PÉRIODE DU MADRIGAL ACCOMPAGNÉ ET DU MADRIGAL DRAMATIQUE
Orazio Vecchi. .
Matteo Asola. .
LucA Marenzio. .
Giovanni Gabrieli, Felice Anerio. .
Adriano Banchieri.
Thomas Morley. .
Hans Léo Hassler.
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Orazio Vecchi, né à Modène, fut prêtre et chanoine de Correggio, ce qui ne l'empêcha point de mener une vie des plus mouvementées ; sa biographie est remplie d'incidents bizarres, tels qu'organisation de danses
(i) Ibid. (3* fascicule, page 126).
(*) Ibid. (3« fascicule, page io3).
(î) Ibid. (3* fascicule, page 2 5).
3o8 LA CHANSON ET LE MADRIGAL
et de mascarades, rixes dans les églises, coltellate et coups de stylet. Bien qu'il ait écrit une célèbre messe à huit voix, In resurrectione Dojiimi, il n'en demeure pas moins le véritable précurseur de Vopera buffa.
Vecchi fut, sinon le premier, du moins l'un des plus anciens et des plus importants promoteurs d'une forme d'art qu'on peut rattacher à la fois, par l'écriture, au style du poème symphonique, tel qu'au xix* siècle le comprirent Liszt et Berlioz, et, par la réalisation expressive, au drame musical.
Nous aurons à revenir longuement sur ce compositeur dans le troisième livre de cet ouvrage, nous nous contenterons donc d'énumérer ici ses œuvres principales, qui méritent toutes d'être lues attentivement.
a) I Bgo. — La Selva di varia ricrea'^ione (i), cioe madrigali, cappricci, balH, arie, justiniane, canioiiette, fantasie, serenate, dialoghi, un lotto amoroso, cou una battag-lia a lo nel fine, suite un peu incohérente de madrigaux, de trois à dix voix, où l'on peut trouver, comme l'auteur le dit lui-même dans sa préface, « toutes les herbes et les plantes mêlées, ainsi que dans une forêt. »
b) 1597. — ^^ Convito musicale (2), madrigaux de trois à huit voix pour « tous les goûts ».
c) 1597. — L'Amfiparnasso, commedia armonica^ sorte de comédie madrigalesque, consistant en quatorze morceaux à quatre et cinq voix, dialogues pour la plupart.
d) 1604. — Le Veglie di Siena, overo i varii humori délia musica moderna (3) ; dans cet ouvrage, divisé en deux parties, la première badine [piacevole), la seconde sérieuse (grave), tous les genres de musique exécutables par une polyphonie ont été réalisés.
Giovanni Matteo Asola (4) publia, en 1687 et 1696, deux livres de madrigaux.
LucA Marenzio, né à Coccaglio, près Brescia, fut maître de chapelle du cardinal d'Esté, puis de Sigismond III, roi de Pologne, et mourut d'un chagrin d'amour, à Rome, où il était organiste de la chapelle pontificale.
(i) La forêt d'amusements variés où se trouvent : madrigaux, caprices, ballets, airs, justiniennes, chansonnettes, fantaisies, sérénades, dialogues, un devis amoureux avec une bataille à dix (voix) pour finir.
(a) Le Banquet musical.
(3) Les Veillées de Sienne ou les divers caractères de la musique moderne.
(4) V. chap. X, page 176.
Marenzio se fit une spécialité du chromatique comme moyen expressif. On a de lui, imprimés chez les Gardane, de Venise, vingt-trois livres de madrigaux très prisés par ses contemporains, qui le surnommèrent /'/ piu dolce cigno.
Giovanni Gabrieli, neveu d'Àndrea Gabrieli(i), fut premier organiste à l'église Saint-Marc de Venise et compta Heinrich SchUtz au nombre de ses disciples. Il écrivit une assez grande quantité de madrigaux accompagnés (six livres), de quatre jusqu'à vingt-deux voix, ces derniers en trois chœurs. Gabrieli fut l'un des maîtres les plus renommés de la dernière école de Venise.
Felice Anerio (2) écrivit plusieurs livres de madrigaux, de quatre à six voix.
Adriano Banchieri, moine olivétain, organiste de Saint-Michel de Bologne, fut un digne continuateur de l'art d'Orazio Vecchi, tout en exagérant la manière de celui-ci jusqu'aux dernières limites du comique populaire. Banchieri lit plusieurs livres de madrigaux accompagnés, et aussi d'intéressants ouvrages théoriques, tels que : Cartella musicale siil canlo Jîgiirato et VOrgano suonarino (1611); mais ses plus importants ouvrages sont les recueils de madrigaux dramatiques intitulés :
a) I metamor^fosi miisicali, en quatre livres ;
b) Il :[abaione musicale, inventione boscareccia, à cinq voix;
c) Bajxa di Venetia per Padona, en deux livres ;
d) Festino nella sera del gioredi grasso, en trois livres. Dans ceu festin du jeudi gras » se trouve un bizarre assemblage polyphonique à huit voix, ainsi présenté :
i" chœur : Deux amoureux chantent une cau\onelta, tandis que la tante Bernardine raconte une histoire et qu'un vieux docteur radote en latin.
2« chœur : Le chien aboie (bubbau)^ Le coucou fait kuku, Le chat miaule ignao), Le choucas chante {chiu)\ tout cela en contrepoint à huit parties solidement constitue. Ce madrigal est intitulé : // contrapunto bestiale alla mente [Z) (1608). é) Tirsi, Fili e Clori, six livres de Caii'^onette à trois voix (1614).
(i) V. chap. X, page 162.
(a) V. chap. x, page 176.
(3) On sait qu'on nommait : contrapunto alla mente l'ancien dédiant ou chant sur le livre (voir chap. x, page 144).
COURS DE CO.MrOSITION 14
• /) Enfin, une œuvre vraiment dramatique en deux parties intitulées Pallia senile (i) et Saviena giovenile (2) (iSgS), souvent réimprimée jusqu'en 1628, sorte d'imitation non déguisée de VAmJiparnasso de Vecchi, pour voix, instruments, etc., avec intermèdes. Cette œuvre sera examinée en détail au début de notre étude sur l'art dramatique (troisième livre).
Thomas Morley, élève du célèbre organiste anglais William Byrd et chantre de la chapelle royale, fut un compositeur de chansons et de madrigaux des plus féconds ; on connaît de lui un grand nombre de madrigaux accompagnés, où figurent déjà des instruments tels que ti^eble hite (luth aigu), pandora, cisterne^ base-viol, Jlute, treble-viol (violon) ; un recueil de Ballets à cinq voix (danses chantées) et trois livres de Canionets^ de trois à six voix.
Hans Leo Hassler (3) composa des madrigaux accompagnés sous les titres : Nejve tiûtsche Gesang nach Art der jpelschen Madrigalien iind Kanionetten (4)(i596), Lustgarten nejper deustcher Gesang (5), Ballelti, GagUarden iind Intraden mit 4-8 Stimmen [\6o\).
Après avoir survécu encore quelque temps au xvii" siècle en Angleterre, l'art madrigalesque tomba, nous l'avons dit, dans une complète déchéance, pour faire place à la suite instrumentale et à la musique de chambre (concert, etc.), dont il fut le véritable précurseur vocal, comme on le verra dans le deuxième livre de cet ouvrage.
'1) La folie sénile.
(2) La sagesse juvénile.
(3) V. chap. X, page 176.
(4) Nouveau chant allemand, suivant la manière des madrigaux et chansonnettes âamands.
(5) Le .'ardin d'agrément du nouveau chant allemand.
L'ÉVOLUTION PROGRESSIVE DE L'ART
Le moyen âge. — Epoque rythmo-monodique : art intérieur. — Epoque polyphonique : art extérieur. — Epoque métrique: art personnel. La Renaissance. — Eircts de la Renaissance sur la musique.