Trublet, Réflexions sur l'éloquence
yeui, mes frères, sur ce grand arbre planté U Clairraux. Naguère ce n'était
qu'une faible plante qui rampait sur la terre et dont tous le- \ - i tient ;
maintenant il porte ses branches jusque dans le ciel, et il les étend jusqu'aux
extrémités de la terre. C*esl qu'il est planté le ix el qu'un Dente
- plus profondes racines., ncien,
combien e«t-elle plus difficile que la fondation même d'un ordre nouveau!
:uestion de semer, d'arroser, de faire croître 1 - - plantes
. •.: de plier les tiges dures el .rrands
arbres.
Il est et, malgré lui, reste un lettré dans la chaire. Saint Ber- /nourant conserve encore, il le remarque, les « tours vifs et in rénieui » de sa parole. Sainte Thérèse écrit des livres « si simples, si vifs, si naturels, qu'en les lisant on oublie qu'on lit, et qu'on s'imagine entendre sainte Thérèse elle-même... Quelle naïveté quand elle raconte les faits! Ce n'est pas une histoire, Lisez tout le passage sur la vocation de Bernard : m Déjà une voix douce et intérieure, qui fait tressaillir Bernard jusque dans la moelle des os, l'appelle au désert... » Bossuet a peint cela aussi, mais de traits inoubliables. Ici c'est la vigueur concise et saisissante qui fait défaut; ailleurs, c'est - rétion. Sur les romans qu'une mère inconsidérée laisse lire à Thérèse jeune, sur la révélation qui transforme son âme, sur ces transports mystiques « où l'esprit est enivré et où le corps succombe, où Dieu lui-même est si présent que L'âme, épuisée et dévorée, tombe en défaillance», il appuie, il v revient, il se complaît dans ces peintures délicates, où triomphe la finesse d'un très bel esprit qui, au fond, aie goût plus que l'habitude de la simplicité « naïve ».
Los sermons écrits. — Discours pour le sacre de l'électeur de Cologne. — Sermon pour l'Epiphanie.
Mai- il oe serait pas équitable de juger l'éloquence de Fénelon sur des ébauches que sa parole animait et transformait doute. Jugeons-la donc d'après les deux seuls discours qu'il ait écrits et qui, prononcés tous deux dans des circonstances solennelles, sont parvenus entiers à la postérité. Là nous le verrons tel qu'il voulait qu'on le vit.
- Le irr ruai 1707 que fut prononcé, dans l'église collège Saint-Pierre, à Lille, le discours pour le sacre de
Joseph-Clément de Bavière, archevêque électeur de Cologne, devant l'électeur de Bavière, son frère. Agé de trente-six ans alors, archevêque à dix-sepl ans, l'électeur de Cologne n'avait pas jugé bon jusqu'en 1706 de recevoir les ordres sacrés; et s'il les reçut enfin, c'est sur les instances de Fénelqn, qu'il connut pendant son séjour ou plutôt son exil en France; car, allié de la France dans la guerre de la succession d'Espagne, il avait été dépouillé de ses États. Aussi est-ce de Fénelon qu'il voulut recevoir la consécration épiscopale. Le discours de Fénelon est, selon Yillemain, l'un des morceaux les plus touchants et les plus parfaits de l'éloquence chrétienne. Ce qui nous y frappe plutôt, c'est la netteté et, chose rare chez Fénelon, l'énergie avec laquelle y sont affirmés les droits de l'Église, souveraine des rois, dont la collaboration lui est utile, mais non pas nécessaire.