GÉNITIF
C'était une règle de rancien français et du provençal, quand un nom au génitif désignant une personne dépendait soit d'un autre nom déterminé, soit d'un pronom adjectif, de supprimer la préposition de qui établit ce rapport de possession, ainsi que cela a lieu dans les mêmes conditions pour le datif après des verbes (§ ii(3). Ces exemples se rencontrent à chaque pas dans la vieille langue, surtout quand le génitif est un nom propre : la terre lur seignur, l'enseigne paienur, la geste Francor, la gent lu rei, le fils Odon. la volonté le rei, Vostel le duc (dans Villehardouin), etc. E li fils Tempereur de Constantinople, qui frère sa femme est (Villeh.). C'est surtout après des expressions prépositionnelles que la marque du génitif peut être omise: de part le rei, Saint Gabriel qui de part Deu le garde. Avec des noms de choses cette ellipse n'est pas tolérée, car on ne peut pas leur attribuer une véritable possession, et l'expression deviendrait obscure. Ce n'est qu'avec des noms d'animaux, lorsqu'il s'agit de parties du corps, qu'une exception semble se présenter : On ventre la haleine (').
Le génitif se plaçait quelquefois avant le nom qui le régissait, mais après l'article. Le début des serments pro deo amur nous montre cette inversion ; si l'article manque, c'est qu'on ne le constate nulle part dans ce document. Voici d'autres exemples : li deo inimi (Eulalie). Li dame deu mostier (R. de Cambrai), Gefried d'Anjou, le rei gunfanuner (Ch. de Roland), la deu merci (Chrestien de Troyes). Cette tournure est plus rare et ne se présente guère qu'avec les mots Dieu et roi.
Avec le XV« siècle disparaissent et la déclinaison et cette construction avec le génitif; cependant Marot dit encore ci gisL le corps (de) Jane. Des traces de l'ancien usage se retrouvent encore dans les expressions de par (la part) le roi, et avec l'inversion : Dieu merci, et dans les noms composé? : fête-Dieu, hôtel- Dieu, bain-marie. Bois-le- Comte, rue Richelieu{% 155). 11 fauty ajouter les interjections où entre le mot Dieu comme corbleu, mis pour cor ou corps Dieu (corps de Dieu). Dans l'ancien français on employait quelquefois le mot cors dans le sens de personne, et l'on disait le cors le rei pour la personne du roi; de cors Dieu on lit cordieu, que l'on transforma en corbieu, puis en corbleu, de crainte de prononcer un blasphème; de mort Dieu, par Dieu, par le sang Dieu, tête Dieu, ventre Dieu, on a fait également morbleu, parbleu, (que les grammairiens français, entre autres Bescherelle, expliquent ainsi : par le ciel bleu!) par la sambleu, palsambleu, tète-bleu, ventrebleu. Ces jurons se trouvent tous dans le dictionnaire de l'Académie, sunî corbleu, tête-bleu et maugrebleu, autre euphémisme pour je maugrée Dieu. « Au XVII'' siècle encore, ils étaient si fort en usage dans la haute société que le Misanthrope, où Molière peint les usages de cette société et même des habitués de la cour, en renferme vingt dans les deux premiers actes et dans la première scène du troisième ("^).
Anciennement la possession pouvait aussi être exprimée par le datif, également avec des noms de personnes, et l'on disait la maison à Martin pour la maison de Martin, la gent au roi pour les gens du roi; on trouve encore la mère au berger dans Marot. Frère au roi, frère le roi, frère du roi sont synonymes dans l'ancienne langue. Nous avons conservé cette tournure dans les expressions la barque à Caron, la vache à Colas, ainsi que dans la locution proverbiale : disputer de la chape à l'évêque, qui signifie, dit l'.lcadémie, disputer à qui appartiendra une chose qui n'est ou ne peut être à aucun de ceux qui se la disputent.
(1) V. Diez, III, 128.
(2) Monnard, Chrest. Lexique, s. v. jurons.
Article IL — Emploi des prépositions.
1. Les prépositions proprement dites, tant simples que composées, réj^issent l'unique cas oblique conservé, où l'on doit reconnaître VaccHsafif] car il sert de régime aux verbes transitifs. Les locutions prépositives, au contraire, régissent toujours le (/énifif, rarement le datif: près de, lors de, an delà de, ensuite de^ faute de, en face de, par rapport à, etc. (§ 137).
2. Les prépositions à, de, en, se répètent généralement devant chaque substantif et chaque infinitif: Il aime à lire et à écrire. Il y est parvenu à force de coaraxje et d'adresse. Il a voyagé en Asie et en Afrique. Quant aux autres prépositions, la règle générale est de ne les exprimer qu'une fois, lorsque les compléments ont à peu près la même signification : Elle s'est fait ai mer par sa douceur et sa bonté, et de les répéter, lorsque les compléments ont un sens diiférent ou opposé : Turenne s'est fait admirer dans la pciix confine dans la guerre.
3. Les prépositions proprement dites sont des adverbes de lieu dont la signification a été étendue aussi bien au temps qu'à des rapports abstraits tout à fait étrangers au sens matériel qu'ils avaient à l'origine, par exemple la cause, le but ou le moyen. L'emploi abstrait des prépositions procède donc de leur sens local primitif, et le sens abstrait, comme le sens local, est proprement unique. Ainsi, dans le sens local ou temporel, de marque le point de départ et à le point d'arrivée, et, dans le sens abstrait, de la cause et à le but.
Les rapports adverbiaux marqués par les prépositions et les adverbes, à l'exception de celui de manière, peuvent se grouper ainsi :
A. Lieu. B. Temps. C. Cause.
a] Point de départ (dej. Postériorité. Cause.
bj Lieu ou place (à). Simultanéité. Moyen.
cj Point d'arrivée [àj. Antériorité. But.
Nous ne pouvons pas entrer dans le détail quant à l'emploi des prépositions auquel Diez a consacré un chapitre intéressant de sa Grammaire, et nous renvoyons aux dictionnaires, surtout à celui deLittré, pour l'explication de certaines distinctions grammaticales qui résultent de cet emploi, par ex.: Il s'en faut beaucojip et il s'eti faut de beaucoup; la première locution s'emploie quand il s'agit d'une qualité, et la seconde quand il s'agit d'une quantité: Il s'en faut beaucoup que vous soijez aussi sage que votre frère. Il s'en faut de beaucoup que vous soyez aussi àqé que votre frère.
Pot au lait désigne la destination du vase, et pot de lait en exprime l'usage actuel; on distingue de même pot à beurre et potàe beurre, bouteille à l'encre et bouteille d'encre. Pot à lait et pot au beurre ne se trouvent pas dans le dictionnaire de l'Académie.