HAIES VIVES
Les haies sont employées spécialement à la campagne, pour circonscrire les biens ruraux et préserver les cultures des dégâts que peuvent y occasionner les grands courans d’air, les animaux et les hommes.
On les compose d'arbres ou arbustes rustiques à racines pivotantes ou du moins peu traçantes, qui ont la faculté de croître en lignes serrées , de souffrir des tontures annuelles, de se maintenir garnis de branches et de rameaux depuis le collet de leurs racines jusqu’à la hauteur à laquelle on les arrête, et enfin de vivre dans cet état de contrainte pendant au moins dix années,
On peut diviser les haies comme sur le tableau sommaire qui se trouve en tête du premier volume en dix séries ou paragraphes principaux, en raison de la manière dont elles sont construites et de leurs usages secondaires.
$ I. Hares simPLEs.
Viennent d’abord les haies simples, c’est-à-dire celles qui sont composées d’une seule ligne de végétaux ligneux. L'Ecole d'agriculture pratique du Jardin du Roi offre plusieurs exemples de ces haies.
Elles ont été toutes formées de jeune plant d’un à trois ans, dont je n'indiquerai ici mi le mode de taille ni la plantation, pour ne pas faire de double emploi ; je renvoie aux articles qui traitent de ces deux opérations.
La première est tondue verticalement d’un côté, en pente sur l’autre face, et horizontalement à son sommet. (Joy. PI. 41, fig. 2, B.) Ce mode de tonture est employé pour les haies plantées sur la crête des fossés, à l'effet de leur donner plus de largeur par le bas que par le haut, et de les rendre plus difficiles à franchir.
La seconde est tondue verticalement des deux côtés et horizontalement par le haut. C'est la manière la plus ordinaire et la meilleure. ( or. PRUT; fig. 2, À) |
La troisième est tondue en pente des deux côtés, de manière à se terminer en biseau aigu par le haut (voy. PL 41, fig. 2, G), ou à former un cône tronqué. ( ’oy. méme Planche, fig. C. )
La quatrième est tondue verticalement des
CLÔTURES. \ 45 deux côtés et en chaperon aigu par le sommet. ( loy. PL 1, fig. 2, LE.) :
Ce mode de tonture est employé particulierement dans les jardins, pour les jeunes palissades; il a, sur les autres, l’avantage de maintenir les haies plus sûrement garnies du pied.
La cinquième est tondue en pente des deux côtés, horizontalement sur le dessus, de manière à présenter de profil l'aspect d’un cône renversé. (Por. PI 41, fig. 2, D.)
Cette tonture convient aux jeunes haies pour leur donner de la force en attendant qu’on puisse les tenir plus sévèrement.
La sixième est tondue verticalement des deux côtés et circulairement par le sommet. ( Z’oy. PL 41, fig. 2, F.) Au milieu on a laissé croître un baliveau. ( ’oy. la coupe, fig. 3.)
Les baliveaux placés dans les haies simples sont tués par elles ou font périr les individus de ces mêmes haies qui les avoisinent. Dans les deux cas, ils nuisent donc aux clôtures, puisqu'ils occasionnent des vides.
La septième , tondue en pente des deux côtés et horizontalement par le haut, contient deux baliveaux. ( ’oy. PL. 41, fig. 4.)
Cette tonture doit être abandonnée; elle a le double désavantage de se dégarnir du pied par
46 * COURS DE CULTURE. | suite du mode de tonture, et de dépérir dans le voisinage des baliveaux.
La huitième, tondue de la même manière que celle qui aété figurée PL. 4x, fig. 2, C, n’en différe que parce qu’elle contient deux baliveaux oreffés en portique. Un tel portique doit être formé de la réunion de deux arbres remarquables par leurs feuilles, leurs fleurs ou leurs fruits. (Por. PL 4x, fig. 5.)
Cette sorte de haie n’est guère employée que pour séparer deux parties d’un même jardin d'agrément.
La neuvième, tondue à l'ordinaire, se distingue des précédentes par deux baliveaux placés à deux mètres l’un de l’autre et formant un portique surmonté d’un thyrse; ils sont greffés par approche au milieu du cintre. (Joy. PL. 4r, jig. 6.) On peut ménager vers la moitié de la courbure deux branches, qu'il est facile d’assujettir au thyrse par le moyen de la greffe Michaux.
Rien n’empécherait, quand deux arbres ainsi réunis auraient acquis assez de force, de les employer comme supports des portes et barrières de biens ruraux. Ils seraient moins dispendieux que des poteaux en bois, qui se pourrissént, ou des pilastres de maçonnerie, qui se dégradent promptement. Ils seraient d’ailleurs plus agréables à la vue et bien plus profitables, puisqu'ils pourraient
CLÔTURES. ® 47 produire plus tard des bois courbes utiles aux arts, et, en attendant, des fruits bons à manger.
La dixième n’a point été tondue. Les bourgeons de la partie supérieure ont été contournés les uns avec les autres en manière de corde , un peu avant la cessation de leur sève. (Joy. PL 41, fig.7.)
Cette pratique, commune en Belgique et dans plusieurs parties de la France, a l'avantage d’empêcher que les haies ne s’emportent par leur sommet et ne se dégarnissent du pied.
Pour former ces diverses haies, on a employé, tantôt une seule espèce d’arbuste épineux, telle que laubépine ( mespilus oxiacantha : , l'épine à feuilles de poirier(rrespilus pyrifolia, M. P.),etc., ou bien plusieurs espèces d'épines d’une croissance aussi égale que possible. Le premier moyen doit être préféré si l’on veut, à coup sûr, former une haïe également garnie dans toutes ses parties ; le second procure des mélanges agréables à la vue; mais 1l arrive souvent qu'une espèce, en croissant trop rapidement, nuit aux autres et détruit toute harmonie de végétation. Cependant quelques-uns de ces mélanges se sont très-bien maintenus au Jardin du Roi depuis 1806. Je dois citer particulièrement entre autres l’aubépine et l’épine écarlate (rrespilus coccinea), V'aubépine et l'épine à feuilles de poirier, l’aubépine et le prunellier ( prunus spinosa ), etc.
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Elles sont formées de jeunes plants disposés le plus ordinairement sur deux lignes parallèles, distantes entre elles d'environ quatre décimètres (un peu moins d'un pied trois pouces ).
Elles ont pour but de clore plus solidement et plus exactement les biens ruraux. On les emploie pour séparer deux propriétés mitoyennes, afin d'éviter toute altercation entre les propriétaires.
Comme pour les haies simples, l’aubépine convient à celles-ci mieux que tout autre arbuste ; apres elle , l'épine à feuilles de poirier est surtout employée avec succès, à cause des épines longues, fortes et nombreuses dont elle est armée. Cet arbrisseau, originaire d'Amérique, est maintenant assez multiplié en France pour qu'on puisse l’'employer à un tel usage dans le nord et le centre de ce pays, en terrains meubles et substantiels. Il vit long-temps et souffre aisément la tonture.