‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 4)Chapitre 125 sur 134 · COVIELLE · texte numérisé non relu

COVIELLE

Elle affecte une nonchalance dans son parler et dans ses actions. ^W

CLÉONTE

11 est vrai; mais elle a grâce à tout cela; et ses manières sont engageantes, ont je ne sais quel charme à s'insinuer dans les cœurs.

1. Une pimpesouée, une précieuse, à la toilette pimpante et aui airs affecté*.

COVIELLB.

Ponr de l'esprit...

CLÉONTE

Ah ! elle en a, Govielle, du plus fin, du plus délicat.

COVIELLB,

6a conversation...

GLÉONTB.

Sa conversation est charmante.

COVIELLB.

Elle est toujours sérieuse.

CLÉONTE

Veux-tu de ces enjouements épanouis, de ces joies toujours ouvertes ? »t j »ois-tu rien de plus impertinent que des femmes qui rient à tout propos ?

GOVIELLE.

Mais enfin elle est capricieuse autant que personne du monde.

CLÉONTE

Oui, elle est capricieuse, j'en demeure d'accord; mais tout sied bien aux belles ; on souffre tout des belles.

Nulle pari Molière n'a été plus vraiment poète que dans ce dialogue. Est-ce parce qu'il y peignait, comme le veut la tradition, moins la fille de M. Jourdain que sa propre femme, — M"^ Molière, — point toujours si sérieuse pourtant, mais nonchalante avec grâce, et surtout capricieuse? 11 est certain que ce portrait, dans la précision des traits qui le composent, a un caractère fortement individuel et vivant. En tout cas, celte scène exquise est beaucoup plus originale que la scène dont elle est suivie, celle du « dépit amoureux », où la symétrie est vraiment trop complète dans les revirements du dialogue et de l'action. Auger le remarque avec raison : Nicole répétant ce qu'a dit Lucile, comme Govielle ce qu'a dit Cléonte, leurs paroles s'entrelacent exactement à la manière des morceaux lyriques d'un quatuor; les mouvements, les changements d'humeur et de résolution des deux hommes sont répétés par les deux femmes, et réciproquement; c'est-à-dire que l'un des deux couples tient rigueur quand l'autre supplie, et que ce dernier lient rigueur à son tour lorsque le premier s'adoucit; d'où résultent, sur le théâtre même, plusieurs marches et contremarches qu'on croirait avoir été dessinées par un maître de ballets. La fraîcheur et la sincérité du sentiment nous empêcliant d'en être choqués. Ce n'est pas la première fois que Molière portait au théâtre ces brouilles et ces réconciliations

d'amants. Du Déjut amoureux, si romanesque et inîraisemblable par ailleurs, il nexeste plus que quelques scènes, celles qui reposent sur cette situation de cœur éternellement vraie. Ma,is, dans le Dépit, les scènes de la brouille et de la réconciliation, réunies ici, sont distinctes, et, d'autre part, le duo de Marinelle et de Gros-René est distinct du duo de leurs maîtres. Le Tartuffe » rapproche et condense ce que condensera plus encore le Bourgeois gentilhomme. Mais toutes ces scènes diverses ont une source commune : c'est l'ode fameuse d'Horace où deux amants, Horace et Lydie, qui se croient séparés à tout jamais l'un de l'autre, repassent sur leurs souvenirs d'autrefois et découvrent qu'ils s'aiment encore. Dans les Amants magnifiques Molière en a donné une traduction libre :

PHILINTE

Quand je plaisais à tes yeux, J'étais content de ma vie Et ne voyais rois ni dieux Dont le sort me fit envie.

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