PRÉFACE, XXJ
tt Quelquefois , solitaire et triste , je descendais sur le rivage de la mer ; et à l'aspect des vais-^ seaux qui fendaient les ondes : Heureux, m'écriais-je, ceux qui naviguent! Oiseaux marins, portez-moi sur vos blanches ailes , jusque dans les ports de ma patrie!
« Un jour , après un violent orage , je me prormenais lentement , avec un ami , sur les rives d'un fleuve débordé. Au milieu des débris arrachés par l'onde furieuse , flottait le tronc d'un grand chêne. Vois, dis -je à mon ami, vois ce chêne entraîné par le courant rapide : hier il avait un épais feuillage ; son ombre rafraîchissait la terre ; des oiseaux mélodieux se jouaient sur ses branches; à ses pieds le berger enflait son chalumeau; aujourd'hui, déraciné par la tempête , il roule dans TArno , jouet des vagues écumantes. >
« Cher ami , ^e suis semblable à ce chêne depuis que j'ai quitté ma famille , depuis que je vis seul et délaissé. »
XXÎj PRÉFACE.
Cest en Bessarabie et en Toscane (de 1821 à 1825) que M/ Rizo a composé la plupart de ses poésies détachées, qui seront peut-être publiées un jour. Arraché à la Grèce et à sa famille, toutes ses pensées se tournaient vers les objets de son affection ; et tantôt il exhalait en vers mélancoliques les regrets de l'absence ; tantôt , ému d'admiration et de pitié pour les héroïques défenseurs de sa patrie, il prenait sa lyre , et soutenait par des hymnes guerriei^ leurs efforts et leur constance. Son Ode aupc Grecs ^ imprimée à Leipsick en 1 823 , avec une traduction en vers allemands, respire une véritable chaleur. Elle a été réimprimée en 1824 à Missolonghi, dans le journal intitulé Chroniques grecques*
Occupé de son Cours de littérature depuis son arrivée dans notre ville. M/ Rizo a quitté momentanément la poésie , à laquelle il demanda si souvent des consolations ou un sou-
PRÉFACE, XXÎij
lagement à ses peines. Des relations d'amitié avec plusieurs savans genevois; le spectacle édifiant de l'enthousiasme des Suisses pour la cause des Hellènes ; Fespoir bien fondé de la délivrance prochaine de la Grèce ; des témoignages non équivoques de considération de la part d'illustres voyageurs qui ont traversé Genève ; * toutes ces circonstances ont réjoui son cœur attristé , et semé de quelques fleurs une vie désenchantée. Dans ce moment. M/ Rizo, encouragé par l'accueil flatteur fait à son coui^ de littérature, prépare une Histoire de la Réçolution actuelle de la Grèce; et l'on peut être sûr que cet ou^Tage, entièrement neuf et original , rédigé sur des documens ofli-
* Parmi ces voyageurs, il suffira de nommer M.' Cbampollion le jeune, dont le nom peut se passer d'éloges , et M.r le comte Mocenigo, de Corfou , ambassadeur de Russie à Turin , Tun des hommes qui ont le plus contribué à la civilisation de la Grèce.
Xxiv PRÉFACE.
ciels par un homme qui connaît à ftmd le caractère des deux peuples, et qui a eu des rapports intimes avec les principaux acteurs de cette grande scène , sera ëcrit avec toute la fidélité de Thistorien, l'éloquence du poète, et le patriotisme du citoyen^
Genève , ce 4o décembre ïSjéS.