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qu’ils avaient eues d’abord , on éprouva leur effet sur le somnambule ; il n’indiqua aucune différence dans l’effet avant et après cette opération , il s’endormit aussitôt qu’il les eut pris dans ses mains.
Une baguette de fer magnétisée fut mise dans le feu et rougie. Toute rouge elle fut jetée dans une tasse avec de l’eau et présentée au jeune homme par la même personne qui avait fait l’opération. Il s’endormit aussitôt qu’il l’eut dans ses mains.
Une grande feuille de papier entortillée et magnétisée fut brûlée sur une assiette de faïence. Le charbon et les cendres qui étaient restées sur l’assiette, furent présentées au somnambule, qui en prit autant qu’il put avec sa main et s’endormit en peu de moments.
On fit plusieurs contre-épreuves avec des objets qui étaient journellement entre les mains de tout le monde. On les lui mit sur les cuisses et dans les mains, mais il n’en fut aucunement affecté.
Les objets magnétisés , conservés avec soin , produisirent au bout de six mois les mêmes effets. Ils semblaient n’avoir rien perdu de leur force magnétique.
Toutes ces expériences faites avec le plus grand
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soin par le professeur Reuss et le docteur Lœwenthal , médecins à Moscou , ont été répétées par moi sur plusieurs sujets magnétiques , avec une légère différence dans les résultats. J’ai reconnu , en outre , que toutes les fois qu’un somnambule , éveillé ou endormi , s’approchait d’un lieu qui recélait des objets magnétisés , il éprouvait dans son état physique des changements remarquables. Dans le plus grand nombre de mes expériences j’avais eu le soin de bander les yeux des somnambules , et dans aucune il ne m’est arrivé de leur faire connaître le but de mes essais. Un jour, après avoir expérimenté et cherché avec opiniâtreté si quelques corps de la nature n’isolaient pas le somnambule de l’action de son magnétiseur , je m’avisai de prendre, dans la bibliothèque de la personne chez laquelle je faisais des expériences, un in-folio volumineux. Jemagnétisai le somnambule à travers les couvertures du livre, en dirigeant mes doigts en pointes; bientôt il éprouva les effets de la magnétisation comme si aucun corps n’avait été entre lui et moi. Je magnétisai alors lesomnambule à travers l’in-folio entier, et bientôt je vis avec surprise que l’épigastre, que je cherchais à actionner n’éprouvait rien, tandis que la tête et les pieds ressentaient l’action
magnétique d’une manière visible ; ce ne fut qu’en insistant un peu de temps que l’épigastre ressentit à son tour l’effet du magnétisme , mais d’une façon plus faible. Je répétai cette expérience sur d’autres organes et toujours ces organes éprouvèrent très-peu mon action , lorsque tout le reste du corps en était convulsé. Des essais répétés dans toutes les circonstances ne me permettent pas le doute sur ce fait extraordinaire ; c’est que ce qui isole le plus de tous les corps connus est le papier superposé en grand nombre de feuilles.
Nous terminerons cette leçon par quelques réflexions ingénieuses , suggérées par ces dernières expériences à M. de Eschenmeier , célèbre philosophe de Tubingen.
« Il y a donc, dit-il, un principe actif qui résiste à toutes les forces mécaniques , physiques et chimiques, qui s’attache aux corps par un lien indissoluble, qui pénètre dans leur substance comme un être spirituel , et triomphe même de l’action du feu. Mais son existence , indubitable par les effets qu’il produit , ne se dévoile pas aux sens de l’homme dans son état ordinaire ; il n’y a que cet épanouissement de noire personnalité , effectué par le rapport magnétique , qui nous met à même de voir , d’entendre et de sentir ce prin-
cipe de vie ; qui reçoit sa vigueur de la volonté de l’homme et agit avec une énergie proportionnée à la force de cette volonté. Quand il agit avec une grande énergie sur un organe doué d’une force égale , mais négative , ce qui suppose toujours l’existence d’uu contraste spécifique (comme lorsqu’un homme fort le dirige sur un garçon faible ) , alors ce principe agit comme l’éclair et parait anéantir tout-à-fait la vie. Dans l’état de veille ordinaire , l'homme n’est que dans un rapport général avec les êtres qui l’environnent ; il défend , dans cet état , l’individualité de sa personne par la force de sa volonté contre toute influence qui attaque la partie spirituelle de son existence , et cette volonté tient plus ou moins l’équilibre avec la volonté et l’action des autres créatures. Mais cette résistance ne subsiste qu’autant que le corps et lame conservent leur union intime ; c’est dans cet état que nous jouissons de la connaissance parfaite de nous-mêmes, et les notions, les sensations et la volonté, enharmonie avec le bien-être du corps , conservent aussi entre elles la juste proportion. Dans cet état , qui peut être regardé comme intermédiaire entre celui purement spirituel et celui des animaux , l’homme a devant lui , d’un côté , un monde
idéal , de l’autre côté , un monde corporel. Mais aussi longtemps que sa personnalité tient ferme et qu’il conserve la connaissance de lui - même , il ne peut pas réellement entrer ni dans l’un ni dans l’autre de ces deux mondes ; il ne peut qu’abaisser son idée en donnant l’empreinte de la vérité , de la beauté et de la bonté à ses notions , à ses sentiments et à ses actions ; mais il n’est pas en état de se transporter lui-même dans cette région où l'idée parvient à l’état de pureté et de clarté. Ce n’est que libre des entraves du corps qu’elle y arrive. Voilà les deux limites entre lesquelles se tient l’existence de l'homme dans l’état de veille ordinaire.
» L’existence d’un nouveau rapport spécifique peut changer cet état. Une impulsion quelconque, principalement une volonté étrangère , peut pénétrer dans ce cercle d’indifférence qui détermine l’état ordinaire , elle en ouvre les barrières et en écarte les contrastes, jusqu’à un certain degré; alors, d’un côté la partie humaine devient plus spirituelle , elle ne part plus de son premier point de vue , elle ne se contente plus de contempler la région de l’idée comme une constellation éloignée , mais elle s’y transporte ellemême , elle franchit les limites des sens et acquiert
des organes nouveaux. De l’autre côté la partie organique devenue plus matérielle commence à agir comme les fluides impondérables de l’électricité , du magnétisme minéral , etc. Dans cet état de contrastes exaltés l’homme est capable de recevoir objectivement le principe vital même, ou de le voir, de l’entendre et de le sentir; dans l’état ordinaire , c’est impossible , puisqu’alors ce même principe est activement ce qui entend, voit et sent , et ne peut donc être en même temps, entendu , vu et senti passivement. Dans l’état de veille magnétique , où les contrastes se trouvent exaltés , la partie spirituelle est moins liée à la partie organique; l’œil de la fantaisie, devenu lui-même plus intelligent , se place au-dessus du principe vital et le reçoit objectivement. On ne peut pas expliquer autrement et les constants effets des substances magnétisées sur les somnambules et les influences immédiates du magnétisme. Dans la veille magnétique , la partie spirituelle s’affranchit de l’empire du principe vital et le regarde comme un être subordonné ; c’est par la même raison que les somnambules étant sujets à l’influence énergique de la volonté du magnétiseur , peuvent envoyer leur propre principe vital comme un messager pour prendre connaissance
des régions les plus lointaines. Leur œil, semblable à un rayon de lumière s’étend à des distances immenses , ne prenant que la direction prescrite par la volonté du magnétiseur. C’est le même principe vital , qui s’attache aux corps par un lien indissoluble, sans y être aperçu dans l’état de veille ordinaire , parce que cet état n’admet aucun rapport spécifique et s’oppose plutôt à toutes les influences ; mais il est très-bien senti dans la veille magnétique par un organe réceptible. »
On ne pourra blâmer un essai qui a pour but de rapprocher de notre contemplation ces mystères de la nature , qui échappent à nos yeux : l’acte de la génération , la formation , le mouvement, la guérison, ne sont -ce pas des mystères? Concevons -nous cômment l’àme est liée avec son instrument , sur lequel elle fait résonner les accords infinis de ses notions, les mélodies de ses sentiments , les harmonies de ses idées et de ses résolutions ? La hauteur de V explication doit être proportionnée à la sublimité du problème; tout l’ordre physique et organique des êtres et tous les principes établis à ce sujet ne peuvent résoudre ces problèmes du magnétisme animal qui appartiennent proprement à la psy-
chologie , où les expériences physiques et chimiques ne peuvent plus servir On ne peut
• souffrir aucun mysticisme dans la nature ; les opérations qu’elle a couvertes du plus profond mystère ne sont secrètes que pour nos sens , elles ne le sont pas pour l’entendement et pour le principe qui peut encore les produire à la lumière.
Qu’il plaise enfin à la philosophie de descendre de ses substances universelles , de ses esprits , de ses lumières et autres notions générales , aux faits qui demandent si impérieusement son explication ; qu’elle essaie enfin l’application de ces principes généraux aux faits généralement reconnus , tels que l’acte de la génération , de la formation, de la guérison, de l’apperception sensuelle», de l’influence physique de l’àme sur son corps , etc.: alors on verra si la pompe avec laquelle on annonce ces principes ne fera pas place à une trèsgrande modestie et à l’aveu qu’ils ne mènent pas loin. Cette tâche est bien plus difficile à remplir que de s’amuser à poser des principes'généraux , que l’on trouve déjà tout établis dans les écoles ionienne , éléatique , pythagoréenne et platonicienne. Venons-en à leur application , et je crains bien qu’ils soient tout-à-fait insuffisants.
Dans la prochaine séance je reviendrai sur les phénomènes dont je vous ai entretenus, afin de justifier complètement notre croyance. Je crains,* cependant , de vous fatiguer par un grand nombre de citations , mais il est nécessaire de bien établir les preuves de l’existence du magnétisme avant de vous parler des effets thérapeutiques que nous lui attribuons. Je vous entretiendrai plus tard du somnambulisme et des principales facultés qui sont inhérentes à cet état.
Nous ferons en sorte de ne vous citer que des faits vérifiés par un grand nombre de médecins : leur témoignage, sans doute, sera d’un grand poids pour vous.
Mais rappelez- vous toujours que les mêmes faifê sont attestés par une foule de personnes instruites, qui , pour être étrangères à la médecine, n’en méritent pas moins beaucoup de confiance , et bien que je choisisse de préférence les assertions de médecins ,jene crois pas pour cela qu’eux seuls doivent être juges. Les phénomènes magnétiques ne demandent pour être appréciés et reconnus que l’exercice des sens, et, grâce à Dieu, nous en sommes tous pourvus. Dans cette circonstance c’est un triomphe pour nous de prendre nos preuves chez ceux qui s’opposèrent avec
le plus de constance aux progrès du magnétisme, ceux qui, pendant longtemps, accablèrent de •leurs dédains et de leur supériorité les personnes qui venaient leur raconter avec naïveté et conscience les phénomènes dont ils avaient été et les témoins et les agents.
Ce sera, Messieurs, une preuve de plus en faveur des esprits persuadés qu’il faut tôt ou tard rendre hommage à la vérité.