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LA PHRASE CARRÉE

Quant aux phrases dites carrées ou à quatre périodes, leur examen attentif montre qu'elles sont pour la plupart, soit des phrases ternaires dont une période est répétée deux fois, soit même des phrases binaires avec deux répétitions : l'antienne du Jeudi Saint : Maneant in vobis (L. Gr., 2«éd.,p. 184), par exemple, présente dans son exposition quatre période's distinctes, dont la dernière n'est que la répétition de la première : c'est donc une phrase ternaire.

Lamélodie populaire : Au clair de la lune... est du type binaire, malgré son apparence carrée: elle est constituée par une première période répétée deux fois, par une seconde période, et enfin par une nouvelle répétition de la première.

On pourrait faire, dans l'ordre symphonique, des observations analogues sur la phrase de l'andante de la IX^ symphonie de Beethoven (ternaire), et sur le thème du finale de la même symphonie (binaire).

Les exemples de mélodies ne rentrant dans aucune des trois catégories que nous venons de déterminer sont extrêmement rares (voir l'exemple ci-après, p. 44).

ANALYSE d'une MÉLODIE

Quel que soit, du reste, le t^Jpe d'une mélodie, le procédé d'analyse est

toujours le même ; il consiste :

lo, à éliminer dans chaque phrase les périodes répétées, en ne tenant

compte que des périodes réelles ;

2% à éliminer successivement dans chacune de celles-ci les notes accessoires, d'ordre purement ornemental, pour ne tenir compte que des

notes réelles.

Ces deux opérations faites, on se trouve en présence d'une sorte de schème mélodique ou même purement rythmique, dont l'analyse devient

facile.

Dans une mélodie bien constituée, l'agencement des phrases et des périodes ainsi réduites à leur schème doit, autant que possible, satisfaire aux conditions suivantes :

10, au cours d'une même période, le même degré, — c'est-à-dire la même fonction dune note de la gamme, -ne doit pas être entendu plusieurs fois dans le même sentiment tonal ;

LA MELODIE

2®, la conduite tonale de chaque période doit avoir toujours unbutbien déterminé, et ce but doit être atteint dans la période suivante ;

3°, les phrases musicales enfin, formées chacune de deux ou trois périodes et appelées à constituer dans leur ensemble Vidée musicale, comme nous l'expliquerons au chapitre de la Sonate (deuxième livre), doivent être toutes dépendantes l'une de l'autre, bien que diverses d'aspect.

Lorsque ces trois conditions sont remplies, la Mélodie répond vraiment au but de l'Art, qui est la Variété dans l'Unité.

Nous donnons ci-après trois exemples d'analyse mélodique établie au moyen de la réduction de la phrase à son schème rythmique. Cet état simplifié ne contient naturellement que des accents toniques (a), l'accent expressif (=►) ressortant de l'état complet de la mélodie, dont Vambitus entraîne parfois le déplacement de l'accent.

Il est à remarquer que les plus belles phrases musicales sont celles qui, puisant leur force dans leur propre élément, la mélodie rythmée, ne perdent rien à être présentées sans vêtement harmonique. Tel est le cas des exemples suivants, choisis dans trois différentes époques de l'histoire musicale, mais offrant une égale pureté de ligne unie à une égale hauteur d'inspiration.

H-:iJ^

Schème rythmique.

l^Jgr. (masc.)

2Sgr. (masc.)

3Sgr.

(fe'm.)

l'ygr. (masc.)

2«. gr.

LA MELODIE

(masc.)

ll'gr. (niasc.) 2'i.s,v. (masc.)

J.-S. Bach (Sonate pour violon et clavecin en ut mineur — Adagio — vers lySo).

Cette phrase ternaire, composée de dix groupes, est essentiellement symétrique : la première période est reproduite deux fois, et les rythmes delà seconde correspondent absolument à ceux de la troisième.

Il n'en est pas de même de l'exemple suivant, type admirable autant que rare d'une phrase carrée, c'est-à-dire formée de quatre périodes mélodiques différentes. Cette mélodie, comme celle du premier exemple, est constituée en dix groupes, mais les troisième et quatrième, huitième et neuvième, ont une durée moindre que celle des autres groupes de la même mélodie, c'est pourquoi on peut la qualifier de phrase serrée.

Schème ^^ mélodiciue.

(i) Ici l'accent tonique est absolument détruit, ou plutôt déplacé par l'accent expressif, qui est lui-même renforcé par une anacrouse également expressive.

Même remarque peut être faite en maint autre endroit de cette môme mélodie et de U suivante.

LA MELODIE

l^'^r-^iv-l

Bbbthovrn (Sonate pour piano en la t?» op. iio — Anoso — ibai).

Quant au troisième exemple, c'est une phrase qu'on pourrait appeler décroissante, chacune des trois périodes de cette belle mélodie ternaire présentant un groupe de moins que la période précédente (5 groupes pour la première, 4 pour la seconde, 3 pour la troisième).

Il'-n'ér.l-

Schème rythmique.

l^Jgr. (fém.)

2î srr. (ft'iii.)

[mZD—

3£ gr.dnasc.)

4î gr. (nmsc)

LA MELODIE

35 gr. (irase.)

4!gr.

,4 groupes

i3'!l«-pc'r.

'' ër (L!f g Gr N^

(îflasc.) Ifgr.dnasc.) 2£ gr. (fém.)

3£ gr. (fém.)

Cksar Franck (Prélude choial et fugue pour piano — 2« partie — 1884).

(Enoch et C'', éditeurs )

SSL

LA NOTATION

La notation et l'écriture. Ecritures idéographiques, syllabiques, alphabétiques. Notation en lignes, en neumes, en notes. — La notation neumatique. La notation ponctuée. — Gui d'Are:{^o : Les noms des notes. La portée. — La notation proportionnelle : Notation noire, notation blanche. — Erreurs des piain-chantistes du xvu= siècle. — Notations conventionnelles et notation traditionnelle. — Les Tablatures. — Transformaiion des signes traditionnels : Silences. Mesures. Clés. Accidents. — Imperfections de la notation contemporaine.

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