‹ Cours de composition musicale (volume 3)Chapitre 64 sur 265 · LE RÔLE SPÉCIAL DU TIMBRE DANS LA DYNAMIQUE · texte numérisé non relu

LE RÔLE SPÉCIAL DU TIMBRE DANS LA DYNAMIQUE

La Dynamique se manifeste aussi, en tant que procédé expressif, sous une forme spéciale à laquelle on a donné le nom de timbre (i).

Le timbre d'un son est cette qualité particulière qui le différencie d'un autre son émis, dans des conditions identiques de durée, d'intensité et d'acuité. C'est par l'effet du timbre que les sons d'un instrument ou d'une voix acquièrent le caractère personnel ou individuel qui les empêche d'être confondus avec les mêmes sons émis par un autre instrument ou par une autre voix.

Au point de vue scientifique, on s'accorde généralement à expliquer le phénomène du timbre par la résonnance harmonique inhérente à toute émission de son.

Aucun corps sonore ne réalise exactement les conditions énoncées au chapitre de l'Harmonie (page 95). Toutes les fois qu'un corps vibre isolément et dans toute son étendue, il vibre en même temps, mais avec une intensité moindre, dans ses parties aliquotes (1/2, i/3, 1/4, i/5, 1/6, etc.). Ces vibrations harmoniques accessoires sont sans effet sur l'intonation du son unique perçu par notre oreille, mais elles en atténuent plus ou moins la pureté.

Helmholtz attribue à la prédominance relative de ces harmoniques concomitants, variables suivant la forme et la matière du corps sonore, l'effet caractéristique qu'on appelle le timbrée.

Dans la voix humaine par exemple, les voyelles diffèrent par leur timbre : dans les voyelles a, 0, om, les harmoniques plus graves sont prédominants ; dans les voyelles é, /, m, au contraire, ce sont les harmoniques aigus.

La différence de timbre entre les instruments est la même qu'entre les voyelles.

Le timbre résulte de Vinertie des corps sonores, et ne saurait être confondu avec les qualités actives du son, — durée, intensité, acuité, — seules susceptibles de modifier son caractère exp?'essif.

Le //m^r^ n'est donc pas un véritable facteur expressif. S'il contribue

(i) Voir chap. iv, p. 77, les diverses acceptions du mot timbre.

souvent à l'expression, c'est comme procédé de renforcement ou d'affaiblissement, par conséquent en qualité d'agent dynamique.

Il en est du timbrée dans la Musique comme de la couleur dans la Peinture ; si la richesse du coloris peut contribuer à la puissance expressive d'un tableau, c'est également par un effet dynamique, en soulignant le trait, en renforçant les ombres, en accroissant la netteté du relief et de la perspective.

La Modulation consiste dans les modifications apportées à la tonalité des diverses périodes ou phrases constituant le discours musical : elle s'opère au moyen du déplacement de la tonique^ de son oscillation vers les quintes aiguës ou vers les quintes graves.

La Modulation a pour effet de traduire les impressions relatives de clarté et d'obscurité.

On doit considérer la modulation comme un procédé harmonique, parce qu'elle repose principalement sur notre conception moderne de la tonalité, c'est-à-dire sur la constitution harmonique des périodes et des phrases (i).

L'Accord, toujours identique à lui-même, serait impropre à tout effet expressif, s'il n'était essentiellement déterminatif de la tonalité à l'aide de ses fonctions tonales qi des cadences.

La Modulation, en tant que procédé expressif d'éclairement ou d'assombrissement, est relativement récente dans l'art musical, où elle n'apparaît guère que dans la troisième époque avec les formes cycliques de la symphonie et du drame. Un seul exemple suffira ici à faire comprendre l'effet expressif à" éclairemeiit dû à la modulation : l'entrée du thème principal au cor en fa, dans le premier mouvement de la IIP symphonie (Héroïque) de Beethoven :

dolce

précédant de quelques mesures la rentrée définitive de tout l'orchestre à la tonalité principale, plus sombre, de Mit>.

Tutti

(i) Nous avons constaté au chapitre de la Mélodie (page 40) que la modulation, comme la tonalité, pouvait quelquefois se présenter sous une forme purement mélodique. Mais cette sorte de modulation tout à fait élémentaire ne saurait suffire à constituer un procédé expressif complet.

Une étude plus complète de la modulation sera faite ultérieurement, jvec des exemples dans l'ordre symphonique et dans l'ordre dramatique : nous nous bornerons à exposer ici brièvement ses principes généraux.

Page 1