‹ Cours de langue française (volume 3)Chapitre 327 sur 427 · ACCORD AVEC PLUSIEURS SUBSTANTIFS · texte numérisé non relu

ACCORD AVEC PLUSIEURS SUBSTANTIFS

a) Substantifs liés par ET.

4. L'adjectif ou le participe se met généralement au pluriel : Mais ce qui est de plus chavtnatd en elU., c^est une douceur et une égalité (Vesprit merveilleuses (Rac). Il y mcftait une chaleur, une constance sans égales (Tliiers).

Mais l'accord a lieu avec le substantif le plus rapproché quand ce dernier fixe davantage l'attention, comme dans les exemples suivants : 'Toute sa vie n'a été qu'un travail, qu'une occupation continuelle (Mass.). Elle trouvait une noblesse, une grandeur cVâme étonnante dans ce jeune homme qui s'accusait lui-même (Fén.). U aigle fend Vair avec une vitesse, i^wp rapidité prodigieuse (Buff.). C'est une puissance orgueilleuse qui est souvent contraire à f humilité et à la simplicité chrétienne (Flécli.). Il m'a traité arec une réserve, une froideur inexplicable. Que d'âme et de douceur naturelle dans son regard! Des talents, une conduite irréprochable ne suffisent p)as toujours pour réussir. Le bon gotd des Egyptiens leur fit aimer la solidité et la régularité toute nue (Boss.). Voici des êtres dont la taille et l'air sinistre inspirent la terreur (Barth.). De leurs dépouilles élevez de magnifiques tropÂées à la gloire de la religion et de la nation française (Anquetil). J'ai une estime et une amitié pour vous toute particulière (Mol.). Cet ouvrage est d' une simplicité, f/'^/wfm.aj esté antique. Mais vous amassez un trésor de liaine et de colère éternelle au jugement de Dieu (Boss.). Mentor me faisait remarquer la joie et l'abondance répandue dans toute la campagne cV Egypte (Fén,). J'eus lieu de me plaindre de mon tailleur, qui m'avait fait perdre en un instant l'attention et l'estime publique (Mont.). Souvent il s'entretenait seul avec la mort, la mémoire, le raisonnement, la parole ferme (Boss.).

b) Sujets liés par OU

5. L'adjectif se met au singulier ou au pluriel, selon qu'il y a alternative ou addition ; Il a la jambe ou le bras cassé. Nous ne savons ce que c'est que bonheur ou malheur absolu (J.-J.R.). On demande un homme ou une femme âgés. Les Samoyèdes se nourrissent de chair ou de poisson crus (Buff.).

L'adjectif s'accorde encore avec le dernier substantif lorsqu'il le qualifie seul : IjCs colonnes des maisons se construisent en fer ou en pierre très dure, ou quand le dernier nom n'est que le synonyme du premier : Il voulait donner à son fils un métier ou une profession lucrative (Larousse).

c) Sujets liés par NI.

6. L'adjectif se met au pluriel ou au singulier, selon que ni . . . ni est la négation de et . . . et ou de ou... ou : Ni mon frère

ni ma sœur ne sont contents. — Ni son cœur ni le mien ne peut être perfide (Volt.).

d) Substantifs liés par d'autres conjonctions.

7. L'adjectif se met en général au singulier, sauf lorsque le pluriel est commandé par le sens : V autruche a la tête, ainsi que h cou, garnie de duvet (Buff.). Ma maison, ainsi quela, vôtre, out été vendues fort cher.

§224 1. Sont inrariahles :

a) Les adjectifs employés au neutre comme adverbes (§ 134): Ces livres coûtent cher. Il faut considérer comme adverbe Vâdiectif possible lorsqu'il remplace une proposition entière : Les élèves paresseux font le moins de devoirs possible (= qu'il leur est possible de faire).

h) Les adjectifs sauf eX plein., quand ils précèdent le substantif, parce qu'alors ils sont considérés comme des prépositions; il en est de même (\efra)u-, dans V expression franc de port : Il lui a cédé tout son bien, sauf ses rentes. Il a de l'argent plein ses poches. Vous recevrez franc de pjort les lettres que je vous envoie. Mais ces mots sont toujours variables quand ils sont placés après le substantif: Il a eu la vie sauve. Il a ses poches pleines d'argent. Ces lettres sont franches de pxni.

Il en est de même des adjectifs demi et nu., que l'usage actuel fait invariables quand ils précèdent le substantif et qui restent variables quand ils le suivent (§ 157) : Un homme mon n'est pas un homme, c'est une demi-femme (Fén.). Diogène marcJmit nupieds et couchait daiis un tonneau (Ségur). Vue pluie violente nous obligea de passer la nuit à deux lieues endémie de Bornéo (Eegn.). Accoutumez vos enfants à demeurer, été et hiver, jour et )iuit^ toujours tête nue { J.- J. E.). Toute nue, la vérité {= la vérité toute nue) risque de déplaire (Ac). Une grande fille rousse, riM-pieds, tête-ïiMe, vient m'ouvrir la barrière (Chat.).

Proche, voisin, est adjectif: Les maisons •pvoche^ de la rivière sont sujettes aux inondcdions; mais, dans le sens de près, il est préposition : Ces magasins sont proche de la ville.

L'adjectif feu (défunt) est variable après l'article ou un déterminatif: la feue reine, et invariable avant : feu la reine.

Le mot témoin est pris adverbialement au commencement de la phrase et dans l'expression à témoin : Je les prends à témoin ; mais: Je les prends pour témoins.

Capot est toujours invariable : FJle est toute capot. Nous avons été capot.

Dans la locution se faire fort, fort est toujours invariable, d'après la décision de l'Académie : elle se fait fort, ils se font fort de.. . Plusieurs grammairiens ont réclamé contre cette décision. La vérité, dit Littré, est que cette locution était parfaitement régulière quand fort était des deux genres, l'ancienne langue disait uns hom fors, une femme fors. Aujourd'hui que fort fait au féminin forte, il ne reste plus là qu'un archaïsme qui mériterait sans doute d'être conservé, s'il s'était transmis sans variation, ce qui n'est pas le cas. Quant au pluriel : Ils se font fort et non forts, cela n'est fondé ni sur l'archaïsme ni sur la grammaire; fort est ici adjectif et non adverbe.

2. Lorsqu'il y a deux substantifs unis par la préposition de, l'adjectif ou le participe qui s'y rapporte s'accorde avec celui des deux substantifs auquel la détermination convient le mieux : Les Orientaux portent des bottes de maroquin rouge. On atrouvé dans les fouilles des vases de poterie romaine parfaitement conservés. Le roi d^ Egypte était suivi de deux mille prêtres, vêtus de robes de lin plus blanches que la neige (Volt.). L'étendard royal de France était un bâton doré avec u)i drapeau de soie blanche, seiaé de fleurs de lis{Vo\t.). Tous les hommes ont toujours quelque petit grain de folie mêlé à leur science (Id.). Elle chantait avec un filet de voix fort douce (J.-J. R.). Elle était suivie d''un paysan en veste de drap brun trouée aux coudes (Mérimée). Elle danse avec des bas de soie roses et des souliers couverts de paillettes (Mérimée).

On écrira de même : des bas de coton bleus et des bas de coton écru ; des chapeaux de paille garnis et des chapeaux de paille cousue ; des boutons de métal ronds et des boutons de métal jaune ; un ton de voix languissant et niais, un vase de terre cuite brisé, etc.

3. Lorsque l'expression avoir l'air est suivie d'un adjectif, ce dernier s'accorde avec le mot air ou avec le sujet du verbe, selon qu'il qualifie plus spécialement l'un ou l'autre terme : Cette femme a l'air méchant. Elle a Pair foute troublée (Ac). L'accord a toujours lieu avec le sujet quand c'est un nom de chose : Cette soupe a l'air bonne.

4. Si plusieurs adjectifs se rapportent à un nom pluriel, ils s'accordent en genre avec ce substantif, et ils ne s'accordent en nombre que lorsqu'ils expriment l'idée d'une pluralité: Il étudie les langues grecque et latine. Les factions guelfe et gibeline divisaient plus que januds l'Italie (Volt.). Les monastères étaient très riches au huitième et au neuvième siècle (Chat.). — On ne connaît plus les marches des armées grecques et romaines (J.-J. R.).

Quand plusieurs adjectifs se rapportent à un même substantif désignant autant'd'objets différents qu'il y a d'adjectifs, on peut s'exprimer de trois manières différentes et dire, par ex. : la langue française et la langue italienne^ la langue française et V italienne^ les langues française et italienne; de même : le cinquième et le sixième siècle, le cinquième sièle et le sixième^ les cinquième et sixième siècles. Les grammairiens, il est vi'ai, ne veulent pas qu'on dise : les langues frcmçaise et italienne, les cinquième et sixième siècles; mais cette construction est employée par les meilleurs écrivains ; on trouve même dans Pascal l'Eglise grecque et latine.

5. Lorsque le substantif prédicatif exprime l'idée d'une profession qui est plus particulièrement l'apanage d'un des sexes, il peut être d'un genre différent que le sujet. Sophie ne sera point le professeur de son mari, mais son disciple (J.-J. R.). Notre premier précepteur est notre nourrice (Ici.). I/'expérience et la prudence sont deux bons devins (Boisle). Il était commère avec envie et méchanceté (G. Sand).

6. Les mots qui expriment les couleurs, comme orange, carmin, noisette, aurore, marron, cerise^ paille, ponceau, puce, gris de perle, etc., jouent en apparence le rôle d'adjectifs, mais restent substantifs et invariables : Les couleurs du grand casque sont aurore (Bern,), Le colibri à gorge carmin a quatre piouces et demi de longueur (Buff.). Cramoisi, rose et pourpre font exception et s'accordent comme les adjectifs : des étoffes cramoisies, des chapeaux roses, des manteaux pourpres. Au surplus le substantif qui doit désigner la couleur est souvent précédé de l'expression couleur de, qui reste invariable : Voyez cette femme qui a quatre-vingts ans et qui met des rubans couleur de feu (Mont.). Les pjieds et les ongles de la perruche aux ailes d'or sont couleur de chair pcUe (Buff.).

7. Dans le superlatif relatif, l'article s'accorde avec son substantif, dans le superlatif absolu il est neutre et reste invariable, tandis que l'adjectif varie en genre et en nombre : Ces sources sont les (sources) plus froides de celles d'alentour. C'est en été que les sources sont le plus froides. La lune n'est pas la planète la plus éloignée de la terre. La lune n'est p>as aussi éloignée de la terre que le soleil, lors même qu'elle en est le plus éloignée. Le sanglier est un des animaux qui out la peau la plus dure. C'est sur le dos que le sanglier a la pieau le plus dure.

Les grands écrivains observent en général cette règle : L'homme est le même dans tous les états : si cela est, les Etats les plus nombreux méritent le plus de respect (J.-J. E.). Les mœurs sont aussi une des parties les plus importantes de l'épopée, et ce

71'' est pas celle snr laquelle les critiques aient été le moins injustes envers Homère (Lab.). Les bons esjjrits sont les plus susceptibles de r illusion des si/stèmes (Là.). Leurs tronpes étaient toujours les mieux disciplinées (Mont.). Il faut se défier des passions lors même qu'^elles paraissent le plus raisonnables (La Roch.). Les pays où les supplices sont le plus terribles sont ceux on ils sont le plus fréquents (J.-J. R.). Mais on trouve aussi des exemples où cette distinction n'est pas observée : Je n'ai pas eu le loisir de faire l'affaire qui m'est le plus lionorable. Je veux dire de vous écrire (Boil.). Je 71' ai pas eu le loisir de faire l'affaire qui m' est la plus agréable., Je veux dire de m'' entretenir avec vous (Id.). Les Indiens sont peut-être les hommes le plus anciennement assemblés en corps de peupAe (\(At.). Les CJialdéois, les Indiens, les Chinois, me paraissent les nations les plus anciennement policées (Id.).

Article III. — Accord du participe présent. § 225

1. Le participe présent étant la forme adjective ou l'adjectif du verbe, devrait toujours s'accorder avec son substantif ; mais il n'en est plus ainsi aujourd'hui, et le participe présent est invariable, lorsqu'il expi'ime u]ie action passagère, et n'est variable que lorsqu'il marque Vétat ou une action prolongée qui, par sa dui'ée, offre le caractère d'une habitude : La rigole arrosant la prairie rafraîchit Vherbe verdoyante. La flamme s'élevait, vive et brillante, lançant des gerbes d'étincelles. Les bœufs mugissants et les brebis bêlantes venaient en foule, quittant les gras pâturages (Fén.). Ses chevaux fougueux ne sentant ^;/î<s sa main défaillante, et les rênes flottant sur leur cou,s'' emportent çà et là (Id.).

Il y a donc lieu de distingiier, dans l'état actuel de la langue, un participe présent variable comme l'adjectif et un participe présent invariable comme le gérondif ou l'adverbe.

a) Le participe présent variable est un' véritable adjectif qui qualifie un substantif comme prédicat ou comme attribut ou complément prédicatif ; c'est pourquoi on l'appelle quelquefois, mais improprement, adjectif verbal : Elle était toute tremblante. Ecoutez une mère éplorée et trein.hla,n.te. Voyez sa figure ruisselante de sueur. Les hommes -prévoyenits se prémunisseid contre le danger. Je n'ai pas Vâme endurante (Mol.). Les autres hommes par eussent tremblants à leurs pieds (Fén.).

Je t'ai fait voir les camarades,

Ou morts, ou mourants, ou malades (La F. VIII, 1).

Le participe présent variable peut^ comme tout autre ad-

jectif, s'employer substantivement : Cette maison est ouveHe aux allants et venants (Ac). Les morts et les vivants se succèdent continuell entent (Mass.).

Les grammairiens modernes appellent adjectif verbal le participe présent variable, et réservent le nom de participe pour celui qui est invariable. « C'est une distinction dangereuse plutôt qu'utile ; elle tend à faire croire que charmant dans une femme char mante ei dans une femme charmant tout le monde, n'est pas le même mot. C'est comme si l'on disait que danser forme deux mots différents dans cef homme danse bien et il danse un menuet. C'est toujours le même mot pris dans deux constructions différentes » (B. JuUien, Vocab. gr. p. 7). D'ailleurs que peut signifier cette expression d'adjectif verbal, sinon un adjectif ûén\é du verbe? En ce sens, ennuyeux est aussi bien adjectif verbal que ennuyant.

b) Le participe présent invariable a toujours la valeur d'une proposition abrégée qui peut se traduire par le relatif qui. avec l'indicatif ou le subjonctif (v. § 281) : On voit la sueur ruisselant (= qui ruisselle) sur son visage. Une mère, tremblant (= qui tremble) de déplaire à son fils., est faible et se croit tendre. Trouvez-moi un homme disant (= qui dise) toujours la vérité. La queue du faune paraissait derrière comme se jouant sur son dos (Fén.). Le nombre de ces gens faisant 7>/*o/V'.<;.s/o;? de célibat est prodigieux (Mont.). J\ii vu les vents grondant sur les moissons superbes (Del.).

Le gérondif est invariable de sa nature comme adverbe, et la sj-^ntaxe de concordance ne le distingue pas du participe présent invariable : Les yeux ne trompent jamais., même en Gherchant à tromper.

Nous confondons aujourd'hui le participe présent avec le gérondif ; l'ancien français distinguait les deux formes et traitait le gérondif comme un adverbe et le participe comme un adjectif : le gérondif était donc invariable comme actuellement, tandis que le participe présent, dérive du participe présent latin, qui était déclinable, était soumis aux mêmes régies que ladjectif, et s'accordait, comme en latin, on nombre et en cas avec son substantif (^ 101). Quant au genre, il est important d'observer que notre participe avait la même terminaison pour le masculin et le féminin, parce que la forme latine dont il était dérivé ne présentait pas de différence ^our les deux genres (§ 75); on disait donc: une femme lisant, écrivant (femina legens-enlem, scribens-entemj , comme on disait une femme prudent, grand, fort (femina prudens-entem, grandis, forlisj : Dormant il trœve la mesc/ùne (Marie de France), il y trouva la jeune tille dormante [dormientem]. Au XVI« siècle la plupart des grammairiens et bon nombre d'écrivains donnèrent la forme du féminin au participe présent actif. c'est-à-dire exprimant l'action: Elles sont femmes bien entendantes les beaux et joyeux droicts (Rab.). La novelle mariée pleurante ryoit, riante pleuroyt (ld.). Les choses appartenantes à la religion (Amyot). Cet usage ne fut pas généralement adopté; mais il subsista néanmoins jusqu'à Yaugelas et même après lui. Ce grammairien veut bien que l'on dise au masculin : Je les ai trouvés ayans le verre à la main; mais en parlant de femmes. Je les ai trouvées ayantes le verre à la main, serait, dit-il, une façon de parler barbare et ridicule. 11 conclut ensuite que, quand il s'agit du féminin, il faut dire: Je l'ai trouvée ou je les ai trouvées ayant le verre à la main, nonobstant l'équivoque d'ayatit qui

pourrait se rapporter à je aussi bien qu'aux femmes, si le sens ne suppléait à ce défaut, comme il fait dans toutes les langues et dans les meilleurs auteurs. Il admettait donc l'accord du participe pour le masculin, mais non pour le féminin, prétendant que dans ce dernier cas il fallait user du gérondif ou participe présent invariable. Comme on le voit, la malencontreuse réforme qu'on avait voulu faire au XVI« siècle en obligeant le participe présent à prendre la forme du féminin, avait embrouillé la question et amené la confusion du participe avec le gérondif, (i)

Cependant dés ibô'-l Ramus avait proposé de distinguer l'adjectif verbal en ant du participe présent actif. Mais cette distinction ne prévalut que beaucoup plus tard, et le participe resta variable pendant le XVI« siècle et même dans toute la première moitié du XVII" ; Ils allaient suivants et plaignants après lui (D'Urfé). Mais tant de beaux jours tous les jours saiigmentans (Malh.). On trouve encore dans la première Provinciale de Pascal (IG.'î'J) : Je les lui offris tous ensemble comme ne faisants qu'un mesme corps et n'agissants que par un mesme esprit. Ce fut seulement en 1660 que la Gramynaire de Port-Royal enseigna qu'il y avait lieu de distinguer dans les formes en ant un adjectif verl>al déclinable et un participe présent indéclinable. Ce principe erroné fut sanctionné en 1679 par l'Académie, qui trancba la question en ces termes : « La règle est faite, on ne déclinera plus les participes présents. » Mais les grands écrivains n'ont pas toujours respecté cette règle : Les femmes mal vivantes (Mol.). Plusieurs se sont trouvés qui d'écharpes changeants (La F. II, 5). Ceci ressemble fort aux débats qu'ont parfois des petits souveraine se rapportants aux rois (Id. VII, 16). Voilà ses gardiens s en repaissants eux et leurs chiens {Id. X, 6). Les chanoines brillants de sa>ité iBoil.). Je ne suis point de ces auteurs fuyans la peine (Id.). Deux grands auteurs rimans de compagnie (Rac). Des âmes vivantes d'une vie brute et bestiale à qui Dieu nedonne que des mouvernents dépendants du corps (Boss.). Il alla trouver Cahjpso errante dans les sombres forêts (Fén.). Une main fumante de mon sang (Volt.). Des malheureux roulants dans la poussière (Id.). Nous ne saluons personne, n'ayans po^ir les hommes que de la charité (Id.). N'attendez pas gu'ici pleurante à vos genoux Elle vienne arrêter son funeste courroux (Gresset). Le berger brave la tempête Et les fux roulans .sur sa tête (Parny). Aussitôt les voilà courants Après ce papillon dont ils ont tous envie (Florian). Ce soir, ils revenaient chantants (Id.). La terre entière ne sera couverte que de 2^èlerins allants à grands frais et avec de longues fatigues, vérifier, cotnparer (J.-.J. R.). Une avnnt-cour plantée de noyers, attenante au jardin (A. Karr). Au lieu de l'homme de parti, le militaire parait avec toutes ses prétentions croissantes chaque jour; il s'indigne d'obéir à autre chose qu'à l'épée (Quinet). La règle ancienne était d'une application bien simple; il suffisait de distinguer l'adjectif (participe) de l'adverbe (gérondif). La règle moderne, au contraire, présente des difficultés inextricables; car il n'est pas toujours facile de distinguer l'élat de l'action, et les grammairiens qui ont essayé d'établir cette distinction se sont perdus dans des explications qui, le plus souvent, n'expliquent rien. En voici une preuve curieuse :

« Dans Andromaque, Racine a écrit:

N'est-ce point à vos yeux un spectacle assez doux Que la veuve d'Hector pleurante à vos genoux, et plus loin :

Pleurante après son char vous voulez qu'on me voie. Là-dessus Girault-Duvivier, qui, ayant sous les yeux une édition incorrecte, avait lu dans le premier cas pleurant, et dans le second pleurante, s'élève dans sa Grammaire des Grammaires aux considérations transcendantes qui suivent :

(1) Vaugelas, Remarques, 1647, p. 427 et suiv. V. Chevallet, III, 422 et suiv.

« Le poète a fait usage du participe invariable, parce que pleurer aux genoux « de quelqu'un peint une action nistantanée; mais si, dans le second passage, « pleurante après son char, il a employé l'adjectif verbal, c'est que pleurante « exprime moins une action qu'un état. » Subtilité tombante devant le texte, qui porte pleurante aux deux endroits. Et voilà l'utilité des bonnes éditions ! elles font justice des fantaisies saugrenues et arbitraires du pédantisme et nous enseignent la grammaire par la bonne méthode, qui est la méthode historique. {*) Ajoutons que la belle trouvaille de Girault-Duvivier fait aujourd'hui l'ornement de la plupart des grammaires françaises.

2. D'après l'usage actuel, il faut distinguer, pour Taccord^ si le participe présent est employé comme prédicat, comme attribut ou comme circonstanciel (gérondif).

I. Quand le participe présent est construit comme prédicat avec le verbe être ou comme complément prédicatif ?i\QQ,\Q^ verbes devenir^ parait re, sembler, il est toujours variable et s'accorde avec le sujet : Elle était mourante. Ces enfants sont obéissants. Ces deux choses sont dépendantes fune de Vautre (Ac). Tous les portraits de Fénelon sont parlants (St-Simon). Cette position devint bientôt embarrassante pour tous (Nodier).

Soyons bien buvants, bien mangeants, Nous devons à la mort de trois l'un en dix ans (La F. VI, 19).

II. Quand le participe présent est employé comme attribut, il y a plusieurs cas à distinguer :

A. Si le participe présent est seul, c'est-à-dire s'il n'est précédé ni suivi d'aucun complément ou circonstanciel, il est assez généralement variable; il l'est toujours quand il précède le substantif auquel il se rapporte : On aime les enfants obéissants. Les eaux courantes sont plus saines que les eaux dormantes. Tout son corps est couvert d'écaillés jaunissantes (Eac). Ils ont eu la témérité de s'engager sur cette /;/e/' mugissante (Fén.). Les peuples errants doivent être les derniers qui aient écrit (Volt.). La foudre étincelante éclcde dans les nues (Volt.). At/iènes reconnaissante e/rra une statue à son libérateur (Chat.). Il ny a que les âmes aimantes qui soient propres à l'étude de la nature (Bern.).

Juvénal, élevé dans les cris de l'école,

Pousse jusqu'à l'excès sa mordante hyperbole (BoU.).

Voici d'autres exemples d'accord : Les montagnes mettaient notre côte à l'abri des vents brûlants du midi (Fén.). A des dieux mugissants l'Egypte rend JmnmageÇL. Eacine). Des esprits bas et rampants ne s'élèvent jamais au sublime (Girard). Les eaux dormantes sont meilleures pour les chevaux que les eaux vives (Buô\). Sa tête est ornée d'une couronne changeante (Chat.).

(1) La Bibliothèque universelle et Revue suisse de 1874, tome XLIX, p. 539, à propos de la belle édition de Racine publiée par Marty-Laveaux et Mesnard.

Les animaux tremblants rév'denf avec peine (Del.). Un air dévorant, des cendres étincelantes, des flammes détachées embrasaient notre respiration courte, sèche, haletante et déjà jyresque suffoquée par la fumée (Ségur). Je crois les voir errants (X. de Maistre). Montesquieu lança dans le monde un ouvrage anonyme dont le plan offrait un cadre commode à une mordante satire (Demogeot).

Mais le participe présent, quoique employé seul, peut aussi être invariable, comme dans les phrases suivantes : La mer mugissant ressemblait à une jjersonne qui, ayant été longtemps irritée n'a plus quun reste de trouble et d'émotion (Fén.). Des paysans marcliaient à la queue d'une lourde char rue, comme des faunes labourant (Chat. ).

L'autre es'jidve le coup; et l'assiette volant

S'en va frapper le mur, et revient en roulant (Boil.).

B. Si le participe présent est suivi ou précédé d'un circonstanciel, c'est-cà-dire d'un objet qui n'est pas nécessaire au sens, il faut distinguer si ce circonstanciel est exprimé par un adverbe ou par un substantif (complément adverbial).

a) Dans le premier cas, le participe présent est ordinairement variable quand l'adverbe précède et invariable quand il suit; cela tient au caractère de l'adverbe qui est généralement placé après le verbe et avant l'adjectif: Je vous trouve aujourd'hui bien raisonnante (Mol.). Nous voyons une vieille femme mourante, assistée d'une jeune fille toute fondante en larmes (Id.). Maman, toujours projetante, toujours agissante, ne nous laisse guère oisifs ni l'un ni l'autre (J.-J. R.). Ces gens si riants, si ouverts, si sereins dans un cercle, sont presque tous tristes et grondeurs chez eux (Id.). Ils se vêtent de vieux morceaux de drap mal cousus, assez ressemblants à llmhit d'Arlequin (Volt.). Tu foules une terre fumant toujours du sang des malheureux mortels (Fén.). Ici sont des infortunés palpitant encore sous des ruines (Flor.).

Toutes sont donc de même trempe, Mais agissant diversement (La F.).

b) Dans le second cas, le participe présent est variable ou invariable, d'après la règle générale posée ci-dessus, c'est-àdire selon qu'il marque l'état ou l'action ; mais cette règle, dont l'application n'est pas toujours facile, a souvent été violée, surtout par les écrivains des deux derniers siècles : Voyez-vous ces feuilles dégouttantes de rosée ? On voit la ro6Y% dégouttant des feuilles (Girault-Duvivier). — Ces cmimalcnles, imperceptibles à la simple vue, sont des êtres vivants comme nous. Ces hommes qu'on croit si sauvages, sont des êtres vivant comme nous. — Ces

enfants araient de beaux cheveux flottants sur leurs épaules. Ses cheveux flottant sur leurs éjMules aff iraient tous les regards (Bouiface). — Chaque famille errante de ce heaii pays transporte ses fentes d''un lieu à Vautre (Fén.). Tantôt f aurais voulu être un de ces guerriers erraiJlt au milieu des vents, des nuages et des fantômes (Chat.).

Voici quelques autres exemples:

1" Le complément adverbial précède. Dans ce cas le participe est le plus souvent variable :

Ctiez les hommes ailleurs sous ton jourj gémissants, Vainetnent on clie>'cha la raison, le droit sens (Boil.). Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant (La F. VU, 10).

2° Le complément adverbial .s?/ /Y .• Larive au loin gémit, blanchissante d'écume (Rac), Après le repas, il mena Sophrongme voir la belle prairie où erraient ses grands troupeaux mugissaints sur le bord du fleuve (Fén.). Il y a des peuples qui' vivent errants dans les déserts (Bern.). Elles se remettaient au lit. mourantes de peur (Cliat.). Je chercltaisà ramener à un centre de repos mes pensées errantes liors de moi (Id.). — Les grands pnns. gémissant sous les coups des haches, tombent en roidant du liant des montagnes (Fén.). Il entend les serpents, il croit les voir rampant autour de lui (Id.). Les âmes, sans souplesse et sans apprêt., étaient actives, entreprenantes, aimant ou haïssant à Vexcès (Barth.).

liste prodif/ueront des vins délicieux,

Des vins brillant dans l'or et versés par les dieux (Del.)-

Voici encore un exemple où l'accord est nécessaire pour éviter une équivoque : Jeunes et vieux se retirèrent cM^ssitôt, les plus vieux fuyants les premiers; ^iV on éQ,v\\2i\i fuyant les premiers, le sens serait autre, et le circonstanciel de manière les p>remiers deviendrait complément direct du verbe.

Tous les grammairiens citent à lappui de la règle ces deux phrases de Fénelon: Calypso vit des cordages flottants sur la côte. Voyez-vous ces débris flottant vers la côte. Dans la première phrase, disent-ils, flottant s'accorde, parce qu'il marque Yétat de ces débris qui sont abandonnés depuis longtemps aux (lots, et dans la seconde, le participe est invarial)le parce qu'il marque l'action: ces débris llottent vers la côte. « On dirait vraiment, ajoute Larousse « [Grammaire supérieure, p. 496), que Fénelon a construit ces deux phrases « tout exprès pour les grammairiens; mais les grammairiens, dans ce Sahara « qu'ils traversent, rencontrent rarement de ces sources vives, et ce sera une « raison pour que nous citions encore ces deux passages de Racine, qui offrent « la même nuance d'idée :

« Et n'est-ce point, madame, un spectacle assez doux « Que la veuve d'Hector pleurant à vos genoux? [Andr. III, 4) « Pleurante après son char vous voulez qu'on me voie (Id. JV, 5). Or nous avons vu plus haut que le texte correct porte pleurante dans les deux passages, ce qui réduit à néant la subtile distinction établie par les grammairiens. En serait-il peut-être de même du participe présent flottant dans

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les deux phrases de Fénelen si admirées par Larousse? c'est ce que nous n'avons pu vérifier.

C. Si le participe présent a \m complément nécessaire, direct ou indirect, il est toujours invariable : Les ennemis, prévoyant une vive résistance^ se retirèrent. A la mort^ rame, survivant au corps, repreml saliberté. La religion, c'est la foi montrant ce que la raison ne peut comprendre (Boss.), Tous ces globes, obéissant aux lois éternelles de la gravitation, roulent d'un cours régulier dans ces vastes champs de Vair (Buff.).

Quand le complément est le pronom réfléchi se, le participe est ordinairement invariable ; mais on trouve aussi de nombreux exemples avec l'accord, même chez les écrivains de notre temps : Mais les principaux de la ville, se croyant p)lus sages que les autres, s'imaginaient que Mentor était u)i imposteur (Fén.). Vois ces groupes d'enfants se jouant sous l'ombrage (Del.).

La pot'te était fermée : heureusement nos gens

Entrent sans être vus, sous le seuil se glissants (Ândrieux).

Le complément nécessaire peut être exceptionnellement un circonstanciel (§ 168) : Ils ont pitié des misères qui accablent les hommes vivant dans le nionde(Fé\\.). Les Maures, descendant de leurs montagnes, parcouraient et pillaient V Afrique (Ségur). Dans les exemples suivants il y a accord : La plus fructueuse des expéditions hollandaises fut celle de V amiral Pierre Hain, qui enleva tous les galions cV Espagne revenants delà Havane (Volt.).

On ne reconnut plus qu'usurpateurs iniques, QuHnfâmes scélérats à la gloire aspirants (Boil.).

Les participes appartenant, appjrochant, dépendant, descendant, existant, ixirticipant, prétendant, ressemblant, résultant^ séant, subsistant, tendant, sont variables, quoiqu'ils demandent un complément nécessaire : Biga était pleine de marchandises appartenantes aux Hollandais (Volt.). Ce sont deux couleurs fort approchantes l'une de Vautre (Ac). Nos cœurs n' étaient pjoint faits dépendants l'un de Vautre (Rac). La famille des conquérants tartares descendants de Gengis-Kan avait fait ce que tous les conquérants ont tdcJu' de faire (Volt.). L'univers s'est trompé en croyant la matière existante ^^ar elle-même (Id.). On croyait les âmes des héros participantes de la divinité (Id.). Ces deux princes prétendants à la couronne (Fén.). Cest une belle idée et bien ressemblante aux sentiments que j'ai pour vous (Sév.). Dieu conduit toute la création piar une providence générale, résultante d'un p)rincipe déterminé (Volt.). Tous les seigneurs de ht cour séants da^/s le parlement furent d'un avis unanime (Mirabeau). L'amitié subsistante sans l'estime est une chose impossible (Marm,). Le comte de Cliarolais et le prince de Conti présentèrent

Ayer, Grammaire compai-ée. 33

une requête tendante à faire annuler les droits accordés aux 'princes légitintcs (Volt.).

D. Le participe présent accompagné d'une négation est toujours invariable : Votre sœur est, une excellente personne^ ne grondant, ne contredisant jamais. Ce sont de bons maîtres, ne se montrant jamais durs envers leurs serviteurs. Je méprise ces insectes et ces folliculaires ne mordant que pour vivre (Voit.).

III. Quand la forme verbale en ant est précédée de la préposition en, elle a la valeur d'un nom abstrait faisant fonction d'adverbe et s'appelle gérondif. Le gérondif est toujours invariable : Uavarice perd tout en voulant tout gagner (La F. V, 13). On hasarde de perdre en voulant trop gagner (Id. VII, 4). Elle se rendit aussi illustre en quittant le trône que ses ancêtres Vêtaient pour Vavoir conquis (Volt.). Elles ont fait la route en mendiant (Bescherelle).

Mais on écrira : Elles ont fait la route en mendiantes, parce qu'ici le participe est employé substantivement.

Article IV. — Accord du participe passé. § 226

Le participe passé est actif ou passif: le participe passif est toujours variable ; le participe actif est variable ou invariable, selon la nature du verbe. L'accord a lieu d'après cette régie unique :

Le participe passé prend le genre et le nombre du substantif (ou du pronom) dont il peut être considéré comme l'adjectif. Joint à l'auxiliaire être, il s'accorde avec le sujet exprimé ou sous-entendu: Les jours donnés à Dieu 7ie sont jamais perdus. Joint à l'auxiliaire avoir, il s'accorde avec le régime direct, s'il en est précédé : Quels livres as-tu lus, et reste invariable, si le régime suit^ ou s'il n'y en a pas : rai lu ces livres. Ses larmes ont coulé.

Dans les verbes réfléchis propres, le pronom réfléchi n'est objet que pour la forme, le verbe être conserve toute sa valeur intransitive et le participe s'accorde toujours avec le sujet : La maison* .s' e.s^ écroulée. Mais dans les verbes réfléchis impropres (verbes actifs ou neutres employés comme réfléchis), le pronom réfléchi étant l'objet réel de l'action, le verbe être est mis pour avoir et le participe s'accorde avec le complément direct, s'il en est précédé : Elle s'est lavée (= elle a lavé soi). Ils se sont nui (= ils ont nui à soi).

Le participe passé français dérive du parfait du participe passif latin. Partout où il a la signification passive du latin, le participe français a aussi conservé le caractère variable du participe latin^ qui était toujours traité comme un adjeo-

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