PREMIER POINT
Les enfants du siècle, prévenus des maximes d'une politique profane, prétendent que l'Église ne saurait se passer du secours des princes et de la protection de leurs armes, surtout dans les pays où les hérétiques peuvent l'attaquer. Aveugles, qui veulent mesurer l'ouvrage de Dieu par celui des hommes!... O hommes faibles et impuissants qu'on nomme les rois et les princes du monde, vous n'avez qu'une force empruntée pour un peu de temps: l'Époux, qui vous la prête, ne vous la confie qu'afin que vous serviez TÉpouse. Si vous manquiez à l'Épouse, vous manqueriez à l'Époux même; U saurait transporter son glaive en d'autres mains.
Que les princes qui se vantent de protéger l'Église ne se flattent donc pas jusqu'à croire qu'elle tomberait s'ils ne la portaient pas dans leurs mains. S'ils cessaient de la soutenir, le Tout-Puissant la porterait lui-même. Pour eux, « faute de la servir, ils périraient », selon les saints oracles...
En vain quelqu'un dira que l'Église est dans l'État. L'Église, il est vrai, est dans l'État pour obéir au prince dans tout ce qui est temporel ; mais quoiqu'elle se trouve dans l'État, elle n'en dépend jamais pour aucune fonction spirituelle. Elle est en ce monde, mais c'est pour le convertir ; elle est en ce monde, mais c'est pour le gouverner par rapport au salut. Elle use de ce monde en passant, comme n'en usant pas ; elle y est comme Israël fut (étranger et voyageur au milieu du désert; elle est déjà d'un autre monde, qui est au-dessus de celui-ci. Le monde, en se soumettant à l'Église, n'a point acquis le droit de l'assujettir; les princes, en devenant les enfants de l'Église, ne sont point devenus ses maîtres: ils doivent la « servir » et non la dominer ; « baiser la poussière de ses pieds », et non lui imposer le joug.
C, de Litt. — FÉNELON {Dialog, sur Véloq.), 2
Plutôt quo <\<i subir lo joug des puissances du siôcle et de perdre la liberté (!van;,'ôliqu(î,oll(jriiiidr;uttous les biens temporels qu'elle a roçus des princes...
() hommes qui n'êtes (lu'hommes, quoique la flatterie vous tente d'oublier l'humanitp, et vous élever au-dessus d'elle, souvenez- vous que Dieu peut tout survous,et que vous ne pouvez rion contrelui. Troubler l'Église dans «es fr)nction8, c'est attaquer le Très-Haut dans ce qu'il a de plus cher, qui est son Épouse; c'est blasphémer contre les promesses; c'est oser rimpossible ; c'est vouloir u renverser le rèf?ne éternel ». Kois de la terre, vous vous ligueriez en vain contre le Seigneur et contre son Christ; en vain vous renouvelleriez les persécutions : en les renouvelant, vous ne ferlez que puritler l'Église, et que ramener pour elle la beauté de ses anciens jours. Si les rois manquaient à la « servir» et à lui obéir, la puissance leur serait enlevée. Le Dieu des armées, sans qui on garderait en vain les villes, no combattrait plus avec eux.
Non seulement les princes ne peuvent rien contre l'Église, mais encore ils ne peuvent rien pour elle touchant le spirituel, qu'en lui obéissant. Il est vrai que le prince pieux et zélé est nommé '< l'évéque du dehors >» et le « protecteur des canons » ; expressions que nous répéterons sans cesse avec joie, dans le sens modéré des anciens (jui s'en sont servis. Mais Tévôque du dehors ne doit jamais entreprendre la fonction de celui du dedans. Il se tient, le glaive en main, h la porte du sanctuaire ; mais il prend garde de n'y entrer pas. Kn même temps qu'il protège, il obéit; il protège les décisions, mais il n'en fait aucune. Voici les deux fonctions auxquelles 11 se borne : la première est de maintenir l'Église en pleine liberté contre tous ses ennemis du dehors, afin qu'elle puisse au dedans, sans aucune gène, prononcer, décider, approuver, corriger, enfm abattre toute hauteur qui s'élève contre la science de Dieu ; la seconde est d'a])puyer ces mômes décisions, dès qu'elles sont faites, sans se permettre jamais, sous «aucun prétexte, do les interpréter.
Quelque besoin que l'Église ait d'un prompt secours contre les hérésies et contre les ubu.s, elle a encore plus besoin de conserver sa liberté...