TERTULLIEN
livre Adversus Judaeos^ c. 7, § 22, donne la liste des peuples convertis au christianisme; il y place, évidemment avec un peu d'exagération, toutes les Espagues, les diverses nations des Gaules et, dans les îles Britanniques, des régions où les Romains n'étaient pas encore parvenus (1). Dans son Apologétique écrite un peu antérieurement, il afïirme, après Miuucius Félix, que les Gaulois immolaient à Mercure des victimes humaines ; et dans son ouvrage. De cultu feminarum, 1. II, c. 6, il blâme les femmes romaines qui, étant brunes, teignent leurs cheveux en jaune pour ressembler aux femmes celtes et germaines (2). Dans son traité Divinarum institutionum, 1. I, c. 21, Dg falsa religione, il répète, d'après Liicain, que les Gaulois immolent
(I) Edition donnée à Leipzig, chez Weigel, par François Oeh- 1er, t. II (1854). p. 713; Migne, Palrologia lalina , t. II, col. GIO; Haddan and Stubbs, Councils and ecclesiastical documents relatings to Great Britain and Ireland, I. I, p. 3. La date que nous donnons est celle qu'indiquent les savants anglais. Suivant la dissertation imprimée en tète de l'édition de Migne, t. I, col. 58, il faudrait dire 109. Saint Potliin, premier évoque de Lyon, mourut en 177; Duchesne, Les fas'es épiscopaux de Vancienne Gaule, t. I, p. 7; t. II, p. 101. Sur Terlullicn, voyez Tcufi"el-Sch\Yabc, g 373, p. 939-94.5: Schanz, 3' partie, g n.59-7()4, p. "^40-30^
{") Edition ilonnée k Leipzig, chez Weigel, par François Oeh- 1er, t. I (1853), p. 7'21-7'22. Pour les textes de Tcrtullien, voyez Migne, Patrologia lalina, t. I. col. 31G-32-.!. Pour celui de Minutius Félix, même collection, t. III, col. 33i, et l'édition donnco par C. Ilalm, dans le tome 11 du Corpus de l'Académie de Vienne, p. 43-4'i. Minucius Félix se place entre les années 138 et 193; Teuffcl-Schwabe, g 308, p. 927-931.
§ 101. oppiEN. 299
des victimes humaines à Esus et à Tentâtes (1). Il y a là, comme plus haut, une erreur do date : au temps de TerLullien, les sacrifices humains avaient depuis longtemps ce-ssô on Gaule.
Au point de vue de l'histoire du christianisme dans les îles Britanniques, le passage de Tertullien cité en premier lieu est le texte le plus ancien que nous possédions. Pour cette histoire pendant le quatrième siècle, Haddan et Stubbs ont réuni des textes d'Origène, 239, 246 ; de saint Athanase, 350-363; de saint Hilaire de Poitiers, 358-367; de saint Chrysostôme, 386-407; de saint Jérôme (2).
Sous l'empereur Caracalla, 211-217 do notre ère, vivait Oppien , 'OTr^iavôç, autour d'une cynégétique grecque, où, 1. IV, vers 468-480, il vante les chiens bretons (3), comme le fera plus tard Némésien, ainsi qu'on verra au *^ 100.
(1) Migno, Pulvologia latina, t. VI, col 259; D. Bouquet, t. I, p. 710: édition de rAcadéniic ilc Vienne, t. XIX, p. 79.
(2) Councils and ecclesiastical documents relating to Great Britain and Ireland, t. I, 1809, \). 4-11. Une partie de ces textes avait été donnée déjà, en 1848, par Pctrie et Thomas Duffus Hardy, Monumenla hislorira Britannica, t. I, p. xciv, xov, xnvi.
(3) Sur Oppien. voyez Christ, g 450. p. G29-G30; Croisct, t. V, p. G21-G'22; Pctrie ot Thomas Duffus Hardy, Monumenla historica Britannica , t. I, p. X(;iii; le passage cité se trouve aux pages 9-10 de l'édition d'Oppicn, donnée par F. S. Lehrs et K. Lehrs, à la suite du Théocrilc de Didot.
Dion Cassias, né vers l'année 150, mort vers 235, écrivit de 211 à 230 environ une histoire romaine 'Poj;j.ai'x7) laxopia en quatre-vingts livres (1). On a conservé les livres 36-60 contenant le récit des événements qui ont eu lieu pendant un peu plus d'un siècle de l'an 68 avant J.-C. à l'an 46 après J.-C. Pour les temps postérieurs il faut se contenter d'un abrégé écrit au onzième siècle par Xiphilin; pour les temps antérieurs, on est réduit à un autre abrégé rédigé au douzième siècle par Zonaras (2) et à un certain nombre d'extraits du texte original qui ont été recueillis par divers compilateurs byzantins.
Dion Cassius , Ai'wv ô Kaco-to? ô Koxxvitavoç, a eu par exemple pour la guerre des Gaules des renseignements intéressants sur divers points de détail qui font défaut dans les commentaires de Jules César. Nous ne citerons qu'un exemple, nous le prendrons dans le récit de la capitulation d'Alise, l'an 52 avant J.-C. Jules César avait exigé une capitulation sans condition : on devait d'abord lui livrer
(1) Christ, g 489, p. 675-677; Croiset, t. V, p. 806-810; D. Bouquet, t. I, p. 487-531; Cougny, t. IV, p. 202-395; t. V, p. 2-49; Pétrie et Tliomas Duffus Ilanly, Monumenla hislorica Drilnnnica, t. I, p. L-LXiv, xciv-xcv.
(2) Sur Xipliilin et sur Zonaras, voyez Karl Krumbacher, Geschichte der by:anlinischen Lilloralur (1891), 'i 01, 02, p. 141-146.
les armes et les chefs : jubet arma tradi, principes producl. Il s'assit en avant de son camp, en dedans des fortifications qu'il avait fait élever; là on lui amena les généraux, Vercingétorix vint se livrer à lui, on jeta les armes de la garnison : Ipse in, munilione pro castris consedit; eo duces producunlur, Vercingétorix deditur, ai nia projiciuntur (1). Voici le récit d'Amédée Thierrv : « Vorcinnélorix » n'attendit point que les centurions romains le » traînassent pieds et poings liés aux pieds de Cé- » sar. Montant sur son cheval enharnaché comme » dans un jour de bataille, revêtu lui-même de sa )) plus riche armure, il sortit de la ville et traversa » au galop l'intervalle des doux camps jusqu'au » lieu où siégeait le proconsul. Soit que la rapi- » dite de sa course l'eût cm[)orté trop loin, soit » qu'il ne ne fît par là (ju'accomplir un cérémonial )) usité, il tourna en cercle autour du tribunal, » sauta de cheval, et, prenant son épée, son javen lot et son casque, les jeta aux pieds du Romain » sans i)rononcer une parole. » Les mots dont se sert Plutarque, auquel ce récit est emprunté, r\w/iav r^-ftv (2), sont susccptibles de deux traductions, « il garda le silence » ou « il resta sans mouvement. » La seconde traduction est seule admissible ici, car il est certain que Vercingétorix
(1) De bello gallico, 1. VII, c. 88.
(2) Plutarque, César, c. 27; Cougny, t. III, p. 262; Vies, éd. Didot, p. 8G0.
parla; comme Florus le raconte dans son Epitoma, Vercingétorix dit à César : « Prends un brave; loi, brave des braves, tu as vaincu : « Hahe, inqidt, fortem virum ; vir fortissime , vicisti (1); et il demanda grâce, il était suppliant, supplex, dit Florus, copiant Tite-Livc , et comment était-il supplex? Il s'était mis à genoux (2) et avait joint les mains : ce fut par ce double geste seulement qu'il demanda grâce : en ce moment sa bouche resta muette, il n'implora pas autrement le pardon de César son ancien ami ; c'est à ce moment que s'appliquent les paroles de Dion, û-kz ]j.h ouU-j , Il ne résulte pas de là qu'il n'ait point prononcé avant de se mettre à genoux les paroles que lui attribue Florus. Du passage précité de Plutarque, il n'y a qu'un membre de phrase important à retenir, c'est celui où il est rapporté que Vercingétorix fit faire à son cheval un cercle autour de César (3). On peut ajouter qu'il lui fît faire ce cercle en commençant par la droite pour finir [lar la gauche. C'était dans la croyance celtique un moyen de s'assurer une heureuse chance (4). Hélas! cette manœuvre d'équila-
(1) Epiloma, 1 I, c. 44; édition d'Otto Jahn, p. 74, 1. 1-3.
(1) 11 était à genoux, neçwv ôè èç févu (Dion Cassius, 1. XL, ch. 41 , § 2; éd. d'Emmanuel Bckkcr, t. I, p. 230; Cougny, t. IV, p. 330; D. Bouquet, t. I, p. 7i:'i E), et non assis, y.aOt'ffa;, aux pieds de César, comme le dit l'iularquc, César, c. 27; Cougny, t. III, p. 252- 253; D. Bouquet, t. I, p. 410 C; Vies, éd. Didot, p. SCO.
(3) « Kvx),(j) TtËpt tov Kaîuapa y.aO£!^6(J.£vov éXâcraç. »
(4) Cours de lillératare cellique, t. 'VI, p. 143, 255.
§ 103. PIIILOSTRATE. 303
lion ne fat pas plus utile à Vercingétorix que la génuflexion, les mains jointes et le souvenir de l'ancienne amitié qui l'avait lié avec César.
Philostrate II et Pliilostrate III, «Ix.ÀodTpaTot, ont été contemporains de Dion Cassius. Pliilostrate II enseigna à Rome sous Septime Sévère, 193-211. Il écrivit une vie d'Apollonius de Tyane à la demande de Julia Domna, morte en 217, et un recueil de vies des sophistes un peu après Tannée 229. Philostrate III, gendre de Philostrate II, fut exempté d'impôts par Caracalhi (211-217) et écrivit un livre des images, Eixovs,- (1). Dans ces trois ouvrages il est quelquefois question des Celtes, Nous citerons dans les vies des sophistes ce qui est dit du Gaulois Favorinos (2) et dans les Images les quelques lignes qui nous ai)prcnncnt que les Celtes, au troisième siècle de notre ère, connaissaient la jtcinture en émail sur le cuivre (3).
(1) Christ, g 524-52G, p. 724-728; Croisct, t. V, p. 7G1-773; Cougny, t. V, p. 8G-97.
(2) Vies des sophistes, I. I, c, 8, g 1, édition de Philostrate donnée chez Didot par Wcstcrmann, p. 199-200; 1. I, c. 2:), g 12, 23. p. 221, 2;'3, 224; 1. II. c. 1, g 34, p. 234; c. 5. g 12, p. 240; c. G, p. 240. Cougny, t. V, p. 90-93.
(3) L. I, c. 27 (28), ?. 3; édition Wcstcrmann, p. 3G1 ; Cougny, t. V. p. 9G-97.