I8MÈRE
Au tombeau de nos rois.
ANTIGONB
A côté de leur père, ele^
Nous Toîd enfin arrivés au seul ouvrage d'Eschyle, du moins de ceux qui nous restent, où Ton trouve des beautés vraiment tragiques, vraiment théâtrales : c'est la pièce intitulée les Coêphares, mot qui êigmûe porteurs de UbaUans, parce que le chœur est composé de femmes esclaves qui portent des vases et des présents funéraires. Ce n'est pas la seule fois que le chœur a donné son nom aux tragédies des Grées. Les Phéniciennes d'Eturipide, dont le sujet est précisément la Thébaîde, sont appelées ainsi, parce que le cÀiœur est composé de femmes de Phénieie; et les Traehiniennes de Sophocle, dont le sujet est. la mort d'Hercule, tirent aussi leur nom de femmes de Trachine, ville de Theséalie , où se passe la scène. Celle des Coéphores est dans Argos. Le sujet est la Vengeance qu'Ëlectte et Oreste veulent tirer du meurtre d'Agamemnon, assassiné par leur mère Cljtemnestre. Ce sujet, traité tant de fois parmi les modernes , n'a pas excité moins d'émulation chez les anciens. Il a été un objet de concurrence entre Eschyle, Euripide, et Sophocle. On n'avait pas alors cette ridicule et révoltante Injustice de croire que ce fftt un crime de s'exercer sur un sujet déjà manié par un autre auteur. Cette noble rivalité ne passait pas pour une basse jalousie; et les Grecs, occupés de leurs plaisirs, ne calomniaient pas si maladroitement ceux qui leur en préparaient de nouveauk. Le vaste champ des arts est ouvert à tout le monde : nulle partie n'en appartient exclusivement à celui qui le premier y a porté la main; et les traces mêmes du génie, toutes respectables qu'elles sont, ne rendent point sacrilège celui qui s'avance sur la même route.
Les Coêphares sont encore une pièce très-imparfaite ; mais le sujet en est dramatique; on commence à voir quelque idée d'une action théâtrale. Eschyle est même le premier qui ait Imaginé d*introduire Oreste apportant la fausse nouvelle de sa propre mort : invention heureuse et qui a été suivie. Mais d'ailleurs il y a peu d'art dans la pièce. La reconnaissance du firère et de la sœur n'est nullement ménagée : au moment où Electre voit des cheveux sur le tombeau d'Agamemnon, elle songe à son frère, et fait des vœux pour son retour.
ANOENS. — POÏSIB.
Oreste, qui est eaché dans le voisinage, se montie ansâtdt, et dit : /e suis ceM que tout désirez; je suis Oreste. Égisthe et Clytemnestre ne paraissent qu'on seol moment, et pour être égorgés. Nul développement dans les caractères, nulle suspennon dans les éTénements. Electre et Oreste ne sont jamais en danger ; et leur danger devait être la plus grande source d'intérêt. Mais enfin le style et le dialogue sont du ton de la tragédie, et la scène qui ouvre le second acte est d'un ordre supérieur. Cétait pour la première fois que Melpomène prenait un ton si élevé. On aime à voir ces premiers efforts d'un art naissant; et ce doit être une chose digne d'attention qu'une scène d'Eschyle que le grand Racine admirait comme un des plus beaux monuments de la tragédie antique. Elle est d'un appareil tnès-imposant; et ce n'est pas la seule fois qu'Escbyie a pu servir de modèle dans cette partie de l'art, qui consiste à donner à la représentation une pompe qui fait partie du sujet et ajoute h la situation. Electre s'avance portant des libations et des offrandes , et suivie d'un chcBur de liemmes esclaves qui portent aussi des vases et des présents : c'est Glyteouiestre qui a chargé Electre de ces dons funâ»res, destinés à honorer le tombeau d'Agamemnon et h fléchir, s'il se peut, son ombre irritée. Pour entrer dans l'esprit de cette scène, il faut bien se souvenir dn pouvoir que les anciens attachaient aux imprécations religieuses et à la vengeance des mânes. Si Electre balance, comme on va le voir, à implorer Fombre d'Agamemnon et à maudire ses assassina, c'est qu'elle est bien sûre que sa prière ne sera pas vaine, qu'elle sera entendue des dieux infernaux , et qu*ils se chargeront de l'exaucer. Demander la mort des coupables, c'est demander la mort de sa mère : elle tremble, die hésite, et le choeur la rassure et l'encourage. Parmi nous, elle balaneerait moins à prononcer des malédictions dont l'effet ne nous paraîtrait pas devoir être si prompt et si infiadllible, et qui d'ailleurs semblent être le cri naturel des opprimés et la consolation de fimpuissance. C'est par une suite de cette même croyance, qui n'est pas la nôtre, que Clytemnestre dle-même s'efforce d'apaiser, autant qu'il est possible, Fombre de son époux massacré, et n^ose se présenter devant sa tombe, qu'elle pro£ainerait par sa (n^sence. Elle envoie sa fille, qui est innocente, et qui doit être chère à son père; et sa fille saisit ee même instant pour faire d'un sacrifice expiatoire une invocation de vengeance et de haine adressée aux divinités infernales, et dont l'effet doit tomber sur Clytemnestre. Cette idée est grande et sublime, rt le nwment où Electre se résout i lancer enfin
ces fstales Imprécations deyait faire firémîr les spectateurs.
tfLBQimi, atur/MMief qtH la sithemL Yoos , qa'fln mon lafortuDe U m*est pennit de voir, EMiaves qui m'aidez dani oe trikte devoir, Quels VŒUX pola-je fonner sur le tombeaa dlm pèra? En épanchant les eaax da vase funéraire , IHral-je : « Agamtmnon , c'est ton épouse en pleurs « Qui t*oRre, par mes mains , les dons de ses douleuis. « Aux màncs d*nn époux elle offre cet hommage ! *> Non, Je ne Tose pas. Hélas ! et quel langage. Quelle prière encore et quds souhaits pieux donvlennent h sa lille en ces fonèhres lieux V Parles , qu'en ce moment vos avis m'encouragent Ah ! sur les meurtriers dont les présents IHnitragent, Si ma voix appelant sa vengeance et ses coups , De ses mânes trahis attestait le courroux I si mon cœur en croyait ce transport qui l'anime... Enfin, puisque Je viens pour expier un crime, DolHc jeter an loin ces vases odirax.
Et ftdr avec horreur en détournant les yeux? rimplore vos conseils; je m'y soumets sans peine : Vous partages id mes malheurs et ma chaîne. Ne craignes rien ; songez que sons les lois dn sort. L'esclave et le tyran sont égaux dans la mort : ne dissimulez point, et hennissez la crainte,
LE GBOeUR.
Nous sommas sans eflrol, nous parlerons sans lelnle.
ÉLBCTM.
J'en Jure le tombeau dn plus grand des mortels. Plus auguste pour moi , plus saint que les autels. Ah I d vous révérez la cendre de mon père. Vous pouvez tout sur moi; sa flUe vous est chèn. Parles.
En anusant oe marbre Inanimé, Invoques ce héros pour ceux qui l'ont aimé.
ÉUCTM.
Et qui dolHe nommer?
Moi?
Vous.
Md seule, hélas!
u CBQBOH.
Cet abandon Si tfiste Yoos fldt41 ooblSer quiltcst encor... Hais non : Cest à vous seule, âeelre, à prononcer ce nom.
Les ennemis d'figisthe.
ÉLBcm.
LBCBORDE.
Quel est dooe votre espoir? et qui voulet-vous dira?
u GHOBUR.
Oxeste est loin de vous^ mais Oreste respire.
éusctub.
Quel Jour lait dans mon cœur 1
Ce cœur f nfnloné Ne doit rien voir Id qu'on pèee assassiné. Contre ses assasilDS
Faut-il que je vous croie?
u CHCBUR.
Demsodez à grands cris que le dd vous envoie...
tLECTRI.
Des Juges? des vengeurs?
u CBOBinu
Un dieu pour vd6s anné.
Ou bien quelque mortel par les dieux animé.
Qui (gardes d'écouter des sentlmenls tialdei)
Qui verse sans pitié le sang des parrlddes.
COUBS DE UTTÉHATUBE.
Eflt-«e à moi. JQfte del! àmoi qaMl est permii De foohalter la mort h de teb eunemlB?
LE CHOBUR.
Toat est permis sans doute à qui poorsoit le crime, A qui s*en voit enoor Fesdare et la victime.