RÔLE DE LA FORME SUITE DANS LA MUSIQUE SYMPHONMQUE
La coupe binaire modulante et la juxtaposition de pièces différentes sont, en définitive, les seuls caractères à peu près constants dans la forme transitoire de la Suite. Mais de ces deux signes distinctifs, le premier n'a pour ainsi dire pas laissé de traces dans les formes musicales postérieures.
Après avoir coexisté longtemps avec \di forme ternaire des premières sonates, la coupe binaire, en effet, s'efface complètement devant cette construction nouvelle plus stable, plus féconde et infiniment mieux équilibrée.
Au contraire, le principe de la Juxtaposition des airs, adopté peu à peu par la Suite instrumentale, devait réagir profondément sur une foule d'autres formes symphoniques. Ne devait-il pas aboutir en effet, après des étapes successives, au cjcle de pièces différentes quoique dépendantes les unes des autres, c'est-à-dire à l'une des plus belles applications, dans le domaine musical, de la loi d'unité dans la variété qui régit toute esthétique?
Pressentie par Beethoven, réalisée par César Franck, la conception cyclique est à la base de toute œuvre symphonique de quelque envergure : nous en retrouverons la tradition constante dans la Sonate,
LES PRÉCURSEURS 119
comme dans toutes les formes appartenant à la famille du Madrigal accompagné (Musique de Chambre, Symphonie, etc.).
En dehors de cette lignée légitime où se perfectionne, de génération en génération, le système ternaire inauguré par la forme Sonate et la cohérence des morceaux juxtaposés, la forme Suite n'a guère survécu que dans quelques types, plus ou moins abâtardis, où demeurent, à l'état de routine irraisonnée, quelques vestiges de la construction traditionnelle.
Si, par exemple, on retrouve dans les ballets (i) les formes de quelques danses de cour, ayant abandonné les lumières étincelantes des palais pour les feux moins nobles de la rampe, cette métamorphose entraînera bien vite l'oubli de tout principe d'unité tonale, et les airs de ballet se succéderont sans nul souci de l'ancien « ordre logique » des b^-^Ues Suites instrumentales.
Plus tard aussi, le nom de Suite sera donné par quelques compositeurs à des œuvres pour orchestre, que leur caractère descriptif ou pittoresque rattache plutôt au Poème Symphonique et à la Fantaisie (2), à moins que leur construction ne soit en réalité celle des véritables Symphonies.
Enfin, à part quelques très rares tentatives de Suites pour piano, ou pour violon, offrant par l'instrument exécutant, sinon par la forme, plus d'analogie que les précédentes avec la Suile proprement dite, ce genre immortalisé, en Italie par D, Scarlatti, en France par Coupérin et Rameau, en Allemagne par J.-S. Bach, semble avoir totalement disparu, après l'admirable floraison des xvn® et xviii* siècles, dont nous allons étudier l'histoire.
HISTORIQUE