‹ Cours de litterature dramatique (volume 2)Chapitre 62 sur 63 · LE VIEILLARD · texte numérisé non relu

LE VIEILLARD

Est per<on;ip publique ',

Ce n'est pas un aventurier Capable de mourir pour un particulier.

LA MOBT.

Où trouver des amis encore ?

LE VIEILLABD.

Si c'est pour mourir, je l'ignore.

Li MORT.

Allons aux amants. A ce coup, C'est d'eux que j'espère beaucoup.

N'est-il plus de ces belles ùmes

Qui voudraient mourir pour leurs dames?

LE VIEILLABD.

Il n'est plus d'amants à ce prix, Ni dans Londres ni dans Paris.

LA MORT

Encoc avons-nous la ressource Da dac de Saint-Albans.

LE VIEILLABD.

Il va faire sa courseï

LA MOBT.

Mais, au retour de New-Markct, Je tiens son trépas sur et net.

LE VIEILLABD.

Au retour, quelque temps qu'il fasse, ' Il était premier lord de la Trésorerie.

doit se trouver à la chasse

Pour faire l'essai d'un faucon,

Puis aller à Wiiulsor pour meubler sa maison.

Et le marquis de Ruvigny > ? dit la Mort.

LE VIElLLAflD.

Mourir pour une calhoîi'que !

Excusez : sa religion

N'en souffre pas la question,

LA MORT

Son Esses, pour la secourir, Voudrait-il tien donner sa vie?

LE VIEILLAUD.

De bon cœur il viendrait l'offrir; Mais il la doit à la pairie.

LA MORT

Le petit monsieur de La Tour ^ Aimait à lui faire sa cour?

LE ViElLLARD.

Ce n'est pas du salut d'Hortcnso

Qu'il est le p'.ii» iiiquié.é :

Il songe à cacher leîraitc

Qu'a fait son piiuco avec la France.

LA MOl.T.

Monsieur de Barlllon s'intéressera fort^...

LE VIEILLAHI).

Non : monsieur de Barillon donne Tontes ses craintes à sa mort.

Ferme dans le péril de toute autre personne.

LA MORT

Il n'en faut qu'un pour la sauver.

' Protestant français, réfugie en Angleterre. * Envoyé cxtiaordiuairc du duc de Savoie, L'ambassadeur de France.

Je le cherche daus ma pi^nsée, Et je ne saurais le trourer.

LE VIEILI.1BD.

Vous le voyez : je la veux suirre, Si l'on ne peut la secourir.

Je consens à cesser de vivre Pour la dispenser de mourir.

LA MORT

Que la voilà bien secourue !

Je ne vois qu'un pauvre vieillard Qui venille contre moi lui servir de rempart. Le froid l'étcin;, la toux le tue; Elle est dignement soutenne.

Saint-Évremond a ici le beau rôle : il veut mourir pour madame de Mazarin. 11 lui survécut cependant; mais il la regretta, et il y eut du mérite, car il savait bien que, s'il était mort avant elle, elle ne l'eût pas pleuré longtemps : « Je m'aiïlige de sa perte tous les jours, écrivait-il à M. le « marquis de Canaples en 1 699. Elle disait souvent un vers a de La Fontaine dont je ne doute point qu'elle ne se fût « servie à mon égard, et dont je ne saurais me sen'ir au « sien :

Sur les ailes du Temps la tristesse s'envole.

« Je voudrais pouvoir faire ce qu'elle eût fait et ce que a je ne saurais gagner sur moi. L'intérêt de ce qu'elle me « devait n'a aucune part à mes regrets. Quand je songe « que la nièce et Ihéritière de M. le cardinal Mazarin a eu a besoin de moi en certains temps pour subsister, je fais a des réflexions chrétiennes qui serviront à mon salut, si « elles sont inutiles pour mon payement. »

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