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20 £ COURS cet état, l’alun ne se fond pas complètement. Si l’on élève la température, 1lse boursoufle et présente une matière poreuse, connue en pharmacie sous le nom d’alun calciné; il peut se dis- . soudre dans l’eau, mais il lui faut du temps. Si l’on continue de chauffer l’alun, il se décompose.
Voici le résultat de cette décomposition. Nous avons du sulfate de potasse et du sulfate d’alumine : or, le premier n’éprouve pas d’altération ; mais le sulfate d’alumine peut se décomposer, et donne pour produit de l'acide sulfureux, de l'oxigene, et de l’alumine qui reste mélée avec le sulfate de potasse. On peut ensuite séparer l’alumine: mais il ne faut pas trop chauffer; car le sulfate, en raison de son affinité pour l’alumine, se décomposerait au moins en partie. L’alun chauffé avec les corps combustibles, particulièrement avec le charbon, donne un composé connu sous le nom de phosphore de Humbert ; produit fort remarquable, et surtout à l’époque de sa découverte. On prend de l’alun dont nous venons
de parler, de l’alun à base de potasse ; on le méle
DE CHIMIE. 21 avéc une matière végétale : on pourrait se servir de charbon très divisé, mais on trouve cette condition mieux remplie avec la farine, le sucre, qui, en se décomposant, laissent le charbon dans un
grand état de division.
On mêle trois parties d’alun avec une partie de farine ; et comme la matière se boursouflle, si on la plaçait immédiatement dans un matras, celuici serait brisé; 1l faut avoir soin de faire dessécher le mélange avant de l'y introduire. On obtient une masse que l’on réduit en poudre et qu’on verse dans un matras que l’on a soin de bien luter et que l’on fait repasser dans un creuset rempli de sable; on chauffe jusqu’au rouge: l'alun se décompose; la matière végétale agit sur l'acide sulfurique par son charbon, qui absorbe l’oxigène pour former de l'acide carbonique, et l’on obtient un sulfure. Le sulfate d’alumine se décompose
parfaitement, car lalumine n’a point d’affinité
pour le soufre : l'acide sulfurique sera donc dé-
truit, et la potasse deviendra potassium. Mais il
faut remarquer que, puisque nous avons 3 atomes
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de sulfate d’alumine contre r atome de sulfate de potasse , nous aurons 4 atomes de soufre qui pourraient être retenus par le potassium, lequel peut même former un sulfure plus compliqué ; il parait que quand on chauffe très fortement, il ya une portion de soufre qui se volatilise. Le mélange, trop ou trop peu calciné, donne un mauvais résultat. On remarque, en eliet, dans le pyrophore bien fait, une combustion qui ressemble à celle du soufre : il faut arrèter l’opération quand il se produit une flamme bleue; toutefois 1l faut la laisser persister quelques instans. Cette flamme est produite par l’oxide de carbone. qui brüle, et si l’on continuait l'opération, on chasserait l’excédant du soufre; on approche donc une bougie du col du matras, et l’on voit si le gaz s'enflamme et si la flamme persiste ; on bouche ensuite le matras avec un bouchon. Le pyrophore se présente sous la forme d’une masse noire ; au contact de l'air, 1l y a combustion.
Il s'agit de concevoir l’inflammation. Nous
considérons ce corps comme formé de sulfure de
potassium contenant plusieurs atomes de soufre, et mélangé avec de l’alumine très divisée et du charbon en excès. Ce corps étant place dans du gaz oxigène sec ou dans l'air atmosphérique sec, ne s'enflamme pas ; pour qu’il prenne feu, il faut que l'air soit humide : ainsi l’eau joue un grand rôle dans ce phénomène. Qu’arrive-t1l alors? Nous. avons du sulfure de potassium ; on sait qu’au contact de l'air humide, il brûle facilement : voilà
donc un dégagement de chaleur considérable pro-.
duit. D’un autre côté, nous avons du charbon et
du soufre, corps très combustibles ; en sorte que ces corps et le sulfure lui-même prennent feu : il faut donc que l'inflammation ait lieu à la faveur du charbon et du soufre en excès.
On avait supposé que le corps très divisé pourrait déterminer la condensation de l'air et produire de la chaleur, en sorte que ce phénomène
serait analogue à beaucoup d’autres. Mais comme
J'eau est ici un corps tout-à-fait indispensable,
i on ne peut plus admettre que l’inflammation soit
produite par la condensation de l’oxigène ; cela
tient à la décomposition de l’eau. Jetez dans l’eau le pyrophore, il brüle de suite , et l’on n’a plus qu’un mélange de charbon et d’alumine.
Nous venons de parler de l’alun à base de potasse; On peut aussi avec la soude faire un alun d'une composition atomistique semblable, sauf une légère différence qui peut tenir à l’imperfection des analyses, car on a trouvé 26 atomes | d'eau au lieu de 24. M. Berzelius le considère | comme semblable : nous suivrons son opinion. est plus soluble que l’autre; 100 parties d’eau en peuvent dissoudre 110 parties à la température de 16°.
Il à la propriété de s’eflleurir facilement.
Comme il est plus soluble, on le purifie moins facilement, et c’est pour cela qu’on ne le trouve pas dans le commerce. On pourrait cependant en faire , car la soude revient à meilleur marché. Il renferme 26 proportions d’eau. Il existe un autre alun que l’on prépare maintenant très bien à Paris; autrefois on le tirait des États du pape, mais M. d’Ax-
cel est parvenu à le fabriquer. Cet alun est connu
sous le nom d’alun de Rome ;1l cristallise en cubes, n'est pas très transparent : il semble que l’alumine n'y Soit pas en combinaison parfaite. Il était autrelois recherché pour les teintures , parce qu'il donnait des résultats qu'on ne pouvait pas obtenir avec les autres aluns : cela tenait à ce que ceux-ci renfermaient du fer; mais à présent on
ne fait plus de différence. Cependant quelques fabricans peu instruits l’emploient encore de préférence par routine ; en sorte que, pour le rendre exactement semblable, on avait imaginé de le colorer en rose comme l’alun de Rome, qui doit cette couleur à un peu d’oxide de fer qui n’y est retenu que mécaniquement. Cet alun de Rome présente une propriété singulière quand on cherche à le dissoudre : si l’on opère à froid, il se conserve; st l’on opère à 45 ou 50°, il se décompose en donnant de l’alun octaèdre et de l’alumine qui se sépare. On pourrait le faire dans les fabriques ; car s’il doit sa qualité à l’excédant de base qu'il renferme, on peut faire mieux que ce-
lui de Rome; car l’alun ordinaire a la propriété
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de dissoudre un excédant d’alumine. Aïnsi, si je. prends une dissolution d’alun , que je fasse chauffer et que j'ajoute de la potasse, elle va précipiter de l’alumine ; mais l’alun peut dissoudre ce précipité, en sorte que nous pouvons obtenir avec l'alun ordinaire des aluns renfermant un excédant d’alumine, |
Il ÿ a un autre alun qu'on nomme insoluble, qui se présente dans la nature, et qu’on produit involontairement dans les fabriques. On cherche à éviter sa formation, car il donne lieu à des pertes; on peut le produire en prenant de lalun en dissolution , et y versant de l'ammoniaque ou de la potasse : une portion d’alumine est précipitée ; elle est ensuite dissoute par l’alun. Si l’on fait ensuite évaporer ou qu'on laisse reposer, il se. forme un dépôtqu’on peut laver sans le dissoudre, et qui a l'apparence d’une matière terreuse ; il es composé comme suit :
Un atome de : sulfate d’alumine ;
Un atome de sulfate de potasse ;
Trois proportions d’eau.
DE CHIMIE. 27 D’après cela, on peut rendre raison des phénomènes qui se présentent lorsqu'on chauffe cette matière; car à une certaine température, l'eau se dégage, et la nature du composé se trouve changée: la matière qui était tout-à-fait insoluble, une fois qu’elle a été chauffée et qu'elle a perdu son eau, devient soluble et l’on trouve de l’alumine en excès. Ce sel, comme je l'ai dit, se trouve dans la nature; c'est lui qui forme la fameuse roche de la Tolfa. Gette mine est si dure, qu'il faut lexploiter avec la poudre ; mais elle contient des substances étrangères. Exposée à la chaleur du rouge obscur, elle perd son eau , puis seffleurit si on l’expose à l'air, et il se forme de l’alun qu'on dissout par le lavage. En faisant évaporér, on obtient l’'alun pur. On a découvert une mine de ce sel dans le Mont d'Or; mais le lieu étant peu accessible, on ne peut l'exploiter avec avantage, tandis qu'on forme facilement l’alun avec ses élémens constituans.
On peut obtenir l’alun en traitant des argiles,
qui ne sont autre chose que des mélanges de silice et d'alumine , au moyen de l'acide sulfurique.
On forme aussi de l’alun en faisant efileurir à l'air des argiles pyriteuses que l’on trouve dans la Picardie. On les abandonne au contact de l'air: le soufre se change en acide sulfurique,
l’alumine prend une portion de cet acide et
forme du sulfate d’alumine; en sorte qu’en les-
sivant au bout d’un ou deux mois de séjour à l'air, on a du sulfate de fer et du sulfate d’alumine. En
faisant évaporer, on obtient une cristallisation
très notable de sulfate de fer, et les eaux -mères
contiennent le sulfate d’alumine, avec un peu de
sulfate de fer; on traite ces eaux-mères par lé
sulfate de potasse ou. le sulfate d’ammoniaque
pour avoir l’alun.
L’alun à d'autant plus de valeur qu'il est plus :
pur. La manière la plus convenable de le purifier
est de ne pas faire de dissolution trop concentrée. On a trouvé que si l’on a de l’alun un peu impur,
qu'on en dissolve une partie et qu'on fasse cris-
talliser, on obtient un sel qui est sensiblement
| exempt de fer.
Remarquons , relativement à la purification de ce sel, que le fer a la même affinité pour les acides, que l’alumine; mais que quand ce métal est porté au maximum d'oxidation, il ne se dissout plus aussi facilement, ex sorte qu'il s’en sépare une partie de la dissolution, et alors par la cristallisation , l’alun peut étre séparé de ce qui reste.
L'alun à base d’ammoniaque a la même com-
position atomique que celui de potasse : il cris-
… tallise exactement de la même manivre - exposé
à l’action de la chaleur, il se décompose en entier,
| parce que les deux sulfates qui le forment par
leur réunion ne peuvent résister à l'action de la
chaleur. Il se dégage de l’oxigène, du gaz sulfureux, de l’ammoniaque, du sulfate acide d’ammoniaque, et il reste de l’alumine pure : c’est un
moyen que j'ai indiqué depuis long-temps pour
obtenir cet oxide.
On prépare souvent en fabrique de l’alun à base
d'ammoniaque, mais rarement isolé ; on emploie
très fréquemment pour breveter les dissolutions U C »
de sulfate d’alumine , des mélanges de sulfate de
potasse et de sulfate d’ammoniaque, de sorte que
les aluns du commerce sont souvent du mélange
de ces deux aluns.
! fMPRIMERIE DE HUZARD-COURCIER; é rue du Jardinet, n° 12.