LE RYTHME MUSICAL
Nous avons défini le rythme en général : « L'Ordre et la Proportion, dans l'Espace et dans le Temps. » Pour la musique, art de succession^ basée sur la division esthétique du Temps, le rythme est plus spécialement : Tordre et la proportion dans le Temps.
Le rythme musical, en effet, résulte des rapports de temps, établis par l'esprit humain, entre les sons perçus successivement par l'oreille.
Il est bien entendu que l'expression rapports de temps doit être interprétée ici dans son sens le plus large. Carie rythme s'applique non seulement à la durée relative des sons, mais encore à leurs relations d'intensité, et même d'acuité, — qualités qui dérivent aussi de l'idée de temps, puisqu'elles dépendent dtV amplitude ou de la rapidité des vibrations sonores, dans un temps donné.
Ces rapports de durée, d'intensité ou d'acuité, considérés en euxmêmes, ne sont qu'une pure abstraction de notre esprit, indépendante du bruit ou du son perçu, quel qu'il soit.
On peut s'en rendre compte en observant une succession de bruits suffisamment égaux entre eux, comme ceux que font entendre les oscillations d'un métronome de Maelzel.
Nous pouvons considérer ces bruits successifs comme identiques, et les figurer en notation musicale par :
JrJrJrJrJ
I, 2, 3, 4, 5, etc.
Quand nous les écoutons attentivement, sans regarder le balancier, notre esprit ne peut s'empccher de leur accorder une importance iné-
gale^ de déterminer entre certains d'entre eux et les autres une relation, un i^apport^ c'est-à-dire un rythme.
Tantôt, par exemple, les bruits de rang impair nous paraîtront plus longs,
j^, 2, y, 4, £, etc.
ou plus forts :
I, 2, 3, 4, 5, etc.
tantôt, au contraire, c'est aux bruits de rang jtja/r que nous accorderons cette prépondérance en durée,
OU en intensité :
JrJ\*J\'J vJ
I, 2, 3, 4. 5, etc.
La possibilité qui est en nous de choisir, par un simple effet de notre volonté, l'une ou l'autre de ces inégalités arbitraires établit clairement que le rythme provient, non des bruits eux-mêmes, mais d'une nécessité de noire esprit, qui, à l'audition de battements égaux en force et en durée, est pour ainsi dire forcé de créer son rythme.
Envisagés à ce point de vue, les bruits ou les sons déterminent dans notre entendement une sorte d'impî^ession vague, dépourvue de tout caractère esthétique.