‹ Cours de littérature celtique (volume 2)Chapitre 24 sur 108 · CINQUIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

CINQUIÈME LEÇON

18 janvier 1901.

.Vers l'année 500 avant notre ère, les connaissances géographiques des Grecs s'étendaient à l'Orient jusqu'à l'Indus dont le nom nous a été conservé dans un des fragments d'Hécatée de Milet : « L'églantier vient sur les bords du fleuve Indos, » dit 'le vieux geograjjlie grec, irepl tov 'IvSdv Se cp-/)(n iroxa- [xov Ytv£(îôai t)iv xuvapav ; c'est uue citation d'Hécatée j)ar Athénée, 1. II, cli. 82 (1). Mais les Grecs n'avaient [las dépassé ce fleuve et ne connaissaient son nom que [)ar les rapports des Perses qui le nommaient Hindus, tandis que son nom se prononçait, sur la rive gauche, à l'Est, Sindhus, avec un s initial et une dentale aspirée. Inde, d'où Indou dérive, signifie littéralement « bassin du fleuve Indus; » c'est une expression qui nous vient de l'empire perse par l'entremise d'Hécatée de Milet. L'Inde, 'IvSi'a, les Indous, 'Ivôot, connus d'Hécatée,

(1) Edition Meineke, t. I, p. 120; U. et Th. Mùllcr, Fragmenta hisloricovum graecoruin , t. I, p. 12, fragment 174 (cf. ci-dessus, p. IS).

64 § 20. PVTHÉAS.

étaient à rOuesl, sui' la rive droite du fleuve; tels les Gandarae, FavSapa'., avec leur ville de Caspapyros, KaffiraTTupoç (i). Mais, 611 326 av. J.-C, Alexandre le Grand, après avoir parcouru, à la tête de ses armées victorieuses, tout le vaste empire des Perses, atteignit l'Indus, le traversa et battit, bien au delà de ce grand fleuve, le puissant roi que les Grecs ont appelé Poros, prenant probablement pour un nom d'homme le nom d'une dynastie, P«itra (2).

Les merveilleux succès d'Alexandre ont fait faire aux connaissances géographiques des Grecs à l'Orient d'énormes et fort éclatants progrès. Au même siècle, et probablement peu de temps après, Pythéas, riuOÉaç, un pauvre et, obscur Marseillais obtenait à l'Occident, par des moyens fort modestes et sans l'appui d'aucun gouvernement, des résultats scientifiques beaucoup plus importants. Il allait luimême visiter les côtes occidentales de l'Europe, où aucun Grec n'avait pénétré jusque-là, et il rédigeait par écrit le récit de son exploration en un ouvrage dont le titre paraît avoir été : ïlepl toïï 'ilxeavou 7:£7rpaYaaT£U[j.£va (3). Il n'est pas le premier Marseil-

(1) Fragmenla hisloricorum graecorum, t. I, p. 1"2, fr. 178, 179.

(2) Otto Bôhtlingk, Sansltrit Worlerbuch in kûrzerer Fassung, 4" partie, p. 124, au mot Paura ; voir aussi Max Duackcr, Geschichle des Alterthums, b° édition, t. III, p. 306; cf. l'article Alexandras dans la nouvelle édition de Paulys Realencyclopaedie, t. I, col. 1429.

(3) Karl MûUenhoff, Deutsche Alterliimsliunde, *t. I, 2° édition, p. 324 note; Otto Bremer chez Paul, Grundriss dcr germanischen Philologie, 2" édition, t. II, p. 741.

lais que le désir de s'instruire ail entraîné vers des régions lointaines. Avant lui, probablement dans la première moitié du quatrième siècle avant J.-C. (1), Euthyménès de Marseille, comme Kolaïos de Samos au septième siècle (2), avait traversé le détroit de Gibraltar et il ne s'était pas arrêté h Cadix comme l'avait fait Kolaïos. Il avait entrel)ris une grande expédition, mais c'était vers le Sud qu'il s'était dirigé; il avait fait le tour de l'Afrique (3).

Pythéas fut, parmi les Grecs et après les navigateurs phéniciens, le premier de ceux qu'on appelle aujourd'hui les explorateurs du pôle Nord. Il désirait sans doute connaître le pays mystérieux d'où venaient à Marseille l'étain, nécessaire à la fabrication du bronze, et l'ambre, si appréciée comme objet de parure. Il avait fait des études d'astronomie. 11 n'était pas assez riche pour acheter un navire, pour nourrir et payer des matelots; il s'engagea probablement comme matelot lui-même sur un bâtiment de commerce carthaginois qui, affrété par des négociants, allait oflrir aux Celtes et aux Germains les marchandises venues des côtes de

(1) Hugo Berger, Geschichle des wissenschafUichen Erdkunde der Griechen. Drilte Ablheiluiig, p. G.

(2) Hérodote, 1. IV, c. 15'2; cf. Movers, Das j)hoenizische Aller- Ihum, t. II, p. 598,

(3) Athénée, 1. II, c. 87; édition Meineke, t. I, p. 131, 1. 17-25; riuUxrquc, De placUis philosopliorum . 1. IV, c. 2; éd. Didot, Monilia, t. II, p. 1095.

la Méditerranée, et qui, du pays des Celtes et des Germains, devait, au retour, apporter de l'étain et de l'ambre dans des régions plus méridionales. C'était aux environs de l'année 320 (1) avant notre ère, au printemps.

En cinq jours, il atteignit l'extrémité sud-ouest de la péninsule ibérique, c'est-à-dire le cap Saint- Vincent, le 'lepov àxptor/^p'.ov dcs Grecs, le Sacrum promontorium des Romains (2). Puis , longeant les côtes occidentales de la péninsule dans la direction du Nord, il atteignit le cap Finislerre, où son navire, suivant toujours la côte, commença à se diriger vers l'Est, et il constata qu'au nord de ribérie, quand on allait vers la Celtique, la navigation devenait plus facile (3). Nous savons qu'en-

(1) C'est la date proposée par M. Otto Bremer, Grundriss der germanisclien Philologie d'IIermann Paul, 2' édition, t. Ill, p. 741; cf. Hugo Berger, Geschiclite der wissenschaftlichen Erdhunde, 3' partie, p. 19. Christ, § 298, p. 560-ôGl, propose la date de 300 environ: cf. Pauly, Realencyclopaedie, t. VI, p. 331- 332, oil l'on a dit quatrième siècle. W. Bessel, Ueber Pyiheas von Massalia und dessen Einfluss auf die Kenntniss der Allen vain Norden Europa's, p. 8, parle de l'intervalle entre les années 3G6 et 327 avant J.-C.

(2) C'est la distance indiquée d'après Pythéas, par Eratosthène. Strabon, 1. III, ch. 2, g 11, édition donnée chez Didot par C. Millier et r. Dûbner, p. 123,1, 10-11; cf. MûUcnlioff, Deulsche Allertumskunde, 2* édit., t. I, p. 3G8-370 : sur le Sacrum promunlorium, voir Pline, 1. II, g 242, 1. IV, 2 115, 2' édit. de Louis Jan, donnée chez Teubner par C. Jan (1870), t. I, p. 120, 1. 24-25.

(3) Strabon, 1. III, c. II, g 11, édition Mûller et Dùbner, p. 123, 1. 19-21; cf. Miillenhoff, Dculsclie Allerlumshundc, t. I, 2° édit..

suite il arriva sur les côtes de la Bretagne continentale où il trouva un peuple appelé Ostimii , 'iî(7Ti[xto[ ou Ostidamnii 'i2aTtâa(j.vtot (1), les Ossismi ou Osismi, des textes postérieurs établis dans le département du Finistère (2). Leur nom peut n'être qu'un dérivé du nom du promontoire Oestrymnis ou mieux 0/5^rumn/5, raen-tionné par Avienus. d'après le périple du Carthaginois Ilimilcon, et ce promontoire parait n'être autre chose que la Bretagne continentale (3). UOistrumnis du sixième ou du cinquième siècle av. J.-C. sera devenu Osiimis, deux siècles plus tard , par adoucissement de la prononciation, c'est-à-dire par suppression de trois lettres, / consonne, r, n, et par assimilation de I'm à Vi final du thème. Quant à la notation plus récente Ossismi, Osismi (4), elle est le résultat de l'assimilation du t à Vs antécédent et de l'intercalation d'une s avant Vm [vdv imitation du suffixe

p. 370; Hugo Borgcr, Geschiclile dcr wissensdiafllichen Erdliunde, 3" partie, p. 32.

(1) Strabon, 1. I, c. 4 , g 3 , 5 ; édition Mûller et Diibner, p. 53, 1. I, 44, 4'J; 1. IV, c. 4, g 1, même édition, p. 162, 1. 27; Cougny, t. I , p. 130. Sur les variantes, voir Mûller et Dùbner, p. 045, col. 1. MiillonholT, Deutsche Allertumsliunde,1° édit., t. I, jj. 373- 375. Bessel, Pijlheas von Massalia, p. 87-88.

(2) La Bordcric, Histoire de Bretagne, t. I, p. 67, 101-112.

(3) Avienus, Oca maritima, vers yO-119, édit. Holder, p. 147-148; cf. Miillenhoff, Deulsclie Allerlumshunde , t. 1,2' édit., p. 90-91.

(4) Holder, AUcellisclier Spraclischatz , t. II, col. 885, 886. Sur la notation Osliaci, Osliones, voyez Oskar Brenner, Quellen zur Kunde des alten Germaniens, p. 93.

-smo pour -sa?no,- cf. Belismius pouv * Belisainius (1). Là se trouvait aussi, suivant Pylhéas, un promontoire Kabaïon, Kaêatov ('>), appelé par Ptolémée GabaioHj Tagatov (3), que l'on suppose être la pointe du Raz, au sud de la baie de Douarnenez, département du Finistère, arrondissement de Quimper (4). Et près, de là était l'île ù'Uœlsama,Ovlitjâ[/.-f\. En partant d'un point inconnu du continent gaulois, peutêtre des environs de la Rochelle, il aurait fallu à Pythéastroisjours de navigation pour atteindre cette île (5). Il s'agit vraisemblablement d'Ouessant, appelé Vxantis dans l'itinéraire d'Anlonin, 509, 3, et Aœanthos ^, m'àwv?i\?>Q notation pour Uœantos ^ chez Pline, Histoire naturelle^ 1. IV, § 103 (6). D'Uœisaina à Uœantis ou Uœantos , la différence résulte d'un changement de suffixe : -anti- ou -anto- substitué à -sama. De cette île, Pythéas gagna la Grande- Bretagne en un jour de navigation qui , joint aux trois jours pour aller d'un port inconnu de la Gaule à Ouessant, fait quatre jours. Le point où

(1) Holder, AUceltischer Spraclischalz, t. I, col. 386.

(2) Strabon, 1. I, ch. 4. g 5; édition donnée chez Didot par C. MùUer et F. Diibner, p. 33, 1. 45.

(3) Ptolémée, 1. II, ch. 8, ? 1, '2; édition donnée chez Didot par C. MùUer, t. I, p. 209, 1. 1, 3.

(4) La Borderie, Histoire de Bretagne, t. I, p. 112.

(5) Strabon, 1. I, ch. 4 , g 5, p. 53, 1. 4C, 49; cf. MùUenhoff, Deutsche Alterlumsliunde, t. 1, 1' édit., p. 375 ; IIuf;o Berger, Geschichte, etc., 3* partie, p. 33.

(C) Edition de Charles Jan. 1870, t. I, p. 178, 1. 18, avec les variantes Axanlos et Auxaiiles , p. m.

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il atteignit la grande île était le promontoire nommé Bélérion (1).

Les îles Britanniques sont les Oestrijmnides , mieux Oïstrumnides d'Himilcon, ci-dessus, p. 38 ; ce Carthaginois les considérait comme une dépendance de la presqu'île continentale, Oistrumnis , qui est aujourd'hui la Bretagne. française. Pythéas apporta aux Grecs un autre nom du groupe insulaire, « îles Prétaniques, » llperavtxai, et non « Prettaniques, » lIpEXTavtxal v^aoi, comme on l'a, plus tardécrit, en doublant le t (2). L'adjectif llpstavtxai dérive du nom du [)cuple qui, au (luatrième siècle, avait la possession exclusive des îles, plus tard nommées Britanniques. Nous voulons parler du peuple que les Gaulois devaient ap[)eler * Prelani pour QrcUini, en irlandais Cruithni , d'oii le dérivé irlandais cridllinecli =■ * pritanico-s (3). Cruithni, Criiillinich, est le nom irlandais du peuple que les Romains ont appelé Picli et qui, au temps de l'empire ro-

(1) T6 ô'ËTspov ày.pMTiîpiov tô xaÀoOjievov B£),£piov amv/ieiy Xs^exai xrj rjireîpou ir)oOv r)U.zçtiôv xeTxâpwv. Diodore de Sicile, 1. V, c. '2, ^, .'i édition donnée chez Didot par L. Dindorf, t. I, p. 2(iG, 1. 4'J Pétrie et Thomas Duffus- Hardy , Monumenta histoYica brilannica, t. I, p. Il ; cf. Mùllenhoff, Deutsche Alteylvmsliu}ifl(^ , t. I, 1" édit , p. 375-377. Quoique Diodore ne cite pas Pythéas, il est vraisemblable que ce renseignement vient de lui.

(■J) Et non BpetTavixat. Charles Mûller. Geographi Graeci minores, t. I, p. cxxxv, col. 1, et p. 5G1. Cf. Mùllenhoff, Deutsche Allerlumshunde, t. I, 2« éd., p. 94 note. Le Ih de l'irlandais Cruithne et le d du gallois Pnjdain exigent un t simple.

(.3) Cf. .T. Rhys, Earlu Britain, 2' édit., p. 239-240.

main, ne dominait plus que dans la région septentrionale de la Grande-Bretagne. La conquête de l'île par les Briliones, groupe celtique continental, les y avait rejetés, postérieurement à Pythéas.

Le cap Belerion, où aborda Pythéas, apparaît sous le même nom chez Diodore de Sicile, 1. V, ch. 21, § 3 (1). Ptolémée l'appelle Bolerion (2). C'est le cape Land's End, en français Finistère, à l'extrémité occidentale de la Cornouaille anglaise.

A partir de ce cap , Pythéas côtoya la Grande- Bretagne au sud en allant de l'ouest à l'est, jusqu'au comté de Kent, qui s'appelait alors Kantion, KavTtov ; en sorte qu'il lui avait fallu, pour aller de la Celtique au comté de Kent, où est Douvres, beaucoup plus de temps que s'il était parti de Calais. On sait combien est courte la traversée de Calais à Douvres. Il fallut à Pythéas plusieurs jours pour arriver de la Celtique au Kaniion (3). Strabon a trouvé cet énoncé absurde ; il n'en saisissait pas la raison.

(1) Edition donnée chez Didot par C. Mûllcr, t. I, p. ^66, 1. 49- Pétrie et Thomas Duffus Hardy, Monumenla Insloi-ica brilan- 7iica, t. I, p. II.

(1) Livre II, ch. 5, g 2; édit. Millier, t. I, p. 8G, 1. 5; Pétrie et Thomas Duffas Hardy, Monumenla historica britannica^ t. I, p. XII ; cf. Mùllcnhoff, Deutsche Altertumi^hunde , t. I, 2' édit., p. 375-377.

(3) To KivTiov -/jixepaiv tivwv tcàoûv oLnéyv.v xr); KeXTiy.r): cpv)Ti. Strabon, 1. I, c. 4, § 3; edit. Charles Millier, p. 52, 1. 40-50; Pétrie et Thomas Duffus Ilardj', Monumenla liislorica brilnnnica, t. I, p. ni; cf. MùllcniiofT, Deutsche Mterlumshuiute, t. I, 2" édit., p. .375, 376.

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A partir du comté de Kent, Pytbéas, longeant toujours les côtes de la Grande-Bretagne, prit la direction du nord et atteignit l'extrémité septentrionale de l'ile après avoir compté 15,000 stades, soit 2,655 kilomètres, c'est le chiffre que donne Diodore de Sicile (1) et qu'il a probablement copié chez Pytbéas; puis, après une excursion vers le nord, dont nous allons parler, Pytbéas regagna le promontoire Belerion, en passant entre la Grande- Bretagne et l'Irlande, et il calculait que la distance dépassait 20,000 stades (2), soit 3,540 kilomètres, dislance triple de celle qu'on trouverait en ligne droite, mais qu'a pu rencontrer un navire en suivant tous les contours des côtes.

La Grande-Bretagne se terminait au nord i»ar le cap Orca (3), VOrcas de Ptolémée (4), aujourd'hui Dunnet Head en Ecosse, comté de Caithness.

Pytbéas dit qu'en Grande-Bretagne on cultivait le blé, on le battait en grange, on fabriquait avec le

(1) Diodore de Sicile, I. V, c. Ql, ? 4, édition donnée clioz Didot par G. Mùlicr, t. I, p. 260-207; cf. MiilIenliolT, Deutsche Altertumshunde, t. I, 1' édit., p. 377.

(2) ID.etôvwv -Ti Stcp.upîtov ià (Jltj/.o; auocaivEi xfj; vigcou. Strabon, 1. I, c. 4, g 3; édition donnée chez Didot par C. Millier et F. Dùbncr, p. 52,1. 48-49.

(3) Diodore do Sicile, 1. V, c. 21, g 3; édition donnée chez Didot par C. Millier, t. I, p. 200, 1. 51; Pétrie et Thomas Duffus Hardy, Monumenta hislorica brilannica, t. I, p. ii.

(1) Ptolémée, 1. II , c. 3, g l ; édition donnée chez Didot par C. Mûllcr, t. I, p. 83, 1. 7; Pétrie et Thomas Duffus Hardy, Monumenta historica britannica, t. I, p. xii.

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miel une boisson fermentée, c'est riiydfomel (1).

Avant de retourner au sud, il avait fait une excursion plus au nord et à six jours de distance, et atteint Tliule (2), prés de la mer Glaciale (3). On suppose que Thule est Mainland, la plus septentrionale des îles Shetland (4).

De là, passant par le canal de Saint-Georges et la Manche , Pythéas , ayant fait le tour de la Grande-Bretagne, rentra dans la mer du Nord, dont il suivit les c(Mes méridionales, alors au pouvoir des Celtes jusqu'à l'embouchure de l'Elbe (5), puis se dirigeant vers le nord, il côtoya le Schleswig-Holstein, alors occupé en partie par les Goths, en partie par les Teutons, et il constata qu'à un jour de navigation se trouvait une lie, qu'il appelle Abalus, nous dit Pline. Au printemps, les flots de la mer dégelée rejetaient de l'ambre en quantité dans cette île; les habitants vendaient une partie de cet ambre aux Teutons, leurs voisins continentaux, qui le revendaient aux Pliéni-

(1) Strabon,]. IV, c. 5, g 5, édit. Miiller et Dûbncr, p. 1G7. 1.44-49. ;?) Slrabon, 1. I, c. 4, g 2; édiUon Mûllcr et Dûbncr. p. 5Î, 1. 27-Î8. Pline, 1. II, § 187: cf. MuUenhoff, t. I, p. 385.

(3) 'Eyyù;... Tr);7r£7tYiYUtaç 0a).â(jcY)ç. Strabon, *1. I, c. 4, g '2, édition Mûller et Diibner, p. 52, I. 28-29.

(4) Mûllcnhoff, Deutsche AUerlumskunde , t. 1,2= édit., p. 363, 388, 408-410; cf. Ilugo Berger, Geschichle dcr Missenschaftlichcn Erdknniie, 3* partie, p. IG. — Oskar Brenner, Quellen zur linnde des alten Gcvmaniens, p. 3^, suppose que Tliulc est la Norvège.

(5) Ilugo Berger, Die geograpliischen Fragmente des Eralhos- Itienes, p. 148, n. 4; p. 213; Die gcogrnphisclieti Fragmente des llipparcli, p. GS-70.

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ciens, et ils brûlaient le reste (1). Abalus est une des îles situées sur la côte occidentale du Schleswig-Holstein. En partant d'un point indéterminé de la même côte, on rencontrait, après trois jours de navi^^ation, une île beaucoup plus grande, appelée Basilia (2), et qui paraît être la Scandinavie, dont les régions septentrionales étaient alors inconnues. On ne savait pas qu'au nord la Scandinavie se rattachait au continent (3).

Diodore de Sicile, essayant de copier Pythéas près de trois siècles }ilus lard, a confondu Abalus et Basilia (4) : « En face de la Scytliie, qui est au

(1) 0 Pytlicas Gutonibns [Gcrnianiac i^cnti] adcoli acsluaiiuni Mcntonomon nomine ab Occano spatio stadiorum scx millimn ; ad lioc DiEi NAVIGATION!'; abcsso insulam Abalum, illo per ver fluctibus advelii [clectrum] et esse concrcli maris purganiciilum, incolas pro ligno ad ignem nti co pruxumisqiio Tcutonis vendcre. » Pline, 1. XXXVIF, g 35, édition donnée chez Toubner, en 1860. par Louis Jan, t. V. p. 148. I. 30-3,'); cf. MiillenbofF, nexilsrhe Allcrlutnsltnnde, 2° éd., t. I, p. 470. Sur la question de savoir si les Goths étaient établis dans le Sclilcswig llolstein au temps de Pythéas, voir Otto Bremer dans le Grundriss iler germauischen Philologie, '2° édit., .3* partie, p. 780, g 51 : p. 781). g 55.

(2) « Xcnophon Lamjjsacenus a litore ScyUiarum, THinui navioa- Tio.NK insulam esse immensae magnitudinis Balciam tradit, eandoin Pythéas Basiliam vocat. » Pline, 1. IV", g 95; édition donnée chez Teubncr par Charles Jan, en 1870, t. I, p. 170, 1. 27-30. Zeuss, Die Deulschen und din yurliburslacmme , p. 270, note, constate que, suivant Pythcas, Bnsilitt cl Abnlus sont deux localités diflérenlcs.

(3) Sur les diverses opinions émises à ce sujet, voir un article de M. Ihm dans Pauhjs Real-Encyclopncdie, 2' edit,, t. III, col, 42-43.

(4) T?;; ly.uOiotç tïj; ÛTiàp tv FaXan'av y.axavTiy.pù vfJTÔç inx: ite^ayta

74 ,§ 20. PYTHKAS.

delà de la Galalie, » di(-il (lisez de la Cellique), « il y a dans l'Océan une île appelée Basilia; les flots y rejettent l'ambre en abondance. On ramasse l'ambre dans cette île, puis les habitants l'amènent vis-à-vis sur le continent, et, de là, il est transporté chez nous. »

Pythéas avait considéré comme Scythes les Goths et les Teutons du Schleswig-Holstein. La presqu'île du Jutland faisait à ses yeux partie de la Scythie : de là le nom do Scylhie chez Diodore dans le passage cité, comme celui des Scythes dans une citation de Xéno})hon de Larapsaque , faite par Pline et reproduite en noté plus haut, p. 73.

Nous n'avons plus le livre où Pythéas nous donnait sur l'Europe occidentale, vers la lin du quatrième siècle avant J.-C, tous ces précieux renseignements.

Nous ne les connaissons que par l'entremise de plusieurs écrivains postérieurs, dont le principal est Strabon, copiant lui-même une partie perdue des écrits de Polybe. Polybe est un écrivain de grand talent, mais un homme riche, habitué à voyager avec ses aises et sans courir de dangers sérieux. Il voulut connaître les régions occidentales, et, à

xatà TÔv 'Qxeavôv r; TVpo-jaYopeuotiEvr, Baat).£ta, £iç TaOïrjV 6 xWôwv èx- 6â),À£t ûa4"./È; t6 -/.a)oû[j.£vov ïj),£XTpov... xô yàp f,),£)iTpov ouvâyETai [aèv £v tri irpOEipriiAÉvig vvî<7(o, xo[jLi!^£Tat ôÈ \>-b twv Èy/ojpiwv ;tp6; tov àv-i- TiÉpav ï^Tceipov ôi' 1^; <p£p£Tai Ttpo; to'j; xa6' Tijxài; t6ttou;. » Diodorc, 1. V, c. 23, § 15; édition donnée chez Didot par C. Mùllcr, t. I, p. 207-208; Cougny, t. II, p. 370-37.3.

eel effet, il accompagna probablement Sclpion Emilien dans ses voyages en Espagne , une première fois en l'année 150, la seconde en 135; il raconte qu'il a parcouru l'Espagne et la Gaule jusqu'à la mer extérieure (1). Toutefois, en Gaule, il ne s'est pas éloigné des côtes de la Méditerranée.

Il comptait bien un jour dire la vérité sur les îles Britanniques et sur la fabrication de l'étain (2). Mais pour se procurer des renseignements sur l'archipel britannique, il se contenta de faire interroger par Scipion Emilien des Marseillais, des habitants de Narbonne et de Corbilon, ville située vers l'embouchure de la Loire, qui s'étaient mis on rap[)ort avec le célèbre général ; ceux-ci se défiant du liomain , devinant des projets de conquête dans l'Europe du nord-ouest et ne voulant i)as jouer le rôle d'esjjions, ne donnèrent que des réponses sans intérêt. Polybe , irrité de son impuissance et blessé de la supériorité des informations de Pythéas, le traite de hardi menteur (3). Il est incroyable, ajoute-t-il, qu'un simple particulier, un pauvre, ait pu faire de si grands voyages (4); ce qu'il a raconté des côtes de l'Océan

(I) Polybe, I. III, c. 59, g 7; cilit. Didot, t. I, p. 158. (■:) rolybo, 1. III. c. 57, g 3. 5 ; édit. Didot, t. I, p. 157. (3) Strabon, 1. IV, c. 2, g 1; ùdition Millier ot Diibncr, p. 158. 1. 2-9.

(i) 'l'-ri-îî ô'oijv Holùoiot; «TCiaTov zaî a-jxô toOto tïôj; Iùimiti àvôptÔTto)

76 § 20. PYTHKAS.

est un tissu de mensonges (1); mensongères en général sont la plupart de ses assertions (2).

Ceci me rappelle un récit d'un de mes amis qui, un jour, en chemin de fer, se trouvait en face d'un important inconnu. Ce personnage avance d'un ton d'autorité une doctrine quelconque sur un point d'érudition. Mon ami exprime un doute. Son interlocuteur lui demande : « Combien gagnez-vous par an ?» — « Quatre mille francs » fut la réponse. — « Eh bien, » reprit le grand personnage, « je suis marchand , je gagne cent mille francs par an, comment pouvez-vous être assez hardi pour me contredire? »

Renan avait plus de sens. Je parlais un jour devant lui des voyages si profitables scientifiquement que le professeur Halévy a faits en Arabie. « Je n'aurais pu me tirer d'affaire avec si pou d'argent, )) me disait cet homme savant, bienveillant et sincère qu'était Renan. Mais il ne traitait pas de menteur le professeur Halévy. Renan avait l'esprit moins étroit que Polybe, il n'aurait pas dit de Pythéas ce qu'a osé affirmer l'historien grec, « sur les pays au delà du Rhin, jusiju'aux Scythes (li-

xaî 7:év/)n rà xoaax/ia ôtai7Tvî(AaTa ■re/toTà v.cà Tropeuià yivotio. Slrabon, 1. II, ch. 4; édition Mûllcr ot Diibncr, p. 8G, I. 12-14.

(1) "A IIvôÉaç ô MaTiraXitÔTr,; xaTEi^/sOcaTO raOta t»jç TrafwxEavÎTiôoc,. Strabon, 1. VII. c. 3, g 1 ; édition Miillcrct Dùbncr, p. '■45, 1. lG-18; cf. p. 982, col. 1.

{") Ka-:é<\it\JcnoLi yàp aOràiv -rà 7r>ct<TTa. Strabon, 1. IV, c. 5, § 5, édition Miilier et Diibner, p. 1G7, 1. 30-37.

§ 20. I'YTHKAS.

sons Germains), il n'a racoiile que mensonges C'est une calomnie inspirée par l'envie.

(1) Ta itépav ToO Pi^vou xà (x^xp' -"'tuOdiv uavta ■/.OLzi'^itxxjxaii tôôv t6- TTwv. Strabon, 1. I, c. 4, g 3; edit. MùUer et Dvibncr, p. 53, 1. 1-2.

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