MACHINES THERM[QUES DIVERSES
d'une conception, plus originale sans doute qu'utile, qu'il convient de mentionner ici .
A l'aide de la vapeur d'échappement d'une machine ordinaire, on échauiTe, non plus un auti*e corps plus volatil que l'eau, mais au conti*aire un liquide relativement fixe, tel que l'huile. On conçoit que, malgré la faible dilatation dont les liquides sont susceptibles, on puisse cependant recueillir un travail appréciable, en raison de Textrôme intensité des efforts qui se trouvent alors mis en jeu. L'incompressibilité de ces corps est en effet bien connue, et ne se laisse vaincre que par des forces énormes.
C'est dans ces conditions que M. Tommasi a proposé son moteur hydrothermique ('). Les avantages qu'il en attend sont la petitesse du générateur (un litre par force de cheval), et l'innocuité relative des explosions, puisque l'agent moteur n'est susceptible que d'une expansion insignifiante, avant de se trouver désarmé.
M. Follard (*) et M. Brayton ("') ont également présenté des moteurs fondés sur le principe do la dilatation des liquides.
MACHINES A ilMIHOlVIiiQUE
5Î89 — Tous les moteurs précédents (*) sont basés sur la dilatation qu'éprouve un corps homogène sous l'empire de la chaleur, en prenant la forme gazeuse, soit qu'il accomplisse en cet état toute son évolution, comme l'air, soit qu'alternativement il rentre dans l'état liquide pour en sortir de nouveau, comme l'eau.
Or le phénomène de la vaporisation n'est pas le seul mécanisme moléculaire qui permette celle énorme expansion d'un liquide à l'état aériforme. La dissolution d'un gaz dans l'eau en fournit un
(*) Us Mandes, t. XXX, p. 404; XXXVIII, 589. — Revue universelle des mûtes et de la métallurgie, t. XXIV, p. 409. — The universal Engineer, 18 octobre 18Î8, p. 51, (*) L'Aéronaute, mai 1871.
(5) Ibidem, aoûl 1876, p. 209.
(*) A la seule exception de ce dernier (n* 528).
autre mode (*). La quantité dissoute est essentiellement une fonction de la température et de la pression ('). Un tel corps pourra donc se prêter à un jeu semblable à celui des vapeurs saturées, suivant les variations que viendront à subir ces deux éléments essentiels. 11 suffira pour cela d'emprunter au répertoire de la chimie un gaz qui présente pour Teau une solubilité à la fois con sidérable et très rapide.
Or il est un corps qui possède ces deui propriétés au plus haut degré. C'est le gaz ammoniac ('). A 15 degrés, Teau en dissout 743 fois son volume, et avec une étonnante vitesse. L'initiative de son emploi dans les machines semble devoir être reportée à M. Frot, ingénieur de la marine (*). Un moteur analogue a été construit également par M, Pietro Cordenons, à Rovigo (*).
La dissolution ammoniacale est chauffée au moyen d'un générateur (fig. 294) dont la pression peut atteindre 15 atmosphères (•). L'ammoniaque se dégage, et il s'y joint une certaine quantité de vapeur d'eau, qui entre en action pour son propre compte ('). On peut estimer la proportion de cette dernière à un sixième environ. Ce mélange , après avoir agi sur le piston , passe à travers un condenseur de surface, et se rend de là dans un dissoluteur qui
(*) La dissociation réversible constitue encore un phénomène analognc à la vaporisation, mais sa grande lenteur relative la met ici lioi^ de cause.
(*) Ilaoult. Remarques sur un calcul de M. Van t'Hoff relatif à la tension des vapeurs des dissolutions. Comptes rcndun de l'Académie des sciences, juin 1887, p. 18.^7.
(') D'après Carius [Annales des mines y juillet-août 1878, p. 82), le coefticient de solubilité du gaz ammoniac dans l'eau est représenté par cette formule empirique :
(*) Frot. Bulletin de V Association scientifique de France^ mars 1870. — Mouchol. La Chaleur solaire et ses applications industrielles ^ p. 203.
(*) Bitard. La Science populaire, mars 1881. — De Graffigny. Les Moteurs anciens et modernes, p. 285.
(^) M. Frot a proposé à cet égard la formule empirique suivante, pour exprimer en atmosphères la pression P, en fonction de la température 0 :
H. Rouart a donné, de son côté, une table faisant connaître, poui* les diverses tem^ pératures, la pression de la chaudière ammoniacale (l^edoux. Annalesdes mines, juilletaoût 1878, p. 193).
(T En foimant une association que l'on peut rapprocher par la pensée, jusqu'à un certain point, de celle de l'air et de l'eau dans les aéro-vapeurs (n* 513).
MACHINES THERMIQUES DIVERSES. 8S1
complète sa liquéfaction; après quoi une pompe alimentaire refoule dans la chaudière la solution alcaline. La mise en pression est assez rapide; en un quart d'heure on atteint facilement le chifTre de 6 atmosphères.
Le cuivre et le bronze ne sauraient entrer dans la composition de cette machine; l'ammoniaque les attaque. On se voit donc obligé de les remplacer par le fer. Cet alcali exerce en même temps sur les huiles et sur les graisses une action saponifiante, qui tend fi aveugler les fuites.
M. Tixier, de Bordeaux ('), a proposé l'emploi de l'ammoniaque, alternativement séparée de l'eau, avec liqiiélaction dans un condenseur, et recombinée à
ce liquide en produisant un dégagement •
de chaleur que l'on utilise pour la transformation en travail. Des expt'^ricn* ces de Fahrc et Silbermann portent à SWtô par kilogramme de gaz dissous le ralorique dégagé dans cette réaction (').
M. Pollard (^) a rais en avant un système de réservoirs mobiles à ammoniaque comprimée, lis sont chargés dans une usine spéciale, cl transportés dans les ateliers pour lesquels, par exemple, on redoute le voisinage du feu ; ce qui en éloigne les machines à vapeur ou il gaz. L'ammoniaque, en se détendant, l'ait marcher un récepteur installé ù poste fixe, et se liquélie dans un réservoir qui est portatif comme le récipient lui-même. L'idée particulièrement ori^nale du projet de AI. Pollard consiste à opposer l'un à l'autre le refroidissement du récipient et l'i^'chauffcmcnt du condenseur, qui, séparés, nécessiteraient l'emploi de deux courants extérieurs, l'un d'eau froide, l'autre d'eau chaude. L'auteur renferme & cet
(') De Gradlim]'. Lei MoUurt ancietu et modernes, \\. SS7.
('] Kabre ci Silbcnnann. Sur la clinlpur produite par les combinaisons cbimiques. Comptei rtHdu» de l'Académie de» icienen, I. XVUI, p. 603; XX. \Mi; XXI, 944; XXII; IXIll; XXIV, 1081: XXVI; XXVll; XXTill. 0^7; XXIX. UO.
('] Halon de la Goupillièrc, Bullelin det SoeUtH tavantet, 3' s^rip, t. I, p. 50^.
efTet le récipient dans le condenseur, en calculant avec précision les éléments du système, de manière à obtenir une compensation exacte au moyen de cet antagonisme. Cet ensemble d'idées est assurément fort ingénieux, mais trop compliqué.
Citons encore la proposition de MM. Tommasi et Francisque Michel (') pour le transport des dépêches dans des tubes souterrains, au moyen de trains f ) actionnés par Tammoniaque, que Ton dégage ou que Ton condense alternativement sur Tune ou l'autre face du piston -convoyeur, au moyen d'appareils fixes placés aux extrémités.
Je mentionnerai de même les locomotives de tramways mues par l'ammoniaque et chauffées à l'eau chaude , que le docteur Zamin a fait fonctionner à la Nouvelle-Orléans (').
M. Tellier (^) a proposé de faire chauffer par les rayons du soleil une machine à ammoniaque, qui se rattache ainsi aux moteurs solaires dont nous parlerons plus loin (n"" 552).
C'est encore dans la môme catégorie de moteurs que se range la pompe solaire à ammoniaque et à impulsion directe, de M. Théophile Foucault (% analogue aux pompes à impulsion directe de vapeur (•). On a soin alors de séparer, au moyen d'une couche d'huile de pétrole, l'ammoniaque de l'eau à élever, dans laquelle, en l'absence de cette précaution, le gaz moteur disparaîtrait instantanément, en raison de son extrême solubilité.
Je me bornerai enfin à citer les machines à ammoniaque Arnous- Lamm, Barker, Boulet, Broomann-Flandrin, Dufrené, Fiot, Henderson, Campbell, Hughes-Lcpcnc, Mcwburn-Gamgec, Mort, Palrick- Jay-Mahon, Pollack, Bees-Beecc.
(*) Les Mondes, t. XXXI, p. 542.
(*) Voy. ci-dossus, ii" 516.
(') Teliier. Les Mondes, t. XXV, p. 525. — Compter rendue de r Académie des sciences, t. LX, p. 59. — Annales des Ponts el chaussées, h* série, t. XVI, p. 261. — Génie civil, t. IX, p. 539. — Proreedings of thc înstilulion of civil Engineers, t. LVI.
{*) TcUier. Sur une nouvelle application du gaz aiuiuouiac à la inécaiiiquc. Mém. scient,, t. VII, p. 124. — Génie civiL t. Vil. p. 285. — liei-ue des questions scienti* figues de la Société de Bruxelles, 20 juillet 1H86, p. 536. — La Nature, 1885, 2* seinesti^e, p. 221.
(') Portefeuille économique des machines* 1880, p. 149. — Les Mondes, t. XIJ. p. 389. — Moniteur universel, 9 novembre 1877.
('^j Haton de la (ioupiUièrc. Cours d'Exploitation des mines, t. II. p. 907.
MACHINES THERMIQUES DIVERSES. 855
580 — Des tentatives ont été faites dans le même sens, en substituant à l'ammoniaque l*acide carbonique. Il ne faut pas confondre cette sorte de machine à eau de Seliz avec les appareils redoutables que Ton a fondés sur remploi de Tacide carbonique liquéfié par la pression (n"^ 520). La solubilité de ce gaz dans Teau étant du reste beaucoup moins nette que celle de Fammoniaque, on n'aperçoit pas de motif de préférence en sa faveur. M. Bord avait installé à Bordeaux (') un moteur de ce genre, à la pression de 6 atmosphères. On peut encore citer, dans cet ordre d'idées, les machines Bourne, Geisenberger-Cherpit, Lake-Kellog.
M. Kercado a proposé de même d'avoir recours au gaz acide chlorhydrique, qui semble devoir soulever encore plus d'objections que le précédent.
M. Barker s'est rejeté sur la dissolution d'éther sulfurique; système qu'il ne laut pas non plus confondre avec le mode d'emploi direct de ce corps qui a été signalé plus haut (n** 521).
FULlHI.niOTElJRS
531 — Le dégagement d'un gaz hors de sa dissolution aqueuse nous présente déjà une sorte de décomposition chimique d'une substance homogène, que Ton ne saurait cependant assimiler à un composé à proportions définies. En poursuivant dans cette voie, nous rencontrons des moteurs à action chimique proprement dite, c'est-à-dire fondés sur l'expansion considérable que certains corps , ou mélanges de corps, acquièrent par le développement de la réaction chimique dont ils sont susceptibles.
Les plus avantageux pour cet usage seront naturellement ceux que l'on désigne sous le nom d'explosifs. On les emploie d'ordinaire pour produire, en un temps extraordinairement court, une action violente, telle que la rupture des rochers, ou la propulsion de pro-
(•} Let Mondes, t. XXXI, p. 246.
jecliles d'arlillerie. Certains esprits ont entrepris de dompter et d'assouplir cette force, en remployant à la production industrielle du travail, dans des machines qui ont reçu le nom de fulmi-moteurs.
La première idée de cette application a été émise, à une date fort ancienne, et d'ailleurs d'une manière assez confuse, par l'abbé de liautefeuille. Il proposait de se servir de la poudre à canon pour produire, par suite du refroidissement qui succédait à l'explosion, un vide artificiel dans une capacité au sein de laquelle l'eau s'élèverait ensuite sous l'empire de la pression atmosphérique.
Cette notion fut reprise en 1682 par Iluyghens de Zulichen, qui établit, avec le concours de Papin, une véritable machine atmosphérique (*).
M. Gros a construit en 1865 une machine-revolver dont les r.anons venaient détoner successivement dans un générateur maintenu à la pression de 15 atmosphères. De là le gaz était admis dans un récepteur à tiroir. Des mécanismes automatiques faisaient tourner le revolver, enlevaient les vieilles cartouches, et en introduisaient de nouvelles.
M. Debriat a proposé, sous le nom de chjnamophone^ un moteur à poudre avec inflammation par l'étincelle électrique (*).
M. Thomas Shaw, ingénieur américain, a eu l'idée d'efiectuer à l'aide de cet explosif l'enfoncement des pilotis f). Une cartouche est déposée sur la tète du pieu. Le mouton l'écrase, et sa déflagration détermine l'enfoncement, en même temps qu'elle relève le mouton jusqu'au déclic qui le retient suspendu.
Le colonel de Prodanovie, du Corps du Génie autrichien, a repris la même idée (*). A l'aide de 300 grammes de dynamite, bourrée au sable, il obtenait 5 coups par minute d'un mouton de 750 kilogrammes tombant d'une hauteur de 5 mètres.
MM. Hureau de Villeneuve et Penaud ont proposé l'emploi d'exil) De Grafligny. Les Moteurs anciens et modernes^ p. 69. — Armenf^ud jeune. Conférence sur les machines à gaz, Imprimerie nationale, 1879. — IXevue des questions êcienlifiques de la Sociétt* de Bruxelles, 1883, p. 101. (*) Lumière électrique, t. XXVI, p. 297.
(3) Gazette des Ingénieurs du Hanovre. — Les Mondes, t. XXXYII, p. 509. {♦) Génie civil, l. III, p. 88. — Annales industrielles, 1883, l. I, p. 485. — Haton de la Goupillière. Revue des travaux scientifiques, t. IV, p. 89. — Wochenschrift der Œsterreichen Ingénieur und Architekten Vereins, 1883.
UACHi:4ES THEimiQUES ilIVERSES. ft55
plosifs azotés, en mettant en présence leurs éléments priinitirs, de manière que le composé se forme et détone successivement {').
M. Renoir a présenté dans ce snns un projet de machine k nliroglycéiine. MM. Wolf et Pîelicker (') ont également formulé, une description dont j'indiquerai sommairement les éléments (fig. 295).
Fig. Î9Ï. — Holeuv Wolf et Picticker il nilroglyccrin.) (coupe vertirale).
Le piston A reste fixe. Le cylindre B est soulevé par l'expansion des gaz, et attaque l'arbre coudé par l'intermédiaire d'une bielle. Celte explosion se produit snus l'inlliience de conducteurs électriques, et de commutateurs tournant avec l'arbre. Sur la surface supérieure du piston se trouve pratiqué un godet a, dans lequel parviennent la glycérine, l'acide azotique et l'acide sulfuriquc. Ces liquides sont
(') ilui-fau de Villcnnjvp. L'.iéronault, octobre 1874, p. 301. — Aluiariili-e Cîui-co. Propjlscur à r<ïucliuii alimctili^ par un nxplusir »|>éciul. Le Figaro, t3 (tcluhre 188H.
C) ButUlin de la Soi^iélé iTeiieaurajciaeitl pour l'Iiidutlric nationaU, *■ série, t. [I. p. 2W. — DingUr't polgltchniiehet Joanial, 1887.
distribués dans ce récipient par un disque tournant, à 1 aide des trois tulles C, D, E. Les gaz sont évacués au moyen du robinet F, alternativement ouvert ou fermé par les taquets G et H, que manœuvre une tringle commandée par l'arbre moteur. Pour arrêter la machine, il suffit de déclencher le commutateur électrique. On peut également se servir, pour obtenir ce résultat, d'un piston I, qui interrompt la distribution des liquides, et fait remonter ces derniers dans les trois tubes, de manière à vider le godet a, en vue d'éviter Taccumulation de l'explosif pendant l'arrôt de l'appareil.
11 est à peine nécessaire de faire remarquer, en terminant ce paragraphe, à quel point ces diverses propositions sont encore précaires, dangereuses et éloignées de la sanction de la pratique.
JHOTEtlR» SOLAIRES
58!S — Les différents moteurs que nous avons énumérés dans ce chapitre, se distinguent les uns des autres par le choix du corps employé comme véhicule de chaleur. Il n'en est plus de même pour la dernière catégorie dont nous avons encore à parler : celle des moteurs solaires (*). Ici la caractéristique réside uniquement dans
(*) Houciiot [La chaleur solaire cl se» applicalions industrielles. Paris, Gaulhier- Villars, 1869. — Les Mondes, l. LU, p. 49. — Comptes rendus de l'Académie des sciences, 4 octobre 1875; t. LXXX.I, p. 571. — Engineering, décembre 1875, p. 512). — Abel Piffre (Appareils solaires cl services qu'ils peuvent i^ndre. Bulletin de la Société des Ingénieurs civils, 20 février 1880. — Les récepteurs solaires. Annales industrielles. 10 août 1879, p. 170. — Conférence sur l'utilisation de la chaleur solaire, Iiupriinertc nationale, 1878. — Mémoire sur les appareils solaires et leur application en Afrique^ 1880, in-4*». — L'béliodynainique et les applications de la clialeur solain?. lierne des cours scienlifiques, 0 janvier 1S83, p. 15;. — Tellier (Élévation d'eau par la chaleur alniospbériqne. Génie civil, t. XI, p. 380. — Machines solaires à ammoniaque. La Nature, 1885, 2" semestre, p. 221). — Foucault (Fontaine solaire à ammoniaque. Portefeuille économique des machines, 1880, p. 149. — Moniteur universel, 9 novembre 1877. — Machine solaire à ammoniaque. Revue des questions scientifiques de la Société de Briuellcs, 20 juillet 1886, p. 530). — Gilbert. L'énergfie solaire, lievue des questions scientifiques de la Société de Bruxelles, 1885, p. 513. — Cazin. Les forces motrices. Bévue des cours scientifiques, 19 février 1870, p. 186. — Bontemits. La machine solaire de M. Mouchot. La Nature, 15 janvier 1876, p. 102. — Louis de Royaumont. La Conquête du Soleil f 1882. — Crova. Comptes rendus de V Académie des sciences, t. XCIV.
MACHINES THERMIQUES DHERSES. 857
le mode de chaufTage (*), qui, au lieu de dériver d'un foyer construit de main d'homme et alimenté avec un combustible effectif, se trouve puisé directement dans cet immense réservoir de calorique que le soleil déverse sans relâche à travers le moride, et dont une minime partie se trouve arrêtée au passage par le globe terrestre. De cette dernière portion, Thumanitc ne saurait jamais utiliser, dans ses rêves les plus ambitieux, qu'une fraction relativement insignifiante; mais celle-ci pourrait cependant suffire théoriquement à fournir le total d'énergie nécessaire pour la plupart des besoins industriels, si nous étions en mesure, d'une part, de la capter sur une grande échelle, et, en même temps, d'en uniformiser l'emploi; programme qui, précisé en ces termes, reste encore chimérique dans l'état actuel de la question.
On sait en effet, d'après les expériences de Pouillet et de M.Violle ("), qu'un mètre carré de surface exposé normalement aux rayons du soleil à Paris reçoit, dans les conditions les plus favorables, environ 13 calories par minute, ce qui représente théoriquement en
chevaux-vapeur :
()0x 7o c'est-à-dire plus d'un cheval f). La superficie d'un hectare sous une
p. 043. — Bertraiid. Journal det savants^ septembre i87i. — Bulletin de la Sociélé det sciences de Kancy, 2" série, t. III, p. 91. — Bulletin de la Société des anciens Élèves des Écoles d'arts et métiers, mai 1883, p. 5(53. — The ulilisatioii of solar heat for thc élévation of water. Scientifie American, 3 octobre 1885, p. 214. — The Engineer, 47 janvier 1887, p. 39. — Machine Weston, fondée ^r l'action de la lumièrc solaire sui* le sélénium. La Lumière électrique, t. XXX, p. 190.
(•) Quant au choix du coi'ps qui sert de véhicule à la chaleur, il reste absolument arbiti*aire; c'est tantôt la dilatation de l'air, ou une chaudière à vapeur d'eau, l'ammoniaque, etc.
(*) Pouillet. Mémoire sur la chaleur solaire. Comptes rendus de VAcadémie des sciences, t. YI et Vil. — Violle. Annales de chimie et de physique, h' série, t. X. — Soret. Sur l'intensité de la radiation solaire. Comptes rendus de l Académie des sciences, t. LXV, p. 520. — Plaar. Mémoire sur la chaleur solaire reçue eu un point quelconque de la terre. Ibidem, t. XLIII, p. 1095. — W. Siemens. Die Erhaltùng der Sonner Energie, «84. — Vi. Thomson. Trealise on natural philosophy, 1883. — Aisecchi. Le Soleil, t. II, p. 258.
(') Si l'on tient compte à la fois de l'absorption par l'atmosphère ten*eslrc et de la distance, on trouve que l'émission caloritique de la surface entière du soleil représente l'équivalent d'une énerjrie mécanique égale à : 217 x 10», ou environ 2 sexlillions de chevaux-vapeur.
858 THERHODYNAMIQDE.
lumière zénithale correspondrait par conséquent à plus de dix mille chevaux nominaux {*).
Ce genre d'application acquerrait évidemment une importance toute spéciale dans des contrées beaucoup plus méridionales que Paris, plus chaudes par conséquent, et supposées dénuées d'eau ci de moyens de communication qui permettent de se procurer économiquement le combuslible. L*unedes applications les plus curieuses que Ton y pourrait effectuer, serait assurément l'association des moteurs solaires avec les appareils frigorifiques qui formeront l'objet du chapitre suivant, en vue d'appliquer directement la chaleur torride des tropiques à la fabrication de la glace sans aucun secours étranger (*) ; d'où une influence inappréciable sur les effets du climat et sur l'hygiène.
Ainsi que nous venons de le dire, les résultats pratiques sont encore aujourd'hui dans l'enfance. 11 n'en est pas moins intéressant d'insister sur l'importance d'une telle ressource pour le jour où quelque trait de génie, qu'il est encore impossible de soupçonner, aurait mis l'homme en possession d'un moyen simple et pratique d'utilisation de la chaleur solaire, sous une forme régulière et suffisamment concenlrée. Il s'agit, en effet, d'une source d'énergie qui est, de sa nature, absolument inépuisable; car si elle devait jamais décliner, elle commencerait par entraîner l'humanité dans sa ruine. Le combuslible minéral, au contraire, a ses jours marqués. On peut varier beaucoup sur l'appréciation de l'échéance définitive de son épuisement, et elle est assurément fort éloignée de notre époque, mais elle n'en est pas moins fatale. Cet antique approvisionnement, que l'homme dissipe si légèrement aujourd'hui, aura un jour son terme inexorable f).
(*) On verra plus loin (n** r)55) que l'on n'a réussi jusqu'ici à en uliliser que la vingtième partie environ, et avec des appareils dont la puissance individuelle ne saurait pratiquement dépasser deux ou ti*ois chevaux.
(*) Bucliwalder. Comptes rendus de V Académie de* sciences^ t. LXXWIH, p. 555.
(') On peut signaler comme un résenoir analogue d'une quantité rigoureusement inépuisable d'énergie, le phénomène des marées, eu vue du jour où l'on posséderait pour la capter sérieusement des ressources qui manquent cncoi*c, et où, en même tenipf, les moyens de transport de la foi'ce permettraient de la disséminer convenablement dans l'intérieur du territoire.
Ce problème est lui-même dans l'enfance. Il y a même lieu de se demander s*il est
MACHINES THERMIQUES DIVERSES. 859
533 — L'intérêt de cette question est tel qu'il n'y a pas lieu de s'étonner qu'elle ait depuis longtemps fixé l'attention des investigateurs. On trouve des essais de machines solaires jusque dans les Pneumatiques de Héron d'Alexandrie (*), où cet auteur parle d'inventions de ce genre léguées par les anciens. Après un long sommeil, ce problème a été repris à partir du xvi* siècle par Porta (*), Salomon de Caus n, Drebbel (*), Robert Fludd, Martini (') , Kircher (% de Châles ("), Bélidorf), de la Cliché, Evans (•), DeliancourtH, Ericsson (").
Aujourd'hui les applications effectives se réduisent à la machine Mouchot, dont la première idée peut être cherchée dans les expériences deTyndall sur la chaleur rayonnante de la lune("). Cet appareil a été beaucoup perfectionné par M. Abel Piffre, qui a fini par l'amener à un état vraiment pratique, quoique limité à de faibles puissances.
Un grand réflecteur, en forme de tronc de pyramide (fig. 296, 297), dont les faces sont constituées de plaques argentées, est monté à la manière d'un héliostat, de manière à pouvoir suivre le soleil dans son mouvement diurne. Il en concentre l'irradiation sur sa
de uatuiH; à faire jamais de gi*ands progrès. J'ai indiqué déjà {iv* 240) l'état de la question à cet égard.
On remarquera qu'il s'agit encore ici, comme pour les moteui*s solaires, de forces d'origine cosmique, tandis que l'industrie actuelle se sert uniquement de forces essentiellement terrestres. Mais il ne faut pas oublier (n* 386) que si ces dernières ont actuellement leur siège à la portée de notre main, elles ne s'en rattachent pas moins à la même source, soit quotidiennement, par le phénomène de l'insolation qui alimente nos cours d'eau, soit à l'époque reculée de la flore houillère, où l'énergie solaire s'employait avec une grande activité, sous l'influence d'une température qui a sensiblement diminué depuis lors, à flxer dans les plantes l'acide cai'bonique répandu dans l'atmosphère en plus grande quantité qu'à notre époque, séparée de ce temps par rimmense formation des carbonates jurassiques et crétacés.
(*) Quarante-septième appareil. 120 ans avant l'ère chrétienne.
(*) Porta. Magie naturelle^ livre XIX.
if) Salomon de Caus. Haisoitë des forces mouvantes, 1615.
{*) Alsted. Encyclopédie.
C^) Martini. Explication d'une figure et d'une machine réalisant le mouvement perpétuel sous forme d'horloge y 1040.
(*) Le P. Kirckcr. Traité de V aimant.
(^) IlilHet de Châles. Monde mathématique.
(*) Bernard Forest de Bélidor. Architecture hydraulique.
(•) Rapport sur les travaux de M. de Valcourt. Bulletin de la Société d'encouragement pour l'itiduslrie nationale, 1821.
(*<*) La Science pour tous, 16 février 1865.
[**) Mouchot. La chaleur solaire, p. 204.
(") Tyndall. La chaleur considérée comme un mode de fnouvement^ in 12, 1804, p. 401.
8U0 THERHODYTIAinQUG.
ligne focale, occupée par une petite chaudière à vapeur d'eau, dont
la surface a été noircie afin d'accroitre son pouvoir absorbant. Cno
r solairo ll«nAai-Pifftc (vue perspCM:IJvc;
enveloppe de verre augmente encore la concenIratiMi de la chaleur solaire dans cette région. Sous l'empire de la vapeur ainsi eogen-