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r>48 PRKMIKRE PARTIE. LIVRE YI. APPENDICE
La classification alphabétique, qui n'offre aucune difficulté d'installation ni de recherches et qui existe dans toutes les prisons, est utilisée, lorsqu'on connaît le nom d'un individu, pour retrouver son signalement et ses antécédents» et éviter de nouvelles mensurations ou recherches anthropométriques à chaque arrestation, en cas de récidive. — Elle est fréquemment et le plus ordinairement consultée, parce que la plupart des récidivistes se laissent arrêter, sans dissimuler leur identité ni leurs antécédents, sous leur vrai nom. — A chaque arrestation nouvelle, on se borne à mentionner au dos de la fiche id., c'est-à-dire identifié, avec la date de l'opération, sans recourir à une nouvelle mensuration.
La classification anlhropromélrique est utile, et on doit y recourir pour découvrir et constater l'individualité et l'identité cachées, inconnues ou douteuses de prévenus arrêtés qui dissimulent leurs noms ; elle donne la solution de ce problème, jusque-là presque insoluble : étant donné un individu, trouver son nom à l'aide de ses longueurs et dimensions osseuses. — Pour arriver à ce résultat, on commence par relever les signalements anthropométrique, descriptif et des marques particulières de l'individu et on envoie U fiche ainsi dressée à Paris, au service anthropométrique. Si une fiche portant des signalements semblables s'y trouve déposée, c'est que l'individu a déjà été arrêté, mensuré et la fiche fera connaître son individualité et ses antécédents ; si aucune fiche pareille n'est trouvée, c'est que cet individu n'a pas été arrêté et mensuré.
La difficulté pratique était de retrouver facilement et promptement une fiche au milieu de la collection considérable des fiches classées anthropométriquement, qui va chaque jour en augmentant et est de plusieurs centaines de mille. — M. Bertillon a résolu ce problème d'une manière très ingénieuse à l'aide de subdivisions et d'éliminations successives qui, en quelques minutes, permettent de n'avoir à chercher que dans une dernière série de douze fiches. — Une séparation préliminaire est opérée entre les hommes et les femmes et en second lieu entre les adultes et les mineurs de 16 ans. — Pour les adultes, les plus nombreux, une première division est faite en 3 classes d'après les longueurs de tête, petites, moyennes, grandes; la fiche recherchée appartenant à l'une ou l'autre de ces classes, les 2/3 des fiches sont écartées et on n'a plus à s'en occuper. Une deuxième division de chacune des divisions précédentes est opérée d'après les largeurs de tête, petites, moyennes, grandes ; la fiche recherchée appartenant à une seule de ces trois classes, 2/3 sont encore éliminés et la collection pouvant la renfermer se réduit déjà au tiers du tiers, 1/9. — Chacune des neuf divisions ainsi obtenues
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esl subdivisée en trois autres d'après la longueur du doigt médius, ce qui réduit à 1 27 de la collection totale le groupe pouvant renfermer la fiche cherchée. — Nouvelles subdivisions en Irois, suivant les diverses formes des impressions digitales ', la longueur du pied, petit, moyen, grand, — puis suivant les dimensions de la coudée, les tailles, les longueurs du doigt auriculaire, toujours en trois classes chacune ; — enfin suivant la 'couleur des yeux, cette subdivision contenant cinq ou six classes. — On arrive ainsi, par voie d'éliminations successives, à un dernier groupe de douze fiches dans lequel les recherches sont aisées, rapides et sûres. — En pratique, ce travail d'élimination est simplifié et facilité par des classifications matérielles dans des cases-tiroirs verticales et horizontales qu'il suffit de tirer ou de pousser suivant qu'elles peuvent ou non contenir la fichn cherchée, parce qu'elles répondent ou non aux diverses indications de cette fiche.
Lorsqu'on est arrivé au dernier groupe de douze fiches, si on n'y trouve pas la fiche cherchée, c'est la preu\'e qu'il n'y a pas eu mensuration antérieure. Si une fiche pareille est trouvée, la probabilité de l'identité et de la mensuration antérieure devient une certitude par la conformité des marques particulières et elle esl complétée par la photographie si elle est jointe à la fiche.
SECTION II. — Rôles comparés et reg|»ectirs des divers signalements.
392. — Le signalement anthropométrique, ou signalement pénitentiaire, est à la fois un moyen d'élimination et un moyen de recherche et de découverte de la fiche individuelle : — 1° il constitue un moyen d'élimination, en ce qu'il sert à prouver la non-identité de deux individus pouvant avoir un étal civil semblable ; — 2° il sert à la recherche et à la découverte de la fiche individuelle et procure le nom étant donné l'individu, par le mécanisme qui vient
1. Les empreintes digitales sont divisées, suivant les dessins formés par les lignes des empreintes, en quatre classes dont chacune porte le nom d'une de ces quatre lettres : E, 1, 0, U. (Voir sur cette classification : Niceforo, La police et l'enqurle judiciaire scientifiques, p. 311 et ss. ; Locard, l'identification des récidivistes, p. 255 et ss.) — D'autres classilicalions sont adoptées en pays étranger. — Voir sur ses méthodes, dont les plus importantes sont celles de Gallon dans les Indes anglaises, de Vucetich dans la République Argentine et de Daare en Norvège, Locard, l. c, ch. vni, p. 213 et ss.
aSO PREMIÈRE PARTIE. UYRE VI. APPENDICE
d'être exposé. Il permet la reconstitution des aolécédenls d'un individu, après son arrestation.
Le signaletnent ou relevé des marques particulières ou signalement judiciaire, sert à la cunslatalion de l'identité d'un individu arrêté, lorsque, au moyen du signalement anthropométrique, on. a retrouvé sa fiche individuelle. 11 met hors de doute la constatation de l'identité anlhropomélriquement trouvée et produit la certitude judiciaire.
Le signalement descriptif ou portrait parlé, accompagné ou non de la photographie judiciaire, sert surtout à la police pour la recherche et la découverte des individus soupçonnés et non encore arrêtés. Il sert à faire connaître les individus, étant donnés leurs noms et leur signalement '.
Le perfectionnement de l'impression des empreintes digitales, de la photographie et de l'agrandissement de celles laissées par les malfaiteurs sur les objets qu'ils ont touchés, a amené et facilité la découverte de plusieurs criminels qui sans cela seraient demeurés inconnus et impunis (voir suprà p. 539 note 2 et l'ouvrage de Niceforo aux passages cités dans cette note.
392 bis. — Classement des photographies signaléliques basées sur le portrait parlé. Album D. K. V. ^. — Pour faciliter les recherches de la police, M. Bertillon a composé et mis à la disposition des agents chargés des filatures une collection de photographies d'individus qu'ils ont pour mission d'arrêter. Ces photographies sont classées en plusieurs groupes marqués par des signes particuliers^ qui permettent de retrouver rapidement la photographie cherchée par l'élimination des groupes auxquels elle n'a[)parlient pas. Elles sont disposées en un album de forme oblongue, très maniable, qui se met aisément dans la poche et qui porte le nom à^ Album D. K. F., initiales des indications abrégées principales qui marquent une des divisions les plus importantes de cet album. — Le D. K. V. renferme plus de 2.000 photographies. Il fonctionne depuis 1903. II concerne : — 1° 1.500 interdits de séjour ; — 2° 3 ou 400 évadés de la Guyane et de la Nouvelle-Calédonie ; — 3° de 80 à 100 individus
1. Cf. sur le Portrait parlé, Rev. pénit., 1899, p. 1083 à 1087. — Reiss, Manuel du portrait parlé, Paris, Schlachter, 1907. — Niceforo, Ln police et l'enquête judiciaire scientifiques, ch. viii, B. p. 319. — Locard, L'identification des récidivistes, ch. m, p. 49 et ss.
2. Voir, sur ce classement et cet album, Niceforo, La police et l'enquête judiciaire scientifiques, ch. viii, E. p. 370 et ss. ; — Locard, L'identification des récidivistes, ch. m § m, p. 68, et ss. ; — Riess, Le portrait parlé' (Paris, Schlachter, 1905), p. 105 à 111.
SOUS mandat d'amener ou d'arrêt ou condamnés par contumace ; — 4° un certain nombre d'étrangers expulsés de France *.
L'album contient des pbotographifs de face et de profil au 1/10, au nombre de 12 par page simple, de 24 par page double.
Chaque photographie porte en abrégé les indications suivantes :
— en haut et à gauche, la date de la naissance, l'âge au moment de la photographie et le nombre écoulé depuis cette époque jusqu'à la date de l'établissement de l'album, de sorte qu'en additionnant ces deux derniers nombres on a ï'àge actuel du sujet ; — en haut et au milieu, la taille, puis la couleur de l'auréole et celle de la périphérie de l'iris gauche ; — en haut et à droite, la nuance des cheveux ; — en bas et à droite, la nuance de la barbe ; — en bas et au milieu, la forme du dos, du nez ; — en bas et à gauche, les deux premières indications caractéristiques de l'oreille ; — enfin à gauche et vers le milieu de la photographie de 'profil, la hautf ur de l'oreille droite.
— Un espace blanc, laissé au-dessous de chaque photographie, contient: — à gauche, un numéro d'ordre renvoyant à une liste à la fois numérique et alphabétique placée à la fin du volume et contenant tous les sujets représentés dans l'Album ; — au-dessous, la date du mandat d'arrêt, du jugement, de l'évasion ou du point de départ de l'interdiction de séjour ; — à droite, l'indication ou abrégé des marques particulières les plus caractéristiques choisies de préférence parmi celles de la figure et des mains.
Classement des photographies dans VAlbtim D. K. V. — Les photographies sont classées de manière à retrouver facilement et rapidement parmi elles celle d'un individu qu'on a devant soi, pourvu qu'il figure dans l'album. — Les principes du classement sont les mêmes que ceux qui ont servi au classeinent des fiches : — formalion de groupes et sous-groupes assez nombreux pour arriver, par voie d'éliminations successives, à un petit nombre de photographies parmi lesquelles il sera facile de trouver celle qu'on cherche. — L Première division générale en trois groupes à peu près égaux, d'après la forme générale du dos du nez, abstraction faite des sinuosités : 1° nez concaves {CAVE), 2" nez rectilignes{RECTI-
1. Outre cet album D. K. V. remis par la Préfecture de police aux afents du service des recherches, le Ministère de l'Intérieur (Direction de la siireté générale) publie un Bulletin hebdomadaire de police criminelle, contenant les photographies et signalements des individus recherchés par l'autorité judiciaire ou la police. — Ce Bulletin est adressé gratuitement à MM. les Procureurs généraux, Procureurs de la République, Juges d'instruction, Commissaires de police, commandants de brigades de gendarmerie. Directeurs de maisons centrales, gardiens-chefs de maisons d'arrf't, en France, en Algérie et en Tunisie.
LIGNE) et 3° nez convexes {VEXE); ces trois divisions sont marquées en escaliers sur le bord supérieur à encoches de l'Album. II. Chacun des trois troupes généraux est à son tour divisé en sept classes d'après les formes suivantes de l'oreille : — 1° Lohe à contour descendant ou équerre (DEQ) ; — 2° AniUragus àprofil cave oit rectiligne (CAR); — 3° Pli inférieur à coupe convexe (VEX);
— 4° Lobe à modelé traversé ( TRA) ; — 5° Lobe à adhérence sillonnée ou isolée (SEP); — 6° Antitragus à profil saillant {SA) ;
— 7° Oreilles ne présentant aucune des six formes précédentes {X).
— 111. Chacun des cinq premiers groupes {DEQ, CAR, VEX, TRA, et SEP) est subdivisé en sous-groupes d'après les caractères des groupes suivants : — les photographies du premier groupe 7)£'<Q ont été réparties en sous-groupes présentant respectivement les caractères car, vex, tra, sep, sa, x; — les photographies du deuxième groupe CAR, dans les sous-groupes vex, tra, sep, sa, X ; — les photographies du troisième groupe VEX dans les sousgroupes tra, sep, sa, x; — les photographies du quatrième groupe TRA dans les sous groupes sep, sa, x ; enfin les photographies du cinquième groupe SEP dans les sous groupes sa et x.
— IV — Chacune de ces subdivisions est répartie, selon la taille, en trois groupes: — 1° tailles inférieures à 1 m. 63 ou petites; — 2" tailles de 1 m. 63 à 1 m. 67 ou moyennes ; — 3° tailles de 1 m. 68 et aii-dessus ou grandes. — V — Chaque groupe de taille se divise en deux classes par la pigmentation de l'iris gauche: — d'un côté les impigmenlés, les jaunes et les orangés clairs; — de l'autre les orangés moyens, les châtains et les marrons. — VI. Enfin, dans chaque page, une ligne de signes h — ! — l — h et une
ligne de signes séparent les individus nés de 1866 à
1875 de ceux plus âgés ou plus jeunes.
Les divisions et classes sont marquées, extérieurement et en escalier sur les bords à encoches supérieurs, inférieurs et de côté de l'album, par lettres noires sur fond blanc ou par lettres blanches sur fond noir.
L'Album prend le nom de D. K. V. par abréviation de ses trois divisions principales et fondamentales : DEQ, CxiR, VEX.
Mode d'emploi du D. K. V. — Après avoir noté et relevé les diverses formes caractéristiques du nez, de l'oreille, de la taille, l'âge du sujet cherché, l'agent porteur de l'album éliminera les feuilles du carnet qui ne s'appliquent pas au sujet et finira assez rapidement par atteindre la seule planche de l'Album où les index correspondent tous aux indications signaléliques du sujet ; et, en se reportant à la division de la planche suivant la pigmentation de l'œil (page de
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gauche, œil impigmenté, jaune ou orangé clair ; page de droite, iris plus foncé), il ne restera plus qu'à parcourir les douze cases à photographies dont se compose chaque page,
392 ter. — Transmission télégraphique du portrait parlé. — La transmission télégraphique du portrait^ parlé, rendue souvent nécessaire dans les cas urgents, se heurte à de sérieux obstacles qui la rendent parfois impossible: — élévation considérable des frais, les abréviations coûtant aussi cher que les mots ; — diversité des langues, dans les communications internationales ; — enfm impossibilité de transmettre par les appareils télégraphiques les signes conventionnels non alphabétiques qui servent à désigner certaines constatations, pour les marques particulières notamment.
Aussi a-t-on proposé, pour cette transmission télégraphique, la notation en chiffres des diverses indications du portrait parlé '. — L'adoption de celte innovation constituerait un progrès appréciable pour la lutte contre la criminalité internationale.
Résultats de V identification anthropométrique *.
393. — L'organisation du service anthropométrique, surtout depuis son enseignement et sa diffusion à l'école supérieure des gardiens créée en octobre 1893, malheureusement supprimée par suppression du crédit en 1902 ', versant chaque année 50 gardiens instruits dans le service pénitentiaire, a augmenté dans des proportions considérables la reconnaissance des récidivistes cachant leur identité sous de faux noms, en sorte que la plupart de ceux qui ont un moment essayé d'égarer la justice en dissimulant leur état civil se décident à se faire connaître au moment môme de la mensuration, sans attendre qu'on recherche et qu'on retrouve le«ir fiche au service anthropométrique.
Le développement du portrait parlé ou signalement descriptif 9i facilité la découverte et la reconnaissance des malfaiteurs recherchés par la police. C'est notamment à la publication par le Petit Journal du signalement traduit en langage vulgaire que l'on doit la découverte et la reconnaissance de Ravachol '.
1. Voir Reiss, professeur de police scientilique à l'Université de Lausanne: Un Code télégraphique du portrait parlé (Paris, Maloine, 1907). — Extrait des Archives d'anthropologie criminelle n» 158, 15 février 1907. — Edmond Locard, L'identification de-i récidivistes, p. 71 etss.
2. Bertillon, Rapport au Congrès d'antrop. crim. de Genève de 1896 {Acte*, p. 63 à 66).