‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 28 sur 228 · I : ..re de ces orateurs populaires qui, par plus d'un · texte numérisé non relu

I : ..re de ces orateurs populaires qui, par plus d'un

, -nt de vrais orateurs, c'est Olivier Maillard, né en Bretagne à une date incertaine, mon en 1508. Voltaire l'appelle ■ un Arlequin en surplis » et dédaigne fort cette éloquence dig Durons et des Iroquois. Si Maillard n'a pas

toujours le goût, il a du moins la verve hardiment et honnêtement satirique. Aux émissaires de Louis XI qui le menaçaient de le jeter à la Seine, il répondait que le roi était le maître, lui, Maillard, irait plus vite en paradis par eau que Louis chevaux de poste.

II ne craignait pas de blâmer en chaire le divorce de Louis XII.

•laquait aux exactions des financiers et des gens de justice, aux pilleries des gens d'armes, n'épargnant pas les nobles, ni fi, élevant contre le marchandage des in-

dulg- ■:. 5. La liberté de sa parole Unit par devenir importune à tons, même à ses confie; irdre des cordeliers, qui

l'avaient pourtant élu plusieurs fois leur provincial. Il eut ses heures de grand éclat, comme lorsque, au nom du pape Innocent VIII, il demanda, vainement d'ailleurs, l'abolition de la Pragmatique Sanction; mais il eut aussi ses déboires, et mourut tristement au couvent de Sainte-Marie-des-Anges, près de Toulouse. Les sermons qui nous restent de lui sont au nombre d'environ cinq cents. La plupart sont des traductions en latin vulgaire des sermons qu'il a du prêcher en français devant le peuple. On cite splus particulièrement les sermons intitulés Histoire de la jwssion, la Confession de frère 0. Maillard, et le sermon « tousseux » (ainsi nommé parce qu'on y indique en marge les pauses que prenait l'orateur pour respirer et tousser), prêché à Bruges en 1507 devant le prince et la princesse de Flandre.

Écoutez, à bon entendeur il ne faut que demi-mot. Or, levez les esprits, que dites-vous, seigneurs"? Ètes-vous de la part de Dieu? Le prince et la princesse, en ètes-vous? Baissez le front. Les chevaliers de l'ordre, en ètesvous? Baissez le front. Et vous, gentilshommes, jeunes gaudisseurs, en ètesvous? Baissez le front. Et vous, jeunes femelles de cour, en ètes-vous? Baissez le front. Vous êtes écrites au livre des damnés, votre chambre est toute marquée avec les diables. Dictes-moy, s'il vous plaist, vous ètes-vous bien mirées, lavées, époussetées aujourd'huy? — Dis bien, frère. — Plust à ma volonté que vous fussiez aussi soigneuses de nettoyer vos âmes ! — Quel remède, frère? — Je vous dis que si, au temps passé, il y a des torts et méfaits, laissons notre mauvaise vie. Dieu aura mercy pitié de nous ; si que non, je vous convie avec tous les diables.

Quelquefois cette éloquence abrupte atteint aux grands effets, comme dans ce passage où, par un beau mouvement que reprendra Massillon, il s'écriait : « Pécheurs mondains, ètes-vous dans l'état où vous voudriez mourir? Qu'on fasse retentir ici la trompette du jugement dernier, on verra ceux qui répondront à l'appel. » L'éloquence a donc déjà du mouvement; elle n'a pas encore cette égalité et cette fermeté de ton que va lui donner Calvin.

I/éloqueuee religieuse au seizième sièele et au dix-septième sièele avant Bossuet.

Jean Cauvin 11509-1564), dont le nom devint en latin Calvinus, était né à Noyon et avait étudié à Orléans d'abord, ensuite et surtout à Bourges, où l'université comptait alors pour pro-

le jurisprudence et d'humanités des maîtres lels Cujas, Aihvhi. Wolmar. De bonne heure il eu! une

connaissance profonde des langu [ue el la-

tine; mais de bonne h< i il se montra enclin aux nou-

veaub si - ses. S specl aux catholiques, il mena une vie inquiète, au moins dans sa première partie; la deuxième esl occu] i la longue domination < f n i 1 exerce à

>n n'a pas ici à juger le chef de l'Église calviniste, mais a rappeler qu'il esl le vrai créateur de l'éloquence relison Institution chrétienne, d'abord écrite en latin 1536), fut traduite par lui en fran-

« l'ampleur nn peu lourde du Latin d'où i, il esl d'une sobi i'-té nerveuse, d'upejustesse précise - xivains ne connaissaient pas encore, i dit avec raison M. Nisard, le premier ouvrage de notre langue qui offre un plan suivi, une matière ordonnée, une composition exacte et appropriée. » C'est aussi 1<- premier où la théololevienne humaine, pourainsi dire, et parce qu'elle parle un - - ompris non plus des seuls théologiens, mais de tous les hommes, et parce qu'elle se fonde sur l'étude de l'âme humaine, de sa nature que la religion explique, de ses aspirations qu'elle satisfait.

si l'œuvre d'un théologien, mais préoccupé avant tout d'atteindre an plus haut degré de clarté, de vérité intelligible nvaincante. C'est l'œuvre d'un savant, qui ne perd jamais de vue le texte des Écritures, humaniste dans l'exégèse comme Cujas le fut dans la jurisprudence, critique et croyant à la fois. l'un logicien qui enchaîne ses pensées et poursuit ses démonstrations avec une logique inflexible. C'est enlin l'œuvre d'un des plu^ grands écrivains du xvi° siècle, et ce n'est pas à tort que Patru saluera en lui un des pères de notre idiome. Toutefois, on lui reconnaît d'ordinaire [dus de solidité el de véhémence que de souplesse, d'imagination et de couleur. Son talent d'écrivain n'a pas été jugé de même par tous

[uier l'appelle « un homme bien ant tant en latin qu'en françois, et auquel noire langue mdement redevable pour l'avoir enrichie d'une infinité iux traita . Bayle vante cette plume solide, éloquente et infatigable. Bossuet lui-même écrit : » Donnons à Calvin gloire d'avoir aussi bien écrit qu'homme de son siècle »; - il l'emporte sur Luther par l'étude, il esl moins original, selon Bossuet, et moins vif. - Son style plus triste était plus

suivi et plus châtié. » Il ne faudrait pas exagéi er cette critique : l'humeur, chez Calvin, est plus triste que l'expression : il ne savait pas rire, et n aimait pas ceux qui liaient, comme Rabelais, qui n'aimait pas davantage le « démoniacle et imposteur de Genève ». Par suite, son style est un peu tendu et monotone, mais jamais pourtant languissant ni ennuyeux, car il aie mouvement, la llamme intérieure, la vie. Les mérites tout intellectuels de ce style n'ont rien de poétique, mais il n'est peut-être pas indispensable d'être poète pour être un grand prosateur.

Les sermons qui nous restent de lui sont très nombreux, — deux mille environ, — mais n'ont pas la valeur littéraire de l'ïnstitution chrétienne. C'est surtout comme actes qu'ils sont intéressants : Calvin ne parle que pour agir, et pour lui agir c'est presque toujours attaquer. Les qualités de l'exposition sont les mêmes, claires et fermes toujours; mais c'est au livre le plus souvent que sont empruntées les idées que le sermon développe, et Calvin, d'ailleurs, discute plus qu'il n'expose, et la discussion chez lui, sous l'empire de la passion froide qui l'anime, dégénère souvent en polémique, en satire même et en invective. Cette passion même et le désir, le besoin qu'il a d'agir sur le peuple, lui donnent çà et là une certaine verve sarcastique et populaire, qui n'est pas aussi chaude ni aussi colorée que celle de Luther, mais qui corrige ce qu'il y aurait d'ingrat pour le lecteur moderne dans ces sermons tout militants. On retrouve cette trempe solide, mais aussi cette raideur du style « réfugié » chez les collaborateurs et les disciples de Calvin : Farel, le fondateur du protestantisme en Suisse, apôtre plus qu'orateur, ne nous a pas laissé de sermons; mais nous en avons de Théodore de Bèze, de Froment, de Viret : l'éloquence de celui-ci, triviale et pédantesque à la fois, est destinée à plaire à la foule et aux doctes.

C'est au peuple aussi que voulurent s'adresser les prédicateurs qui combattirent le protestantisme en France. Les prédicateurs de la Ligue sont restés célèbres par leurs violences furibondes ; il suffit de nommer François Feuardent, les curés Aubry et Pelletier, le savant mais fougueux bénédictin Génébrard , vraie harengère, si l'on en croit le chroniqueur Lestoile ; le jésuite Guincestre; l'évèque de Senlis, Guillaume Rose, qui dut plus tard faire amende honorable devant le Parlement; le recteur Jean Boucher, « le roi de la Ligue », qui paraphrasait le texte Eripe nos de luto en disant qu'il fallait se débourber, ou

platdl oner. 1 Henri IV leur imposa le

silence on l'exil. En deh qui font de la

chaire une tribune, quels orateurs peut-on citer dans les rangs

ttholiques? I. irdinal de Lorraine peut-être. Vis

dent rav.nit.i l'élo-

qnence el du savon i Fi ançois

que notre mis - surpris.

Avant 1 : !S il tant nommer pourtant, plus pour

utation dont il a joui que pour une éloquence vraiment mes du Perron, évoque dTSvreux, tumônier du roi 1559- l Fils d'un minis convertit de bonne le

n'entra dan- s ordres - trente-quatre ans.

m jeune - chose comme le Pic

de la M siècle unissant. II composa beaucoup de

.liants, et, l»ien qu'il ait renoncé à la poésie en re, il n'eut jamais cette sévérité de goût <jui lui eût interdit certain mélange indiscret du sacré et du profane : par exemple, il commençait un sermon, le jour de Pâques, par une comparaison entre le repas où Cléopâtre fit dissoudre une perle ; el l'avala et... l'eucharistie. Les oraisons funè-

d et de Marie Stuart sont profanes aussi par plus d'un endroit. Il resta toujours un peu l'homme qui soutenait ses » de philosophie ou de science, plaidant le pour et le contre avec la même facilité, sans être d'ailleurs un sceptique, comme les écrivains protestants le lui ont reproché et Comme tendrait à le faire croire tel passage de Lestoile, qu'il ne faut pas prendre à la letti

le ce mois, advint au dîner du roi que M. du P grand discoureur que le lontiers, fil un brave discours contre les

athéistea et comme ii y avait un Dieu, et lepr<v. aires,

t bien qu'il n'y avait lieu aucun d'y con- : à quoi Je roi montra qu'il avait pris plaisir el l'embrac

ibliant, va jusqu'à dire au roi : « Sire, j'ai prouvé aujourd'hui,

l'il y avait un Dieu ; demain;

acore audience, je voua mon-

-. : i'il n'y

□I du tuut d Sur quoi le roi, entrant isa ledit

du Perron et l'appela méchant, lui défendant de se plus trouver devant lui

et cou.;

Du Perron fut certainement trop un prélat de cour; mais ce courtisan savait être, i, non seulement un contro-

versiste redoutable (Duplessis-Mornay et d'Aubigné l'éprouvèrent à la conférence de Fontainebleau), mais un négociateur habile et un politique : ce lut lui qui, après avoir préparé la conversion de Henri IV, alla négocier à Home, avec le cardinal d'Ossat, la levée de l'interdit qui pesait sur la France. Aux Étals généraux de 1614, il joua un rôle actif et montra des qualités d'homme d'Ftat. C'est pour de pareils motifs, sans doute, que la France et la chrétienté, selon Richelieu, vénéraient sa mémoire. Mais Bossuet va un peu loin lorsque, dans son panégyrique de saint François de Sales, il glorifie «ce rare et admirable génie dont les ouvrages presque divins sont les plus fermes remparts de l'Église contre les hérétiques modernes », car du Perron n'est original ni par la pensée ni par le style. Lui-même, François de Sales le traitait de grand homme et de grand prélat, et du Perron lui rendait cette admiration, car il disait qu'il n'y avait point d'hérétique qu'il ne fût assuré de convaincre, mais que, pour les convertir, c'était un talent que Dieu avait réservé à M. de Genève.

C'est que M. de Genève, qui était bien ce qu'il croyait être, « l'âme la plus affective du monde », avait l'onction que du Perron n'avait pas. C'est qu'il se faisait aussi une idée plus haute et plus pure de la prédication chrétienne. Il a exposé ses idées sur ce sujet dans une lettre à l'archevêque de Bourges, André Frémiot, frère de Mme de Chantai, sur la méthode de bien prêcher (1604). Trois choses, suivant lui, fpnt le prédicateur digne de ce nom : une bonne vie, une bonne doctrine, une vraie mission. Son but n'est pas de plaire, mais de convaincre en touchant. La seule « délectation » qui lui soit permise n'est pas distincte de l'enseignement chrétien. Tout autre moyen de plaire est condamnable, étant profane.

Il y a une,eertaine sorte de délectation, qui ne dépend pas de l'enseigner et émouvoir. C'est un certain chatouillement d'oreilles, qui provient d'une certaine élégance séculière, mondaine et profane, de certaines curiosités,, agencement de traits, de paroles, bref, qui dépend entièrement de l'artifice; et quant à celle-ci, je nie fort et ferme qu'un prédicateur y doive penser; il la faut laisser aux orateurs du monde, aux charlatans et courtisans qui s'y amusent. Ils ne prêchent pas Jésus-Christ crucifié, mais ils se prêchent euxmêmes.

Il n'exclut pas tout à fait l'ornement des citations profanes; mais il veut qu'elles soient rares et qu'on s'en serve comme Von fait des champignons, fort peu, pour seulement éveiller l'appétit. L'essentiel est de « parler affectionnément et dévotement,

simplement et candidement el avec confiance . car ■ le sou-

arlifice i ivoir point d'artifia

de l'homélie familière et louchante, que Fénelon, ce Fran-

- le la fin do xvn* siècle, reprendra dans ses Dia-

L> tire ù l'Acad mù . Le plus

lisciple d<- François de Sa!.--, Camus, évèque de Belley,

s'élevant contre - licateurs qui ne cherch< nt qu'à empor-

guère que répéter ce qu'a dit son maître : 11 y a des prédicateurs si désireux de paraître et il»- g'avana i ition et en honneurs, que du tl*

de la vérité ils font un trône à leur vanité; bien pis, ils changent la j arole de Dieu en celle des hommes, se préchant euxmêmes el non î-Chrisl crucifié. ■• .Mais Camus n'a pas

toujours lui-même une façon bien saine et bien sévère de prêcher Jésus-Christ. Il ne manque pas d'énergie quand, s'attaquant aux trois ordres, il rappelle la mâle vertu de leurs aïeux li s'imaginent que « vivre noblement, c'est vivre mollement ; quand il renvoie à leurs diocèses les i résidents, ou quand il invective les financiers, ces Les altérées, ces éponges enflées aux dépens d'autrui, cesillustn qui coulent leurs jours dans la pourpre et

l'opulence, tandis que les larronneaux sont dan- les fers. Mais l'auteur du / xliaque spirituel ou la Conversion de saint Paul et du Rabat-joii du triomph* monacal il était l'ennemi personnel des ordres mendiants , dans ses œuvres innombrables et diversement éloquentes, n'est pas toujours ce qu'il veut que soient les autres prédicateurs, un austère interprète de la vérité. Et saint François de Sales (loG7-1622; ne l'est pas toujours luimêrne, lui qui, dans un sermon prêché à Paris en 1602, compare longuement la sainte Vierge au phénix, lui qui, dans la ludion à la vie d - ■' 1608 . composée à ■ de Henri IV, institue un trop agréable parallèle entre nt-Esprit et la bouqueli Va, qui < savait si pro-

prement diversifier la disposition et le mélange des Ûeurs qu'elle mettait eu ses bouquets, que, avec les mêmes fleurs, elle faisait une grande variété de bouquets ».

Li - fieurs que prodigue trop aisément l'imagination riante

int François de Sales ne doivent pas nous cacher ce qu'il

y a de solide et de sain dans la doctrine que parent, mais

rnements. Dan- l'Introduction a la m

il parle quelquefois un langage trop profane, c'est qu'il

B'adresse au public de toutes les conditions et mel a sa portée

des vérités religieuses et morales qui l'auraient rebuté présentées sous la forme aride d'une exposition purement théologique. Dans ses lettres de direction spirituelle, il n'a pas moins de fermeté que de grâce : il ne faudrait pas prendre pour de la mollesse la légèreté de la main qui sonde et guérit les âmes. Né près d'Annecy, destiné d'abord au barreau, François de Sales (1567-1622) reste un homme du monde dans l'expression, mais seulement dans l'expression du dogme. C'est la solidité de la science théologique que Bossuet admirait surtout dans ses sermons. Et l'expression même n'y est pas toujours sans forte précision, sans rudesse. Bossuet est moins « réaliste » que François de Sales ne l'est dans cette peinture de la mort :

Considérez les grands et langoureux adieux que votre âme dira à ce bas monde : elle dira adieu aux richesses, aux vanités et vaines compagnies, aux plaisirs, aux passe-temps, aux amis et voisins, aux parents, aux enfants, au mari, à la femme, bref à toute créature, et enfin à son corps, qu'elle délaissera, pâle, hâve, défait, hideux et puant! Considérez les empressements qu'on aura pour enlever ce corps-là et le cacher en terre, et que, cela fait, le monde ne pensera plus guère à vous, ni n'en fera plus mémoire, non plus que vous n'avez pensé aux autres. « Dieu lui fasse paix, » dira-t-on, et puis c'est tout.

Avec « M. de Genève » nous entrons déjà dans le xvne siècle : l'âge de Henri IV et de Louis XIII prépare l'âge de Louis XIV. Mais combien peu de prédicateurs de ce temps méritent l'éloge que sainte Chantai donnait à saint François de Sales, à «l'excellence et solidité de sa prudence et sagesse naturelle et surnaturelle, que Dieu avait répandues en son esprit, qui était le plus clair, le plus net et universel qu'on ait jamais vu » ! Combien, en revanche, sont les trop fidèles héritiers de ces prédicateurs, raillés par Érasme, qui prouvent la charité par les sources du Nil et l'abstinence par les douze signes du zodiaque! Pendant cette époque de transition qui comprend la fin du xvie siècle et le commencement du xvne, qui peut-on citer à côté du cardinal du Perron et surtout de saint François de Sales? Le disciple de Montaigne, Charron, qui n'est pas un sceptique, au moins dans ses sermons; le poète Bertaut; le controversiste et historien Coeffeteau; Fenoillet, évêque de Marseille, qui furent aussi des sermonnaires; le P. Seguiran, qui faisait courir tout Paris, mais qui appelait le soleil « le grandduc des chandelles » ; Cospéan, évêque d'Aire, qui devina le génie oratoire du jeune Bossuet, et qui s'écriait, entendant tonner le canon aux funérailles de Henri IV :

il celui lue le prin< s \u depaii

- noble

■ • monde ! ô

itres, prononçant l'oraison funèbre de ce même roi, Marne é taie ni s p ir le flôl

<1»- larmes que sa ru-: : avait fait vers • . Mon cœur, disait Valas qu'un Earipe d'ang ix on flux >•[ un reflux de pleurs, ma bouche un tourbillon et une bourrasque de [ues de la Fons apostrophait ainsi Ravaillac: II l'était tuer, car, étant tout cœur, en quelque endroit que tu L'eusses fraj ûl Lou jours au <'»-u!. 1' ■ idée du style »'t du ^r « > ù t de certains que, il suffira de citer Pierre de Besse, alors

.- a du monter au ciel te j'.-U'li : car 1 1 tropologique et anagopique cause ;.»ut au moins bienséant que les p s au peuple le même jour que ientété

• fut au jeudi premier du monde que ces citadins - - >n de leur Neptn : pièces de batterie, destinés, de la part du. Touttire en ruine et canunner tout l'un

•aient là les derniers échos de l'éloquence confuse du

lent se prolonger jusque dans les facélieu-

du petit père André. Quand, eu 1594 eten 1614,

le grand du Vair, qui devint évéque de Lisieux et

^ard<- des sceaux, écrivait sa S mon et. son Traité de

t'éloqw /"<• fra > ' ■ ■ ■

. il ne cachait pas son dédain pour l'éloquence religieuse.

Mais, admirateur naïf de du Perron, il ne pouvait deviner le sourd

o ovation religieuse qui s'accomplissait dans les

ms les institutions mêmes. Déj t, au . siècle, Loyola

avait fondé l'ordre des J [ui produira Bourdaloue;

tri ri*- chl i . d'où sortira

lier. Au début du \\ rr'si de son

bien l'éloquem use que les œuvres

de charité; Saint-Cyran crée Port-Royal et y imprime la marque

Bérulle, qui prêcha peu, donna un séminaire de prédicateurs à l'Église en lui donnant la . tion de l'Oratoire.

La renaissance religieuse et ses effets. — Vincent de Panl. Port-Royal. — L'Oratoire et les oratoriens.

C'est par ceux-ci qu'il est naturel de commencer, car plus d'un parmi eux a exercé une influence directe sur Bossuet. Vincent de Paul (1576-1660) l'appelait son fils, lui demandait de prêcher à la conférence de Saint-Lazare, et plus tard, lors de la canonisation de l'apôtre des prisonniers et des enfants trouvés, Bossuet, dans une lettre latine, lui apporta son témoignage ému. On sait quelle chaleur de cœur et quelle simplicité évangélique saint Vincent de Paul mettait dans ses homélies familières et entraînantes, le plus souvent improvisées; on cite pourtant la péroraison du discours adressé pour les enfants trouvés aux dames de la cour :

Or sus, Mesdames, la compassion et la charité vous ont fait adopter ces petites créatures pour vos enfants. Vous avez été leurs mères selon la grâce, depuis que leurs mères selon la nature les ont abandonnés. Voyez maintenant si vous voulez aussi les abandonner pour toujours. Cessez à présent d'être leurs mères, pour devenir leurs juges; leur vie et leur mort sont entre vos mains. Je m'en vais donc, sans délibérer, prendre les voix et les suffrages. Il est temps de prononcer leur arrêt, et de décider irrévocablement si vous ne voulez plus avoir pour eux des entrailles de miséricorde. Les voilà devant vous! Ils vivront, si vous continuez d'en prendre un soin charitable; et, je vous le déclare devant Dieu, ils seront tous morts demain, si vous les délaissez.

Si le sermon attribué à saint Vincent, sur la Parole de Dieu, est bien de lui, ses idées sur la prédication sont exactement les mêmes que celles de son « fils » ; mais il n'est pas besoin de le lire pour être sûr que leur liaison tenait à la conformité de leurs sentiments.

L'influence du jansénisme, moins séduisant dans sa raison un peu sèche, s'exerça moins directement sur Bossuet. Il marqua toujours pourtant une sincère estime pour Arnauld et pour Port-Royal, alors même qu'il blâmait les excès d'une morale décourageante. Saint-Cyran se faisait de la prédication une idée si haute qu'il déclare, dans ses Lettres spirituelles, ne l'envisager qu'avec tremblement : « La prédication n'est pas moins un mystère terrible que l'eucharistie, et elle me semble même beaucoup plus terrible, car c'est par elle qu'on engendre

14 rs DE ].hti:i;.\ti RE

el qn mes à Dieu, au lieu qu'on ne fait que

unii par l'eucharistie, ou, pour mieux rir. «

u'a-t-il que du mépris ; que tra-

vaille d ■.. m ■ tison qu'a tout le monde do savoir beau-

coup <-t de belles ch de les dire en faisanl valoir leur

- . ueillir, se

longtemps, m >ur laisser

parler, dans sa simplicité auguste, !•■ Verbe de Dieu. Poussée

- extrêmes devant lesquelles Sain t-Cyran n'eût s Lie doctrine n'irait à rien moins qu'à l'abo-

de toute éloquence humaine en tant qu'elle emprunte !»• secours de l'art. M ;- ineel l'apostolat de Saint-C

1L'lin. de ' ' quelque chose de Irop à part

pour qu'on y h 11 suffit de dire que Port-Koyal fut

pour les prédicaleui - 'I" ce temps une grand-- école de sincérité dan? la | logique dans la composition du discours,

de sobriété et de vig incentrée dans l'expression. Il est

d'ailleurs d'isoler de Port-Royal le souvenir de Pascal, qui, aussi puissant dialecticien et plus poète que les autres nistes, adonné les plus purs modèles de toutes les sortes •

- trois premiers supérieurs généraux de la congrégation de l'Oratoire furent Bérulle, le P. de Condren et le P. Bourgoin prononça en 1662 l'oraison funèbre du troisième, et, en caractérisant La prédication telle que la pratiquait Je P. i: inrgoing, il définit par avance la prédication en général telle qu'il la concevait et devait la pratiquer lui-même.

lieu vivant et éternel, qu Ile onction! quelle douceur! quelle

quelle «implicite et quelle éloquence! Qh! qu'il -. qui ravili--

itruire; qui n isenl pas d'acheter d

- instructions ; des paroles de flatterie par la parole 'le vériù n.s alimenta s la nourriture Bolide i I

Lie que Dieu a préparée a ses enfante !... La pai . . pénétrant

le fruit d'une élude lente et tai

. laine illumination : c'esl pourquoi deux

ind cardinal de Bérulle

set . . -. n n'en empl

ique latin d m'ar-

..-.- | •. puisque je sais qu'il a

fourni force la carrière de pi ■

: toujours pressant, toujours a inte, qui ne brillait que pour échauffer, qui cherchait captivait l'esprit par le cœur? D'où lui venait

cette force? C'est, mes frères, qu'il était plein de la doctrine céleste; c'est qu'il s'était nourri et rassasié du meilleur suc du christianisme; c'est qu'il faisait régner dans ses sermons la vérité et la sagesse : l'éloquence suivait comme la servante1, non recherchée avec soin, mais attirée parles choses mêmes.

La congrégation de l'Oratoire compta, au xvnc siècle, au moins deux prédicateurs distingués, les PP. Lejeune et Senault, et deux prédicateurs illustres, Mascaron et Massillon. Ce dernier seul est d'une époque postérieure à celle de Bossuet; les deux premiers sont d'une époque antérieure, mais il a pu les entendre; le troisième est son contemporain.

Le P. Lejeune (1592-1672) et le P. Senault 1599 ou 1604- 1672) ne se ressemblent guère. Le P. Lejeune est un missionnaire franc-comtois, un catéchiste ardent et ingénu, quoique instruit, qui s'adresse le plus souvent au peuple (surtout dans la première partie de sa carrière) et lui parle le langage que le peuple peut le mieux entendre et goûter, un langage tout pratique et familier, qui fait vivre les leçons religieuses par des applications morales très précises et par des exemples empruntés à la vie réelle. Emporté par sa fougue naturelle, il s'élève parfois assez haut, mais ne s'y maintient pas. Cet orateur inégal, mais nourri de l'Écriture et des Pères, moraliste plus que théologien, était encore jeune lorsqu'il devint aveugle, mais n'en continua pas moins l'apostolat évangélique qui n'eut pour terme que le terme de sa vie. Au contraire, le P. Senault est un lettré, grand admirateur de Balzac, et à qui la forme est loin d'être indiiférente. Il cherchait et trouvait parfois des effets de style, et l'on copiait ses sermons à l'église. C'était une sorte d'oraleurécrivain, dont les discours manquaient de chaleur et d'élan, mais non de réguîarité ni d'élégance. Il composait des livres, religieux encore sans doute, mais d'où tous les ornements profanes n'étaient pas bannis : le plus connu est le Traité de l'usage des passions, qui eut un grand succès. Voltaire parait se tromper quand, dans le catalogue des écrivains qui suit le Siècle de Louis XIV, il prétend que Senault fut à l'égard de Bourdaloue ce que Rotrou est pour Corneille. Rotrou est un génie naturel et négligé, qui a pu introduire Corneille au théâtre, mais n'a pu lui apprendre l'art. Et ce n'est pas l'art d'un Senault qu'on cherche chez un Bourdaloue. Sermonnaire un peu sec et apprêté, mais égal et digne, Senault fut supérieur général de l'Oratoire. Fromentières, qui jouit après lui d'une certaine réputation de

i. Voir, plus loin, le sermon de Bossuet sur la Parole de Dieu.

prédicateur, cl Hascaron durenl beaucoup, nous dit-on, £ apte.

. Ûlsd'un avoi al de Marseille, ii peu lu aujourd'hui, qu'il n' nt lisible. Ii ne cède que

mode de la morale el des portraits. Cest un dialecticien a outrance, puissant, mais subtil, un I dont la th< déjà démodée au temps où triomphe

1 inrdaloue. Sa religion est triste : bien que l'amour de Dieu en fa — •• lieu qu'il précb

plus redoutable qu'aima - bizarreri imme

a'ose-t-il pas instituer une comparaison entre is deux également incapables d'ennui? Ne une crudité d'ex pn agulière contre

s s qui se sont fait un évangile revu et corrigé cireux, tant ils ont peur de passer pour des bigots, pour des « mangeui- N mêle-t-il pas, par une absence aussi

ttable du sentiment d».- la convenance, les citations les plus profanes aux citations sacrées? Le goût était chez lui, en tint faible: il était spondance avec M Des-

houiiéres et avec M - d< S . >, qui l'appelait le plus quent prélat du royaume, A cette même MIIe de Scudéry il vait, le 12 octo .. an an après sa nomination à l'évéché

tus serez très souvent à côté de saint Augustin oard. » 11 cieux cependant que dans le

détail du style, là où il peut i re de

la prédication : il ne l'esl pas dans le ton, qui a de la gravité, de l'a I souvent même est pathétique; ni dans le déve-

loppement, qu urilé tra-

loujours large et animé d'une sorte de feu inté - un orateur attirant que Hasca-

ron, ; pas non plus un orateur vu

éloquence o-cille de l'empli., rivialité, elle rend bien

par moments le son de la grand ace, qui est le son

d'une âme flère et convaincu»-. Voltaire trop ses orai-

. Angleterre et de Turenne, celle-ci prononcée un an avant celle de Fléchier; n. irtouf par

s à la cou; que Mascaron a .on mora contemporains. Aux courti-

[ui trouvaient qu'il avait dépassé la mesure, le roi répon* dait : ■ Le prédicateur a fait sou d

Au prédicateur lui-même 1»-- roi disait : « Voua

LA l'RKDICATlON AU TEMPS DE BOSSUET 17

le seul homme de qui j'aie ouï des discours d'une égale foie. depuis le commencement jusqu'à la fin1. » Le roi oubliait peutêtre Bourdaloue, certainement Bossuet, qui à l'émotion et à la vigueur de Mascaron joindra la mesure que Mascaron n'avait pas.

Fléehier. — Les jésuites : Bourdaloue.

De même Bossuet eut tout l'art de Fléehier, sans ses artifices. Esprit Fléehier (1632-1710), originaire de Pernes, dans le comtat Venaissin. fut d'abord, quoique simple catéchiste et professeur de la Doctrine chrétienne, dont son oncle était supérieur général, un de ces abbés et écrivains mondains dont l'élégance, comme Fa dit Sainte-Beuve, garde un reste de précieux. Celui qui, jeune, composait de petits vers galants; qui, à la prière d'une dame, écrivait lui-même son portrait, non sans complaisance ; qui fut l'ami et le correspondant de Mme et de Mlle Deshoulières ; l'auteur de ce livre léger, mais historiquement et moralement instructif, les Grands Jours d'Auvergne, écrit au lendemain d'un voyage fait en Auvergne avec un conseiller d'État, M. de Caumartin, dont il élevait le fils, Fléehier ne fut qu'après cinquante ans évêque de Lavaur, puis de Nîmes, où il donna l'exemple de toutes les vertus. 11 s'était rendu digne de ce choix moins encore par ses sermons que par ses oraisons funèbres de Mme de Montausier (1672), de la duchesse d'Aiguillon (1675), de Turenne (1676), de Lamoignon (1679), de Marie-Thérèse (1683), de Michel le Tellier (1686); les oraisons de la Dauphine et de M. de Montausier (1690) sont postérieures à son élévation à l'évêché de Nîmes (1687). Dans l'oraison de Julie d'Angennes, duchesse de Montausier, le souvenir de l'hôtel de Rambouillet est évoqué avec une ingénieuse délicatesse :

Vous dirai-je qu'elle pénétrait dès son enfance les défauts les plus cachés des ouvrages d'esprit et qu'elle en discernait les trails les plus délicats ? que personne ne savait mieux estimer les choses louables, ni mieux louer ce qu'elle estimait? qu'on gardait ses lettres comme le vrai modèle des pensées raisonnables et de la pureté de notre langue? Souvenez-vous de ces cabinets

1. Mascaron disait en chaire à Louis XIV : « Si le respect que j'ai pour vous ne nie permet de dire la vérité que sous des enveloppes, il faut que vous ayez plus de pénétration que je n'ai de hardiesse et que vous entendiez plus que je ne vous dis. »

ration, où 1'

. taienl choisie,

I iul enfant qu'elli - fil admirer

al ri t'admii le.

! tis mi : • de 1 nrei suvre, sinon on

motion patriotique el personnelle

ment la rhétoi ique. Encore

a-t-on pu reprocher à L'auteur de n'avoir >u ni i ser de

leçon : l'homme, a-t-on dil esi absent. Ailleurs, où ce^te émotion relative n'échauffe pas l'art du pa - . "ii a pu relever plus d'un trait déplacé de bel . Parle-l-il d'un vaisseau équipé par la duchesse d'Aiguillon poui la conv< la Chine ».-t naufragé, Fléchier ,1,. la mer n'éteignirent pas le feu de sa charité. » 11 dil aussi joliment de Lamoignon : « L^ premier tribunal où il monta fut celui de sa conscience. » Orateur fleuri,

: monnaire de second ordre. Il lait, a dit Thomas, l'art et le mécanisme plutôt que le génie de l'éloquence. - a scours, toujours écrits, étaient des morv. M serait injuste de ne voir en lui qu'un

rhéteur : l'évêque eut de la dignité, de la charité, de l'onction, tand il mourut, Fénelon put dire : « Nous avons perdu notre maître. »

I loquence des jésuites jeta peu d'éclat au xvne siècle avant irition de Bourdaloue. On cite du P. Caussin, le confesseur de Louis MU. des Dialogues latins sur l'éloquence, où les - ne sont pas épargnés. Le 1'. Claude de Ungendes, ennemi de Metz et ami «1- Condé, cousin de ce Jean te de Màcon, dont Voltaire a. dit avec

quelqu - ration qu'il fut «le premier orateur qui parla dans . ind goût », eut l'honneur d'être imité en plus d'un endroit pai Bourdaloue. Trop rigoureux logicien, sévère et un peu âpre, dit M. Jacquinet, il s'anime parfois et produit alors un effet d'émotion ou de terreur, liais il rédigea en latin ses sermons prononcés d'abord en français. Il esl curieux de noter que, parmi lites dont. Pascal, dans les Provincial >. attaque

non seulement la morale facile, mai- le faux goût, les deux pré- <iui se distinguèrent le plus, l'un dans la première,

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