DE LA FLEXION DE L' ADJECTIF
personnes grammaticales, ce qui est absurde. Il faut remarquer en outre que cette classitication des adjectifs en (lualilicatif's et déterminatifs n'est nullement en rapport avec le sens même que les grammaiiiens fi'ançais attribuent au mot déterminer, puisqu'ils disent, à propos de l'article, qu'un nom commun est pris dans un sens déterminé, lorsqu'il désigne un genre : Les enfants sont légers ; une espèce : Les enfants studieux sont chéris de leurs maîtres; ou bien un nu plusieurs individus particuliers ; Cet enfant est sage (i). Ainsi voilà le nom enfant qui est déterminé, à des degrés dilférents il est vrai, par l'adjectif qualificatif s((td Jeux aussi bien que par l'adjectif déterminatif ce/; pourquoi aloi-s faire une classe à paît des adjectifs déterminatifs, puisque tous les adjectifs peuvent remplir cette fonction de déterminer le substantif?
3. L'adjectif, qui diffère peu du nom commun par le sens et ne s'en disting'ue point par la forme, peut devenir un véritable substantif. Quand je dis : L'homme riche méprise souvent l'homme pauvre, le mot fiche o\\ pauvre est un adjectif qui exprime la qualité de Têtre désig-né par le substantif auquel il est joint. Mais si je dis : Le riche méprise souvent le pauvre, le mot riclie ou pauvre désigne une personne caractérisée par cette qualité, il joue donc le rôle de substantif et est précédé de l'article; on dit alors que riclie ou pauvre est un substantif-adjectif (§ 62). Ainsi le substantif prend l'article, l'adjectif ne le prend pas, et quand il le prend, il cesse d'être adjectif et devient un véritable substantif.
Pour qu'un adjectif puisse s'employer substantivement, il faut que l'esprit sous-entende facilement le mot personne (homme ou femme) ou chose, comme dans : un sage, au lieu de : lui homme sage; une savante, au lieu de : une femme savante; le beau, c'est-à-dire toute chose belle, etc. Ainsi, dans cette (ihrase : Les hommes légers aiment les choses frivoles, on ne pourrait pas faire abstraction des mots homme et chofe, parce que l'on ne saurait pas s'il s'agit d'un homme ou d'une chose légèi-e, d'une personne ou d'une chose frivole, Jes adjectifs léger et frivole se disant aussi bien des personnes que des choses.
Article IL — De la flexion de Tadjectif. § 74
L'adjectif, ne représentant directement ni les personnes ni les choses, ne peut avoir par lui-même ni g^enre ni nombre; il varie cependant, dans sa terminaison, selon le g^enre et le nombre du substantif qu'il qualifie; autrement dit, l'adjectif, qu'il soit employé comme prédicat ou comme attribut, s'accorde en g-enre et en nombre avec son substantif.
Il résulte de cet accord que tout adjectif forme son féminin, comme dans les noms de personnes, par l'addition d'un e : une exceUentQ amie, et qu'il prend un .s (x) au pluriel.- les bains froids, les écoliers soumis.
(1) V. Chapsal, Grominairo. française, §§33-30.
^ 75 FORMATION DU FKMININ 18:^
A. Formation du féminin.
1. Tous les adjectifs se terminent au féminin par un e muet. Il n'y a en français qu'un seul f^jectif qui soit resté invariable, c'est grand dans les expressions telles que grand' mère, grand'rouie.
Le latin formait le féminin d'une nombreuse classe daiijectifs au moyen de la voyelle a : bonus, bona. Or, a tinal donne toujours e muet en français ; c'est ainsi que le e muet est devenu dans notre langue le signe distinctif du féminin. Mais les adjectifs de l'ancien français suivaient en tout point les adjectifs latins, c'est-à-diio que les adjectifs qui avaient chez les Romains une terminaison pour le masculin et ime pour le féminin, bonus — bona, avaient aussi deux terminaisons en français, et que ceux qui en avaient seulement une pour ces deux genres, comme gj'ctndis (homo grandis, femina grandis], fortis, prudens, vilis. etc. n'en avaient qu'une en français; on disait, an Xlll'' siècle, une grand femme, une cime vil, etc. Plus tard, on a c-tendu la distinction du ma.sculin et du féminin à tous les adjectifs, quelle que fût leur forme en latin, et, contrairement à l'étymologie, on a écrit grande, forte, prudente, vile, comme on écrivait bonne, etc. Cependant, une trace de la formation primitive est restée dans les expressions grand mi-re, grand tante, grand rue, grand route, grand messe, grand pitié, grand peine, grand merci, grand ferme, grand chose, etc., que l'on écrit abusivement avec une apostrophe : grand' mère, grand'route, etc. On trouve encore mère grand dans les Contes de Perrault, et cette expression s'est conservée dans les dialectes populaires. — On dit aussi, en style de palais, lettres roi/aux; de même, la livre tournois (vingt sous), la livre parisis (vingt-cinq sous); de même encore, fonts baptismaux ; or, fonts (pour fontaines) était féminin. Ce dernier mot n'est plus employé comme nom commun qu'au pluriel. Le singulier font ne nous est resté que dans les noms propres de pays, avec l'article la ou un adjectif féminin : La Font, Cfiaudefond, village de l'Anjou; ce dernier mot devrait s'écrire Cliaude-Font ou Chaudefont. Il est encore resté d'autres traces de l'ancien usage dans quelques noms piopres, comme Rochefort.
2. La formation du féminin dans les adjectifs dépend de la lettre qui termine le mot.
Tjes adjectifs sont terminés par une voyelle ou par l'une des consonnes /•, /, «, t, s (.r), f; quelques-uns seulement par les consonnes r/, </, c.
3. Quand l'adjectif est terminé par une voijelle sonore, on ajoute au féminin un e qui ne se prononce pas : un gdcf bleu., une robe bleue.
Dans les mots en gu, on surmonte du tréma 1er muet que l'on ajoute pour former le féminin : un fer aigu^ une haehe aiguë. Ce tréma est nécessaire pour conserver à la voyelle u sa valeur propre et empêcher (prou ne i)rononce aiguë comme si u était nul ou servile.
Tout adjectif qui est déjà terminé au masculin par un e muet ne change pas au féminin : un champ ferfde, une terre fertile.