LE MADRIGAL ACCOMPAGNÉ
A mesure que se propage et s'impose, sous l'influence des idées de la Renaissance, le principe d'individualisme qui va favoriser l'éclosion de Vopéra, nous voyons apparaître dans le madrigal, timidement d'abord, les instruments accompagnants. Au début, ils servent seulement à doubler, dans la limite de leur étendue, les parties vocales; avec l'usage de plus en plus répandu du so/o, ils se cantonnent bientôt dans la réalisation de la basse continue, suivant le système si cher à toute cette époque.
Toutefois, à mesure que le rôle de l'instrument s'efface, en tant qu'accompagnateur, il s'affirme au contraire pendant les silences du chanteur principal, rendus plus longs par les traditions alors en vigueur. En effet, dans l'exécution de ces madrigaux accompagnés, le chanteur n'apparaissait devant l'auditoire qu'au moment de commencer son 50/0,
et revenait ensuite à sa place dans la coulisse, si l'on peut ainsi
s'exprimer. Pendant ces allées et venues, les instruments seuls prirent l'habitude de se faire entendre. Affranchis momentanément de leur emploi de réalisateurs de la basse continue, ils exposaient généralement un fragment extrait de Vair qui précédait ou suivait cette espèce d'in-
LA CHANSON ET LE MADRIGAL i88
termède Ainsi prend naissance la ritournelle (,), qui depuis alterna IveT itia (air) dans la plupart des compositions vocales de cour et même d'église, à partir de la fin du xvi» siècle. ^
C^ te ritournelle, étrangère à toute préoccupation expressive d un text ne tarda pas à prendre une forme conventionnelle analogue a celle des refrains, où les paroles sont dépourvues de toute signification, dans les chansons populaires de la première époque
Dès lors les madrigaux de ce genre vont se rattacher de plus en plus, nar la ritournelle, à l'ancien art du geste rythmé ou de la danse. ' Pe^ peu, surtout en Allemagne et en France, les instruments quitteront leurs fonctions d'accompagnateurs, et seront appelés a remplacer parties vocales, qu'on leur confie souvent faute de chanteu s n Ure suffisant. Le' soliste >--^--ous apparaitra sous les t s d'un instrumentiste virtuose, qui joue son air au lieu de le chan^r et" né rira de véritables madrigaux ;,o«r instruments, dans les formes desquels nous aurons ultérieurement à rechercher les origines d'un ce tain nombre de pièces de l'ordre symphonique, comme le concert le cZêrtZ^ même certains airs de danse en usage dans la sratcnstrumentale et, plus tard, dans la sonate (2).