ÉPOQUES QUI MODIFIENT LES ARROSEMENS. $ L ARROSEMENS EN HIVER
Les arrosemens ne maintiennent, n’aident et n'accélérent la végétation qu’autant qu'ils sont faits à propos ; administrés à contre-temps, ils peuvent occasionner le dépérissement et la mort des végétaux. Il faut donc avoir égard non-seulement à la nature de ces végétaux, mais encore à leur état de santé ou de maladie, aux différentes saisons et même aux divers momens de la journée, pour les empêcher d’être nuisibles, et les rendre au contraire le plus utiles possible à la croissance des plantes.
En hiver, les jours sont très-courts; les rayons du soleil, qui tombent alors obliquement sur la terre, n’en échauffent que faiblement la surface; l'air est chargé d'humidité, et la terre en est imprégnée par les pluies de l'automne et par les neiges qui la couvrent dans ja plus grande partie de l'Europe septentrionale. D'un autre côté, les
DES ARROSEMENS. 279 plantes végètent peu dans cette saison : celles qui sont vivaces ont perdu leurs tiges, toute leur sève est renfermée dans les racines. Les arbres, pour la plupart dépouillés de leurs feuilles, sont dans un état de repos et desommeil. Ceux d’entre eux dont le feuillage est perpétuel trouvent dans l'humidité répandue dans l'air la quantité d’eau nécessaire à leur végétation lente. Ainsi donc les arrosemens des prairies, des champs et des jardins doivent cesser entièrement pendant l'hiver dans notre climat; ils deviendraient nuisibles aux cultures en les rendant plus accessibles aux gelées.
Mais dans les différentes espèces de serres , où la végétation des plantes des climats chauds est entretenue par une température douce, les arrosemens sont continués; cependant ils doivent être peu fréquens, et modérés dans leur quotité. Certains végétaux (les plantes grasses, par exemple ) ne doivent être arrosés que trois ou quatre fois. dans le courant de l’hiver ; d’autres, comme les plantes à racines bulbeuses, tubéreuses ou charnues, qui ne végètent pas ou ne végetent que très-faiblement dans cette saison, n’ont besoin que de légers arrosemens, plus propres à tenir les molécules de terre liées entre elles qu’à accélérer la végétation. *
Les arbustes et ies arbres cultivés dans des pots ou des caisses, et renfermés dans ces mêmes
serres, ont besoin d’arrosemens plus multipliés et plus abondans; dans ce cas sont les orangers, les myrtes, les diverses sortes de lauriers, etc. , qui sont dans une végétation perpétuelle. Comme les jours sont plus courts, et que l’atmosphère de la serre est ordinairement humide, il convient pourtant de diminuer le nombre des arrosemens, et de les rendre des deux tiers moins considérables” qu'en été.
= Le moment le plus favorable aux arrosemens des plantes renfermées dans les serres chaudes pendant l'hiver est le milieu du jour. Il faut avoir soin, en arrosant, surtout lorsque le soleil paraît, de ne pas répandre l'eau sur les feuilles ; les globules de ce liquide, ayant la propriété de rassembler les rayons solaires, produisent l'effet d’une loupe;ils brülent les feuilles, et y laissent des taches aussi nuisibles à la végétation que désagréables à l'œil. On observe encore de ne pas arroser en même temps toutes les plantes réunies dans un lieu fermé, mais seulement de donner de l’eau à celles qui en ont le plus pressant besoin ; cette précaution est nécessaire, tant pour ne pas occasionner dans la serre une humidité surabondante, nuisible à la totalité des végétaux qui y sont renférmés, que pour ne pas exciter une évaporation trop considérable, qui refroidirait l’atmosphere.
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En axiome général, il ne faut arroser les plantes
des serres pendant la saison des froids que le
moins possible; on perd plus de plantes par trop
d’arrosemens dans cette saison qu’il n’en périt par défaut d’eau.
$ Il. ARROSEMENS AU PRINTEMPS.
Le soleil, commençant à monter sur l'horizon, acquiert de la force; les jours augmentent d'étendue ; le ciel devient plus serein; les eaux pluviales sont moins abondantes et plus chaudes ; enfin la terre fermente, et les végétaux se réveilient de leur long assoupissement. C’est alors qu'il convient de seconder la nature par des arrosemens sagement administrés : il faut les répéter souvent, mais les faire moins copieux; trop abondans, ils refroidiraient la terre et l’empêcheraient d’entrer en amour, comme le disent les jardiniers; trop peu fréquens, ils ne fourniraient pas l'humidité si nécessaire à cette époque de la vie des plantes.
Pour n'arroser alors qu'avec connaissance de cause , on doit étudier d’abord la qualité des terrains cultivés : s'ils sont de nature argileuse et compacte , il faut suspendre les arrosemens; car cette sorte de terre est froide , et les productions qu'elle fournit ne sont tardives que parce qu’elle recèle trop long -temps l'humidité. Si, au contraire , le sol est sablonneux, meuble et léger,
il convient de les multiplier et de les rendre plus : copieux. On remarquera encore que les terrains situés au nord ont moins besoin d’eau que ceux qui sont exposés au soleil du midi; et enfin qu'une terre dépouillée de végétation et qui est pénétrée par les rayons du soleil doit être plus arrosée que celle qui se trouve ombragée par des arbres. Toutes ces circonstances doivent être prises en considération par les cultivateurs. On commence dans cette saison les arrosemens des prairies naturelles et artificielles, soit au moyen des submersions, des infiltrations, soit par nappes d’eau. Dans les jardins, on arrose les semis nouvellement faits en pleine terre, etles jeunes plants d'arbres et de plantes dont la végétation hâtive a besoin d'eau pour être accélérée.
Les plantes cultivées dans les serres exigent alors des arrosemens plus multipliés et plus copieux que pendant l'hiver.
L'heure de ces arrosemens ne ‘doit pas non plus être la même; il est plus convenable de les donner le matin, une heure après l'apparition du soleil, que sur le milieu du jour. Les nuits sont encore fraiches, et il survient souvent de petites gelées blanches tardives; si l’on arrosait le soir, la gelée aurait beaucoup plus de prise sur des végétaux humectés nouvellement qu’elle n’en à sur ceux qui ne conservent qu'une légère humidité.
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Qu'on se donne bien de garde d’arroser avec trop d’abondance, dans cette saison , des plantes dont on serait forcé de diminuer ou de suspendre les arrosemens pendant l'été : leurs vaisseaux , distendus par une surabondance de fluide, s’oblitéreraient plus tard lorsqu'on diminuerait la quantité d’eau dont on les à abreuvées pendant le printemps. Il en résulterait d’ailleurs un autre inconvénient non moins grave ; des fruits légumiers, tels que des concombres et des melons; des racines nourrissantes et des herbages, trop arrosés, perdent une grande partie de leur saveur, ils deviennent presque insipides.
Je le répète, les arrosemens de printemps doivent être multipliés et peu abondans; ils ont moins pour but de tremper la terre à une grande profondeur que de rafraichir souvent sa surface : la nature nous instruit suffisamment à cet égard; car les pluies printanières sont fréquentes , mais de peu de durée, et elles sont entre-mélées d’apparitions d’un soleil très-chaud. :
$ IIT. ARROSEMENS EN ÉTÉ.
Pendant l'été, les végétaux sont parés de toute leur verdure, leurs feuilles sont arrivées au maximum de leur croissance. Cesorganes, étendus dans l'atmosphère, y pompentune partie de leur nourriture, et deviennent un nouveau moyen de sub-
venir à l'existence de l’individu entier ; mais ils transpirent abondamment : la terre est brülée par un soleil ardent; l'air devient plus sec; les pluies sont moins fréquentes et de plus courte durée , aussi le besoin d’eau se fait sentir avec plus de force que dans toutes les autres saisons.
De copieux arrosemens deviennent indispensables ; de leur abondance dépendent souvent la qualité et la quantité des récoltes ; mais ils doivent être proportionnés au degré de chaleur du climat, à la nature du sol et à celle des cultures.
Les plantes annuelles cultivées sur des terres fortes, qui se durcissent et se fendent par la sécheresse, ont besoin d’être arrosées moins fréquemment , mais plus copieusement que les autres, parce que ces terres, plus lentes à s’imprégner de l'humidité, la recèlent et la conservent plus long-temps. Les mêmes cultures, établies sur des terrains meubles, légers et sablonneux, ont besoin d’arrosemens plus multipliés, mais moins abondans. Ces sortes de terre ne pouvant garder l'humidité, il est inutile de prodiguer des eaux, qui, s'écoulant en terre à une profondeur hors de la portée des racines, ne peuvent tourner à leur profit.
C'est dans cette saison qu'on arrose les prairies naturelles et artificielles avec le plus d’abondance, qu’on couvre les rizières d’eau, qu'on
DES ARROSEMENS. 285 imbibe les champs de maïs et autres grandes cultures dans les campagnes. |
Dans les marais légumiers, les arrosemens doivent être moins copieux , mais plus multipliés. Enfin, dans les jardins, on arrose tous les jours les plantes cultivées dans des vases, lorsqu'il ne tombe pas de pluies un peu abondantes.
On doit cependant apporter beaucoup d’attention à ne pas arroser trop les végétaux languissans, qui poussent faiblement et dont les feuilles sont jaunes. Les plantes bulbeuses dont la végétation s'achève ne doivent point être arrosées. |
Enfin on ne doit arroser que légèrement et de loin en loin les plantes annuelles dont les semences approchent de leur maturité. Il est aisé de se convaincre que ces plantes n'en ont pas besoin, puisqu'elles refusent ceux qui leur sont donnés, et qu’elles n’absorbent pas l'humidité de la terre dans laquelle elles sont plantées.
Le moment le plus favorable aux arrosemens de cette saison est la chute du jour, et le commencement de la nuit. Ils rafraichissent les plantes deschaleurs dela journée; ils disposent laterreàrecevoir une plus grande quantité de rosée; enfin, condensés sur le sol pendant la nuit, ils forment une atmosphère humide qui tourne au profit des racines, des tiges et des feuilles des végétaux.
Les arrosemens du matin sont beaucoup moins favorables à la végétation, parce que la chaleur du jour absorbe promptement humidité qu'ils ont répandue sur le sol, et détruit presque tout leur effet.
Sans un besoin urgent, indiqué par laffaissement des feuilles, on ne doit point arroser pendant la chaleur du jour; encore faut-il, lorsqu’une plante souffre trop de la soif, imbiber la terre dans laquelle elle est plantée, sans répandre d’eau sur ses feuilles , par la raison que j'ai donnée au commencement de cet article.
Néanmoins beaucoup de jardiniers arrosent pendant presque toute la durée des jours les plus chauds et par le soleil le plus ardent; ils perdent une grande quantité d'eau, et souvent ils occa- sionnent le dépérissement des cultures au lieu d'activer leur végétation.