‹ Cours de littérature (volume 4)Chapitre 98 sur 178 · A. la classe jaune, juillet · texte numérisé non relu

A. la classe jaune, juillet

t. A lu classe rouge, 1701.

montrer le côté poiHique de Téconomie des devoirs, surtout à ceux et à colles dont la vie doit être dépouillée de plaisirs, au sens vulgaire du mot. Saint François de Sales entendait mieux les côtés riants du bien. Je ne comprendrai jamais comment Louis XIV a pu épouser ce volume dépareillé de morale étriquée. Je crois que M. Saint-Marc Girardin pourrait bien m'appeler en duel pour cette irrévérence...

Ses préceptes et sa direction furent excellents dans le détail et pour la manière d'enseigner, de faire la classe, mais Tesprit même de son enseignement est demeuré trop étroit. Nulle liberté offerte aux intelligences, nul regard vers la vie réelle, sur la ilSlure, sur la campagne, nulle imagination. Un seul horizon, la cour... L'éducation n'est pour ces jeunes filles que négative et préventive : on ne leur fait apercevoir dans la vie que dégoûts et dangers, et il ne leur reste que le choix entre la cour et les austérités du couvent... Rien n'est moins ménagé, plus désenchanteur, plus triste que les tableaux qu'elle leur fait d'avance du sort qui leur est réservé. Fallait-il dissiper sans merci toute illusion, au risque de tuer l'espérance?...

Elle assombrissait le printemps de ces jeunes filles par la mélancolie de son automne, et bientôt par les glaces de son hiver ^

D'autres, moins nombreux, il faut l'avouer, se refusent à voir dans ces graves conseils un pessimisme désenchanteur. « Ce que M™« de Maintenon veut surtout qu'on apprenne aux jeunes lilles, dit Saint-Marc Girardin, c'est ce qu'on appellerait dans le jargon de nos jours le sérieux de la vie, et elle a raison, car c'est là en vérité la maîtresse science. » Et M. Faguet loue la « tristesse mâle et courageuse » de cet enseignement moral, qui montre la vie telle qu'elle est. On a exagéré peut-être en effet ce qu'il pouvait y avoir de décourageant dans cette tristesse, et l'on n'a pas vu ce qu'elle pouvait avoir de fortifiant. On n'a pas vu surtout qu'une certaine tristesse était inséparable ici du fond des choses. Mais la vraie question est une question de mesure. On ne demande point que toute réalité soit idéalisée, que des fleurs soient partout répandues. Mais toute réalité n'est pas nécessairement sombre; tous les maris ne sont pas égoïsles et bourrus; toutes les existences ne sont pas asservies au morne accomplissement d'un devoir qu'on subit sans l'aimer. Pourquoi NI""® de Maintenon, qui a le sens délicat de la mesure, dépasse-t-elle la mesure, ici, quelquefois? Parce qu'ici, plus qu'ailleurs, cll(i est elle-même, et parce qu'elle ne peut s'empùcher de se revoir elle-même en ces jeunes filles.

Sa vie extraordinaire, composée d'al)or<l d'amorlume, puis d'incroyable triompho, ne lui avait i)as été h elle-même, i)Our une l:\che si délicate, une préparation heureuse. Elle avait appris à se délier d'un monde corrompu et

1. Doudan, lettre h M"« Gavard, 16 mars 1868. Geffroy, Jacquinet, TroUlot, ctud» s citées ù la Bibliographie.

à lui résister en s*enfermant dans une perpétuelle contrainte ; il était naturel qu'elle fût moins habile à ces autres vertus que l'œuvre de l'éducation réclame, l'oubli de soi-môme, l'indulgence et la suprême bonté. Lisez ses Entretiens et ses Lettres..., vous verrez que tout se rapporte à elle; c'est de sa vie et de ses exemples que tous les enseignements sont tirés; elle oublie la vie réelle et commune, et par suite engage à son insu les jeunes filles vers des carrières d'exception '.

Ne croyons pas à un orgueil naïf et inconscient. Celle qui écrivait dans ses Maximes : a Si vous voulez être agréable dans la conversation, ne parlez guère de vous, » savait aussi que, dans renseignement, parler beaucoup de soi n'est pas sans danger, soit que les jeunes gens s'emparent de votre exemple pour l'imiter, soit qu'ils sourient de votre complaisance à vous offrir comme modèle. Elle est la première à sourire du travers dont elle a conscience'^. « Vous savez, dit-elle, que je tombe toujours dans le ridicule de me donner pour exemple; mais c'est à mes enfants et pour les instruire. Je me souviens que... » Et elle raconte comment, dans un temps où elle n'était « pas même dévote », le désir de l'honneur et de la réputation faisait chez elle l'ofQce de la charité absente 3. Pour braver le léger ridicule qu'elle est la première à dénoncer, il faut qu'elle se croie non seulement le droit, mais le devoir de faire profiter de son expérience ces jeunes filles dont la situation n'est pas sans analogie avec celle de Françoise d'Aubigné. Mais comment Françoise d'Aubigné est-elle devenue M"*« de Maintenon? Par une conduite bien particulière, et qu'il faut craindre d'ériger en règle. Or, c'est bien en règle qu'elle érige cet amour de la réputation dont il est parlé à satiété dans les Entretiens. Dans des Instructions de 1708, elle regrette de n'avoir pas fait pour Dieu ce qu'elle a fait dans le monde pour conserver sa réputation; mais elle ne détourne pas ses filles de l'imiter :

Cet amour de la réputalion, quoiqu'il soit mêlé d'orgueil et de fierté, et que par conséquent la piété doive le corriger, est cependant d'une grande utilité aux jeunes personnes; c'est le supplément de la piété pour les préserver des plus grands désordres. C'est pourquoi je ne conseillerais jamais

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