‹ Cours de littérature celtique (volume 2)Chapitre 74 sur 108 · JUVENAL · texte numérisé non relu

JUVENAL

plade gauloise des Allobroges ; on lit dans la satire VII, les vers 213-214 :

Sed Rufum atque alios caedit sua quemque juventus, Rufum, quern totiens Ciceronem Allobroga dixit.

Rufus, rhéteur, était probablement originaire de Vienne, Isère ; ses auditeurs disaient de lui qu'il était un Cicéron Allobroge ; à Rome, cette épithète était prise en mauvaise part (1), malgré l'assertion du même Juvénal, satire XV, vers ill : « l'éloquente Gaule a formé des avocats en Grande- Bretagne » :

Gallia causidicos docuit facunda Britannos.

L'accusatif singulier /l/Zo^/'or^rt est la conséquence de Ve bref de Suessônës chez Lucain, 1. I, vers 423 :

Et Biturix longisque levés Suessones in armis.

Les Romains appliquant au Gaulois, langue qu'ils ne savaient pas, les régies de la grammaire grecque qu'ils avaient apprise, faisaient bref Va long dans la désinence de l'accusatif pluriel gaulois :

Pugnaces pictis cohibebant Lingonas armis (2),

et en conséquence, également par application de la grammaire grecque, ils donnaient au nom de peu-

(1) Juvénal, édition donnée chez Hirzel par L. Friedlilndor, 1895, p. 395.

(2) Lucain, 1. I, vers .398, éd. P. Lejay, p. 53.

§ 90. DENVS PERIÉGÈTE. 285

pie Allobrox uii accusatif singulier Allobroga au lieu d'Allobrugen ou Allobrogin qu'exige la grammaire comparée des langues celtiques.

C'est dans une glose de Juvénal que se trouve l'explication du nom des Allobroges par broga, en latin agrum, et par alla, en latin aliud (1).

Dans la satire VIII, vers 534, les Sênônes qui ont pris Rome en 390, -t^vwve; chez Polybe sont changés en Sëndnes,

Ut bracatornm pueri, Senonumquo minores (2).

Cette confusion est d'un usage général depuis la conquête de la Gaule Transalpine par Jules César : les habitants de Sens sont considérés comme identiques à ceux de Senigaglia.

Denis le Periégète, Itovuato; irspr/iYviTr^; , originaire d'Alexandrie, écrivit sous Hadrien, 117-158, une description du monde connu par les Grecs et les Romains, nsptriY'/iai; Tîiç oixouixlvriC, en 1187 vers hexamètres (3). C'est une compilation : mais l'auteur a eu entre les mains des documents qui remontent à une haute antiquité.

(1) Juvénal, éd. d'Otto Jahn, 1851. p. 303.

(2) Juvénal, éd. Friedlander, p. 428.

(.3) Christ, g 499, p. G91 ; Croiset, t. V, p. G20 ; Cougny, t. I, p. 2-5; D. Bouquet, t. I, p. 90-91 : Pétrie et Thomas Duffus Hardy, Monumenla hislorica brilannica, t. I, p. xvi-xvii.

286 § 91. PTOLÉMKE GÉOaRAPHE.

Ainsi au vers 338, il parle des Kempsi, Ksfjuj^ot, qui en Espagne ont précédé les Celtes. Il emprunte probablement cette mention au périple d'Himilcon qui remonte aux environs de l'an 500 avant J.-C. (1).

Conformément à l'erreur générale, il distingue des îles Britanniques, les îles de l'étain, c'est-à-dire les Cassitérides (2).

Ptolémée, KXau5toç IlToXeixocTo;, né en Egypte à Alexandrie, vivait sous Hadrien, 117-138, et sous Marc-Aurèle, 161-180; les observations qu'il a faites et qu'il rappelle, se placent entre les années 125 et 151 (3).

Il nous a laissé une géographie', Fewypa^tx-)) u'^Yifr,aiç, qui est un des documents les plus importants que nous possédions sur les divisions politiques et administratives et sur la toponomastique du monde connu des Romains : on y voit décrites au 1. II : l'Irlande, ch. 2(4); la Grande-Bretagne, ch. 3 (5); la

(1) Pline, 1. II, § 1G9; cf. Ch. Mùller, Geogvaphi graeci minores, t. II, p. 123.

(2) Denys le Poriégète, v, 560-5G9; Ch. Mùller, Geographi graeci minores, p, 139-140.

(3) Christ, g 498, p. G87; Croiset. t. V, p. 706-710; Cougny, t. I, p. 246-309; D. Bouquet, t. I, p. 08-94; Pétrie et Thomas Duffus Hardy, Monumenla hislorica brilannica, t. I, p. x-xvi, xciir.

(4) Edition donnée clicz Didot par Ch. Mùller, t. I, p. 74-81; Pétrie et Thomas Duffus Hardy, Monumenta hislorica brilannica, t. I, p. XI-XIl.

(5) Mùller, p. 82-lOG; Pétrie et Thomas Duffus Hardy, Monumenla hislorica brilannica, p. xil-xv.

Page 1