C. de Litt. — Bossuet
"i COURS DE LITTÉRATURE
quels vices el par quels désordres du dedans ils vont à leur r.iine.
Les poètes anciens, ceux de l'épopée, de la tragédie et de la comédie, ayant expiimé au naturel, même chez leurs dieux, les passions humaines, nous aident merveilleusement à connaître l'homme et à le voir tel qu'il est dans tous les temps. C'est le vrai, le vivant, l'universel.
Quand la lecture des philosophes et des moialistes de ces deux peuples, les plus ingénieux de l'ancien monde, ne servirait qu'à nous montrer tout ce que les plus grands esprits ont imaginé ou tenté pour s'expliquer à eux-mêmes la douhle nature de l'homme, elle ne servirait pas à peu. Et la prodigieuse diversité de leurs systèmes aurait plutôt cela de bon qu'elle nous ferait nous reposer de ces opinions innombrables dans la vérité une, simple et éternelle.
Enlin, l'art de persuader, ou l'éloquence, dans laquelle les anciens sont maîtres et dont ils nous ont donné les meilleures règles, est nécessaii'e auxalFaires humaines; et si les sophistes la coirompent et la déshonorent, les bons esprits l'emploient à la défense de la vérité et de la justice. Bien raisonner met en état de se bien conduire.
Qu'il n'hésite donc pas à faire enseigner à son fils les lettres profanes. Il n'a rien à redouter pour l'éducation chrétienne de ce cher enfant : elle est préservée tout autant qu'il le faut par les bons exemples domestiques.
(Concours général, 1875.)
Rossuet expose au roi, par lettre ou de vive voix, ses idées sur l'éducation du dauphin.
(Paris. — Baccalauréat, oct. 1893.)
Lettre de Bossiict a la Bruyère. — Hossuet remercie la Bruyère des éloges que celui-ci lui a donnés dans son discours de réception à l'Académie française.
Un auteur montre la générosité de son âme en louant ses contemporains.
Mais la Bruyère lui fait trop d'honneur lorsqu'il l'appelle « un
Pi're de l'Église ». Il n'est que l'élève des Pères. Ce sont eux qui lui ont enseigné les vérités qu'il expose dans son discours. (Ou rappellera quelques-unes de ces vérités que Rossuet aimait à développer.'^ Il a eu encore pour maîtres les grands écrivains de la firèce et de Rome. Préciser cette pensée en disant à quel point de vue les Grecs et les Romains ont été les maîtres de liossuet.
Kn terminant sa lettre, iîossuet exprime son admiration pour le génie de la Rruyère.
(Rennes. — Raccalaitréat, 1888.)
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La Fontaine a dédié un recueil de fables à Monseigneur le Dauphin :
Je chante les héros dont Ésope est le père, Troupe de qui l'histoire, encor que mensongère, Contii'nt des vérités qui servent de leçons. i Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons : Ce qu'ils disent s'adresse à tous tant que nous sommes; Je me sers d'animaux pour instruire les hommes. Illustre rejeton d'un prince aimé des Cieux, Sur qui le monde entier a maintenant les yeux,
Quelque autre le dira d'une plus forte voix Les faits de tes aïeux et les vertus des rois ; Je vais l'entretenir de moindres aventures, Te tracer en ces vers de légères peintures, Et, si de l'agréer je n'emporte le prix, J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entre])ris.
Vous supposerez que Rossuet, chargé de l'éducation du dauphin, remercie la Fontaine d'avoir écrit ses fables pour ce prince. Elles ne peuvent manquer de le distraire, de l'intéresser et de linstruire.
(Pas-de-Calais. — Rrkvf.t supérif.ur. — Aspirants, 1891.)
Bossuet avait reproché plus d'une fois à Santeuil son goùl pour la mythologie. Après avoii; promis de se corriger, Santeuil s'était laissé aller à écrire une Épitre à Pomone, qu'il adressait à la Quintinie; puis, repentant de nouveau, il avait fait amende honorable dans son poème intitulé Poeta chrntianus. Bossuet
l'en proiula doucement. « 11 est vrai, lui écrivait-il dans une seconde lettre, que je n'aime pas la Fable, et qu'étant nourri depuis beaucoup d'années de l'Écriture sainte, qui est le trésor de la vérité, je trouve un prand creux dans les fictions de l'esprit buniain et dans les productions de la vanité. »
Lettre de Doursault à Bossuct i^i694j. — Edrae Boursault, poète aimable et facile, dont on lit encore quelques comédies', mais qui, dans sa jeunesse, eut le tort de s'attaquer à Boileau et à Molière, venait de publier, en tète d'une édition de ses œuvres, une Lettre d'un théologien, dont l'auteur, resté anonyme, était le P. Calfaro, théalin d'origine sicilienne. Dans cette apologie discrète du théâtre, l'écrivain démontrait sans peine qu'il y a des comédies honnêtes, et que jamais l'Eglise n'avait porté contre la coméilie une condamnation absolue.
Aussitôt Hossuet écrivait au P. Caiï'aro une lettre où il lui demandait, soit de désavouer l'écrit qu'on liù attribuait, soit d'en rétracter la doctrine. Il y attaquait « violemment les impiétés et les infamies dont sont pleines les comédies de Molière,... ces pièces où la vertu et la piété sont toujours ridicules, la corruption toujours défendue et toujours plaisante ». Enveloppant le théâtre tout entier dans la même réprobation, il allait jusqu'à condamner les « tendresses •>■> de la Bérénice de Racine, qu'un prêtre ne craignait pas de ramener « à ses premières erreurs », jusqu'à déclarer dangereux le spectacle du Cid, qui rendait Cliimène aimable à tous les spectateurs en même temps qu'à Rodrigue. Etîrayé du ton menaçant qu'avait pris Hossuet, le P. CaÛ'aro s'empressa de protester qu'il n'avait jamais lu une seule pièce « lotit entière » de Molière, Racine et Corneille; qu'il les avait jugées d'après quelques comédies de Boursault; que d'ailleurs, n'étant pas Français, il avait pu ne pas bien entendre les choses. Triomphant, Bossuet publia ses Maximes et Réflexions sur la comédie, qui reproduisent sa première lettre en y ajoutant des développements nouveaux. Molière et Corneille n'y étaient pas épargnés; on y lisait même sur la mort de Molière ces lignes d'une sévérité implacable : « Il a fait voir à
i. Le Mercure galant (1G83). les Fables d'Ésope (1690). les Mots à la mode (1694), Ésope à /a eoMî'(l7ul). I-,es coméilies dirigées contre Boiloaii et Molière sont la Satire des satires et le Portrait du peintre, ou la Contre-Critique de l'i^eole des femmes, en 1638. Il mourut en 1701.
notre siècle le fruit qu'on peut espérer de la morale du tliéàtre (jui n'attaque que le ridicule du monde, en lui laissant cependant toute sa corruption. La postérité saura peut-être la fin de ce poète comédien, qui, en jouant son Malade imaginaire, ou son Médecin par force, reçut la dernière atteinte de la maladie dont il mourut peu d'heures après, et passa des plaisanteries du théâtre, parmi lesquelles il rendit presque le dernier soupir, au tribunal de celui qui dit : « Malheur à vous qui riez, car vous (1 pleurerez. »
On suppose que BoursauU répond à Bossuet'.
Il protestera d'abord de son admiration et de son respect sincère pour le grand prélat qui, tout récemment salué par un contemporain du titre de Père de l'Église, est plus capable que tout autre d'interpréter la doctrine des Pères; mais Bossuet lui permettra de ne pas accepter le désaveu du P. Caffaro, trop favorable à de faibles essais, trop défavorable aux chefs-d'œuvre d'un Corneille et d'un Molière.
II parlera peu de la tragédie. Bossuet semblait fait pour comprendre Corneille; on sera surpris qu'il rende si peu justice à l'auteur du Cid, qui fut aussi le traducteur de VInntalion; on ne le sera pas moins de le voir sacrifier les tragiques modernes aux tragiques anciens, et dire : « Ce qui nous reste des anciens païens de ce genre -là ij'en rougis pour les chrétiens) est si fort au-dessus de nous en gravité et en sagesse, que notre théâtre n'en a pu souffrir la simplicité. »
En revanche, il insistera sur la comédie, et, sans vouloir entrer dans la discussion des textes, il se demandera s'il est possible de condamner le théâtre au nom de cette Église qui en a jadis favorisé la naissance; après Richelieu et Mazarin, qui l'ont développé; en face de cette cour où un roi si religieux se plaît encore à entendre les comédiens entretenus par lui. Ce grand I oi voudrait-il autoriser par son exemple un crime dont il serait plus coupable que les autres? Les comédiens sont-ils des impies ? Mais ils ferment leurs théâtres à l'époque des grandes iV'tes consacrées par l'Église, et ils ne jouent point pendant la semaine de la Passion. Sont-ils des corrompus? Mais l'Église reçoit de leurs mains une part de leurs recettes, destinée à soulager les pauvres. Dans le récit de la mort de Molière. Bos- ■^iiet a oublié un détail : c'est qu'au chevet du poète mourant 'Laient de pauvres religieuses, qu'il assistait de ses aumônes.