LE VIEILLARD
Est per<on;ip publique ',
Ce n'est pas un aventurier Capable de mourir pour un particulier.
LA MOBT.
Où trouver des amis encore ?
LE VIEILLABD.
Si c'est pour mourir, je l'ignore.
Li MORT.
Allons aux amants. A ce coup, C'est d'eux que j'espère beaucoup.
N'est-il plus de ces belles ùmes
Qui voudraient mourir pour leurs dames?
LE VIEILLABD.
Il n'est plus d'amants à ce prix, Ni dans Londres ni dans Paris.
LA MORT
Encoc avons-nous la ressource Da dac de Saint-Albans.
LE VIEILLABD.
Il va faire sa courseï
LA MOBT.
Mais, au retour de New-Markct, Je tiens son trépas sur et net.
LE VIEILLABD.
Au retour, quelque temps qu'il fasse, ' Il était premier lord de la Trésorerie.
doit se trouver à la chasse
Pour faire l'essai d'un faucon,
Puis aller à Wiiulsor pour meubler sa maison.
Et le marquis de Ruvigny > ? dit la Mort.
LE VIElLLAflD.
Mourir pour une calhoîi'que !
Excusez : sa religion
N'en souffre pas la question,
LA MORT
Son Esses, pour la secourir, Voudrait-il tien donner sa vie?
LE VIEILLAUD.
De bon cœur il viendrait l'offrir; Mais il la doit à la pairie.
LA MORT
Le petit monsieur de La Tour ^ Aimait à lui faire sa cour?
LE ViElLLARD.
Ce n'est pas du salut d'Hortcnso
Qu'il est le p'.ii» iiiquié.é :
Il songe à cacher leîraitc
Qu'a fait son piiuco avec la France.
LA MOl.T.
Monsieur de Barlllon s'intéressera fort^...
LE VIEILLAHI).
Non : monsieur de Barillon donne Tontes ses craintes à sa mort.
Ferme dans le péril de toute autre personne.
LA MORT
Il n'en faut qu'un pour la sauver.
' Protestant français, réfugie en Angleterre. * Envoyé cxtiaordiuairc du duc de Savoie, L'ambassadeur de France.
Je le cherche daus ma pi^nsée, Et je ne saurais le trourer.
LE VIEILI.1BD.
Vous le voyez : je la veux suirre, Si l'on ne peut la secourir.
Je consens à cesser de vivre Pour la dispenser de mourir.
LA MORT
Que la voilà bien secourue !
Je ne vois qu'un pauvre vieillard Qui venille contre moi lui servir de rempart. Le froid l'étcin;, la toux le tue; Elle est dignement soutenne.
Saint-Évremond a ici le beau rôle : il veut mourir pour madame de Mazarin. 11 lui survécut cependant; mais il la regretta, et il y eut du mérite, car il savait bien que, s'il était mort avant elle, elle ne l'eût pas pleuré longtemps : « Je m'aiïlige de sa perte tous les jours, écrivait-il à M. le « marquis de Canaples en 1 699. Elle disait souvent un vers a de La Fontaine dont je ne doute point qu'elle ne se fût « servie à mon égard, et dont je ne saurais me sen'ir au « sien :
Sur les ailes du Temps la tristesse s'envole.
« Je voudrais pouvoir faire ce qu'elle eût fait et ce que a je ne saurais gagner sur moi. L'intérêt de ce qu'elle me « devait n'a aucune part à mes regrets. Quand je songe « que la nièce et Ihéritière de M. le cardinal Mazarin a eu a besoin de moi en certains temps pour subsister, je fais a des réflexions chrétiennes qui serviront à mon salut, si « elles sont inutiles pour mon payement. »