DU DROIT DE FAMILLE
Dr MARIAGE, DE SA îsATUEE ET DE SOÎs BUT. i -
La famille se fonde sur le mariage; l'homme et la femme, constituant les deux moitiés d'une unité supérieure et présentant dans leur organisation différente la plus profonde affinité, éprouvent naturellement le désir d'une union intime, pour se compléter réciproquement et former par le mariage une personnalité parfaite, source et condition de la propa-
^ La plus belle et la plus juste appréciation de la nature du mariage et de la famille se trouve dans l' Urhiïd der Menschheit ( Idéal de l'humanité) de Krause, 1808, réimprimé en 1851, Gôttingen, chez Dietrich. Parmi les auteurs français nous distinguerons Blanc Saint-Bonnet: De Vunité spirituelle ou de la société et de son but au-delà du temps: t. III, Paris, 1843. Parmi les expositions modernes en Allemagne, se remarquent celles de Stahl (2*^ édition de la Philosophie du droit), de Rœder {Droit naturel, 1846) et de Chalybàus {System der Ethik. 1851).
gation de l'espèce. Ce sont les qualités opposées caractérisant la constitution physique et spirituelle de l'homme et de la femme qui font naître l'amour, toujours accompagné d'un sentiment de lacune, d'un manque ou d'un vide que l'union seule peut combler.
Le mariage est donc l'union complète dans laquelle toutes les faces de la nature humaine sont comprises en unité. De même que l'être humain est l'union d'un esprit et d'un corps, qui se pénètrent réciproquement, de même l'amour dans le mariage est l'union plus haute de deux individualités distinctes. L'amour ne porte donc sur aucun objet partiel; il s'adresse à la fois à l'esprit et au corps; il embrasse, dans sa plénitude, toutes les qualités de la personnahté humaine, réalisées dans la vie. Une union purement physique n'est pas un mariage : l'homme s'y abaisserait jusqu'à la brute. Mais un amour purement spirituel ne constitue pas non plus un mariage: l'amour platonique ne peut fonder qu'un lien d'amitié entre des personnes de sexes différents.
Le mariage est ainsi l'union intime de vie dont le but réside dans le lien même par lequel deux personnalités sont unies. L'amour matrimonial est l'affection fondamentale et harmonique par laquelle une personne s'unit tout entière à une autre. Les autres sentiments ne sont que des rayons épars de cette affection intégrale, dans laquelle une personnalité s'épanouit dans toutes ses quahtés et aspire à une union toujours plus profonde et plus complète. C'est cet amour plein et harmonique dont l'amour sexuel n'est qu'une manifestation partielle et temporaire. Le véritable amour résume ainsi tous les aspects de la nature humaine, et se nourrit de tous les progrès accomplis dans la vie. Plus les personnes qui s'aiment sont richement développées dans toute leur personnalité, plus les points de contact sont nombreux et les Mens durables.
Le lien personnel et la jouissance de ce lien est le but plein et entier du mariage. Tous les buts particuliers qu'on assigne, à cette institution ne se rapportent qu'à des faces isolées.
C'est ainsi que le mariage, considéré sous sa face dimne, est riinion à laquelle Lieu a communiqué une puissance créatiice: c'est le sanctuaire de la procréation, le foyer intime où se cultive tout ce qui est divin et humain.
Ennsagé du côté de la Xaturt, le mariage apparaît comme un dessein de Dieu, pour harmoniser, dans le monde physique, le du:.i:sr::o engendré pai' l'opposition des sexes.
Dans ses iupi.vits avec la vie .spiritueV.e . le mariage perfectionne dans chaque sexe les facultés de l'esprit qui y sont le moins développées. La pensée, qui prédomine chez l'homme, se complète par le sentiment, oyui prédomine chez la femme: l'homme trouve au foyer domestique le repos et le contentement du cceur. où il puise une nouvehe i-rce pour l'activité; la femme y est soutenue par une volonté plus indépendante et des connaissances supérieures: tous deux présentent dans leur union la vie harmonique de l'esprit.
Lous les buts particuliers, compris dans la destination de l'homme, sont réunis dans le msuiage.
Le mariage est d'abord une union pour Yélévofion religieuse de l'homme et de la femme, une source interne pour le développement de la connaissance et du sentiment de Dieu, qui, dans le sein de la famille., doivent trouver une culture hbre, sur laquelle les autorités extérieures n'ont pas de prise.
Le mariage est ensuite ime union pour Y éducation progressive des sexes, pour^ leur instr^iction commune dans les sci'incis et les ans. dont la culture forme im hen nouveau, en rendant les rapports spirituels entre les époux plus intimes et plus multiples.
Le mariage est. à un point de vue plus secondaire, une société ccono'ûii'ii'.e de production, de distribution et de consommation, en tant que les biens matériels de la vie doivent être obtenus par des efforts communs, conservés et sagement utihsés dans la famille.
Le mariage est encore une union pour le perfectionnement morcd des hommes, pour l'accomphssement des devoii's les
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plus variés; c'est dans la famille que s'exercent d'abord les vertus les plus importantes, qui permettent aux époux de supporter en commun les charges et les malheurs de la vie, et de jouir de ses biens. C'est au sein de cette union que se développent et se fortifient les sentiments d'abnégation, de désintéressement et de commisération, les devoirs de sacrifice, de modération et de prudence, les affections les plus intimes, les plus douces et les plus pures, par lesquelles des hommes puissent être liés entre eux. La famille est le foyer d'où les bonnes habitudes se répandent sur l'ordre social, dont la moralité s'élève ou s'abaisse avec l'esprit moral des familles. L'affaiblissement de l'esprit et du lien de famille prépare de graves désordres dans la société, et, d'un autre côté, la famille peut rester le sanctuaire et l'asile où peuvent se retirer, se conserver les sentiments honnêtes refoulés d'une société politique qui se corrompt. Enfin la famille est, comme disait Kousseau, «la petite patrie par laquelle nous tenons à la grande patrie», elle répand sur le sol qui nous fait naître cette atmosphère de premiers et forts souvenirs qui restent les plus chers pendant toute la vie. C'est par la transformation de la personne individuelle et de la famille que le christianisme a opéré la transformation de la grande société, et les grands maux dont la société actuelle est atteinte doivent trouver leur principal remède dans la restauration morale de la personne individuelle et de la famille.
Le mariage est enfin une société juridique ou de droit; car il doit être conclu sous forme de contrat, il est réglé par le droit et placé sous la protection de la loi; il doit sans cesse remplir les conditions d'existence et de développement pour les membres de la famille.
Mais toutes ces faces et tous ces buts particuliers du mariage sont réunis dans l'unité et la totalité du lien personnel, comme but matrimonial un et entier. Le mariage ne doit donc être considéré d'aucun point de vue isolé, qui ferait méconnaître sa dignité et son caractère si complètement hu-