédones n'ont pas les jeunes pousses recouvertes par des tégumens spéciaux; et ces tégumens eux-mêmes , lorsqu'ils existent, proviennent toujours des feuilles ou des stipules extérieures qui , précisément à cause de leur exposition prématurée à l'action de l'air et de la lumière, souffrent de leur développement, et se transforment plus ou moins complètement en écailles»

OROANES ACGBSSOincs. Sl5

Que PoD suive au printemps la structure d'ua bourgeon de frêne ou d*érable (i), on verra les écailles externes courtes, dures, roussâtres et un peu velues, çt les rangs intérietM's devenir graduellement plus membraneux , plus pâles, plus longs; puis se charger, à leur extrémité, de rudimens de folioles ;, puis devenir de petites feuilles ; sans qu'il soit possible de douter que les pièces externes de cet assemblage sont de même nature que les pièces internes.

Les bourgeons ont reçu des noms particuliers, selon qu'ils sont formés par diverses portions des organes folia-^ ces, et selon les degrés de leurs dégénératioiis et de leurs adhérences*

i.^ On dit que les bourgeons sont foliacés, lorsque les feuilles étant^sessiles, leur limbe même, réduit à la forme d'une écaille ^ forme les bourgeons; c'est ce qui a lieu, par exemple, dans le bois gentil {Daphne mezereum).

a.* Les bourgeons sont dits pétiolacés , lorsque les bases des pétioles dilatées en écailles forment l'entourage de la jeune pousse ; c'est ce qu'on voit dans les feuilles pétiplées sans stipules, telles que celles du noyer, du frêne, du mârronnier-d'Inde(2),etc.

3.<^ Les bourgeons stipulacés sont , comme leur nom l'indique, ceux qui sont formés, non par les feuilles, mais par les stipules, ce qui suppose que celles-ci ne sont pas soudées avec le pétiole. On peut distiQguer deux sortes de bourgeons stipulacés : i.^ ceux qui sont formés par la

(i) Malp, oper. éd. în-4.** i, pl«9. '4' I^utam. Phy». arb. a » pi. II, f.87, go. Du Pet.-Th., Hist. d'un More, de Boîs , p. i3ÔC

\X> Voy, pU 2Q. -,

9l4 ORGANES AGCfi^SOIRBS.

superposition d'un grand nombre de stipules, et rçnfer* ment collectivement une jeune pousse entière : c'est ce gui arrive dans presque toute h famille des amentacées, pomme, par exemple, dans les chênes, les- saules , les ormeaux, etc.; a.* ceux dont les stipules libres ou soudées ensemble par leur bord extérieur forment des enveloppes propres à chaque feuille, et se développent graduellement avec la branéhe elle-même : c'est ce qu'oa voit dans les figuiers (3) et les magnoliacées; ces sortes ^e bourgeons monophylles sont reconnaissables dès la première vue , parce qu'ils terminent la branche sous U forme d'uto cône très-aigu.

4.* Lorsque les stipules sont adhérentes avec le pétiole, ces deux organes, réunis en un seul, forment les écailles des bourgeons, qu'on nomme alors fulcracés : c'est ce qui arrive d«ns la plupart des rosacées ; ces sortes d'écailles sont fréquemment à trois lobes ou à, trois dents , qui indiquent l'origine même de l'écaillé formée par le pétiole et les deux stipules soudés ensemble (4).

Les arbres monocotylédones, ou les palmiers , ont des bourgeons qui ressemblent absolument aux précédens, quant à leur origine *, ils sont de la classe des bourgeons pétiolacés, c'est-à-dire formés par la dilatation de la base ^u pétiole et l'avortement de sa sommité : on pourrait dire que les sommités des dracœna, ou d'autres arbres de ce genre , ont des bourgeons foliacés ; mais ce sont là les seules classes de bourgeons qu'on puisse trouver parmi les monoçotylédones, puisque lés stipules y manquent, et

(3) Voy.pl. „, f.,, 3. 4.

(4) Voy.pl. ai, £4,5, 6.

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OB€rAA£S. ACCESSOIRES. 9l5

que par^coDséqûent les boaiigeons stipnlacés et falcracés 7 sont impossibles.

Dans les herbes vivaces , les pousses aérienoes pét> rissent chaque année, ou du-moins après chaque fleu* raison; et il s'en développe de nouvelles, qui naissent de la partie de la tige permanente sous la terre ou à fleur déterre, et qu'on a souvent l'habitude de confondre avec la racine. Ces nouvelles pousses sortent souvent d'un bourgeon qu'on nomme turion^ et ce boui^eon, considéré quant à l'origine de ses écailles, présente tontes les mêmes variétés que les bourgeons aériens des arbres. Ainsi , parmi les dicotylédones , on peut dire qu'où trouve des turions foliacés dans les. asters, des turions pétiolacés dans les pivoines , des turions fulcracés dans les potentilles. Je ne sais trouver d'exemple de turions purement stipulacés; car toutes les familles qui en sont douées n'offrent aucune espèce herbacée ; mais leur existence n'offre rien d'improbable , et l'on pourrait dire que le salix herbacea en est doué^ quand sa tige est souterraine.

Parmi les monocotylédones, on peut dire de même que les écailles des bulbes du lis sont de. simples feuilles qui) à cause de' leur séjour souterrain ^ sont étiolées .et char* nues , et rentrent absolument dans les bourgeons foUacés, tandis que les bourgeons radicaux,' produits par les pétioles dilatés des hemerocallis, sont des exemfdes de bourgeons péticJacés*, nous savons déjà qu'on ne peut trouver dans cette classe aucun de ceux qui supposent l'existence des stipules.

Quoique les bourgeons aériens et souterrains aient une même origine , la diversité de leur position entraine dei

byGoogk

21^ OBjSAlTES JLCC^S$OltLE$.

différences dans leur natare, qui méritent d'être analy3ée$«

Les bourgeons aériens doivent à leur position la conr sistance particulière de lieurs écailles -/celles-ci, exposées à tonte l'action de l'air et de la lumière, évaporent beaur coup, et se trouvent cpmnie réduites à leur tissu fibreux. Ces caractères vont en diminuant dans les écailles intérieures qui, par cette circonstance même, évaporent inoins, et conservent plus de sucs.

Les bourgeons ont éminemment deux usages à remplir; savoir : de défendre les jeunes pousses contre Thumidité et poutlre le froid^

Sous le premier rapport, les écailles sont en général assez nopibreuses, et appliquées assez exactement pour que l'eau de la pluie ne puisse pas pénétrer dans leurs interstices avant leur épanouissement. Plusieurs bourgeons présentent ep outre une protection parUculière contre rhumidité, en ce que leurs écailles sont recouvertes d'un vernis ou enduit visqueux de natvire résineuse ou cireuse non miscible à Peau , et qui les met à Tabri de son introduction. Les bourgeons du marronnier d'Inde présentent ce phénomène au plus haut degré; ceux de Taulne, du peuplier noir, sont aussi enduits d'une matière résineuse qui les rend très-propres à défendre les jeunes ppusse^ pontce Thumidité.

Relativement à h température, la superposition des écailles e^ déjà un moyen de protection contre le froid, parce que chacune d'elles renferme une certaine quantité ^d'air captif; en outre, plusieurs bourgeons sont revêtus extérieurement d'un duvet serré, et quelques-uns présentent leur cavité intérieure pleine d'un duvet épais, mou, et semblable à du coîon qui enveloppe les jeunes

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ORGANES ACCESSOrRES. 917

(tousses j et les protège , comme une fourrure , soit contre la gelée, $oit même uo peu contre Vhumiâité* Les bourgeons du marronnier(5) sont encore des exemples de cette structure. U est quelques arbrisseaux , tels que la viorne cotonneuse 9 où, selon Kœler (6), les écailles manquent, et sont remplacées par un duvet drapé.

C'est en voyant ce rôle important des bourgeons, et en comparant leur existence dans divers végétaux , qu'on a été amené à conclure que les arbres dépourvus de bourgeons écailleux ne peuvent pas vivre dans les climats froids, et que ceux des pays chauds qui en sont munis, peuvent seuls s'acclimater daps le Nord. Ces deux règles sont vraies en général; piais elles sont subordonnées à la pâture propre des feuilles de chaque espèce, et toutes les deux présentent des exceptions. Ainsi le vibumum lantana et le rhamnus frangula (7), quoiqu'origiuaires des pays froids, n'ont point de bourgeoqs écailleux; et les palmiers, quoique munis de bourgeons pétiolacés, ne peuvent supporter les pays du Nord. ,

U serait curieux de suivre la végétation des arbres d'espéces^emblables crûs dans des climats fort différens, pour savoir, i.9 si les feuilles extérieures des jeunes pousses continuent à se transformer en écailles, lorsque les arbres son| placés depuis long-temps dans un climat chaud et trèsfertile-, a.* si certains arbres qui dans lelsclirpats n'offrent pas cette transformation , ne seraient pas susceptibles de

(•5) Voy. pi. ao.

(6) Lettre sur les Boatons » p* 9*

(7) Dp Petit'Tb. , Vcrg. franc. , p. ^3.

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ai8 OhCJLHUS AGGIiSSOIHESf

réprouver dans les dimats moins chauds , et si ton oe pourrait pas les y amener par la culture. Si ces deni: questions pouvaient être résolues par l'affirmative, le champ des naturaUsations se trouverait fort étendu.

Les bourgeons des arbres naissent ordinairement à Tais* selte des feuilles, et par*conséquentla disposition des jeunes pousses est déterminée par celle des feuilles; mais sur les bourgeons qui se développent, il y en a toujours un grand nombre qui avortent tôt ou tard; d'où résulte que les branches des arbres sont fréquemment éparses , quoiqu'elles aient été primitivement disposées dans un ordre régulier. '

Outre les bourgeons évidemment axillaires, certains arbres en offrent de terminaux, qui sont en général plus gros, plus forts et plus précoces que les autres. Ces bourgeons terminaux se trouvent sur les arbres à feuilles opposées et sur ceux à feuilles alternes. Dans le premier cas, il naît trois bourgeons au sommet de la branche; savoir : le terminal et les deux qui sont nés aux aisselles supérieures. Il est rare que ces trois bourgeons se déve* loppent ensemble; tantôt les deux latéraux avortent, et le terminal continue seul la tige. C'est ce qui arrive dans les marronniers, les pavia, les érables, etc. : tantôt le bourgeon terminal avorte, et les deux latéraux se développent, d*oà résulte une bifurcation : c'est ce qu'on voit dans le ISas. Les mêmes difiTérences ont lieu dans les arbres à feuilles alternes. Ainsi, le bourgeon terminal continue la branche dans les houx, les chênes, les pêphers et la plupart des arbres fruitiers de la famille des fosacées; le bourgeon terminal manque ou avorte, et la

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ORGANES ACCESSOIUJUS. 31C]|

branche se continué|)ar les bourgeons ^s aisseUes supérieures dansFabricotier, les rosiers, les noisetierSy^tc.(8). Le développement des bourgeons d'une branche à l'époque du printemps, commence presque toujours par la sommité, et va en suivant une marche descendante, de telle sorte que les bourgeons inférieurs sont les derniers à pousser, et quelquefois ne se développent pas. Ce phénomène parait du à ce que, dans chaque branche, la partie supérieure est plus herbacée, et par-conséquent plus sensible à Faction dç la chaleur atmosphérique; d'où résulte qu'un égal degré de chaleur appliqué à toute une branche a d'autant plus d'action sur chaque bourgeon , que celui-ci est plus près du sommet. Les exceptions mêmes confirment cette régie; car daus les arbres où les branches sont d'un égal degré de solidité, ou, comme disent les jardiniers, également aoutées dans tolite leur longueur, les bourgeons suivent un ordre inverse de développe ment j c'est qu'ils se dirigent alors d'après le sens de la sève ascendante : tek sont le mélèze, le gincko.

. Les bourgeons des arbres dicotylédones dlffèreot entre eux par la nature des jeunes pousses qu'ils sont destiné^i à protéger; les uns renferment des rameaux chargés uni* quement de feuilles et dépourvus de fleurs , ou , comm^ disent les cultivateurs , des branches gourmandes ; on le^ . nomme bourgeons à feuilles ou à bois (9) ; les autres

(8) Ce& détails sont en partie extraits d'un mémoire de M. Yau-: cher, inséré parmi ceux delà Soc. de Phys. de Genève, yol. I, p. 289. J'y renvoyé le lecteur pour une foule d'ohservatîons intéressantes, mais plus physiologicpies qu'anatomiques.

(9) Mirb. , Élém. , pi. 18 , f. 2.

220 OBGAN£S ACCESSOIRES.

renferment seulement des grappes, en ombelles, ou têtes de fleurs •, on les nomme bourgeons à fleurs ou àfruits{i(i)\ il en est qui renferment à-Ia-fois les feuilles et les fleurs, et que Ton nomme par ce motif bourgeons mixtes (ii). Les premiers se reconnaissent en général à leur forme alongée et pointue ; les seconds à leur forme arrondie ; les derniers ont une figure intermédiaire aux deux pré- . cédens* Il est évident que la distinction des bourgeons à feuilles et à fleurs n'est possible que dans les arbres où les fleurs naissent indépendamment des feuilles, comme les cerisiers , les pommiers , etc. , et que les bourgeons mixtes sont les seuls qu'on puisse trouver parmi les arbres où les fleurs naissent sur les mêmes branches que les feuilles. Dans les premiers , la position des deux sortes de bour^ geons est déterminée d'avance, et Tépoque du développement de chacun d'eux intervertit souvent l'ordre habituel de leur évolution de haut en bas.

Quant aux jeunes pousses qui sortent de chaque bourgeon , leur développement a lieu de bas en haut, quelle que soit la classe à laquelle ils appartiennent; les écailles des bourgeons à fleurs doivent être considérées comme des rudimens de bractées, et l'on pourrait à beaucoup d'égards assimiler ces bourgeons à des involucres ; il n'y a réellement d autres différences , sinon que les bourgeons floraux sont ordinairement. caduques, tandis que les involucres sont ordinairement pérsistans; mais il est beaucoup de cas intermédiaires par la durée et l'apparence ; ainsi l'on

(loj Mirb. , Élém. , pi. la, f. i. Hayne* Term. , pi. 35, f. ^ (II) Voy. pi. Q,f. I.

OBGAKBS ACCESSOIRES. 921

à Dommé TeoTeloppe qui entoure les fleurs du cornouiller mâle et de Yaucuba , tantôt bourgeon , tanlôl involucre ; et les deux noms lui conviennent en effet également. On poutraît très-bien dire que la tête de fleurs dés composées ou des dipsacées est une sorte de bourgeon.

Lorsqueles pétioles des arbres sont dilatés en gaine à leur base, cette gaîne entoure les jeunes pousses, et tient souvent lieu de bourgeon; quelquefoiselle l'entoure si complètement, qu'on n'aperçoit point le bourgeon à l'aisselle , et qu'il semble nicbé dans une cavité du pétiole , laquelle est formée par les deux bords de la gaîne repliés l'un sur l'autre. Cest ce qu'on observe très-clairement dans le smilax aspera (la) : la gaîne pétiolaire y entoure la jeune pousse, et persiste sur elle jusqu'au printemps , comme une espèce de fourreau. On retrouve un fait analogue et plus singulier encore dans le platane (i 3) : ici les feuilles tombent en automne; de sorte que l'abri formé par la feuille ne protège le bourgeon que dans son premier développement ; les bords de la gaîne pétiolaire sont complètement soudés ensemble, de manière que le bourgeon parait enfermé ; mais si l'on examine cet appareil au moment qui précède la cbute des feuilles , on voit la base du pétiole se fendre longitudinalement du côté supérieur, précisément à la place ou la tbéorie indique que les deux bords de la gaine devaient se rencontrer (i4)< Des phénomènes ana* logues aux précédens se retrouvent avec de légères nuan^

(13) Medik. beitr. i, p. a4* M^^b. , Élém., pi. ao^ f. 3. (i3) Voy. pl.a,f. a.

(i4) Ibid.

i222 ORGANES ACCESSOIRES.

ices dans le negundo{iS)^ le philadelphus, le rohinia, et quelqees espèces de rAtt5.

Les bourgeons qui se développent dans les herbes vivaces^-soit à fleur de terre, soit sous terre, diffèrent d'autant plus des bourgeons aériens, que leur position est plus décidément souterraine. Plus, en effet, une surface végétale est privée de Faction de la lumière et de l'air, plus elle est pâle, moins elle évapore, et par-conséquent elle prend, selon la consistance des organes, et selon îépoque de sa végétation, ouTappareuce d'une simple membrane, ou celle d'un corps étiolé, mais plein de sucs.

Siîious comparons les bourgeons aérienà du pivoine en arbre avec les bourgeons du collet de la racine des pivoines en herbe (i6) , il sera impossible d'y apercevoir d'autres différences que celles qui tiennent à leur posi^ tion ^ et tous les turions ou bourgeons à fleur de terre deà plantes vivaces non bulbeuses ne présentent guère d'autres différences; mais ces turions prennent habituellement lé nom de bulbes (bulbi), lorsqu'ils offrent certaines particularités qui méritent d'être étudiées*

I.* Les dicotylédones, en petit nombre, qu'on nommé bulbeuses, doivent cette épithèteàune double particularité de leur organisation, satoir, que leurs feuilles ont im pétiole élargi à sa base, plus ou moins engainant, et que leur tige est renflée au-dessus du collet en une espèce de tubercule; il résulte de cette double circonstance, que ce tubercule, recouvert par les gaines pétiolaires, ressemblé

(i5) Kœler, Lettres sar les Boutons, p. ii.

(16) Voy.pl. ai, f. i,a, 3.

ÔBGÀNBS ACCESSOIRES. SsS

àûi bulbes de plusieurs inonocotylédoDes;~ telle est la structure de la renoncule bulbeuse (17) , de la fumeterre bulbeuse, etc. (i8>

3.» Plusieui^ monocotjdédones offrent nue disposition analogue, c'eét-à-dire, qu'elles ont à-la-fois les feuilles engaînlantes à leur base, ce qui est fréquent dans cette classe, et le bas de la tige renflé en tubercule; c'est ce qui a lieu dans plusieurs iridées, et il en résulte une sorte de bulbe, ^que plusieurs naturalistes désignent , d'une manière assez heureuse, sous le nom de bulbo-tuber (19).

3.0 Les véritables bqlbes offrent une tige souterraine trèsHîourte , et réduite à-pen-près i un simple plateau ;'de cette tige naissent des feuilles en assez grand nombre, qur se recouvrent les unes les antres, et forment par ce recouvrement un corps ovoide ou arrondi; les fem'Ues extérieures sont réduites à l'état ou d'écaillés obamues , rétrécies a la base, comme dans le lis, et alors on dit que fa bulbe est ^cazViez^e (20); ou de gaines membraneuses courtes et tronquées, comme dans fa jacinthe ; et alors 00 dit que la bulbe est d tuniques (ai). Dans^ces dernières, la base des gaines, et surtout belle des gaines les plus intérieures, est charnue comme dans les écailles des lis, et se

(17) Bail. herb. , pi. 37» Engl. bol. , pi. 5i5.

(18) Hayn. Term.^pl, 7, f. a.

(19) Duham. Phys. arb. i, pi. 3, f. 4> 5. Mirb. , Élëm., pi. 17/

(ao) Doham. Pfays. arb. i, pi. 3, f. 3. Mirb., Ëlém. pi. 18, f. 5, 6.

(il) Grew. Anat. , pi. 4^ » f- i* Malp. pcr. éd. in-4.0, part. 3 , p. i5î, f. i32. Dabam. Phys. arb. 1, pi. 3, f , i , a. Mirb., Élém.,pl. 17, f. 8.

224 OnOANBS ACCBSSOfRES*^

rapproche d'elles par la consistance) xjuoique distincte par la forme. Les gaines intérieures tendent à s'atonger en véritables feuilles , et toutes les feuilles radicales des liliacées sont, comme il est facile de s'en assurer, des prolongemens des pièces intérieures de leur bulbe. L'oignon de la première année n'est donc autre chose qu'un bour-< geon terminal situé au sommet d'une tige souterraine e&trêmeraent courte.

Que l'on compare cette organisation avec celle d'un palmier.; oti trouvera que, sous ce rapport y il n'y a d'autre différence, sinon que la tige du palmier est très-alongée^ et porte par-conséquent son bourgeon très-haut, tandis que celle de la tulipe est fort courte, et laisse sa bulbe se développer sous terre ou à rcz-terre- Tous les intermédiaires se rencontrent dans des espèces delà même classe; ainsi l'on voit la tige prendre plus d'alongement dans certains allium, dans les cnnum, dans les yucca, dans les dracœna, et l'on arrive ainsi par des* degrés insensibles de la tige à-peine visible des bulbes à la longue tige des yucca, des bourgeons souterrains des liliacées aux bourgeons . aériens des palmiers ; on conçoit alors comment il se fait que dans une même classe, tantôt il y a des tiges trèsvisibles et point de vraies bulbes, tantôt il y a des bulbes, et il semble n'y avoir point de tige.

Les cayeux ne sont autre chose que les bourgeons axillaires des bulbes, ou, en d'autres termes, ce sont les jeunes branches qui se développent à l'aisselle des feuilles: ils offrent ceci de particulier , et qui tient probablement à leur position ; c'est qu'ils ne sont attachés à la tige que par un filet mince, qui se rompt facilement et souvent de lui-même. Comme ces cayeux ont leurs écailles charnues

OBGANES ACCESSOIRES. 225

et pleines de nourrita^e, ils peuvent se développer par eux-mêmes comme les tubercules 9 et c^est ee qui arrive quand ils sont réparés, soit artificiellement, soit naturellement, de la bulbe qui leur à donné naissance. Les bourgeons des dicotylédones, détachés de Farbre sur lequd ils sont nés, peuvent végéter, pourvu qu'on les place, par le moyen de la greffe, dans une position analogue; les bou|;*geona des monoCotylédones |)ulbeuses portent avec eux assez de noprriture en dépôt pour pouvoir continuer à végéter partout où se trouve assez de chaleur et d'humidité*

On peut distinguer dans les plantés bidbeuses, comme on Va fait dans les arbres, les bourgeons à feuilles, les bourgeons à fleurs et les bourgeons mixtes; ainsi, la plupart des amaryllis ont à-la-fois les deux premières classes, et la tulipe a ceux de la dernière^ .

Ce qui est remarquable dans les bulbes comparées aux bourgeons, c'est que leurs tuniques sont persistantes pendant plusieurs années; de sorte qu'une bulbe n'est pas seulement formée par les bourgeons de l'année , mais par les tuniques engainantes des années précédentes, qqi sont alors épuisées de toute nourriture, mais qui persistent sous forme de membranes, et servent, sous cette forme, à protéger les jeunes Icayeux, soit contre le froid, parce que, à cause de leur multiplicité même, elles renferment plusieurs couches d'air captives ; soit contre l'humidité , parce que leur épiderme, co(nme celui de toutes les mo« nocotylédones, est siliceux et peu altérable par l'humidité ; il est quelques bulbes qui , comme les bourgeons des arbres , pré$ptent. une bourre cotonneuse entre ou dehors leurs tuniques : telles sont les bulbes de la tulipe.

Il résulte de tout ce que je viens d'exposer dans ce

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