MUETTE
ch
L Liquides.
1. R initial et médial se conserve sans exception : racemus raisin, sorieem souris. Le ;• final se maintient égalemerit, mais le plus souvent muet : aurum or, audire ouïr, amare aimer, primarius premier. La chute de r est très rare et n'a lieu qu'à la finale : cicer chiche, soror sœur.
Cette consonne est intermédiaire entre les linguales et les gutturales ; mais elle a une plus grande affinité avec les premières, ce qui se montre dans la permutation de r en l : altave aute/, ex-cavatium* échalas, paraveredus palefroi, peregrinus pèlerin. On trouve dans le français moderne quelques mots où r médial a fait place à la sifflante s : adrovare arroser, benjUus béricle* bésicle, etc.
La liquide r, qui est de toutes les consonnes la plus mobile, se joint facilement à la consonne initiale, surtout lorsque celleci est f ou /■; cette métathèse est commune aux langues romanes : hiberatkum bouraige* bovraige* (prov. beuratge) breuvage ; berhicem berbis* brebis (en revanche le v. fr. avait hregier à côté de bergiey), formaticum* fromage^ frimbia p. fimbria frange, fartaceus* fatras, tarculus treuil, temperare temprer* tremper, turbuiare* troubler, tortiare* trousser.
2. L initial ou médial reste : lupus loup, colorem couleur. Le l f.nal se maintient également : coelum ciel, solus seul, mais muet dans quelques mots : safullus saoul* soûl; il s'est vocalisé en u dans caidîs chou.
Cette liquide, qui est linguale, est la consonne qui se rapproche le plus de r; de là la permutation de l en r, qui est extrêmement rare à l'initiale : rossignol de lusciniolus, diminutif de luscinius (it. rossignuolo, pg. rouxinhol, pr. rossignol) (^) ; à la médiale, l se change en r après une consonne, lorsqu'il y a eu syncope de la voyelle intermédiaire : cajntidum, chapitre (v. § 38). — L se permuteen n, comme ii enl : à l'initiale : libella niveau (it. libello, pg. pr. libel, uivel, esp. nivel), d'où le verbe niveler; à la médiaie : colucula (dim. de colus) quenouille. — L se change encore end, mais cette permutation est rare, 1)ien que le d soit lingual comme / : amyliim amidon. — Quelquefois l se mouille, ce qui n'arrive en français qu'au milieu des mots -.pdare piller, salire saillir. — Quelques dialectes du sud de la France (et aussi le romand) changent / en u : mau de malmn, tau de talis; mais cette métamorphose n'a lieu en français que devant une consonne (v. § 38).
La chute de l initial s'est souvent produite, sans aucun doute parce qu'on a confondu cette lettre avec l'article : hjncem once. Par la même méprise, l a été ajouté et incorporé à des voyelles initiales; ainsi nous disons le lendemain, le lierre, le loriot, la luette, lors, tandis que l'ancienne langue disait correctement l'endemain, lierre (de hederaj, loriot (de aureolusj, luette (dirn. de uvaj, lors.
IJ y a métathèse dans haleine, (brmé de anhelare (§ 21).
(l) Cette sinfiuiière permutation de ^ en r dans le mot rossignol est très ancienne et commune aux langues romanes ; cependant on trouve encore en italien lusignuolo et même usignuvlo, v. fr. lousignot avec le verbe tousegnoler ; dans le dialecte bourguignon on dit encore auj(jurd'hui rossignôler. Lousignot a donné rossignol par dissimilation (§ 21).
§ 34 SPIRANTES 69
3. N se maintient partout : nos nous, venire venir, manus main. Mais quand il termine la syllabe, c'est-à-dire à la fin des mots ou devant une consonne, la liquide n disparaît comme son articulé, non sans communiquer quelque chose de sa nature à la voyelle précédente, pour la rendre nasale : manus main, letitus lent.
Le n médial se change souvent : P en l : unicornis licorne, orphmms orphenin* orphelin ; — 2° en /•, après une autre consonne qui en a été rapprochée : (Uac(o)mts diacre (v. § 38).
4. M reste partout, mais comme consonne muette à la fin de la syllabe : mare mer, amarus amer, famés faim.
Cette consonne appartient à l'ordre des labiales, mais elle tient à n comme nasale et se permute avec elle quand, terminant la syllabe, elle nasalise la voyelle précédente : hitumen béton, honio on, levamen levain, ligamen lien, meum mon, rem rien, aeromen airain. Le m se trouve dans quelques mots de la langue moderne : damus daim, famés faim, nomen nom, qui étaient dans le vieux français : dain (d'où le fém. daine), fain, non. — Le m permute encore avec n dans les mots suivants : mappa nappe, matta natte, mespnlum nèfle, cornes stabuU (altéré dès le VIII® siècle en conestahulus) conestable* connétable.
Dans duvet de dumeUim, m est devenu c par l'intermédiaire de h, dubefum.
Il y a apocope de m dans Ja/w jà (dans déjà), quam quem que, smn sui* suis.