‹ Cours de langue française (volume 3)Chapitre 310 sur 427 · ACCORD APRÈS UN SUJET GRA3IMATICAL · texte numérisé non relu

ACCORD APRÈS UN SUJET GRA3IMATICAL

donc là, ô Télémaque. le^ pensée,^ qui doivent occuper lecceurdu fils d'Uli/sse? (Fén.) C'est mns doute les grands hommes qui font la force d'un empire (Boss.). L'occasion pn-ochaine de la pauvreté, c'est de grandes ricltesses (La Br.). Est-ce les sotis de V orgue qui vous ont ému à ce point? (Chat.) Quand il y a opposition entre deux noms dont chacun est précédé de être on dit également c'est et ce sont: Ce ne sont i)oiiit les médecins qu'il Joue, ccsf la médecine (Mol.). C'est des livres d'histoire, et non une littérature de fantaisie, quil faut répandre parmi le peuple. Ce /;'est pas les Troyens, c'^est Hector qu^on poursuit (Rac). Ce ne sont point les louanges, c'est la vertîi que tu chéris (J.-J. E.). Le singulier et le pluriel dans la même plu^ase : Ce serait des défauts pour vous, ce sont des qualités j^our elles (J.-J. E.). Ce «'est pas seulement les espérances qu'elle renferme qui vous rendent heureuse, ce sont les plaisirs mêmes que la société de ces cœurs si jeunes fait éprouver (Staël). Nos frères c'est nous, et nous c'est nos frères (Lamennais).

h) Mais le verbe s'accorde toujours avecc^^, lorsqu'il est suivi d'un pronom personnel de la première ou de la deuxième personne : C'est vous qui êtes ses amis. Quand les vices nous quittent, nous nous flattons de la crécnice que c'est nous qui lescpiitfonsÇLa, Eoch.). C'est nous trop souvent qui faiso)is nos mcdJteurs (A. Chéïï.). Le tenqys passe, disons-nous; nous nous troinpons: le temps reste, c'est nous qui passons (Aimé Martin). Quand le pronom est de la troisième personne, l'accord se fait ordinairement avec le pronom : Ce sont eux qui ont fait cela (Ac). Ce sont eux cpii ont écrit les annales élégantes ou naïves de nos coloïiies (Chat.). Cependant l'accord avec ce n'est pas une faute, et l'Académie dit également : C'est eux ou ce sont QM^cqu'il faut récompenser. C'est eux qui ont bâti les douze palais qui comp)Osaient le labyrinthe (Boss.). Cest est même préférable quand il précède un pronom pluriel qui est le complément et non pas le sujet du verbe suivant : C'est eux que fen atteste (Volt.). Ce que nous aimoïis le mieux des grands écrivains, ce ne sont pas leurs ouvrages, c'est eux-mêmes (Lam.).

L'accord se fait encore avec le neutre ce dans les cas suivants :

1" Quand le pluriel qui suit f'é's^ est un substantif précédé d'un nom de nombre et pouvant se tourner par un singulier : C'est quatre heures {^= la quatrième heure) cqui sonnent. Mais on dira très bien : Ce sont quatre heures qui m'ont paru longues, parce qu'il s'agit ici, non de la quatrième heure, mais de plusieurs heures, de qucdre heures.

2° Dans si ce n'est signifiant sinon, excepté : Qui devons-nous

chérir^ si ce n'est nos parents'? Et y a-t-il quelqu''un, si ce n'est les Jésuites^ qui le puisse soutenir'? (Pasc.) Mais, en pareil cas, l'accord avec le prédicat n'est pas une faute : Les Chinois ne savetit point que leur pays s'appelle la Chine^ si ce ne sont ceux qui trafiquent avec les Éîiropéens (Bern.). Si ce ne sont point vos talents qui vous font des amis, ce sont vos bonnes qualités (Poitevin).

3° Ça été, ce sera, sera-ce, ce fut, fut-ce, fut-ce, c'eût été, s'emploient par euphonie au lieu des formes ç'ont été, ce seront, serontce, ce furent, furent-ce, fussent-ce, c' eussent été: Si quelqu'un m'a secouru, c'a été plutôt des étrangers que mes 2)arents (Bon.). Serace vos amis qui vous tireront d'affaire'? Ce fut pendant quelques minutes des embrassements (Sandeau). Il n'y aura que trop d'intérêts qui diviser 07d les liomnies dans la même société, ne fût-ce que ceux de la fortune (Bern.). C'eût été là assurément quatorze ans de perdus (Vigny).

4° Il va de soi que l'accord se fait avec ce quand le substantif qui suit être est complément indirect d'un autre verbe : Cruel! c'est à ces dieux que vous sacrifiez (Rac). C'est d'eux que j'attends tout (Volt.). C'est des contraires que résulte l'harmonie du monde (Bern.).

1. Le verbe qui a pour sujet un nom suivi d'un génitif s'accorde toujours avec le nom déterminé et jamais avec le déterminant. Si le nom est un nom commun, le génitif le détermine comme attribut, et l'accord a lieu avec le premier mot qui est l'expression dominante ou le mot principal : Le taux des salaires est soumis à la loi de l'offre et de la demande. L'air de cour est contagieux (La Br.). Un torrent d'injures sortit de sa bouche. Ce pensionnat de demoiselles a beaucoup de réputation.

Mais il en est autrement, lorsque le mot qui est suivi d'un génitif est un nom de nombre indéfini ou un nom collectif.

2. Après un nom de nombre indéfini ou tout autre mot qui en remplit la fonction, le verbe s'accorde avec le substantif au génitif qui suit et qui peut être sous-entendu ; ici le génitif est le mot principal, et le nom de nombre est le véritable attribut qui le détermine quantitativement (comp. beaucoup àelirves, plusieurs livres, vingt livres); il en est de même après le nom collectif la plupart : Beaucoup de monde était à la promenade. Beaucoup de livres sont inutiles. Beaucoup de gens promettent, peu savent tenir. Force sottises se débitent tous les jours. Nombre f/'historiens /'ont raconté (Ac). Pendant toute

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cette guerre plus de soldats sont morts dans les hôpitaux que sur le champ de bataille. Bien des personnes s'// sont laissé prendre. Combien (de gens) voudraient être à votre place. La plupart des hommes meurent sans le savoir. La pilupart croient cpie le bonheur est dans les plaisirs. Jamais tant de beauté fut-elle couronnée! (Rac.) (^) Tant de coups /w^^mv^s m'accablent à la fois (Id.). Peu de gens savent être vieux (La Eocli.). Peu avaient des fusils (Volt.). Assez de livres sont 2)lcins de toutes les mimdies des actions de guerre (Id.).

Plus d'un., qui éveille cependant l'idée d'un pluriel, veut le verbe au singulier par attraction : Plus d'un témoin a déposé (Ac). Plus cVune Pénélope honora son ^x///8 (Boil.), à moins que le verbe n'exprime la réciprocité : Plus d'un fripon se dupent Vun Vautre (Marm.). Cependant s'il y avait répétition de plus d'un, quoiqu'il n'y eût pas réciprocité, le verbe ayant deux sujets se mettrait au pluriel : Plus d'un officier, plus d'un général furent tués dans cette bataille.

On dira : Beaucoup d'enfants est une charge pour les pauvres, parce que le verbe a pour sujet rinfinitif avoir sous-entendu, et: Beaucoup d'enfants sont à charge à leurs parents, parce que le verbe s'accorde avec enfants.

3. Le verbe qui a pour sujet un collectif suivi d'un nom pluriel au génitif, s'accorde tantôt avec le collectif, tantôt avec son complément, selon que l'action marquée par le verbe se rapporte à l'un ou à l'autre : Une nuée de traits obscurcit l'air et couvrit tous les combattants; c'est la nuée qui obscurcissait. Une nuée de barbares désolèrent le pays; ce sont les barbares qui désolaient. Dans le premier cas, le sujet du verbe est nuée déterminée par traits, et dans le second, c'est barbares dont nuée n'est en réalité que l'attribut déterminatif, comme si l'on disait : Beaucoup de barbares désolèrent le pays.

Quand l'action ou la qualité exprimée par le verbe ou Tadjectif peut être attribuée également au collectif ou au substantif qui suit, ce qui a lieu très fréquemment, l'idée dominante ou le mot principal est le collectif lui-même, s'il est général et marque la totcdité, et c'est le complément du collectif, si ce dernier est partitif et marque une pluralité d'individus ; cette distinction est le plus souvent marquée par l'article. A ce point de vue, les collectifs généraux se comportent comme les substantifs, et les collectifs partitifs comme les noms de nombre indéfinis, ainsi qu'on le voit dans les exemples suivants, où le même mot est collectif général avec l'article défini, collectif partitif avec l'article iu défini et nom de nombre indéfini sans l'article: La quantité de fourmis était si grande (pi' elle dé-

(1) Mais : Jamais tant de vertu n'a été réuni à tant d'intelligence (Nodier). Ici l'affirmation se porte sur l'idée de quantité exprimée par tant.

truisait tous les Mens qu'on confiait à la terre (Buif.). Une quantité de preuves pourront être fournies. Quantité de gens sont persuadés de cette nouvelle.

Les exemples suivants rendront la règle plus sensible : La multitude des étoiles étonne V imagination. Une multitude de passions divisent les hommes oisifs dans les villes (Bern.). Cette multitude de principautés féodalement ou théocratiquement gouvernées ont été livrées à des guerres civiles (Staël). — L'infinité des perfections de Dieu y/^'accable. Une infinité de gens vivent dans l'oisiveté (Mont.). — Une foule de clients et d'oisifs suivait le lugubre cortège CMérimée). T^ne foule de curieux., grossie de tous les gens du quartier, encombrait la rue. Une foule de gens croient à Vinfinence de la lune rousse. Une foule de villages furent brûlés (Mich.). — Une troupe de montagnards écrasa la maiso?i de Bourgogne (Domergue). Une troujje de nym.phes couronnées de fleurs nageaient en foule derrière le char (F en.). — Toute sorte de biens comblera nos familles (Malh.). Cette sorte de poires ne sera )nûre qu'en hiver (Ac). Toute sorte de livres ne sont qxis également bons. — Cette espèce d'hommes n'est pas faite pour porter des chaînes (Barth.). Cette espèce de chiens qu'on appelle chien de la Laconie ne vivent que dix ans (BufF.). — Une partie de ses amis ne'peui apprendre sa mort que Vautre n'en soit déjà consolée (Ch'àt.). ZJne pcniie des princes sont revenus de l'armée (QoW..). La plus grande partie des mots grecs admis dans notre ancienne langue sont dus à V introduction du cJiristianisme (Clievallet).

4. L'application de ces règles donne encore lieu aux remarques suivantes :

(/) Quand nombre est privé de l'article, il est nom de nombre indéfini et l'accord se fait, comme on l'a vu. avec le génitit suivant : Nombre de couvents furent supqn-irnés (Lamennais). J'ai pourtant vu nombre de sots qui //'avaient et ne connaissaient point d'autres mérites que celui d'être nés nobles ou dans un rang distingué (Marivaux). Mais, précédé de l'article défini ou indéfini et suivi d'un nom au pluriel, qui peut être sousentendu, nombre est nom collectif et veut le verbe au singulier ou au pluriel, selon les cas, comme le montrent les exemples suivants : Le nombre des espèces d'animaux est plus grand que celui des espèces de plantes (Qiiiî.). Un grand nombre d'hommes peut être nuisible à l'Etat (Marm.). Un asse^ grand nombre de poètes anglais s'écarta du caractère national jwur imiter les Italiens (Staël). U)i grand nombre de personnes avaient été conviées à la cérémonie (Ac). Z^n nombre infini r/'oiseaux faisaient résonner ces bocages de leurs doux chants (Féii. ). Un nom-

hre infini de maîtres de langue>^ enseignent ce qu'ils ne savent jxis (Mont.). Le plus grand nombre f/es évéques et des curés de VassemUée refusa le serment ÇSlignet). Le plus grand nombre parlent ^)o^o- ^ar^er (A. Karr). Derrière eu.r était un certain nombre f/e sermteursÇLsim.). QueUe importance ^^auraient pas pour l'éducation un certain nombre de ces simples histoires ? (Quiiiet) Le petit nombre de ceux cqui courent après lui ne peut Vfdteindre (La Br.). Le petit nombre qui pense conduit le grand nombre arec le temps (Volt.). Un petit nombre de leurs ancêtres abusa de la liberté (Id.). Je suis charmé du progrès qu'un petit nombre (/'auteurs ont donné à notre poésie (Féii.).

Poxirsuivons donc. Romains, achevons la victoire;

Qu'un nombre de captifs augmente votre gloire (Malh.).

D'adorateurs zélés à peine un petit nombre

Ose des premiers temps nous retracer quelque omhre (Rac).

Vu nombre de suivi d'im nom de nombre veut le singulier : Un nombre de 200 hommes fut ajouté à ce régiment.

b) Le reste., qui peut aussi ne pas être suivi d'un génitif attributif, veut également le verbe au singulier ou au pluriel, selon les cas : Quelques-uns ont cette opinion^ le reste des honunes est dhm autre avis (Bescherelle). Le reste des Suédois fit main basse sur les Taiiares (Volt.). Ce qui restait de seigneurs dans le quartier rogal ^'était approché du cardinal (Vigu}'). Le reste des hommes ne paraissent nés que pour vous (Mass.). Le roi n'avait avec lui que six cents gardes, le reste n'a.vaiit pu le suivre (Volt.), Tout le reste /Jetait qu'une populace sans courage (Mont.). Pourquoi son reste de cheveux étaient-/78 déjà r/ris? (Hugo.)

Le reste, cok fondus dans la foule où nous sommes, Jouissaient des travaux de leurs sages aïeux (J.-B. R.).

c) Le nom de nombre jmi s'emploie comme nom collectif avec l'article le., et s'il est suivi d'un nom pluriel, il veut le verbe au singulier ou au pluiiel, selon que le mot dominant est le pieu: Le peu d'amis qu'il a prouve .^^on nut avais caractère. c'est le pjeu qui prouve; — ou le nom qui suit le qjeu : Le j^eu f/'amis qu'd a sont jwr venus à le tirer d'affaire, ce sont les amis qui sont parvenus. Avec ce.lQ verbe est toujours au singulier: Ce peu de paroles suffira. — Le peu de rimes que notre langue a. fait (pie pour rimer à hommes., on fait venir^ comme on. peut., le siècle où )ious sommes (Volt.). Mais enfin ce peu de vérités perça (Id.). Le peu de jours que les dieux me destinent encore à passer .sur la terre, seront environnés de gloire et d'honneur (Vertot). Quelque 2}eu de Frsinça,is qui restèrent auprès de lui furent )nassacrés (Volt.).

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