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LES ÉLÉMENTS DE LA MUSIQUE

Considérée, suivant les époques et les pays, tantôt comme art, tantôt comme science, la Musique tient en réalité de l'art et de la science : aussi les nombreuses tentatives faites pour la définir n'ont-elles abouti pour la plupart qu'à jeter la confusion sur cette question (2). Sans proposer ici une nouvelle définition, dont le seul effet serait d'accroître le nombre déjà considérable de ses devancières sans les mettre d'accord, nous dirons seulement que la Musique a pour base les vibrations sonores; pour éléments, le rythme, la mélodie, l'harmonie; pour but, l'expression esthétique des sentiments.

Il suffira donc, pour entreprendre utilement l'étude historique et critique des formes de l'art musical, d'en bien connaître les trois éléments constitutifs : Rythme, Mélodie, Harmonie,

(i) Le rythme artistique était alors, môme pour ce qui regarde les arts plastiques, codifié pour ainsi dire scientifiquement. Les règles sirictcs des rapports entre la philologie, la philosophie et l'esthétique se trouvent énoncées en maints ouvrages, comme : Les noces de Mercure et de la Philologie, le compendieux traité de Martianus Capella, ou les Etymologies d'Isidore de Séville, mais surtout dans les Miroirs de Vincent de Beauvais comprenant quatre livres :

lo le Miroir de la nature ; 2» le Miroir de la science ; 3* le Miroir moral ; 4» le Miroir historique.

Tout l'art médiéval est basé sur cette division.

Voy. au sujet du Trivium et du Quadrivium : Emile Ma'e : L'Art religieux du XIII* siècle en France (page ii5).

(2) Hoené Wronski et après lui Camille Durutte appellent la musique un « art science • et la définissent; la corporification de l'Intelligence dans les sons (Voy. Durutie: Technie harmonique. Introd. p. vu.)

ao INTRODUCTION. — LE RYTHME DANS L'ART

et d'établir le lien qui rattache ces trois éléments à une branche de la science générale.

Ainsi se vérifiera le double caractère scientifique et aî^tistique de la Musique.

Le Rfthme^ résultant de l'inégalité des temps, s'exprime par des nombres et dépend des lois arithmétiques.

La Mélodie^quï prend son origine dans l'accent, procède de la linguistique.

h' H arjnonie enûn, basée sur la résonnance des corps, obéit aux lois des pibî'atio7is.

La Musique relève donc à la fois des sciences mathématiques par le Rythme, des sciences ?iaturelles par la Mélodie, des sciences physiques par l'Harmonie.

Toutefois, ces trois éléments, d'origine scientifique, ne peuvent atteindre l'effet artistique, VExpression, qu'à la condition d'être en mouvement^ car la Musique, nous venons de le voir, est essentiellement un art de succession...

Seul, des trois éléments de la Musique, le Rythme est commun à tous les arts, il en est l'élément primordial et esthétique (i).

Le Rythme est universel, il apparaît dans le mouvement des astres, dans la périodicité des saisons, dans l'alternance régulière des jours et des nuits. On le retrouve dans la vie des plantes, dans le cri des animaux et jusque dans l'attitude et la parole de l'homme.

On doit considérer le Rythme comme antérieur aux autres éléments de la Musique; les peuples primitifs ne connaissent pour ainsidirepas d'autre manifestation musicale.

La Mélodie.^ directement issue du langage par l'accent, est presque aussi répandue que le Rythme ; ces deux éléments combinés ont suffi pendant de longs siècles à constituer un art musical très avancé.

Quant à V Harmonie, basée sur la simultanéité des mélodies, elle est l'effet d'une conception relativement récente, mais accessible seulement

(i) « Les Grecs rythment le temple.

« Ils adoptent pour chacune de leurs constructions une unité de mesure (rythmique) « différente, un module qui est le diamètre moyen de la colonne. Chaque partie du monu- « ment est commandée, non par sa destination naturelle, mais par les proportions de « l'ensemble. Aussi, la beauté y atteint la perfection la plus inexpt-essive.

« Nos maîtres du moyen âge avaient adopté un autre module: Vliomme. Ils avaient une « échelle vivante. De là, l'émotion dont ils font trembler la pierre française.

« Cet homme, pour lequel ils édifient la merveille, cette vivante unité de rythme qu'ils ne « veulent point perdre de vue, ils la répètent partout dans les formes de leur folle « statuaire.

« Au reste, ils déterminent l'harmonie de la Cathédrale avec autant de rigueur que firent t les Grecs, et ils en calculent les équilibres avec une splendidc sûreté. »

Adrien Mithouard {le Tourment de VUnité).

h une élite, relativement peu nombreuse encore, et affinée par une éducation plus complète.

Bien des peuples ignorent l'Harmonie, quelques-uns peuvent même ignorer la Mélodie; aucun n'ignore le Rythme.

C'est donc par le Rythme que nous commencerons l'étude esthétique de la Musique, car il est, dans la genèse de l'Art, l'élément vivifiant et fécond, tel, dans la genèse de l'univers, le Fiat lux, le Verbe de Dieu ; et elle portait plus loin qu'il ne le pensait peut-être lui-même, la spirituelle boutade du célèbre chef d'orchestre Hans de Blilow, alors qu'il disait, paraphrasant à sa manière le texte de saint Jean : « Au commencement était le Rythme ! »

Le rythme musical. — Constitution du rythme musical. — Rythme binaire, rythme icmaire. — Rythme masculin, rythme féminin. — Le rythme et la mesure. — Le rythme de la parole et le rythme du geste.

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