I. DKUNITIONS ET DIVISIONS
La Variation consiste en une succession logique d'expositions intégrales d'un même Thème, offrant chaque fois un aspect rythmique, mélodique ou harmonique différent, sans cesser d'être reconnaissable ; en tant que forme de composition, elle est en général destinée à un seul instrument récitant, jouant seul ou accompagné, et tire son origin* des reprises variées dites doubles, en usage dans les pièces lentes (L\ et surtout dans les pièces modérées (M) appartenant aux anciennes Suites (voir ci-dessus, p. 1 14) ; à ce titre, la forme Variation constitue le corollaire et le complément indispensables de la forme Suite et de la forme Sonate.
Mais le principe de la Variation et son rôle dans la composition musicale sont loin d'être limités à cette forme spéciale, apparue assez tardivement et tombée aujourd'hui en désuétude.
En tant que moyen expressif, la Variation a pour principe Vornementation mélodique, c'est-à-dire l'application à un même Thème de formules mélodiques différentes, dans le but d'en renouveler et d'en accroître l'intérêt, sans en altérer jamais la signification, ni, en quelque sorte, la substance même.
L'usage de l'ornement mélodique est assurément aussi ancien que la voix humaine et que la musique elle-même : aussi pourrait-on lui assigner trois états, distincts mais non successifs, correspondant assez bien, dans le domaine technique, aux trois grandes Époques de l'Histoire musicale :
1° Vornement rj-thmo-monodique variant intrinsèquement le texte thé-
matique lui-même, par l'adjonction de groupes rythmiques accessoires, de formules ou de neumes plus complexes, tout en respectant le schème mélodique primitif, établi d'après les principes énoncés au Premier Livre (i) ; X
2° Yornement polyphonique ou contrapontique, variant extrins'equement le texte thématique qui peut demeurer immuable, tandis que des lignes mélodiques adjacentes, destinées à être entendues simultanément, se superposent à lui sans affecter notablement son rythme, ni sa mélodie propre ;
3° V amplification thématique^ sorte de Varirition à la fois intrinsèque et extrinsèque, dans laquelle la présence du Thème, au lieu de se révéler constamment par une superposition effective ou possible de sa mélodie, résulte seulement du sens tonal général et de certains points de repère, harmoniques ou mélodiques, reparaissant dans un ordre constant : c'est une sorte d'interpj-étalion ou de commentaire musical du Thème plutôt qu'une exposition ornée ou contrepointée.
Bien que ces trois états de l'ornement doivent nécessairement être envisagés l'un après l'autre dans l'étude technique qui va suivre, il ne faudrait point les considérer comme absolument successifs : ils coexistent au contraire dans un grand nombre de formes musicales participant de la Variation. Il ne sera donc pas possible, pour la classification historique de ces formes, de procéder, comme on l'a fait précédemment pour la Fugue, la Suite et la Sonate, par époque et par école ou par nationalité. Presque tous les compositeurs, en effet, ont eu recours, pour fleurir, commenter ou magnifier les Thèmes créés par eux ou fournis par d'autres, à la Variation.
Mais les plus anciens étant, sans contredit, les anonymes auteurs des cantilènes grégoriennes, il sera naturel de faire correspondre à l'étude technique de Yornement rythmo-monodique l'histoire de la Variation ornementale.
L'adjonction de {'ornement contrapontique était nécessaire pour qu'un Thème puisse s'exposer plusieurs fois avec des dessins diflérents, et recevoir ainsi une sorte d'enluminure sonore comparable aux encadrements et aux figures régulières qui servent à la décoration d'un édifice : c'est pourquoi l'on trouvera en deuxième lieu l'histoire de la Variation dite décorative., la seule d'ailleurs qui ait constitué, par elle-même, une forme de composition.
Enfin, V amplification thématique et son corollaire historique, la Variation amplificatrice créée par J.-S. Bach, devaient logiquement apparaître en dernier lieu, à la place d'honneur qui leur appartient
(i) Voir 1" liv., chap. ii, p. 4a.
L'ORNEMENT RYTHMO-MONODIQUE 437
de droit, en tant qu'aboutissement de la Variation dans le passé et point de départ probable de ses formes nouvelles dans l'avenir.
Les points de vue leclniique et historique demeurent donc ici étroitement liés l'un à l'autre : c'est pourquoi les deux sections de ce chapitre sont presque inséparables, caries exemples nécessairement très succincts de la section technique doivent être complétés par de fréquentes comparaisons avec les citations corrélatives, plus nombreuses et plus développées, de la section historique, w