‹ Cours de littérature, conforme au plan d'études des LycéesChapitre 66 sur 109 · BOILE AU · texte numérisé non relu

BOILE AU

A"" Le nom de la matière pour la chose qui en est faite : le fer pour Vépèe, Vairain pour les cloches ou le canon ^ , la pourpre pour le manteau de pourpre des empereurs et des cardinaux , la bure pour le simple vêtement des religieuses , un castor pour un chapeau, etc.

On voit que nous avons rattaché tous les trope» k la métaphore et a la métonymie : les autres dénominations ne désignent que des variétés de ces figures , qui modifient la signification des mots par substitution , soit en vertu d'une comparaison mentale , soit par assimilation de la partie au tout , du tout à la partie. Toutes ces figures donnent une chose k la place d'une autre , ou le plus pour le moins, ou le moins pour le plus. Il n'y a pas d'autres procédés que ceux-là pour changer légitimement le sens des mots, ni d'autre lumière pour y réussir^ que l'analogie.

L'étude des figures , trop négligée k notre avis ,

1 • J'entends l'airain tonnant de ce peuple barbare.

VOLTA]f(£.

ne manque ni d'intérêt ni d'utilité : elle habitue k se rendre compte des procédés du langage, elle arrête l'attention sur les artiOces que les maîtres ont employés; et, indépendamment de la sagacité qu'elle suppose et qu'elle développe , elle donne aux écrivains des scrupules propres à prévenir la confusion des langues. Gardons-nous bien de croire que les anciens, et parmi les modernes tant de critiques sérieux et distingués qui ont suivi leurs traces , se soient imposé une tâche ingrate et stérile en s'appUquant k rechercher et à définir les figures du langage. D'ailleurs il serait honteux d'ignorer ces dénominations que l'usage a consacrées, et il ne faut pas que nos jeunes élèves, par un dédain mal entendu , aient à redouter pour eux-mêmes une fâcheuse application lorsqu'ils liront ou qu'ils entendront citer ce passage de Boileau :

La métaphore et la métODvmie , Grands mots que Pradon croit des termes de chimie.

Croyons-en le bon La Fontaine :

Laissons dire les sots, le savoir a son prix.

Il nous semble aussi que la connaissance des figures ajoute un charme de plus aux beautés du langage. Dans les champs et dans les jardins, les fleurs plaisent sans doute a l'ignorant comme au botaniste

{»ar leur parfum et l'éclat de leurs couleurs -, mais e naturaliste qui sait leurs noms, qui connaît leur famille, les retrouve comme de vieilles connaissances avec un sentiment qui tient de l'amitié. La rhétorique sera pour ces fleurs du langage, qu'on appelle figures, et qui émaillent les entretiens et les livres, ce que la botanique est pour les fleurs, dont la nature et l'art ont fait la plus belle parure des prairies et de nos parterres.

202 KBÉTOBIQUE.

De Taction.

Les anciens attachaient une grande importance à l'action, qui est la production orale et corporelle du discours, parce qu'ils éprouvaient que, dans les assemblées populaires, le succès oratoire est an prix d'une déclamation animée, et que la parole du corps, comme ils l'appelaient , peut seule donner une puissance contagieuse aux idées et aux passions.

De là ce mot si connu de Démosthène, qui donne à l'action le premier, le second et le troisième rang dans l'éloquence. De la encore cette exclamation d'Eschine rappelant le succès de son rival, exclamation si heureusement traduite et si justement appliquée par madame de Staël a Mirabeau : « Que serait-ce si vous aviez entendu le monstre ! » Buffon fait involontairement l'éloge de l'action lorsqu'il dit ; (( Que faut-il pour émouvoir la multitude et l'entraîner? Que faut-il pour ébranler même la plupart des autres hommes et les persuader Ponton véhément et pathétique, des gestes expressifs et fréquents , des paroles rapides et sonnantes. » La Bruyère avait dit la même chose en d'autres termes : (( Le peuple appelle éloquence la facilité qne quelques-uns ont de parler seuls et longtemps, jointe à l'emportement du geste, k l'éclat de la voix et à la force des poumons. » Cet éloge fait par on orateur, et ces dédains exprimés par des hommes qui, écrivant merveilleusement, ne savaient qo'écrire, attestent également l'importance de l'action oratoire.

L'action se compose de la voix, du geste et de h physionomie : il faut y joindre la mémoire, non qu'elle fasse partie de l'action proprement dite,

mais parce qu'elle en est une condition nécessaire. Nous dirons plus loin ce qu'on entend par mémoire oratoire.

De la voix. — (( La voix , dit Cicéron , a autant d'inflexions qu'il y a de sentiments; et c'est elle surtout qui les communique. L'orateur prendra donc tous les tons convenables aux passions dont il vou« dra paraître animé, et qu'il se propose d'exciter dans les cœurs. L'orateur qui aspire k la perfection fera donc entendre une voix forte , s'il veut être véhément; douce, s'il ett calme; soutenue, s'il traite un sujet grave ; touchante, s'il veut attendrir. » Ces principes doivent régler le ton de l'orateur, qui sera calme et simple dans l'exposition des faits, plus élevé dans la discussion, plus animé dans la dispute, véhément dans les morceaux pathétiques.

Du geste. — Le geste doit être en harmonie avec le ton. L'attitude du corps dépend du mouvement de la pensée. Il y a des orateurs qui gesticulent k tout propos etqui frappent périodiquement le marbre de la tribune : cette agitation hors de saison nuit k J'effet du discours. La nature doit être le guide de l'art : c'est elle qui , dans la démonstration , pousse la tête et le corps en avant, comme pour nous rapprocher de ceux que nous voulons instruire ; c'est elle qui ajoute k la force de nos paroles par l'énergie du bras qui s'étend vers l'auditeur, et qui précipite les mouvements réguliers de la main marquant alors, par sa rapidité symétrique , l'essor et l'enchaîne- /nent des arguments ; c'est elle qui projette nos deux bras, élevés ou abaissés en lignes parallèles, pour maudire ou pour bénir; c'est elle enfin qui retient le corps immobile pour exprimer le recueillement et le calme de la pensée.

De la physionomie. — La physionomie , qui est

le miroir de l'âme , a aussi sou langage \ et ce n'est pas une des moindres puissances de l'éloquence. L'expression du visage fait partie de la pensée, comme le ton de la voix et le mouvement du corps. Horace, qu'il faut toujours citer lorsqu'on se rencontre avec lui dans les mêmes idées, Horace dit :

Tristiâ mœstum Yaltum verba décent, iratum plena minarum, Ludentem lasciva, severum séria dictu^

Et il en donne excellemment la raison :

Format enim natura prius nos intus ad omnein Forlunarum habitum^.

La nature est donc encore ici le guide souverain.

L'action n'est que la pratique intelligente et réfléchie des intonations et des mouvements indiqués parla nature-, elle fait corps avec la parole, qui est elle-même la forme sensible de la pensée. Si elle se montre comme distincte du discours et purement artificielle , elle compromet la pensée au lieu de la servir ; car elle fait soupçonner la sincérité de l'orateur.

C'est bien souvent k tort qu'on accuse les orateurs dont les paroles aidées de l'action ont produit une impression qui ne se soutient pas a la lecture ^ d'être des dupeurs d'oreilles : car ces nuances variées delà voix, cette énergie de la pantomime, ce feu des regards, faisaient partielle leur pensée ^ ce relief qu'elle recevait venait d'elle-même; la lumière et l'énergie que l'action donnait au langage étaient la lumière et l'énergie de l'intelligence : si

1. n La tristesse du visage s'accorde aux paroles tristes ;quHi porte Tempreinte de la colère si le langage est menaçant, et qu'il 8'aecommode également aux mots enjoués ou sérieux. »

2. « En effet , la nature nous façonne d^avance au dedans poar toutes les diverses fortunes. »

BHÉTOBÎQUE. 205

la lumière pâlit , si l'énergie s'affaiblit quand les mots ne sont plus soutenus par la voix , le geste et la physionomie de Torateur, la puissance qu'ils avaient avec Faction n'en était pas moins réelle -, Faction tenait lieu de style 5 elle mettait passagèrement en évidence ce que le style perpétue, c'est-kdire la vie même de la pensée.

De la mémoire. — La mémoire, dans ses rapports avec Féloquence, n'est pas seulement le don de retenir fidèlement le texte d'un discours composé par avance : quoique cette aptitude a reproduire sans hésitation par la parole un texte écrit soit , notamment pour les prédicateurs qui ne veulent rien laisser au hasard , un précieux avantage , la mémoire oratoire est surtout la faculté de conserver Fordre de ses pensées ; de voir sans cesse devant soi , en présence même de l'idée qui reçoit actuellement sa forme, l'idée qui doit suivre, et que la parole exprimera à son tour. L'improvisation * , car c'est d'elle que nous parlons, est la première condition du discours public qui veut arriver aux plus puissants effets de Féloquence*, elle n'est possible que par une étude approfondie du sujet organisé méthodiquement dans l'intelligence. La production instantanée suppose une conception antérieure lentement et secrètement élaborée. On ne prend pas au dépourvu les orateurs pour les prendre a Fimproviste. Leurs meilleures fortunes en ce genre viennent d'avoir été brusquement provoquées sur des sujetsqu'ilsavaientlongtempsmédités. Si la provocation rencontrait le vide et le néant, elle n'en ferait rien jaillir : ex nihilo nihil. Le travail que

1. LMmprovisation doit être sincère et complète. Les orateurs qui mêlent à la parole improvisée des morceaux appris par cœur se trahissent par la différence du ton et par l'inégalité du style; ces contrastes nuisent à Peffet du discours. Les orateurs. anciens se contentaient, en général » de préparer l'exorde pour se donner de l'assurance et se mettre en voix.

demande l'improvisation, l'impulsion qu'elle donne, l'émotion qu'elle cause, ajoutent k la pensée qui se produit, qui se développe, qui nait, pour ainsi dire, sous les yeux de l'auteur, une force de communication qui associe intimement l'âme et l'intelligence de ceux qui écoutent aux idées et aux passions de l'orateur. Il y a, qu'on me passe l'expression, dans cette délivrance publique quelque chose de spontané et de saisissant qui manquera toujours a la reproduction , même animée et intelligente, d'un travail antérieurement achevé. « Lorsqu'on récite un discours, dit quelque part Cyrano de Bergerac, qu'on ne s'attendait guère a rencontrer ici comme une autorité, on voit le papier sous les paroles. » Ce papier, absent et visible, se place entre l'orateur et l'assemblée ; c'est une barrière, un obstacle à ce contact immédiat par lequel la véritable éloquence remue les âmes et pénètre dans les intelligences.

lîmiODOCTION.

De la littérature en général. 1

Du génie. 3

Dn goût. &

Poésie.

Nature de la poésie. 13 De l'art poétique. 17 De la versification. 23 De la Tersification chez les Grecs et les Latins. 23 Principales formes de vers en grec et en latin. 25 De la versification française. 31 Des principales formes de vers français. 3S En quoi la poésie diffère de la versification. 45 De la langue poétique. 46 Des principaux genres de poésie et de leurs divers caractères. 52 Genre lyrique. 5* Genre épique. 55 Genre dramatique. 59 Genre didactique. ^^ Genre descriptif. 6" Genre élégiaque. <57 Genre satirique. ^^ Genre pastoral. Apologue ou fable. 69 Conte. Épitre. l^ Petits genres ou poésies fugitives. "0

Prose.

De la prose.

Des genres de prose et de leurs caractères différenls. 76

Genre oratoire. 76

Genre narratif. '^

Genre didactique. ^^

Genre épistolaire. ^^

Bhétoriqoe.

De l'éloquence. ^^

De la rhétorique ou de l'art oratoire. ®*

Des dîTcrs genres d'éloquence. 86

Des diverses parties de la rhétorique. 88

Invention. 9j

De la preuve. 93

Des mœurs oratoires. 104

Des passions oratoires. 105

Disposition. lOg

Des diverses parties du discours. 1 10

De Texorde. lU

De la proposition. 113

De la division. 1J4

De la narration. ne

De la confirmation. 1 ^ g

De l'amplification . 1 2 1

De la réfutation. 123

De la péroraison. 134

ËLOCUTION. 143

Du style. 143

Qualités générales du style. 147

Divers genres de style. 153

Qualités particulières du style. 155

De Pharmonie du style. 1 58

De la période. 1^1 Quelles sont, parmi les qualités du style, celles qui caractérisent pins particulièrement les chefs-d'œuvre de la prose

française? Ig^

Des figures. j^j

Des figures de pensée. l-^

Des figures de mots. ig^

Des tropes. 192

Action. 202

FIN DE L4 PREMlàlRE PARTIE.

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