Cours de composition musicale
La vie humaine, en ses états successifs, peut représenter chacune des grandes périodes de l'humanité.
Il semble donc naturel que l'artiste, dont la condition première est de connaître à fond l'art qu'il a choisi, revive lui-même la vie de cet art, et, au moyen de l'intelligence des formes créées par l'évolution artistique, en arrive à dégager sa propre personnalité d'une manière infiniment plus sûre que s'il procédait empiriquement.
Le but du présent ouvrage est de faciliter à l'élève, qui veut mériter le beau nom d'artiste créateur, la connaissance logique de son art, au moyen de l'étude théorique des formes musicales, et de l'application de cette théorie aux principales œuvres des maîtres musiciens, examinées dans leur ordre chronologique.
Telle est la pensée qui a présidé à l'ordonnance du Cours de composition musicale^ dont la base naturelle est la division de l'histoire de la Musique en trois grandes époques:
1° Epoque rjthmo-motiodique^ du m» au xiii* siècle (i).
2° Epoque polyphonique^ du XIII* au xvii« siècle.
(i) Il est difficile d'assigner à chacune de ces grandes époques des dates précises, un cornmencenaent ei une fin, car elles empiètent naturellement l'une sur l'autre, quant aux manifestations' qui en font le caractère ; les délimitations que nous donnons ici ne sont donc qu'approximatives, en prenant pour point de départ les plus anciens textes musicaux suffisamment connus et dignes de foi.
3" Epoque métrique :
du XVII* siècle jusqu'à nos jours.
C'est ainsi qu'en ce premier livre, l'élève sera appelé à étudier successivement :
le J^r^/zme, élément primitif et primordial de tout art, et son application spéciale à la Musique (chap. i) ; la Mélodie, issue du langage par Vaccent (chap. ii) ; les Sigrnes graphiques qui représentent le rythme et la mélodie (chap. m) et
les Formes musicales limitées à ces deux éléments (Époque rythmo-monodique, chap. iv, v).
Il étudiera ensuite :
V origine et la théorie de V Harmonie (chap. vi) servant de base à
la Tonalité (chap. vu) et concourant avec elle à
V Expression [chs^Y*- '^"O i Puis VHistoiî^e de cette théorie de l'Harmonie (chap. ix) et son
Application dans les mélodies simultanées de l'Epoque polyphonique (chap. xet xi) ;
Enfin, un rapide coup d'œil sur
VEvolution progressive de VArt (chap. xii) donnera à l'élève les notions synthétiques qui lui sont nécessaires pour opérer le rattachement de ces deux premières époques à la troisième (Époque métrique), dont l'étude, plus développée à mesure qu'elle se rapproche de nous, fera l'objet des autres parties de cet ouvrage.
A la fin de chacun des livres qui constituent le Cours de composition, se trouve formulée en appendice l'indication des travaux que doit fournir l'élève, au fur et à mesure que connaissance lui est donnée des divers chapitres du Cours.
Si ces travaux ne sont indiqués que d'une façon générale, c'est que l'auteur estime que tout enseignement d'art devant être oral, une complète latitude doit être laissée au maître-enseignant, dont la mission est de s'inspirer de la nature et du tempérament intellectuel do chacun de ses élèves, dans la distribution des travaux à effectuer par ceux-ci.
L'auteur désire aussi bien établir que, dans l'introduction qui traite de la philosophie de l'Art, il n'a point entendu employer les dénominations
adoptées pour l'enseignement actuel de la classe de philosophie, en leur donnant la signification exacte que leur attribuent les professeurs officiels ; il demande donc qu'on veuille bien excuser et admettre sa terminologie philosophique spéciale.
Il en sera de même pour un certain nombre de termes (par exemple : idée^ phrase^ période)^ dont la signification musicale^ bien que fort différente du sens que leur donne la littérature, est tellement établie qu'il serait malséant de prétendre introduire à leur place des vocables nouveaux, que seuls le temps et l'usage sont capables de faire adopter.
En terminant ce préambule, l'auteur tient à remercier son élève et ami Auguste Sérieyx, qui enseigne actuellement les matières de ce Premier Livre à la Scola Cantorum, de l'aide précieuse et intelligente qu'il lui a apportée dans la rédaction et la coordination logique du Cours de Composition ; il tient aussi à lui laisser la paternité, disons même la responsabilité, de certaines démonstrations et de certaines idées qui méritaient, en raison de leur valeur, d'être recueillies dans cet ouvrage.
Vincent d'Indy.
Paris, 1901.
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