Soirées de Saint-Pétersbourg, 8« entretien
mé dans le moment elli retrouvent pas aisément
dans la suit-- . imprudente, et la discus-
des beautés bien fragiles; en les voulant ton- Ire. J'aimerais bien mieux un discours qui eut j il ferait une forte impression, on retiendrai! mieux ■n pour persuader, pour instruire, et pour en sorte que l'auditeur retienne?
: 1er.
ne ce que j'ai retenu. Voici le texte : Cinercm tnn- • taem mandueabam. Je mangeais la cendre comme mon pain. » Peuton trouver un texte plus ingénieux pour le jour des Gendres? Il a mont: Ire doit être aujourd'hui la nourriture il D avant-propos, le plus agréablement du monde, l'histoire d'Arlémise sur le? cendres de son époux. Sa chute, I Maria, a été
l'art. Sa division était heureuse; vous en jugerez, u Cette cend: il, quoiqu'e! gne de pénitence, est un principe de félicité ; quoi-
qu'elle semble nous humilier, elle est un remède qui donne l'immortalité. » Il a repris cette d i ;:sieurs manières, et chaque fois il donnait un
. Le reste du discours n'était ni moins poli ni nllant : la diction était pure. nouvelles, le* périodes nom-
' par quelque trait surprenant. Il nous a fait des peintures morales où chacun se trouvait : il a fuit une analomie des pussions du crur numain, qui égaie U M If. Rochefoucauld. Enfin, selon moi,
tait un ou- -.Monsieur, qu'en pensez-vous ?
I st faire la partie belle à L'adversaire ! A critique sévèrement
- détournés de leur vraie signification, ces ornements déplacés et profanes, surtout ces divisions factices qu'il maltraitera si fort dans le second dialogue : « Quand on divise, dit-il déjà, il faut diviser simplement, naturellement ; il faut que
une division qui se trouve toute faite dans le sujet même,
une division qui éclaircisse, qui range les matières, qui se re-
tienne aisément et qui aide à retenir tout le reste; enfin une
division qui fait voir la grandeur du sujet et de ses parties. »
thode naturelle et logique il compare ironiquement
éthode hasardeuse du prédicateur qui se borne paresseu-
t à feuilleter « quelques sermonnaires qu'il a achel
certaines collections qu'il a faites de passages détachés et trou-
imme par hasard. Tout a un air d'emprunt et de pièces
rapportées; rien ne coule de source. » En résumé, l'éloquence
moderne (car aucun bon prédicateur moderne n'est cité est
■ L'éloquence antique; parmi les anciens, à leur tour,
ttinssont sacrifiés aui Gi .eaux esprits comme Iso-
' me Démostbèoes. La comparaison
DIALOGUES SUR L'ÉLOQUENCE "l
du rhéteur et de l'orateur grecs prélude ici au parallèle célèbre de Démoslhènes et de Cicéron dans la Lettre à l'Académie.
Vous avez mis Démosthènes avec Isocrate ; en cela vous avez fait tort au premier : le second est un froid orateur, qui n'a songé qu'à poli;' et qu'à donner de l'harmonie à ses paroles ; il n'a eu qu'une idée basse de l'éloquence, et il l'a presque toujours mise dans l'arrangement des mots. In homme quia employé, selon les uns, dix ans, et, selon les autres, quinze, à ajuster les périodes de son Panégyrique, qui est un discours sur les besoins de la Grèce, était d'un secours bien faible et bien lent pour la république contre les entreprises du roi de Perse. Démosthènes parlait bien autrement contre Philippe. Vous pouvez voir la comparaison que Denys d'Halicarnasse fait des deux orateurs, et les défauts essentiels qu'il remarque dans Isocrate. On ne voit dans celui-ci que des discours fleuris et efféminés, que des périodes faites avec un travail infini pour amuser l'oreille, pendant que Démosthènes émeut, échauffe et entraîne les cœurs; il est trop vivement touché des intérêts de sa patrie pour s'amuser à tous les jeux d'esprit d'Isocrate ; c'est un raisonnement serré et pressant, ce sont des sentiments généreux d'une âme qui ne conçoit rien que de grand ; c'est un discours qui croit et qui se fortifieà chaque parole par des raisons nouvelles; c'est un enchaînement de figures hardies et touchantes; vous ne sauriez le lire sans voir qu'il porte la république dans le fond de son cœur : c'est la nature qui parle elle-même dans ses transports ; l'art est si achevé, qu'il n'y parait point : rien n'égala jamais sa rapidité et sa véhémence.
Mais, si parfaite que soit l'éloquence d'un Démosthènes, elle le cède à celle de l'Écriture, qui marque le degré suprême de simplicité, c'est-à-dire de perfection. Seulement, pour sentir la simplicité des livres saints, «rien n'est plus utile que d'avoir le goût de la simplicité antique : surtout la lecture des anciens Grecs sert beaucoup à y réussir. » C'est ainsi que Fénelon concilie son admiration de lettré pour l'éloquence païenne et sa vénération de prêtre pour l'éloquence sacrée.
Partie théorique. — Simplicité des Grecs, simplicité de l'Écriture ou des Pères, tel est le double idéal, unique au fond, idéal platonicien à la fois et chrétien, qui domine tout ce premier dialogue. Tout part des idées que Platon, « le plus grand écrivain de l'antiquité », a exposées dans le Gorgias; tout y revient. Dès lors, on devine quel sera le but assigné par Fénelon, après Platon, à l'éloquence. Pourquoi l'éloge d'Hélène par Isocrate est-il si puéril et si vide? « Rien n'y est prouvé sérieusement; il n'y a en tout cela aucune vérité de morale. »
Qu'est-ce, au contraire, que la véritable éloquence? « Pourquoi parle-t-on, sinon pour persuader, pour instruire et pour faire en sorte que l'auditeur retienne?... Faut-il parler pour plaire ? » Non, « l'homme de bien ne cherche à plaire que pour inspirer la justice et les autres vertus en les rendant
8 IUB8 DE LITTERATURE
aimables». Un débal j' - - ' L et B sur ce principe, qui
I mie : 1»* bat de l'éloquem de persuader la vérité et la vertu, h A quoi servent Les beaux dis- - d'un homme, si ces dis font aucun bien au pu-
blie? Ils laisseront le souvenir d'une belle image qui passe devant les yeux, d'une satire ou d'une espèce de comédie; ils seront applaudis i par Les f< m tues et par le gros du monde, qui se laiss :nent éblouir; mais cela ne va jamais qu'à
• ne vogue capricieuse qui a besoin même d'être soutenue par quelque cabale. I 3 us qui savent les règles et qui connaissent le but de l'éloquence n'ont que du dégoût et du mépris pour ces discours en l'air; ils s'y ennuient beaucoup. » de près, obligé de reconnaître que les principes de son adversaire se suivent et qu'ils persuadent, B accorde que le but de l'orateur est d'instruire et de rendre les hommes meilleurs ; et, triomphant, A couronne le premier dialogue par une conclusion qu'il emprunte, d'ailleurs, à ses chers anciens.
: la ton dit qu'un discours n'est éloquent qu'autant qu'il agit dans l'àme de l'auditeur : par lu vous pouvez juger sûrement de tous les discours que .-.tendez. Tout discours qui vous laissera froid, qui ne fera qu'amuser votre esprit et qui ne remuera point vos entrailles, votre cœur, quelque beau qu'il paraisse, ne sera point éloquent. Voulez-vous entendre Cicéron parler comme Platon en cette matière? Il vous dira que toute la force de la parole ne doit tendre qu'à mouvoir les ressorts cachés que la nature a mis dans le cœur des hommes. Ainsi, consultez-vous vous-même, pour savoir si les orateurs que vous écoutez font bien. S'ils font une vive impression sur vou vous échauffent et vous enlèvent au-dessus de vous-mèrne, croyez hardiment qu'ils ont atteint le but de l'éloquence. Si, au lieu de vous attendrir ou de vous inspirer de fortes passions, ils ne font que vous plaire et que vous faire admirer l'éclat et la justesse de leurs pensées et de leurs expressions, dites que ce sont de faux orateur-.
« fond Dialogue. — Pour atteindre le vrai but de l'éloquence, l'orateur doit prouver, peindre et toucher. — Vive critique de l'éloquence de Bourdaloue.
Après avoir défini le but de l'éloquence, Fénelon indique les moyens les plus sûrs pour l'atteindre. Pour persuader aux homi pilé et la vertu, l'orateur chrétien doit prouver,
peindre et toucher, c'est-à-dire unira l'exactitude du raisonnement la beauté et la véhémence d'un discours varié, émouvant,
parce qu'il est ému. Fénelon élève ici 1res haut l'idéal de l'éloquence sacrée. A la fois homme, orateur, philosophe, le prédicateur doit faire aimer la vérité prouvée, en la peignant aimable, car « l'éloquence n'est point une invention frivole pour éblouir les hommes par des discours brillants; c'est un art très sérieux et très utile à la morale ». Il faut donc écarter sans pitié tous les genres d'esprit, toutes les pensées brillantes qui ne vont point à prouver, à peindre et à toucher. Au fond, les principes exposés et développés dans ce second Dialogue sont les mêmes que dans le premier ; mais, à côté de la philosophie de Platon, le goût et le sentiment particulier de Fénelon se font jour davantage, et il insiste surtout ici sur la nécessité de toucher et de peindre. Pour bien peindre les passions, il faut se pénétrer des sentiments qu'on veut inspirer aux autres : « Peindre, c'est non seulement décrire les choses, mais en représenter les circonstances d'une manière si vive et si sensible que l'auditeur s'imagine presque les voir. » Et il cite l'épisode de la mort de Didon chez Virgile. Mais l'art de l'orateur est-il bien l'art du peintre et du poète? Il y a des différences, mais de degré seulement, pour ainsi dire, « car la peinture est encore plus vive et plus forte dans les poètes que dans les orateurs. La poésie ne diffère de la simple éloquence qu'en ce qu'elle peint avec enthousiasme, par des traits plus hardis. La prose a ses peintures, quoique plus modérées. Sans ces peintures, on ne peut échauffer l'imagination de l'auditeur ni exciter ses passions. » Tout cela est très fénelonien, mais n'est peutêtre pas inattaquable. A force de rapprocher l'éloquence de la poésie, ne risque-t-on pas de les confondre et de faire perdre à l'éloquence quelque chose de sa solidité ? Avec Cicéron, A soutient « que l'orateur doit avoir la diction presque des poètes », et il ajoute : « Ce presque dit tout. » Oui, mais ce presque, il n'est pas aisé de le définir ni de s'y confiner, car la limite est indécise, s'il est vrai que « la poésie, c'est-à-dire la vive peinture des choses, est comme l'àme de l'éloquence ».
Cela dit, on ne peut qu'approuver tant d'excellents préceptes : l'orateur ne peindra pas s'il ne précise pas le détail et se contente des traits généraux, comme il ne touchera pas s'il se sert d'expressions trop générales : il faut nommer les choses par leurs noms. « Tout discours doit avoir ses inégalités : il faut être grand dans les grandes choses; il faut être simple sans être bas dans les petites... La véritable éloquence n'a rien d'enflé ni d'ambitieux ; elle se modère et se proportionne aux su-
OODBS DE LITTERATCRE
i qu'elle instruit ; elle n*est grande et sublime ad il tant Pèti lient principe, qu'il
re, el qui, malgré plus d'une I. fera le fond solide de la Lettre « l'.\ suivre la nature, ; tindre d'être simple avec elle,
tés qu'elle exclut, toutes les
irs qui ne sont pas naturelles et nécessaires,
•tire celles qui servent à la persuasion, qui dc-iim-nt
e un mouvement plus chaleureux, un relief plus sen-
rine est bien encore celle d'un orateur classique,
d'un orateur qui croit possible et désirable une alliance
1 éloquence et la poésie. Uémoslhènes et les Pères restent
bien ici encore, on le sent, les modèles suprêmes ; mais la théo-
ble s'élargir et s'assouplir: il rend justice à
• n, malgré les fleurs dont Cieéron sème ses harangues; très
justement, il distingue entre les discours de la jeunesse, trop
fleuiis assurément, mais où il y a pourtant ■■ bien de l'art pour
persuader et pour émouvoir », et ceux d'un âge plus avancé,
ence des grandes affaires, l'amour de la liberté, la
crainte des malheurs dont il était menacé, lui faisaient taire
gués d'un orateur.
- ju'il s'agit air la liberté mourante, et d'animer toute la répu-
blique contre Antoine son ennemi, vous ne le voyez plus chercher des jeux .. et des antithèses : c'est là qu'il est véritablement éloquent; tout y est :ne il dit lui-même, dans l'Orateur, qu'on le duit être lorsqu'il •êhérnent : c'est un homme qui cherche simplement dans la seule lout ce qui est capable de saisir, d'animer et d'entrainer les hommes.
Mais, dans ce second Dialogue, la partie de critique est de beaucoup la plus importante, et ce qui la rend piquante, c'est que, cette fois, sortant des généralités, Pénelon n'épargne pas les allusions très directes à des prédicateurs contemporains qu'il est aisé de reconnaître. Il ne se borne point à raill
:nements frivoles qu'il compare aux fredons dans la musique, ces antithèses cherchées, ces jeux de mots, ces colifiqui déparent la sévérité de la parole sainte. C'est contre Hourdaloue que sont dirigés les traits les plus cruels. Il est vi ai que Bourdaloue n'est pas nommé ; mais qui se tromperait a lire ce portrait, où l'on sent toute la différence des deux - .'
eat tout uni, il n'a aucune variété : d'an côté, rien de familier, ■mi el de populaire ; de . de vif, de figuré et de sublime:
DIALOGUES SUR L'ÉLOQUENCE il
c'est un cours réglé de paroles qui se pressenties unes les autres; ce sont des déductions exactes, des raisonnements bien suivis et concluants, des portraits fidèles; en un mot, c'est un homme qui parle en termes propres, et qui dit des choses très sensées. Il faut même reconnaître que la chaire lui a de grandes obligations : il l'a tirée de la servitude des déclam ateurs,iil'a remplie avec beaucoup de force et de dignité. Il est très capable de convaincre, mais je ne connais guère de prédicateur qui persuade et qui touche moins. Si vous y prenez garde, il n'est pas même fort adroit; car, outre qu'il n'a aucune manière insinuante et familière, ainsi que nous l'avons déjà remarqué ailleurs, il n'a rien d'affectueux, de sensible. Ce sont des raisonnements qui demandent de la contention d'esprit. Il ne reste presque rien de tout ce qu'il a dit dans la tète de ceux qui l'ont écouté : c'est un torrent qui a passé tout d'un coup, et qui laisse son lit à sec. Pour faire une impression durable, il faut aider les esprits en touchant les passions : les instructions sèches ne peuvent guère réussir... Je conclus nue c'est un grand homme qui n'est point orateur. Un missionnaire de village, qui sait effrayer et faire couler les larmes, frappe bien plus au but de l'éloquence.
Ne peut-on juger cette comparaison trop sévère? Il est vrai que Bourdaloue est avant tout l'apôtre de la raison, qu'il cherche moins à plaire qu'à être utile; mais est-il vrai qu'il soit tout à fait dépourvu d'imagination et de sensibilité? Si son éloquence eût toujours été si monotone et si froide, comment expliquer l'autorité dont elle a joui, l'empire qu'elle exerçait sur les âmes les plus mondaines, la grandeur de ce rôle d'apôtre et de réformateur de la parole chrétienne, reconnu par Fénelon lm-mème? Ce qui est vrai, c'est que Bourdaloue manquait de quelques-unes des qualités extérieures qui, aux yeux de Fénelon, font l'orateur véritable. Fénelon, en effet, comme autrefois Démosthène, attribue une importance capitale à l'action oratoire, qu'il convient de varier suivant les sujets : « Le mouvement du corps est une peinture des pensées de l'àme, et cette peinture doit être ressemblante. Il faut que tout y représente vivement et naturellement les sentiments de celui qui parle, et la nature des choses qu'il dit. » Assurément, il faut éviter d'aller, dans la chaire, « jusqu'à une représentation basse et comique », et de trop rapprocher l'art du prédicateur de celui de l'acteur, car, si tel prédicateur reste trop immobile, tel autre s'agite trop, et se donne un mouvement extraordinaire pour annoncer que le dimanche suivant il prêchera sur la pénitence. Sur ce point, la règle qu'indique Fénelon est difficilement attaquable : « Il faut que le corps ait du mouvement quand les paroles en ont, et que le corps demeure tranquille quand les paroles n'ont rien que de doux et de simple. » Ce qu'il reproche à Bourdaloue, c'est précisément de ne savoir pas varier son ton et son action suivant les sujets qu'il traite, et
: exemple, à un mouvement continuel de bras, alors qu'il n'y a aucun mouvement dans ses paroles. La principale éloq jt dans - yeux; or • le prédicateur dont
nous pallions a d'ordinaire les yeux fermés. Quand on le recela choque. C'est que sa mémoire travaille
ms sont appris par cœur. Fénelon ne voudrait ; les apprit, sauf en certains cas extraordi-
- Ion lui. il suilit de méditer toutes les parties du sujet, de se taire un ordi er ses preuves, de préparer seulement à l'avance quelques fortes expressions, quelques g es touchantes, en un mot d'imiter la nature, et, comme elle, de ne point laisser voir dans les œuvres une préparation trop prolong importent les négligences, les répétitions, les irrégularités, toutes les minuties auxquelles s'amusent ceux qui sont impropres à discerner les grandes choses? Chez les orateurs qui n'apprennent point par cœur les sermons, « les choses coulent de source un air négligé qui ne point l'ait; ils parlent « d'une manière noble, forte et naturelle ». On ne peut s'empêcher de trouver quelque confusion en tout ce passage, car, si l'on voit bi<-n l'excès que Fénelon critique, on ne voit pas aussi clairement le remède qu'il y voudrait apporter, puisque lui-même exige une forte méditation du sujet dans toutes ses parties. Peut-être a-t-il compris qu'il était impossible d'imposer aux tempéraments les plus divers la règle aventureuse d'une improvisation facile, dont certains ne se sentiraient pas capables, où d'autres craindraient de compromettre la majesté de la parole sainte. Quoi qu'il en soit, il s'est arrêté à mi-chemin, et n'a pas osé aller jusqu'au bout de sa théorie, ou plutôt de son goût particulier; car s'il y a excès de préparation chez Bourdaloue, n'y aurait-il pas chez son criti-
excès d'abandon, de cet abandon aimable qu'il recommande aux autres, parce qu'il en sent plus que tout autre le charme dangereux?
Une critique essentielle adressée à Bourdaloue et à beaucoup de prédicateurs contemporains porte sur ces divisions dont le
itère factice a été déjà signalé dans le premier dialogue.
- introduisent dans le discours n'est qu'apparent;
dite, elles le dessèchent et le gênent, elles en excluent
l'unité véritable. Sans doute, il faut un ordre, mais un ordre
i ne soit point promis et découvert dès le commencement
du d . un ordre naturel. Que l'on montre d'abord en
puis qu'on établisse les principes et que l'on
pose les faits d'une manière simple, claire et sensible; des principes et des faits on tirera les conséquences, on disposera le raisonnement de manière que toutes les preuves s'entr'aident pour être facilement reconnues, que le discours aille toujours croissant; enfin, on déploiera les images vives et les mouvements propres à exciter les passions. Si donc l'on en croit Fénelon, les divisions auraient le double désavantage d'établir un ordre arbitraire qui brise l'unité du sujet, et de nuire à la progression du discours, par suite à son effet, en le coupant en deux ou trois tronçons. Ne peut-on répondre avec M. Feu-, gère que Fénelon s'attaque non pas aux divisions en ellesmêmes, mais seulement aux divisions factices et trop multipliées? Le même sujet n'otfre-t-il pas souvent des points de vue très divers, ou, pour mieux dire, n'y a-t-il pas souvent plusieurs sujets en un? et n'est-il pas utile d'en distinguer avec soin les parties, si l'on veut obvier à une confusion presque inévitable? Les divisions sont donc nécessaires pour mieux faire ressortir les faces changeantes d'un sujet; elles sont nécessaires aussi pour soulager la mémoire, non seulement du prédicateur, mais de l'auditeur. Que Bourdaloue en ait abusé, que ses divisions et ses subdivisions rat'tinées morcellent parfois son sujet jusqu'à l'infini, que le procédé chez lui se fasse voir trop à découvert, personne ne le niera; ce qu'on accordera plus difficilement, c'est qu'il faille renoncer à une méthode dont ont pu se passer les anciens, qui ne connaissaient point le genre du sermon, mais dont s'est fort bien accommodé, de nos jours, le génie d'un Bossuet. Comme le remarque d'ailleurs le cardinal Maury1, rien n'empêche les divisions elles-mêmes d'être progressives et d'amener une succession toujours plus forte, une
1. « Les anciens orateurs n'ont pas toujours annoncé leurs divisions; mais tous leurs discours sont divises, et il faut bien qu'ils le soient, puisqu'ils ont tous un plan. Je conviens qu'il est ridicule de mettre sans cesse entre les mains de l'auditeur la chaîne des idées qu'on va développer, comme les scolastiques classaient la série de leurs sections et de leurs arguments. Rien n'est plus funeste à l'éloquence qu'une marche si compassée. Cependant, pourvu qu'on ne sacrilie jamais le sujet au plan, et qu'on ne cherche point dans ses divisions des antithèses puériles, que Fenelon appelle des tours de passe-passe, pour éblouir par la singularité des combinaisons, au lieu de se borner à indiquer l'objet de ses preuves, if me semble que la méthode des modernes n'est point nuisible au grand génie oratoire. » (Maury. Essai sur l'éloquence de la chaire, II, 594.) 11 est curieux de noter que vers le moment où Fénelon félicitait les anciens de n'avoir pas connu les divisions, l'auteur des Parallèles (1685), Perrault, voyait dans ce fait une preuve nouvelle de l'infériorité des anciens, qui manquaient de méthode. Il opposait à la méthode scolastique. qui ne peut être que fort désagréable, une méthode naturelle et aisée, qui ne parait qu'autant qu'iî est nécessaire pour éclairer et conduire l'esprit dans la route où on le mené, et pour disposer par là le cœur à être ému par les figures et les mouvements de l'éloquence.
'ion plus émouvante «lins 1- ne se bor-
demander qu ses. S ■••ut tant,
rinemi de tonte dépend mal fait pour
i pour s'v
vir.
Le Crois ii'iin* Dialogue. — La prédieation chrétienne. I/eloquence de l'Écriture et des Pères.
Après cette me sortie contre les prédicateurs contempo-
. le ton redevient grave, et le dernier Dialogue est tout entier cona i doctrim 'lique, fondement n
de la parole chrétienne. On y rencontre bien encore çà et làqu- idicateurs qui se plaisent
aux peintu , plus faciles que l'explication Bolide du
- 1e, qui ne citent l'Ecriture que pour l'ornement, et font de la parole de Dieu la parole et l'invention des hommes, ou, par c dans leur passion pour la simplicité
clique, « s'imaginent qu'il n'y a qu'à crier et qu'à parler souvent du diable et de l'enfer ». On regrette de ne pas trouver toujours dans un prédicateur un père qui parle à ses
its avec tendresse, mais un déclamateur qui prononce avec emphase. Préoccupé, a l'excès peut-être, de faire des sermons
nstruclions sensibles et populaires, pleines de gravi' force et surtout de simplicité, Fénelon ne voudrait laisser parler que les vrais pasteurs, car u les prédicateurs qui n'ont que
•culation entrent bien moins dans les difficultés, ne se proportionnent guère aux esprits, et parlent d'une manière vague. A quel propos tant de prédicateurs jeunes, sans expérience, ce, sans sainteté? 11 vaudrait bien mieux avoir moins
mons et en avoir de meilleurs. » Par un artifice habile, Fénelon [-lace ici les critiques les plus vives dans la bouche, non
i interprète ordinaire, A, mais de C, dont A vante avec quelque ironie les bonnes intentions, en l'engageant aménager beaucoup de gens de mérite et même de piété, dont la coutume ou l'exemple a fait des partisans de bonne foi d'une méthode fausse. Au fond, pourtant, c'est bien le sentiment de Fénelon tant de •
Pendant qu'il y a tant de besoins pressants dans le christianisme, pendant que le prêtre, qui doit être l'homme de Dieu, préparé à toute lionne œuvre, devrait se hâter de déraciner l'ignorance et les scandales du champ de l'Église, je trouve qu'il est fort indigne de iui qu'il passe sa Fie dans son cabinet à arrondir des périodes, à retoucher des portraits, et à invent* divisions : car, dès qu'on s'est mis sur le pied de ces sortes de prédicateurs, on n'a plus le temps de faire autre chose, on ne fait plus d'autre étude ni d'autre travail; encore même, pour se soulager, se réduit-on souvent à redire toujours les mêmes sermons. Quelle éloquence que celle d'un homme dont l'auditeur sait par avance toutes les expressions et tous les mouvements ! Vraiment, c'est bien là le moyen de surprendre, d'étonner, d'attendrir, de saisir et de persuader les hommes! Voilà une étrange manière de cacher l'art et de faire parler la nature! Pour moi, je le dis franchement, tout cela me scandalise. Quoi! le dispensateur des mystères de Dieu sera-t-il un déclamateur oisif , jaloux de sa réputation, et amoureux d'une vaine pompe? N'osera-t-il parler de Dieu à son peuple sans avoir rangé toutes noies et appris en écolier sa leçon par cœur?
On le voit, ici, comme dans les dialogues précédents, Fénelon en veut surtout aux faux brillants et aux divisions factices. Il critique de plus le choix des textes, et les interprétations forcées qu'on leur donne : le texte choisi doit être m celui qui contient les vérités les plus importantes et les plus proportionnées aux besoins du peuple »; on doit le commenter sans rhétorique subtile : « Qu'un homme a mauvaise grâce de vouloir faire l'inventif et l'ingénieux, lorsqu'il devrait parler avec toute la gravité et l'autorité du Saint-Esprit, dont il emprunte les paroles! » Et pourtant que de textes forcés, torturés, d'où Ton tire tous les sermons que l'on veut! Que de commentaires détournés du sens réel, et lui substituant un sens mystérieux et allégorique! « Il faut avoir du pain avant que de chercher des ragoûts. » Toutes ces critiques ne manquent ni de vivacité ni de justesse, mais elles notent pas à ce troisième dialogue son caractère presque exclusivement dogmatique. Quelle est donc la vraie doctrine de Fénelon? Elle s'offre à nous sous deux aspects, car le prédicateur doit réunir deux qualités très diverses : il doit connaître à la fois et l'Écriture, et la portée des esprits auxquels il s'adresse. C'est ici que l'on saisit sur le vif le fort et le faible de cette doctrine. Que le prédicateur doive être pénétré de l'Ecriture, cela va de soi; Bossuet n'a pas dit autre chose, et Fénelon se souvient peut-être de lui quand il trace ce beau portrait de saint Paul et des Apôtres :
Ils n'ont recours à nul moyen humain : ni philosophie, ni éloquence, ni politique, ni richesse, ni autorité. Dieu, jaloux de son œuvre, n'en veut devoir le succès qu'a lui-même : il choisit ce qui est faible, il rejette ce qui est fort,
afin de manifester plus sensiblement sa puissance. Il tire tout du néant pour convertir le I .me p..ur .
il ,iable selon la chair. C'eut été affaiL int Paul, la vertu miraculeuse de 1 1
■n humaine, s'ouvrit lui-mên
. qu'il venait de Dieu. Voilà la sa- . fondue et répro vit-il conclure de Uî Q
• ne sont point d
taux discours persuasifs des homra. - pas qu'il n'y
lel'éloqueri - - - dans la plupart de ceux qui ont annoncé
i-Christ: m; point confiés à cette e g u I i cette
ai? ils ne l'ont point recherchée comme ce qui devait donner de
ne dit saint Paul, non philosophie humaine, mais sur les effets de . et de la vertu de I sur les miracles qui frappaient les yeux,
.'opération intérieure de la grâce.
Jusque-là point de dissentiment possible, non seulement entre Bossuet et Fénelon, mais entre les chrétiens. Mais to
ens et Bossuet lui-même suivraient-ils Fénelon jusqu'au bout, lorsqu'il expose ses idées sur la simplicité apostolique ••!
Oh! je sais par quels subtils artifices, par quelions savantes il s'efforce de garder un juste équilibre à égale distan. es contraires -. Le fougueux C, à qui la
science des nuances est inconnue, entend par simplicité « un discours sans art » ; plus mesuré, A lui fait comprendre que la simplicité de la prédication chrétienne n'est pas incompatible avec Fart véritable et avec la véritable éloquence, car l'ordre, éthode, la solidité du raisonnement, les mouvements pathétiques, voilà toute l'éloquence. Saint Paul, dont C invoque les les, n'a donc pas voulu exclure du discours l'éloquence plus que la s g sse. Or c'est A, nous l'avons vu, qui est le porteon. Mais voici qu'A lui-même encourt le ri sse à C, celui d'aller un peu loin. Il reconnaît que is m d s apôtres, n'étant pas miraculeusement insomnie eux, ont besoin de se préparer et de se remplir delà doctrine des Écritures pour former leurs discours. « Mais cite préparation, ajoute-l-il, ne doit jamais tendre à parler moins simplement que les apôtres. Ne serez-vous pas content