Krafft-Ebing, l. c, p
bilité également partielle et localisée. Pur suite, la responsabilité du monomaniaque était réglée par une distinction : elle existait pour toutes les idées non délirantes ; elle disparaissait, au contraire, lorsque l'acte se référait à l'ordre des idées troublées par la maladie '. Les médecins eux-mêmes sont divisés sur la question : quelques-uns admettent la responsabilité partielle^; mais d'autres affirment l'impossibilité de diviser la personnalité humaine en deux, l'une malade, l'autre saine, l'une irresponsable et l'autre responsable : « Il est impossible, dit Maudsley *, de diviser ainsi la personnalité en deux parties distinctes : l'une qui est esclave d'une idée maladive, partant irresponsable ; l'autre qui demeure maîtresse d'elle-même et responsable. Celle théorie dualislique est plus extraordinaire, quand on songe qu'elle s'applique à la volonté et à la liberté morale, c'est-àdire à ce qui constitue au plus haut degré l'individualité de la personne humaine... L'homme, dans cette théorie, est un être double; il y a en lui une personne raisonnable et une personne lolle, et suivant que c'est l'une ou l'autre qui est réputée avoir agi, l'individu sera condamné comme criminel ou acquitté comme fou... La doctrine médicale, suivant laquelle la monomanie exclut toute responsabilité se base sur trois considérations que voici : — premièrement, le délire peut être caché ; par conséquent il peut être impossible de le constater quoiqu'il existe et ait positivement influencé la conduite ; — secondement, il est impossible de suivre les opérations
1. ('arrara, Progr. gen., § 249; Victor Molinier, De la monomanie envisagée sous le rapport de l'application de la loi pénale (Annales médicnpsychologiques, t. VI (1854) ; Molinier et Vidal, T'raité théorique et pratique de droit pénal, II, p. 152; Laborde, Cours de dr. crim.., n° 130.
2. D' Beiloc, De la responsabilité morale chez les aliénés [Annales médico-psyohol., t. VII (1861), p 418) ; Tardieii, Etude médico-légale sur la folie (Pans, 1872) ; Bail, De la responsabilité partielle des aliénés {Bulletin de l'Académie de médecine, 1 septembre 1886. Cas d'BIuplirasie Mercierj ; le D"" Bail avait auparavant snseigné la doctrine contraire (Leçons sur les maladies mentales, 53» leçon, L'aliéné devant la société, Paris, 1890, 2^ édit., p. 988 et 88.). Le D"" Legrand du Saule, qui se prononce pour la responsabilité partielle, rejette cependant toute idée de pénalité et de condamnation et se prononre pour l'internement des malades atteints de délire partiel dans un asile spécial (Traité de médecine légale, p. 646 à 653, Paris, 1874).
3. Maud-ley, Le crime et la folie, ch. vi, p. 191 et ss. ; Parant, La raison dans la folie (Paris et Toulouse, 1888, p. 384 et ss.). Voir sur la responsabilité limitée ou atténuée et le traitement à appliquer aux délinquants à responsabilité limitée, le rapport de M Leredu à la Société générale des prisons et la discussion qui a %\x\s\{Rev. penit., 1905, p. 43, 186, .313); Revue pénit., 06, 1235 : le problème de la responsabilité limitée et la Société dep Juristes Néerlandais : — U*^ Grasset, professeur à la Faculté de médecine de Montpellier, demi-fous et demi-responsables (Paris Alcan 1907) ; — Faguet, demifous et demi-responsables (Revue du ler février 1907, p. 367 ; Revue philanthrop. 15 mars 1909, p. 667.
â70 PREMIÈRE PARTIE. LIVRE V. CHAPITRE II
d un esprit mdlade et de distinguer entre ce qui, dans l'acte, appartient à la santé et ce qui appartient à la maladie : or, il est incontestable qu'un acte dans lequel l'examen ne fera découvrir aucune liaison avec le délire peut cependant en être la conséquence follement logique : troisièmement, il est impossible de faire la part du délire et d'empêcher que, contagieux de sa nature, il ne s'étende ; il est très sûr, en effet, que, dans la monomanie, le désordre n'est pas limité à une idée délusoire, mais que le reste de l'esprit est dans un état plus ou moins marqué d'aliénation morale ou affective, dans un état, par conséquent, où les folles impulsions à la violence doivent vraisemblablement se produire. Tout se résume à dire, en somme, que, dans ce qu'on appelle la monomanie, l'aliénation mentale est ordinairement plus profonde et plus étendue qu'on le suppose, et qu'il est impossible, dans Tapprécialion des causes d'un acte particulier, d'isoler l'opération de la folie partielle de manière à pouvoir affirmer que le crime ne s'y rattache pas. » En d'autres termes, « la monomanie consiste, non pas dans un délire implanté sur un fond sain, mais dans un délire systématisé sur un fond morbide' ». Le fait seul que le délire persiste dans l'esprit prouve suffisamment que l'individu ne peut pas raisonner sainement: il raisonne follement, il sent follement et tôt ou tard il agira follement ; son point de départ, en tout, n'est point la raison, mais une maladie. " » Ce qu'il «st bien important de retenir c'est que « ta folie n'est pas absolument incompatible avec les manifestations de la raison ; il arrive que la folie se sert de la raison, qu'elle se cache derrière elle et qu'elle en fait un usage que, dans une certaine mesure, on est autorisé à qualiQer de raisonnable. Cependant l'individu qui semble ne déraisonner en rien, dont la physionomie est calme, dont la tenue est correcte, dont les conversations sont bien coordonnées, dont toutes les façons d'agir semblent à première vue régulières, mais qui est obsédé par des hallucinations aux incitations desquelles il s'abandonne, qui a des impulsions irrésistibles, qui présente des alternatives de dépression ou d'exaltation plus ou moins fortes, sous l'influence desquelles se modifient ses dispositions affectives et morales, qui, en un mot, est soumis à une influence morbide, cet individu, parût-il tout à fait raisonnable, n'en est pas moins véritablement aliéné ; il est exposé à tous les accidents, à toutes les vicissitudes, à tous les désordres qu'amène l'aliénation mentale ; il a perdu son libre arbitre, sa folie est indéniable et il doit être traité et