Cours de magnétisme humain en neuf leçons
Je vous ai invités à suivre un cours de magnétisme humain. Par votre concours vous me rendez heureux, me fournissant ainsi l’occasion de parler de cette grande vérité qui a si profondément modifié le cours de ma vie, qui en est même devenu le but dès que j’ai clairement reconnu son immense utilité humanitaire.
Ma parole, surtout dans une langue qui ne m’est pas familière, ne pourra qu’imparfaitement exprimer ce que je sens, ce que je connais; mais j’espère, par la démonstration des faits qui est
toujours éloquente, vous convaincre non-seulement de l’existence de la force magnétique dans l’homme, mais essentiellement de son utilité comme moyen simple et puissant dans la guérison des maladies. Je suis sûr que vous ne quitterez pas ce cours sans quelque profit pour l’avenir.
Que Dieu bénisse mon désir et mon travail.
L’humanité a progressé, cela est évident. Dans notre siècle surtout, qui n’admirerait l’infatigable activité de l’intelligence humaine et qui ne s’inclinerait devant le génie qui y préside. Dans les sciences naturelles, dans les arts, dans la mécanique, dans toutes les industries vous remarquez un progrès prodigieux. — La physique et la chimie mieux approfondies nous ont ouvert d’immenses ressources; les productions du sol et de nombreuses industries en ont reçu un développement inouï. La vapeur nous transporte avec une fabuleuse rapidité d’un bout à l’autre du monde civilisé. Le télégraphe efface le temps et l’es-
pace ; la photographie reproduit les objets avec une promptitude et une vérité étonnantes. Tout marche, tout progresse. Mais au milieu de ce mouvement qui pousse et entraîne le monde entier, l’homme, en possession de tant de connaissances qui offrent des commodités et des profits incontestables à la vie matérielle, ne se trouve pourtant pas plus heureux qu il ne l’était autrefois, parce qu’il continue à vivre dans le doute sur les questions les plus importantes à son existence. Les maux les plus cruels le tourmentent sans qu’il ait la puissance de secouer le joug qui l’accable.
Mais où donc est ce précieux moyen qui pourrait nous ouvrir le chemin vers des destinées plus conformes à nos désirs, vers des destinées plus heureuses? Qui est-ce qui nous servira de guide dans nos recherches? Qui nous aidera dans ce pénible travail ?
Rassurez-vous! le précieux moyen est trouvé.
Regardez autour de vous— il existe. Il a déjà soulagé maint corps souffrant — il a déjà relevé mainte âme désespérée. L’étincelle ne s’éteindra plus; il en sortira une lumière éblouissante qui éclairera à jamais l’entière famille humaine. Cherchez-le donc, ce précieux moyen — il n’est pas loin — il existe en vous-mêmes. C’est :
Le Magnétisme humain
force sublime, science divine!
Vous dire ce qu’est cette force, vous en démontrer l’existence, vous enseigner à l’employer de la manière la plus utile, c’est là le but de ce cours.
Selon moi, le magnétisme humain est « une « force mystérieuse et puissante (communément « appelée fluidef qui réside en nous. Elle pré- « side à tous les actes de notre vie. Lancée et di- « rigée parla volonté sur notre semhlahle, elle peut « y produire des modifications infinies et indéfinis-
« sables, pourvu qu’elle n'y rencontre pas une « volonté énergique opposée à celle qui opère « aipsi. »
Cette définition, toute simple qu’elle est, doit servir de base à mon enseignement. Plus vous avancerez dans l’étude et la pratique du magnétisme humain, et mieux vous en comprendrez la justesse.
Du reste, le magnétisme n’est nullement une science nouvelle. Nous en trouvons les traces jusque dans l’antiquité la plus reculée. Cela se comprend. Le magnétisme étant une force inhérente à la nature humaine, devait exister depuis que l’homme existe et ne pouvait, par conséquent, avoir échappé à l’observation des profonds penseurs qui illustrèrent les premiers âges de l’humanité. Mais à travers bien des siècles, la connaissance de cette mystérieuse force fut le privilège d’un petit nombre d’hommes d’élite. Les castes sacerdotales, surtout celles de l’Inde,
de l’Egypte et de la Grèce, étaient initiées aux mystères du magnétisme. Nous aurions bien des choses à apprendre de ces hommes, qui avaient mieux approfondi cette science que ne l’ont fait la plupart des magnétiseurs de notre époque. Dans la retraite des temples, ils étudièrent à fond les facultés cachées de l'âme, et, par la supériorité que cette étude leur donna, ils guidèrent à travers les siècles les masses incultes qui s’inclinaient dociles aux oracles et à tout cet apparat mystérieux que les prêtres déployaient, pour imposer à l’ignorance des peuples. C’est qu’ils n’auraient peut-être pas réussi à les dompter par d’autres moyens. Malheureusement ces hommes, qui, se trouvant en possession d’une telle science, auraient pu non-seulement guider les peuples pendant leur enfance, mais aussi les éclairer plus tard pour qu’ils apprissent à marcher sciemment vers leur perfectionnement moral, furent euxmêmes aveuglés par l’orgueil, l’égoïsme et d’au-
très passions ignobles, de sorte que riiumanité continua à œarclier dans les ténèbres. — La lumière jaillit enfin. Le Christ, envoyé de Dieu pour éclairer les hommes et leur révéler la vérité tout entière, accomplissant des prodiges jusqu’alors inconnus et que nul homme n’a jamais reproduits, nous a dévoilé l’existence de cette force occulte par ces remarquables paroles :
« En vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui croit en moi fera aussi les œuvres que je fais. »
Les chefs de la nation, les prêtres et les savants furent d’accord. Il fallait sacrifier le saint qui voulait arracher ses frères à l’esclavage de l’ignorance. Mais un petit nombre d’hommes élus l’avaient compris. Ils imitèrent l’exemple de leur Maître sublime, et animés par son esprit saint, se firent les premiers et les puissants promoteurs de la régénération humaine, qui puisa
sa force itnpulsive dans le sacrifice du Christ.
La lutte entre les ténèbres et la lumière fut longue, obstinée, cruelle. Mais le flambeau allumé ne s’éteignit plus : tantôt luisant dans des retraites obscures, tantôt exposé au grand jour par des hommes forts, généreux, qui en furent les victimes.
Les martyrs se suivirent nombreux dans cette lutte acharnée, dans cette lutte qui devait peu à peu conduire les hommes vers des destinées meilleures tant de fois annoncées par les prophètes. Mais la vérité ne pouvant dissiper les ténèbres qui l’entouraient, continuait à n’être que le privilège d’un très-petit nombre d’hommes, lorsqu’apparut, vers la fin du dernier siècle, un homme nommé Mesmer. Grand par son génie et par les nobles aspirations de son cœur, et peu satisfait des résultats thérapeutiques de la médecine, qu’il exerça à Vienne, il fit de sérieuses recherches pour trouver un moyen plus
sûr de guérir les maladies. 11 parvint ainsi, soit par l’étude des écrivains qui l’avaient précédé, soit guidé par son propre génie, à découvrir cette force occulte qui existe en nous et qui était déjà connue par quelques savants du moyen âge sous le nom de « magnétisme animal. » Plus tard, lorsque cette vérité fut mieux connue, on lui donna la dénomination plus propre de « magnétisme humain. »
Mesmer, après d’innombrables expériences, employa cette force de préférence sur des malades au soulagement desquels il avait consacré ses études, et parvint ainsi, par les guérisons inopinées et merveilleuses qu’il obtint, à la consolante conviction d’avoir trouvé un moyen simple et puissant, à la portée de tous, pour la guérison des maladies. Dès lors, il annonça la bonne nouvelle au monde par ses écrits, et, produisant en plein jour par cette force des effets d’un ordre inconnu, qui frappèrent d’étonnement
tous ceux qui en furent témoins, il parvint de cette manière le premier à fixer l’attention de la société sur l’existence de ce mystérieux agent. Entraînant ainsi les hommes à l’étude sérieuse d’eux-mêmes, il les prépara, peut-être sans' y songer, à mieux comprendre dans le progrès des temps la vérité révélée par le Christ.
Les générations qui nous suivront sauront mieux apprécier l’éminent service que Mesmer a rendu à l’humanité, et son nom passera béni à la postérité.
Comme toute vérité nouvelle à son apparition, le magnétisme devait subir le mépris, devait être repoussé et méconnu par la plupart des hommes, qui, élevés dans les anciennes erreurs, ne purent ni le comprendre ni l’admettre. La lutte n’a pas cessé. Elle sera bien longue encore, mais on devra enfin se rendre à l’évidence des faits, et cette grande vérité, quoiqu’on en dise et quoiqu’on en fasse, est appelée à mettre en pleine lumière
d’une manière logique et saisissable les révélations de tous les temps, corroborées et résumées dans la révélation chrétienne. C’est ainsi que l’homme, cessant enfin d’être rebelle à la loi suprême, pourra participer au bonheur réservé à tous ceux qui savent s’y conformer.
Le magnétisme humain, envisagé à ce point de vue, ne manquera pas d’être pour vous tous une source des plus douces jouissances. Sa pratique sage et bienveillante donne la santé au corps, le calme à l’esprit, relève l’espérance, fortifie la foi et finit par nous démontrer jusqu’à l’évidence que la loi des lois, la force des forces, c’est Vamour.
Vous ne comprendrez toute la portée de mes assertions que lorsque vous aurez longuement travaillé. Elles doivent donc vous sembler exagérées. Je n’ai pas à m’inquiéter des jugements qui peuvent surgir. Je sens un besoin irrésistible de dire la vérité tout entière, telle que je l’ai
reconnue, et je m’y abandonne sans aucune réserve. Celui qui aura le courage et la force de suivre le chemin que j’indiquerai pourra seul juger de la justesse de mes perceptions. En attendant, je tâcherai de vous communiquer avec clarté le peu que j’ai appris par une longue et pénible pratique. Sans établir de théories, je me propose cependant de vous exposer en un certain ordre progressif tous les phénomènes magnétiques jusqu’ici connus, de vous indiquer la manière de les produire et les précautions à prendre pour éviter des dangers ou tout au moins des embarras, et cela uniquement pour vous faire comprendre l’utilité incontestable de cette force dans le traitement des maladies.
Je ne finirai pas ce cours sans vous parler de la partie psychologique du magnétisme humain et de sa haute importance. Vous pourrez ainsi avoir une idée, quoique très-incomplète, de l’immense influence que l’étude de cette science et
sa pratique sont appelées à exercer sur les destinées de la famille humaine.
Dans la partie expérimentale, je ne pourrai pas suivre un programme fixe. Des causes imprévues et en dehors de nous peuvent trop facilement déranger nos opérations magnétiques. Il faudra donc profiter des moments favorables pour observer les étranges effets du magnétisme, qui, nous frappant d’étonnement, produiront en nous la conviction inébranlable de l’existence de cette vérité.
Et même cette inconstance apparente ne vous déroutera plus, une fois que vous aurez compris la loi du magnétisme. — D’ailleurs, n’est-ce pas la loi de la nature, que ses forces ne peuvent se manifester dans leurs effets qu’à des conditions voulues?
Dans la prochaine séance, je vous parlerai brièvement de l’histoire du magnétisme, depuis Mesmer jusqu’à nos jours. Nous renvoyons ceux
d’entre vous qui voudraient en approfondir l’étude, à la lecture des nombreux ouvrages qui en parlent. Le temps ne nous permet pas d’entrer dans des détails historiques ; nous pourrons l’employer d’une manière plus utile à notre but.
Nous passerons, pour ce soir, à la partie expérimentale qui sera, je l’espère, plus éloquente que mes paroles.
ir* LEÇON
Comme je vous l’ai déjà dit, la force magnétique et ses merveilleux effets étaient connus de tous temps, mais les initiés en avaient toujours gardé le secret, pour des motifs tantôt justifiables et même très-sages, tantôt dictés par l’égoïsme et par d’autres ignobles passions. Même après la venue du Christ, qui avait dévoilé aux hommes cette vérité de la manière la plus évidente, la démontrant en plein jour par des guérisons miraculeuses et mille autres prodiges inouïs, afin d’édairer ses frères et de les délivrer de l’esclavage
qui les opprimait, les masses continuèrent à vivre clans l’ignorance la plus complète des dons et des forces dont la connaissance élève l’homme qui sait les employer avec sagesse, à la dignité de créature faite à l’image de Dieu.
Notre sublime, notre unique et vrai Maître eut de dignes imitateurs; mais les chefs des nations et les castes, toujours d’accord quand il s’agit de jouir aux dépens des peuples maintenus par eux dans l’ignorance qui les rend esclaves, surent par leur puissance, arrêter et même en partie étouffer le progrès humanitaire qui n’a cessé de tendre à détruire tout despotisme. L’arbre de la vérité ayant de même lentement poussé de profondes racines à travers de longs et ténébreux siècles, commençait à s’élever, et, croissant en force, il pouvait braver les attaques désormais affaiblies de la méchanceté et de l’ignorance. Les bûchers étaient éteints — les temps avaient mûri. Voilà pourquoi Mesmer, qui présenta la
vérité sous une autre forme et lui donna un autre nom, réussit ainsi le premier à l’insinuer dans la socité, pendant que bon nombre de ses prédécesseurs, hommes d’élite et profonds penseurs, désirant autant et peut-être plus que lui le bien de l’humanité, avaient passé sans laisser de traces. C’est qu’ils n’avaient pas osé en parler ouvertement, de peur d’être exposés aux plus cruelles tortures ou même à une mort ignominieuse.
Mesmer naquit en 1734 à Weiler, près de Constance. Comme vous le savez déjà, il avait étudié la médecine, qu’il exerça à Vienne. Mais ayant, après de longues recherches, reconnu l’existence de la force magnétique dans l’homme et s’être assuré de son efficacité dans le traitement des maladies, il se proposa d’en instruire ses collègues et de propager par des écrits la nouvelle doctrine. En 1776, il publia sa découverte en 27 aphorismes. Il en fit part à toutes
les Académies, dont une seule daigna répondre. Ce fut celle de Berlin, qui lui dit tout simplement qu’elle n’était pas disposée à s’occuper de sa découverte. Enfin, dégoûté de l’insuccès de ses efforts, persécuté par les médecins, il se décida à aller à Paris où il espérait trouver un terrain plus propice. 11 ne se trompait pas. Son apparition y fit du bruit. Il est vrai que ses ^collègues ne le reçurent pas avec beaucoup d’empressement, mais il eut le bonheur d’être appuyé parla cour de Louis XVI et par la noblesse. Dans l’espace de dix-huit mois plus de 500 brochures pour et contre le magnétisme inondèrent la capitale, Il obtint que sa méthode fût présentée à l’examen de quatre membres de l’Académie. Le jugement, comme on pouvait le prévoir, lui fut défavorable. Les juges nièrent les effets du magnétisme ou les attribuèrent à d’autres causes. Un seul membre, le docteur Jussieu, ne voulut pas participer à un tel jugement. Il donna un
avis spécial par lequel il reconnaissait l’existence de la force magnétique et la réalité de ses effets. Il y eut en outre un certain nombre de médecins et de savants qui, étant convaincus de cette vérité, eurent le courage ‘de l’avouer. Alors l’Académie les persécuta de la manière la plus honteuse, et, par un décret du 27 Août 1784, condamna tout médecin qui aurait l’audace de se déclarer en faveur du magnétisme, à être rayé de la liste des médecins reconnus par l’Etat. Parmi le nombre des persécutés se trouvait le docteur Desion, médecin du comte d’Artois , frère du roi. Il devint ainsi un des plus puissants appuis de la nouvelle doctrine.
Mesmer, fatigué par toutes ces luttes, quitta Paris. Il alla demeurer à Spa, où il continua à traiter des malades.
Ses élèves, dont le nombre était assez considérable, ne cessèrent de s’occuper sérieusement de la propagation du magnétisme. Partout l’on
vit naître des sociétés dont le but était de traiter les malades gratuitement. A Strasbourg, il s’en forma une qui comptait 1^0 membres et qui fut la plus remarquable de toutes par l’activité qu’elle déploya et par ses heureux succès dans les guérisons des maladies.
La révolution française, ce fléau universel à son début, détourna tous les esprits des études scientifiques, les dirigeant vers les graves questions politiques qui agitaient alors toute l’Europe. Aussi la propagation du magnétisme en souffrit-elle. Cependant il y eut toujours de& hommes sérieux qui s’en occupèrent dans la retraite et le silence.
Les premiers et les plus distingués champions de la nouvelle doctrine, qui, après ce terrible bouleversement, se montrèrent en public, enseignant le magnétisme par la parole et par l’action, furent les frères Puységur, les Deleuze, les Teste et bien d’autres encore moins remarqua-
blés ou moins connus. Les Puységur, qui s’eu occupèrent en amateurs, sont célèbres par leurs écrits. Pendant la belle saison, ils demeuraient à la campagne, où ils magnétisaient un grand arbre autour duquel ils faisaient asseoir les malades en une chaîne formée par l’attouchement des mains. De cette manière, ils parvinrent à la guérison ou au soulagement d’un grand nombre. On leur attribue à tort la découverte du somnambulisme, déjà connu depuis que Mesmer en avait dévoilé l’existence. Il devait, d’ailleurs, avoir été observé par tous ceux qui, à toutes les époques, avaient sérieusement pratiqué le magnétisme humain. Le fait est que cet intéressant phénomène attira l’attention des magnétiseurs dès que les Puységur l’eurent tout spécialement traité dans leurs ouvrages. Il en résulta que ravis des merveilleuses facultés que l’âme manifeste dans cet état étrange, ils dirigèrent tous leurs efforts vers la production du somnambu-
lisme et s’abandonnèrent presque exclusivement à l’exploitation de la lucidité feinte ou réelle, négligeant ainsi entièrement la recherche des lois qui président aux phénomènes magnétiques. L’immense portée du magnétisme humain comme moyen thérapeutique souverain leur échappa en grande partie. La marche .du magnétisme en fut entravée, et de nos jours encore elle en souffre sensiblement, parce que la plupart des hommes, qui s’en occupent confondent les causes avec les effets, et petit est le nombre de ceux qui savent nettement distinguer le magnétisme, qui est la cause, du somnambulisme, qui en est un des effets. — J’y reviendrai.
Teste et Deleuze, savants praticiens et écrivains distingués, ont beaucoup contribué à la propagation de la vérité. Si je devais vous parler de tous ceux qui ont travaillé plus ou moins au développement de la science magnétique, je n’en finirais plus. Notre temps est mesuré, et je
renvoie ceux qui aiment à en connaître tous les détails à là lecture des nombreux ouvrages qui en traitent. Je me bornerai à vous citer les noms des plus remarquables magnétiseurs de notre époque.
A la tête de tous ceux que je connais, figure le baron Dupotet. Par son génie, par son dévouement persévérant, par sa force magnétique exceptionnelle, il a réussi à donner une impulsion notable au progrès de la science magnétique. Il vit encore, et, à l’âge de 78 ans, il n’a pas cessé de propager la grande vérité qu’il embrassa dès sa jeunesse avec ardeur. Mesmer annonça au monde le magnétisme humain ; Dupotet, l’ayant mieux compris qu'aucun de ses contemporains, réussit à faire avancer d’un pas la science renaissante. Il est devenu le fondateur d’une nouvelle école qui produira, avec le temps, des fruits précieux. Ses nombreux et excellents écrits témoignent de sa supériorité. C’est, selon moi, ce qui
a été produit de meilleur dans la littérature du magnétisme humain; mais, comme il a devancé son temps, il est réservé à la postérité d’en apprécier justement la valeur, — En 1846, il fonda une société magnétique à Paris, qui, dirigée par lui jusqu’en 1862, époque de la fusion des diverses sociétés existant alors dans cette ville, a rendu d’immenses services à la cause du magnétisme, ne fût-ce que le journal magnétique qu’elle publia pendant sa durée et qui forme la plus précieuse collection des faits magnétiques produits sur tout le globe. En un mot, Dupotet fut plus que simple magnétiseur, il fut un grand novateur, et son nom sera vénéré par la postérité.
Un nom qui mérite aussi d’être mentionné, c’est celui du commandant Laforgue, homme d’un rare mérite, non par ses écrits ou ses doctrines, mais, ce qui vaut bien mieux, par ses œuvres de charité et ses nombreuses et miraculeuses guérisons. Ayant servi sa patrie jus-
■qu’à l’âge de 60 ans à peu près, en qualité de militaire, il se voua ensuite entièrement à la guérison des malades par le magnétisme, et opéra ainsi de vrais prodiges jusqu’à l’âge avancé de 84 ans. Il ne magnétisait pas par passes ou autres procédés généralement adoptés par les magnétiseurs, mais simplement par la prière prononcée à haute voix.
C’est à Pau qu’il recevait les malades, dans une cellule qu’il habitait et où il finit sa glorieuse carrière. Sa méthode était de les infiuencer par la force magnétique que son âme ardente et pieuse, exaltée par la prière, projetait avec une puissance supérieure produisant ainsi des effets vraiment admirables. Les nombreuses guérisons instantanées des maux les plus invétérés eonstatent à toute évidence la supériorité de ce système, le même, au fond, que celui que notre divin Maître nous a enseigné par la parole et par l’exemple. Laforgue occupera donc le rang
qui lui convient dans Fliistoire du magnétisme. '
De nos jours, nous avons un autre guérisseur de ce genre dans le zouave Jacob, dont les feuilles publiques ont rapporté les prodiges. Homme simple, qui n’a fait aucune étude particulière, il a, par l’exaltation de sa foi, obtenu des guérisons instantanées qui se rencontrent bien rarement dans la vie des autres magnétiseurs. Il vit encore, et si, persécuté par les autorités, il a été obligé de suspendre ses traitements publics, je sais qu’il n’en continue pas moins dans sa retraite à guérir des malades. Nous en entendrons peut-être parler plus tard.
A côté de ces hommes qui pratiquent le magnétisme avec succès, et d’autres moins connus qui combattent ouvertement pour la vérité avec le courage du bon soldat, il y a une foule d’hommes de mérite qui s’occupent aujourd’hui, sans bruit et sans éclat, de l’étude du magnétisme, et la vérité progresse en dépit des
entraves qu’elle rencontre. Ainsi en France, en Angleterre, en Amérique, en Italie et ailleurs, il y a des hommes qui cultivent avec amour la science magnétique. Les nombreux ouvrages qui ont paru, les différentes feuilles périodiques publiées dans ces pays en sont un témoignage.
Mais malheureusement, comme il arrive toujours, à côté des hommes consciencieux et sérieux, il y a une foule de charlatans et de saltimbanques . qui continuent à faire un honteux abus du magnétisme humain, l’exploitant de la manièr;e la plus indigne. Et pourtant ils sont bien moins coupables que les savants et les hommes intelligents haut placés qui, par leur concours, auraient pu contribuer puissamment à la propagation de la plus utile des vérités. La responsabilité morale est chose relative. Ainsi ceux qui ont péché par ignorance sont excusables, tandis que ceux qui auront combattu sciemment la vérité et empêché le bien qui en aurait été la consé- , 3
quence, n’échapperont pas à la justice de Dieu.
Avant de terminer cette leçon, je crois devoir vous citer encore un obstacle qui entrava sensiblement le développement du magnétisme humain. Les hommes, toujours plus portés au merveilleux qu’au sérieux, furent détournés de l’étude patiente et solide du magnétisme et entraînés dans une autre direction par un fait tout nouveau et mystérieux qui fit beaucoup de bruit. En 1844, en Amérique, deux sœurs nommées Foks observèrent le singulier phénomène de coups mystérieux attribués aux esprits. Telle est l’origine du spiritisme, qui depuis a fait des progrès inouïs. C’est toute une histoire, longue, intéressante, entremêlée de sublimité et d’absurdes excentricités.
Vous en avez sans doute entendu parler, mais si quelqu’un d’entre vous désire connaître le spiritisme plus à fond, qu’il puise dans les ouvrages qui le traitent, sous toutes ses faces.
Pour moi^ je n’entends pas nier le spiritisme, qui est un fait démontré et qui aura peut-être un glorieux avenir; mais je trouve qu’en attendant, les hommes n’y sont en général pas assez préparés, et qu’ils auraient par conséquent mieux 'fait de cultiver avec patience et amour le magnétisme humain qui offre un intérêt plus direct, une utilité incontestable. Il présente un champ d’études si vaste qu’il nous reste bien du travail à faire avant d’être dignement préparés à prendre notre vol hardi vers le ciel. C’est pourquoi je considère le spiritisme comme une apparition précoce ayant sensiblement nui au progrès du magnétisme humain qui forme, selon moi, la base de la grande pyramide du savoir humain.
Aussi, tout en ayant eu l’occasion d’observer les plus étranges, les plus étonnants phénomènes du spiritisme, ai-je jugé prudent et sage de m’arrêter au magnétisme humain. C’est qu’en effet
celui-ci me présentant clans son ensemble une utilité plus directe appliqué comme moyen thérapeutique, je conseillerai à tous ceux qui veulent m’écouter, de l’étudier d’abord soigneusement pour marcher ensuite avec plus d’assurance sur l’échelle qui conduit aux régions plus élevées. Ils éviteront ainsi des chutes bien douloureuses.
J’ai effleuré l’histoire du magnétisme humain depuis Mesmer à nos jours, et comme je ne me suis proposé d’autre but que celui de vous enseigner, selon mes forces, à utiliser le don que Dieu a déposé en chacun au profit de ses frères souffrants, je passerai, dans notre prochaine leçon^ à l’enseignement de ce ciue j’ai appris à connaître par ma propre pratique.
IIP' LEÇON
Jeudi soir vous avez pu observer les premières manifestations de l’action de l’homme sur l’homme. Quelques-uns d’entre vous ont fait leur début dans le champ magnétique et ont réussi eux-mêmes à produire des effets évidents, saisissables. D’autres, se prêtant à rexpérimentation, ont éprouvé dans leur propre organisme des modifications sensibles. Vous avez observé de quelle manière on procède pour influencer magnétiquement son semblable. Nous employo'ns à peu près la forme généralement
adoptée. On se place en face du sujet qu’on veut actionner, et, après s’être bien concentré, on dirige les mains étendues sans efforts vers le front du patient pour les descendre ensuite lentement jusqu’à la région de l’estomac. On répète ce mouvement qu’on appelle : passes, s’arrêtant tantôt à la tête, tantôt à l’estomac, jusqu’à ce que l’on aperçoive quelque modification saisissable sur son sujet. En général, après cinq ou dix minutes d’une action bien soutenue, selon le degré d’énergie du magnétiseur et l’impressionnabilité du magnétisé. Ton remarque les premiers symptômes qui annoncent que l’agent a pénétré et qu’il commence à émouvoir l’organisme du sujet. Le nombre de ceux qui, s’y prêtant sans répugnance et sans réaction, n’éprouvent aucune sensation, est bien petit. Dans mes nombreuses séances expérimentales, j’ai pu me convaincre que sur cent individus, il n’y en a pas dix qui, après une magnétisation
énergique de dix minutes au plus, ne présentent ou n'éprouvent quelque modification, et je crois que cette exception est due uniquement au manque d’harmonie, parce que, selon moi, tous les hommes sans exception, sont, étant données les conditions voulues, plus ou moins sensibles à l’action magnétique. La première et essentielle condition pour produire des effets constants et bien prononcés, c’est : un recueillement parfait chez les deux personnes, car toute distraction et tout manque d’harmonie détruit ou dérange l’éclosion des phénomènes magnétiques. L’action doit donc être dirigée avec énergie et sans distraction, et, si elle est reçue avec abandon par le sujet qui veut en subir l’influence, si surtout il n’existe chez lui aucune répugnance personnelle, il en résultera presque toujours des effets positifs, saisissables à l’un ou à l’autre, ou même à tous les deux. Soyez sûrs que, de cette manière, si celui qui agit se trouve en bonne
santé et riche de vie, la magnétisation produira presque toujours des effets assez prononcés.
Mais il faut persévérer le temps nécessaire, ne pas se fatiguer trop tôt, et même, dans certains cas, on ne réussit qu’en répétant plusieurs fois l’opération. Voilà les conditions essentielles aux expériences faites sur des sujets bien portants. Sur les malades on opère en général beaucoup plus facilement. D’abord, les malades, au lieu d’opposer leur volonté déjà amoindrie par la souffrance, sont pour la plupart bien disposés à recevoir ce fluide qui leur donne la vie ou les soulage, et prêtent volontiers leur concours.
Chaque fois que vous imposerez vos mains sur un malade avec la ferme intention de lui faire du bien, si vous êtes calmes, bien disposés et persévérants, vous aurez la joie de constater le fruit de votre travail. — Nous reviendrons sur ce sujet. — Aujourd’hui, je dois vous
citer, selon l’ordre que je me suis proposé, les premiers effets qu’on remarque en général sur les sujets soumis à l’action m^agnétique :
Tantôt vous voyez l’œil se fermer involontairement; tantôt tout ouvert, il devient hagard; ou bien il perd son éclat naturel, et semble voilé, ou bien il devient excessivement brillant. Quelquefois les larmes coulent, d’autres fois les paupières se convulsent. Celui-ci bâille tandis que l’autre éprouve un singulier étouffement. L’un étend les membres, l’autre est agité de mouvements brusques, convulsifs, aux bras, aux jambes, et même il arrive que les convulsions se généralisent.. Chez tous les sujets sans exception vous pouvez observer une modification dans la circulation du sang, qui se manifeste par une augmentation ou une diminution des pulsations. Le sommeil accable celui-ci, tandis qu’un autre se sent fortement excité. La sensation d’un froid qui donne le frisson, ou
d’une chaleur excessive, produisant souvent d’abondantes transpirations, assaillent parfois à l’envi le magnétisé. Un des plus fréquents symptômes d’impressionabilité consiste en un besoin irrésistible d’avaler.
Ce sont là les effets les plus communs, les premières manifestations de l’agent magnétique introduit par la volonté de l’opérateur dans l’organisme de celui qui veut se prêter à l’expérience.
Ces effets, tout insignifiants qu’ils peuvent d’abord paraître, sont pourtant le point de départ de la science du magnétisme, et devraient suffire à secouer profondément tout homme doué d’intelligence, tout homme capable de réflexion, parce qu’ils nous démontrent clairement que l’homme peut agir sur l’homme d’une manière mystérieuse et puissante. Il n’a qu’à lancer par sa volonté cette force occulte qui échappe à nos sens, pour produire sur son semblable les effets
les plus variés, les plus étonnants. Cette importante vérité une fois reconnue et adoptée, des horizons, jusqu’alors inconnus, s’ouvrent à notre vue. Nous nous sentons poussés irrésistiblement à la recherche du vrai, pour marcher hardiment à la conquête du bien qui en résulte. Il convient donc d’observer soigneusement, même les effets en apparence les plus insignifiants, et les reproduire à l’infini sans se lasser. De cette manière, on arrive à la conviction inébranlable de l’existence de la force magnétique dans l’homme, et le premier pas, le pas le plus important est fait. Animés de cette conviction, vous serez capables de produire des effets d’un ordre supérieur qui, vous remplissant de joie et de reconnaissance, vous feront comprendre quelle inépuisable richesse, quelle immense force, quels dons précieux Dieu a déposés dans sa créature chérie, afin qu’elle puisse remonter à la source d’où elle est sortie. Mais, avec la connaissance
amplifiée de nous-mêmes, des devoirs sérieux, supérieurs, jusqu’à ce jour inconnus, nous sont imposés. La lutte de la vie redouble et acquiert des dimensions redoutables, mais ne craignez pas : les douces jouissances qu’elle engendre vous donneront la force et le courage de persévérer. Le prix final du combat sera : la paix du cœur, unique véritable bien de cette vie.
Vous croyez sans doute que ce sont des phrases dictées par une imagination exaltée, qui se fatigue à chercher dans le magnétisme bien plus que ce qu’il peut nous donner. Mais non, mes chers amis, ces paroles ne donnent que très-imparfaitement la réalité d’un long et pénible travail qui s’est fait dans mon propre cœur. Je vous parle donc avec assurance. J’en ai acquis le droit par un sacrifice constant à la grande vérité que je vous annonce. — Lorsqu’il y a vingt-cinq ans, j’entendis parler pour la première fois du magnétisme par un ami qui
avait vu un magnétiseur français produire sur une somnambule des effets extraordinaires, j’y crus et je me dis : « S’il est vrai, et je n’en doute pas, qu’un homme puisse arriver à de pareils résultats, je dois aussi le pouvoir. » Je me mis sérieusement à l’œuvre. Je réussis ainsi à produire des modifications évidentes sur plusieurs sujets. Je fus longtemps en proie à une émotion que je ne saurais vous décrire. Il s’ouvrit à ma vue un horizon immense, inconnu, qui, m’éblouissant par sa clarté, ébranla tout mon être. Moi qui, dès l’âge de 15 ans, avais commencé à réfléchir sur mon existence, sur mon origine, ma destination et mes rapports avec le monde qui m’entourait, je crus avoir trouvé la clef qui m’ouvrirait la porte de la vérité. J’éprouvai la sensation de l’aveugle qui voit pour la première fois les rayons du soleil. Oh ! je ne m’étais pas trompé, non, j’avais vu clair, mais heureusement je n’avais pas aperçu
les difficultés semées sur le cliemin qui conduit à ce bel idéal. Je dis heureusement, car aujourd’hui que j’ai parcouru une petite partie de ce rude chemin, je comprends que si je l’avais connu auparavant je n’aurais pas eu le courage d’y mettre le pied.
Une fois en route, je ne pouvais ni ne voulais reculer. Ainsi j’avançai. Rayonnant de joie et d’espérance à chaque succès, je retombais' dans les doutes les plus affréux lorsque l’effet attendu manquait. Je touchais au désespoir en découvrant à chaque pas de nouvelles entraves, des difficultés que je n’avais pas prévues et qui me semblaient insurmontables.
Dans ces tristes moments, j’étais mille fois sur le point d’abandonner la vocation choisie, mais une force intérieure me soutenait, une voix secrète m’encourageait. J’avançai de nouveau, non sans peine et sans souffrance. — Peu à peu, une foi toujours plus vive remplaçait le
doute et me donnait des forces nouvelles. Ma conviction enfin établie par des faits constants, incontestables, la marclie devint moins pénible et mieux assurée, souvent, il est vrai, encore troublée par la douleur, aujourd’hui, la joie et le calme ont pris le dessus !
Ces brèves réfiexions ne seront comprises que de celui qui, étonné et entraîné par les merveilleuses productions de la force qui gît en nous, serait assez hardi pour s’élancer dans la carrière magnétique. Bien éloigné de vouloir l’en détourner, je ne voudrais cependant pas assumer la responsabilité de l’y avoir poussé. — Je lui dirai : « Réfiéchissez-y bien; les difficultés sont immenses, et si vous n’éprouvez pas un besoin intérieur irrésistible, si une force inconnue ne vous pousse pas malgré vous, si vous n’avez pas une volonté énergique, à toute épreuve, si vous ne sentez pas le courage de l’abnégation et la force de vaincre toute basse
passion, si, enfin, vous n’ôtes pas armé d’unepersévérance invincible, arrêtez-vous! »
Plus tard, lorsque le magnétisme sera mieux connu et mieux compris, et que l’opinion publique aura tourné en sa faveur, nos ennemis seront moins puissants, moins dangereux, et alors le travail sera facilité. Les magnétiseurs qui, aujourd’hui encore, ont à lutter contre des obstacles bien sérieux, trouveront le chemin moins rude, plus aplani; leur oeuvre sera appréciée, leur position sociale garantie. — En attendant, comme ces temps sont encore assez éloignés, contentez-vous d’employer la force magnétique à chaque occasion favorable, soulageant les souffrances de vos parents, de vos amis, de tous ceux enfin qui, en ayant besoin, peuvent le désirer.
Faites-le chaque fois que vos occupations vous le permettront. Ce petit travail sans bruit, sans éclat, doit, selon moi, apporter les pre-
mières pierres à la construction du grand édifice du bonheur humanitaire, qui est ; la réalisation du bien par la connaissance du vrai.
Que chacun de nous travaille donc sans orgueil, mais assidûment, selon ses forces et ses moyens. Le nombre des ouvriers fidèles une fois accru, le progrès vers ce but élevé sera accéléré, et enfin par le concours de tous, l’humanité pourra atteindre ce degré de perfection et de bonheur, dont elle a été créée capable.
Vous le voyez; le but de notre travail est sérieux, et vous saurez, je l’espère, par votre bon vouloir et par votre intelligence, suppléer à l’imperfection de mes paroles. Dès lors, je suis sûr que nos séances ne resteront pas sans fruit. Espérons-le!