EAPPOETS DE LA PHILOSOPHIE DU DROIT
une méthode sévère, un principe suprême qui puisse réunir clans un ordre systématique, comme dans un savant organisme, les vérités partielles qui sont contenues dans d'autres systèmes, et qui marquent autant de phases particulières de développement: de même il est nécessaire d'instituer pour la vie sociale un principe supérieur qui embrasse, comme éléments constitutifs d'une doctrine harmonique, les diverses théories étabUes sur le droit, toutes partiellement vraies et généralement conformes à l'esprit de Tépoque où elles sont nées. C'est cette doctrine que nous chercherons à fixer par une étude approfondie de la nature de l'homme, en employant une méthode basée, non sur des hypothèses, mais sur des faits et sur des principes faciles à constater par toute conscience humaine.
Comme la philosopliie du droit n "est qu'une branche de la science une et universelle du droit, laquelle embrasse aussi Vliistoire du droite le droit positif et la politiqiie^ il faut d'abord établir les rapports qui existent entre la philosophie et les autres parties du droit.
EAPrORTS DE LA PHILOSOPHIE DU DROIT AVEC L'HISTOIRE DE DROIT ET LA POLITIQUE.
Dans toutes les doctrines qui se rapportent au développement individuel et social de l'homme, on peut distinguer trois parties qui forment autant de branches distinctes de la science humaine. L'une d'elles expose les principes selon lesquels la vie doit être réglée et organisée pour atteindre le but qui lui est assignée. Une autre trace le tableau des degrés de culture par lesquels la société humaine a passé dans ses diverses manifestations, et fait connaître par une statistique détaillée de tous les faits importants l'état actuel auquel la vie est arrivée dans son cours progressif. La troisième partie est l'intermédiaire entre les deux autres et les combine; en s'appuyant, d'un côté, sur les principes généraux, qui font
RÉFLEXIONS PUÉLIMINAIEES.
connaître la destinée de l'homme, et de l'autre, en étudiant dans le passé et dans le présent l'état de la culture sociale, elle indique les améliorations qui peuvent être réalisées, réclamées, qu'elles sont par la naissance de nouveaux besoins et par les idées plus justes répandues sur le but de la vie ou sur une institution particulière. Cette partie expose donc les réformes qu'il faut opérer successivement et les moyens d'exécution que fournit l'état actuel de la société.
Il existe ainsi trois sciences principales qui se rapportent à la vie de l'homme. La science qui, en recherchant la raison de toutes choses, détermine aussi le but de la vie humaine et développe les principes qui doivent présider à notre conduite et à l'organisation sociale, est la Philosophie: c'est, relativement à l'homme, la science de sa destination. La science qui trace le tableau du développement passé et de l'état actuel de la société humaine, en faisant ressortir la richesse des faits, les idées génératrices, les forces vives et les causes qui ont provoqué les événements, est VHistoire, qui fait aussi comprendre l'humanité et chaque peuple dans son unité et sa vivante totalité. L'état p) lèsent ^ qui est toujours, selon l'expression de Leibnitz, «plein du passé et gros de l'avenir,» est constamment en changement et fait partie de l'histoire; il peut cependant être compris et déterminé en lui-même tant sous le rapport des principes que sous celui des faits sociaux: de là résultent les sciences positives et particuHèrement la Statistique comme science descriptive d'un état déterminé ou actuel de la société. La troisième science, enfin,
^ La statistique est une science. Cependant son domaine est encore si peu déterminé, et les définitions données à cet ordre de connaissances sont si diverses, qu'on lui a contesté ce titre. Schlœzer, le principal promoteur, sinon le créateur de cette doctrine, qui était pour lui une application de sa célèbre maxime, que «la publicité est le pouls de là liberté,» avait dit, par terme de comparaison, que l'histoire est une statistique courante, et la statistique, Vhistoire arrêtée dhine époque^^ que l'histoire est le tout, la statistique la partie. Depuis ce publiciste, les uns ont voulu borner la statistique au domaine de l'État et des institutions politiques, d'autres au contraire l'ont étendue à toutes les sphères de l'activité sociale, d'autres enfin l'ont voulu borner à des