Lettre à Bossuot, 3 avril
i!. Réponse à la Relation de M. de Meaux. Elle fut suivie de deux nouveaux écrits : Remarques sur la réponse de M. de Cambrai et Réponse aux remarques des deux adversaires. Voyez E. Chastel, Fénelon et Rossuct devant la Cour de Rome, et Griveau, Études sur la condamnation des Maximes des saints, Poussielgue.
religions, l'adoration de l'inconnaissable cause, source et matière de toute forme et de toute existence. Fénelon, dit M. Janet, « représentait les intérêts de la partie la plus haute et la plus pure de l'àme, ne fiU-ce qu'à titre d'idéal, inaccessible sans cloute pour nous, mais dont il nous faut approcher le plus possible ^ ))
Dans la forme, les torts furent assurément partagés. M. Crouslé lui-même ne nie pas que, des deux côtés, plus d'une considération personnelle fortifia, aigrit les dissentiments sur la doctrine; qu'en particulier, dans les mémoires écrits en lalin, Bossuet accorda trop aux habitudes d'une langue où l'on épargne peu ses adversaires; qu'il poursuivit le sien avec trop d'àpreté. MM. Brunetiére et Lanson, qui ne sont pas suspects, laissent entendre que Bossuet, avec plus de vigueur et de persévérance que de charité et même de franchise, poursuivit le triomphe de la vérité par des voies souvent équivoques, et triompha, en eiïet, de son ancien ami sans ombre d'affliction. En signant malgré lui l'arrêt de condamnation, le pape, dit-on, se serait déjà écrié que Fénelon peut-être aimait Dieu avec excès, mais que Bossuet assurément n'aimait pas assez son prochain. Un ecclésiastique d'esprit très modéré, l'abbé Fleury, n'était guère plus indulgent : « Il m'a avoué, dit un de ses amis-, qu'il croyait qu'il y avait un peu de passion dans la conduite de M. de Meaux. Ce grand homme avait, à la vérité, les meilleures intentions du monde; mais pourquoi tant écrire? pourquoi ne pas se contenter d'avoir dénoncé le livre des Maximes? pourquoi avoir dit hautement à Marly que M. de Cambrai était autant hérétique que Luther? pourquoi tant de sollicitations à Rome?» D'autre part, si Bossuet a été trop passionné^, Fénelon n'a-t-il pas été trop habile? Alors que Bossuet fonçait, pour ainsi dire, sur lui en droite ligne, ne s'est-il pas quelquefois dérobé à son attaque par des fuites trop savantes? « C'est la grande mode, disait Bossuet, de trouver beaucoup d'esprit à M. de Cambrai. On a raison; il brille d'esprit, il est tout esprit; il en a bien plus que moi. » Il en a trop parfois là où il n'est besoin que de simplicité. Mais aussi il voit plus loin que Bossuet. Enfermé entre les hautes murailles de la tradition, Bossuet se préoccupe peu du monde extérieur. Plus mondain et plus moderne, Fénelon sent le