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LE CHANT POPULAIRE PROFANE

Le principe de tout art est d'ordre religieux : nous avons eu plusieurs fois l'occasion de le rappeler, et c'est pour cette raison notamment que, dans l'étude de la musique rythmo-monodique, nous avons examiné d'abord le chant liturgique, plus ancien assurément que tous les autres, auxquels il a souvent servi de modèle.

Mais le ca.T3.cthre populaire de nos cérémonies religieuses devait naturellement réagir sur les formes de la musique d'église ; aussi avonsnous constaté, à propos des séquences, les tendances simplistes du peuple, auxquelles on doit la substitution progressive des formes cadencées et symétriques aux vocalises surchargées des alléluia du genre ornemental.

Après avoir étudié ce que nous avons appelé le genre populait^e dans la cantilène monodique, il pourrait sembler à peine utile de consacrer un chapitre spécial à la chanson populaire profane du moyen âge, dont les formes semblent, surtout au début, très analogues à celles du chant liturgique.

Cependant, une raison fort importante Justifie cette étude séparée : le chant populaire en effet, malgré ses fréquents emprunts au chant religieux, n'en conserve pas moins une différence de destination caractéristique, et absolument incompatible avec les formes du culte chrétien : la danse.

Ainsi que l'observe M. Tiersot, « dans les quelques textes de la pre- « mière période du moyen âge où il est question de chants populaires, « ceux-ci sont, d'une manière constante, présentés comme spécialement « destinés à la danse. » {Histoire de la chanson populaire en France^ p. 324.) C'est donc h l'ancien art du rythme dans le geste^ reparaissant au

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moyen âge sous la forme de danse profane, que nous devons la chanson populaire, tandis que le chant religieux provient de l'art du rythme parlé, comme nous l'avons dit au chapitre i, p. 28.

En vertu de cette différence primordiale, la chanson populaire, affectée à la danse, continuera dans notre troisième époque de l'histoire musicale à ne se point confondre avec la cantilène liturgique. Car les premières formes de la musique instrumentale, c'est-à-dire symphonique, sont directement issues du chant profane, tandis que le chant sacré sert de point de départ à notre art de l'expression vocale ou dramatique.

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