‹ Cours de médecine homoeopathiqueChapitre 8 sur 9 · SERVICE HOMŒOPATHIQUE · texte numérisé non relu

SERVICE HOMŒOPATHIQUE

654 malades reçus, 646 guéris, 3 morts, 5 en traitement : proportion de mortalité, 0,66 p 100.

SERVICE ALLOPATHIQUE

821 malades reçus, 641 guéris, 57 morts, 123 en traitement : proportion de mortalité, 6,90 p. 100 \

* Voy. Art médical, l'intéressant travail du D' Gallavardin : de la Mortalité comparative de la pneumonie, traitée par Tallopathie et par l'homœopathic, dans les hôpitaux de Vienne, Lyon, Roubaix et Saint-Louis; décembre 1867. — Voy. aussi le travail du D' Chauvet (de Tours), sur les doses mfmitési mules, in Bibliothèque homœopathique.

128 COURS DE MËDECINE HOMŒOPATDIQUE.

Rentrons maintenant en France, messieurs : les cfaîflTrcs n'y sont pas moins éloquents. Vous savez tous que Tessler, lorsqu'il était à l'hôpital Sainte-Mar^erite, appliqua d'abord Tliomœopathie au traitement de la pneumonie et du choléra. Encouragé par les résultats auxquels il parvint, et dont nous parlerons dans un instant, il usa de là thérapeutique hahneraannienne d'une manière générale et put résumer sa pratique par les chiffres suivants :

Malades reçus.

Uorts.

Mortalité.

Total.

Le service était de 1 00 lits.

A la même époque et dans le même hôpital, pour un service de 99 lits, Valleix arrivait à d'autres résultats :

Malades reçus.

Morts.

MorUlité.

Total.

Tessier, avec un avantage d'un seul lit, reçut 979 malades de plus que son voisin, et en perdit 5 pour 100 de moins , il avait donc raison de dire : Avec Fhomœopathie, la mortalité est moindre et le séjour à l'hôpital est plus court qu'avec Tallopalhie ^

Autre exemple. Un de nos confrères les plus justement estimés, le docteur Liagre, attaché depuis 1856 à l'hôpipital de Roubaix, où il suivait la médecine allopathique, crut devoir, dans ces dernières années, traiter les malades de son service par Thomœopathie. Ici, c'était lé même praticien, employant sur le même théâtre deux modes

* Statistique de l'hôpital Sainte-Marguerite, in Art médical.

MOftË D*AIHfINISTRATION DES MÉDICAMENTS. iS9

de traitement distincts. Quels furent les résultats?

Pendant sept années de traitement allopathique, de 1856 à 1862, 1,806 malades furent traités, il y eut une mortalité de 19,26 pour 100;

Pendant deux années de traitement homœopathique, 1863 à 1864, il y eut 894 malades traités, et sur ce nombre H9 décès; proportion de mortalité : 13,31 pour 100; Avec Tallopathie, le maximum des entrées fut de 348, il fut de 478 avec Fhomœopathie; bénéfice pour les malades : 130 entrées déplus dans une année et avec un service de 40 lits.

Ici encore : moins de décès, guérisons plus nombreuses, convalescences plus courtes, séjour à Thôpital moins prolongé, d'où un plus grand nombre de sujets traités pour une même quantité de lits.

J'insiste sur ces conclusions, messieurs, parce que tous les chiffres -que je vous ai cités les confirment, et que cette concordance vous prouve qu'il ne s'agit pas ici d'un succès obtenu par hasard et d'une manière exceptionnelle, mais bien d'un résultat d'autant plus remarquable qu'il est constant.

Si maintenant nous spécialisons nos recherches pour étudier les effets de rhomœopathie et de l'allopathie sur des maladies distinctes, nous arriverons à des chiffres bien dignes aussi de fixer votre atlention.

Prenons d'abord la pneumonie.

S*il faut en croire les adversaires de Hahnemann, ce serait le triomphe de l'allopathie ; on soutint même, pour un moment, que celte maladie guérissait sans le secours de la Ihérapeutique, de sorte que l'Académie de médecine mit au concours la question suivante : De la valeur de Vexpectation dans le traitement de la pneumonie?

Les résultats obtenus par une thérapeutique active justifiaient, il faut bien le dire, une tentative de ce genre.

Ainsi, sur un relevé de 65 malades publié par le pro-

i&O COURS DE »ËDEGiNE H(»fffiOrÀTItlQU£.

fessaur Andral, il y eut 33 Hiorts et 29 guéridons ; sur 123 pneuBioniques traités par Cbomel à la Charité, il y cui 40 décès, et 83guérisons; sur 90 malades traités par M. Guéneau de Mussy, il y eut 38 décès et 52 guérisons. M. fiertin perdait dans ce même temps, à l'hôpital Cochin,. 16 péripneumoniques sur 63, et M. Cayol aûcusait une mortalité de 1 sur 4. Vous voyez que je parle seulement des princes de la science; leurs chiffres se résument dans le tableau suivant r

Maltttes traités. Guéris. Morts.

Àndral.

Cliomel •

Guéneau de Mussy.

Beftin.

Totaux.

IM

Ce qui donne une moyenne de 38,1 p. 100 de mortalité.

Si vous ajoutez à ce chiffre les 25 p. 100 de M. Cayol et les résultats, incomparablement supérieurs, obtenus par le professeur Bouillaud avec la saignée coup sur coup, résultats qui sont reprèsenlés par 8 à 9 p. 100, vous arriverez à une moyenne de 24 à 25 pour 100*.

Peut-être, messieurs, penserez-vous que ces chiffres, empruntés au temps de notre jeunesse, ne représentent plus la puissance de la thérapeutique moderne. Voici des renseignements plus nouveaux.

En l'année 1861, la statistique des hôpitaux a enre-

gistré :

Chez les adultes.

540 morts pour

1,165 malades; moyenne 29,96

Chez les enfants.

Chei les vieillards.

En 1862 :

Chez les -adultes.

Chez les etifants.

Cbez les vieillards.

* Voy. Andral, Clinique médicale, t. ï, et Bouillaud, Clinique médicale de la Charité, t M.

Ce qui donne pour Tannée 1861 une moyenne de 29,96 p. 100 Et pour l'année 1862 — 25,87 —

Soit pour les deux années. — 27,91 —

Les relevés antérieurs étaient de 24 à 25 p. 100.

Vous voyez que la thérapeutique allopathique n'est pas plus heureuse aujourd'hui qu'au temps des Chomel, des Andral, des Guéneau deMussy et des Bouillaud.

Or, messieurs, ces chiffres justifiaient complètement la question posée par FAcadémie ; ils la justifiaient d'autant mieux que Legendre et M. Barthez prétendaient arriver à des résultats bien plus brillants en abandonnant la maladie à elle-même, en laissant à la force vitale et à la Providence le soin de conduire le patient à guérison.

Des études faites en Allemagne paraissaient confirmer

ces assertions. Ainsi, Dietl annonçait avoir perdu, avec Texpectation, 7,4 p. 100 en 1849; mais peu à peu ce chiffre s'éleva : il fut de 9,2 p. 100 en 1852 et de 20,7 p. 100 en 1855.

Bordes accusait une mortalité de 22 p. 100 Schmidt — 23 —

Brandes — 31 —

Veuillez remarquer ces chiffres : la première année, on ne perd que 7 pneumoniques sur 100, et on crie victoire ; la seconde année on perd 9 p. 100, et bientôt 20 p. 100; puis, en des mains moins heureuses, mais non pas moins habiles, la mortalité s'élève jusqu'à 51 p. 100.

Il n'en est pas moins vrai, toutefois, qu en additionnant tous ces chiffres, on arrive seulement à une moyenne de 18,81 p. 100, tandis qu'avec la thérapeutique active, elle est de 24, 25, 27 p. 100. L'avantage est donc à la force vitale.

Si vous voulez apprécier la valeur relative des moyens préconisés, vous obtiendrez les chiffres suivants :

1 52 COURS DE MËDECINE HOMŒOPATHIQUF.

Atcc la saignée, la moyenne de nuNrtalité est 21 p. 100

Atcc la saignée coap sur coup, M . Bouiilaud dit 8 à 9 —

Avec Fémétique 21,38 —

Arec un traitement mixte 15,50 —

Eu résumé, les résultats oflcrfs par Failopalhic varienl de 27 p. 100 à 9 p. 100, ceux de Texpectation restent ûxcs à 18,81 p. 100.

Que peut rtiomœopathie?

En réunissant les chiffres fournis par les différents hôpitaux d'Allemagne, nous Irouvons que 581 pneumoniqucs y ont été soignés en quatre ans (1845, 1846, 1847, 1848). Sur ce nombre 19 ont péri; soit donc 4,94 p. 100. A l'hôpital Sainte Eugénie, Tessier avait perdu 5 malades sur 41, c'est-à-dire 7,3 p. 100.

De son côté, le docteur Liagre a publié les statistiques suivantes pour son service de l'hôpital de Roubaix :

Avec le traitement allopathique appliqué de 1856 à 1865 inclusivement, 59 malades traités, 40 guéris, 19 morts, soit une moyenne de mortalité de 52,10 p. 100. Avec Thomœopathie, en trois ans (1865, 1864, 1865), 49 malades traités, 47 guéris, 2 morts, 4,09 p. 100. En réunissant les trois moyennes précédentes, on trouve donc pour la proportion de mortalité fournie par rhomœopathie, 5,44 p. 100.

D'où il résulte, messieurs, qu'avec les traitements actifs de Tallopathie, on perd 27 p. 100, avec l'expectalion 18,81 p. 100, et avec l'homœopathie 5,44 p. 100, différence énorme constatée dans des pays différents, dans des hôpitaux éloignés les uns des autres, et dont la concordance a une valeur qui ne peut être récusée.

Prenons un autre excm|)le. Le docteur Jousset, ayant assisté, en province, à deux épidémies de scarlatine miliaire, traita la première avec les ressources de l'allopathie; sur 55 malades, il enregistra 12 décès, donc 27 p. 100. On était alors en 1850. En 1852, retour de la même maladie à l'état épidémique; cette fois notre con-

MODE D AMINiSTRATION DES MÉDICAMENTS. 1 33

frère lui oppose un traitement homoeopathique dont acoiiit, ^ mercurius solubilis et baryta carbonica font les frais; avec ces moyens il traite encore 35 malades et n*en perd que 3 ; proportion : 9 p. 100 au lieu de 27 p. 100*. EnGn, messieurs, je ne puis terminer sans vous dire quels résultats nous avons obtenus avec le choléra.

En 1832, le docteur Mabit (de Bordeaux) perdit avec l'allopathie 47 p. 100, et avec Thomoeopathie 7 p. 100 ; • en même temps le docteur Bakody, à Raab, en Hongrie, perdait 2 malades sur 49, donc 4 1/2 p. 100.

D'après le docteur Rapou*, en 1832, à Vienne, les hômœopathes perdirent 9 p. 100, tandis .que Tallopathic enregistrait 222,342 décès sur 457,536 malades, soit 52 p. 100. Les homœopathes avaient traité 14,014 malades, sur lesquels 12,748 avaient guéri. Ces chiffres étaient importants.

En France, les résultats furent moins brillants; sur 20 malades, Tessier en perdit 7, un peu moins de 33 p. 100; mais dans les services voisins, la mortalité dépassait 50 p. 100.

A Liverpool, les homœopathes perdirent 25,7 p.] 100. En complétant ces données par les chiffres'dus au docteur Roux (de Cette), et ceux du dçcteur Drysdale, nous pourrons tracer le tableau suivant :

Mabity à Bordeaux,

mortalité,

Bakody, à Raab,

Homœopathes russes, —

Roux, à Cette,

Tessier, à Paris,

Homœopathes de Liverpool, —

Drysdale,

C'estrà-dire 25,11 p. 100 environ.

La mortalité accusée par Tallopathie dépasssant 50 p. 100.

* Art médical, année 1865, 1. 1, p. 361.

^ Hù(tove de Vhomœopalhie, t. I, p. 257^^

134 COURS DE MËfffiaNE HOlMEC^ÂTBiQIJË.

Ëh bien, messieurs, ces chiffres parlent assez haut^ non pas seulement par la différence qui existe entre eux et ceux de la médecine officielle, mais surtout en raison de la constance même des efibts obtenus. Soit que vous preniez en bloc les chiflres des services hospitaliers, confondant ainsi toutes les maladies et tous les malades, soit que vous suiviez Tune ou l'autre, thérapeutique aux prises avec une même affection, vous arrivez toujours à con* stater des avantages marqués du côté deThomœopathie. . Or, celle-ci employant les doses infinitésimales, force vous est de reconnaître que ces dernières ont une action curative réelle, 4)osilive, indéniable.

El cependant l'homœopathie est exclue des services hospitaliers; il y a plus, cette proscription, nos adversaires la font reposer sur des expériences également publiques, mais, dit-on, désastreuses. Il faut les apprécier*.

Les unes ont été faites par des chefs de service peu au courant de l'homœopathie ; les autres ont été dirigées par les homœopathes eux-mêmes.

En premier lieu se placent les expériences de M. le professeur Andral, à la Pi lié. Ce célèbre confrère traita avec des globules 18 hommes et 17 femmes, en tout 35 malades, et il fit usage de 12 médicaments : aconit^ arrùca^ belladone^ bryone^ camomilley colchique, jusquiamej opium, mercure soluble, noix vomique, plomb et pulsatille. Quelques exemples vous feront voir comment il a procédé. Voici, en effet, cinq de ses observations. Il s'agit de racorni prescrit en globules, à la 24* dilution.

1" malade, 25 ans ; maladie : gastrite; symptômes prédo-

* Voy. Discours de M. Dumas au Sénat, à propos de la pétition adressée par les malades des dispensaires bomœopathiques en vue d'obtenir un

MODE D'ABMIflTSTfUTION fi£S ]IÉDiCA«fiTS. 155

minants, fièvre intense ; effets : 2 pnbalions de moins en 24 lieuires, et lu lendemain une variole eonfluente se d6^ clare.

2^ malade. Fièvre intense, ^iiaotidienne ; symptôme prédominant : impulsion du eœur ; effet nul .

5*" mo/aéfe. Amygdalite algue; symptôme prèdo«ainaiit : fièvre îMense ; effet : diminution du pmils et du mal de gorge.

4i^ malade. Tubercules ; symptôme prédominant : fréquence du pouls ; effet : diminution du poul^.

b^ malade. Arthrttis aiguë ; symptôme prédominant . fréquence dtt pools ; effet : céphalalgie vive*.

Je n'hésite pas à le dire; une expérience sérieuse et consciencieuse exigeait des observati(Kis mieux rédigées; et cependant, telles ^ue nous les rencontrmis, elles prouvent deux choses : l'ignorance du praticien et la puissance du médicament. L'ignorance du pratieien, car si Hahnemann a dit queVacmiit convenait à la fièvre inflammatoire, il n!a point ajouté qu'il fut homœopathique à la fièvre des varioleux, à celle des rhumatisants et *è la fièvre des tuberculeux. Lors donc que M. Andral Ta donné indistindemetit à un malade atteint de variole, à un autre porteur d'une amygdalite, à un phthisique 4Sé dans une arthritis aiguë, il a montré qu'il ignorait cette première condition de rfaomœopathîeité : l'individualisation. Puis, on ne sait pas pendant combien de temps ce médicament a été donné, on ignore méi»e combien de globules étaient administrés à la fois. De pareils faits prou* vent donc contre leur auteur et non pas contre Hfibneioann.

Je dis plus : ils déposent en faveur de Tadioa des globules. Quoi! voici un médicament en général mal choisi (nous l'aurions remplacé «hez *le pnaiûer malade par le mercure et le thuya^ par k belladone chez le troi-

* y oy. Bulletin de fh/rapcutigue, t. VI.

f36. GODRS DE MÉDECINE HOMŒOPÂTHIQUE.

sîème, par la bryone ou la noix vomique chez le cin» quième),et, malgré cela ces globules diminuent : dans le troisième cas, la fièvre et le mal de gorge ; dans le quatrième, la fréquence du pouls, et vous dites que ces globules sont sans effet I Vous reconnaissez qu'ils ont déterminé che^ le cinquième malade une céphalalgie intense, et vous soutenez qu'ils sont inertes ! Franchement tout cela ne peut être sérieux.

En publiant les résultats de ses expériences, M. Andral a donc montré qu'il avait mal appliqué des principes qui lui étaient plus mal connus encore; mais il n'a rien démontré contre la valeur de ces principes, non plus que contre l'efficacité de nos médicaments et l'action des doses infinitésimales.

Trousseau n a pas élé plus heureux. Voulant montrer que tous les succès des doses infinitésimales étaient dus à l'imagination, il fit préparer des boulettes de mie de pain, et les administra en annonçant à certains malades des effets terribles, en promettant à d autres un soulagement* important. Ses prévisions s'étant réalisées, il en conclut que son éloquence seule avait eu de la valeur, la mie de pain.n'ayant pas encore de vertus médicinales reconnues et définies.

Malheureusement pour Trousseau, ces expériences, si elles prouvaient en faveur de l'imagination du malade, ne démontraient en rien l'inefficacité de nos médicaments, puisque ceux-ci n'avaient pas été employés, et que la première condition pour juger d'un agent thérapeutique, est de s*en servir, et de l'appliquer en suivant les préceptes tracés par ceux qui en préconisent l'emploi*.

A côté de ces faits, d'une nullité absolue, il en faut placer d'autres plus. importants pour la critique, puis-

* Voy. Journal de la médecine homœopathique, par MM. Curie et Léon Simon, 1833.

qu'ils ont été produits par les homœopathes eux-mêmes.

On trouve en première ligne les essais tentés par de Hqratiis à l'hôpital délia Trinità à Naples, en 1828. Ces expériences avaient été autorisées par le roi ; elles commencèrent le 14 mars et finirent le 2 août. Dans cet intervalle, 200 malades furent reçus, et un seul mourut à la suite d'une variole confluente.

Certes, le résultat n'était pas défavorable à la nouvelle doctrine; cela n'empôcha nullement les médecins de répandre les bruits les plus sinistres et d'élever leurs plaintes jusqu'au pied du trône. Le roi envoya alors le duc de Calabre s*assurer des faits. Celui-ci se rendit à l'hôpital, parcourut les salles^ demanda les statistiques et lorsqu'il eut reconnu la ^érité, il se borna à dire : Tous ceux que je vois sont donc des morts ressuscites?

Mais ce qui prouve par-dessus tout la valeur de la pratique du docteur de Horatiis, ce fut Teffet produit sur les médecins. Une commission, en effet, avait été nommée pour surveiller et contrôler la pratique du mêde^ cin homœopathe. Cette commission se composait de huit membres ; sur ce nombre deux seulement suivirent les visites avec exactitude . ce furent le docteur Marcheroni et le docteur Alessi : tous deux adoptèrent l'homœopalhie à la suite de ces études et devinrent de fidèles défenseurs de Hahnemann. Quant aux six autres, ils fermèrent les yeux pour ne pas voir; ils firent mieux encore et s'abstinrent de venir à l'hôpital. Ainsi, pendant les quatre mois et demi qui séparèrent le 14 mars du 2 août, Marry ne vint jamais, Julinea parut une fois, Delforno quatre fois, Lanza huit fois, Hicharassi une fois, Ronchi cinq à six fois^

Voilà les faits; vous pouvez les juger ; ils sont, je crois, concluants. La guérison des malades et la conversion

* Rapon, Histoire de Vhomœopalhie, t. II.

des juges, cela suffit pour prouver que les expériences de Naples furent favorables à notre cause.

Le 2 août, le roi quitlaît la capitale et emmenait de Horatiis, qui était son médecin; les expériences cessèrent par ce fait même, et les clameurs allopathiques ne tardèrent pas à s'apaiser.

Les choses se passèrent autrement en France. Il est bon, messieurs, que vous en connaissiez les détails, atin de juger où fut la bonne foi, afin aussi d'apprécier Timpartialité de nos adversaires.

A Lyon, le docteur GueyrarJ fut convié à faire des essais dans le service de son ami^ le docteur Pointe. L^expérience dura deux jours, pendant lesquels quatre malades furent confiés à l'homœopathie. Dès le premier jour, un de ces quatre malades avait été saigné par Tinterne, en l'absence et sans le consentement de Gueyrard ; le nombre des malades fut donc par cela même réduit à trois. En arrivant le matin du troisième jour, notre confrère s'aperçut que les salles avaient été soumisesà une fumigation aromatique. Il refusa d'être plus longtemps le jouet de son confrère, et se retira. Cette expérience fut une comédie, rien de plus.

Celle qui fut tentée, à l'Hôlel-Dieu de Paris, par le docteur Curie, assisté de mon père, eut un caractère analogue. Ces essais avaient lieu dans le service du docteur Bally; pour me servir d'une expression empruntée h un avocat dont le nom est plus illustre encore à la Faculté de médecine qu'au barreau, du vénérable M. Bally.

J'insiste sur ce point, car si les vénérables agissent ^insi vis-à-vis de leurs adversaires, que peut-on attendre des autres ?

Donc, le vénérable M. Bally livra aux médecins homœopalbes huit malades ^ :

* Voy. fjettre atiministre de l'instruction publiguetitfkvle h' Léon SimoDr ot les renseignements contenus dans les ArchivcM komœop., t. V.

mm b'ÂDMLNlSTRATlO.N DES MÉDiGAMËNTS. 1^9

i*" tinefemmede 70 ans, porteur d'un kyste de l'ovaire pour lequel elle avait subi onze fois la ponction ;

S"" et S"" Deux catarrhes pulmonaires sur des sexagénaires ; •

4"" Une hépatite chronique avec flux hémorrhoîdal ;

5"" Un emphysème pulmonaire^ chez un vieux militaire cinq fois galeux ;

6"" Une fièvre typhoïde, chez un jeune garçon ayant eu antérieurement une affection pulinonaire grave, et qui présentait des eschares au sacrum, lorsque le traitement homœopathique fiit commencé ;

V Un homme atteint de paralysie de la langue ;

8"" Un phthisique au troisième degré.

Voici ce qu'on obtint : les deux catarrhes pulmonaires (n"" 2 et 3) furent améliorés; le n'' 4 vit le flux hémorrhoîdal diminuer notablement .

La fièvre typhoïde (n* 6) guérit, et le phthisique éprouva une sensible amélioration (n"^ 8).

Toutefois, mon père, jugeant que M. Bally tenait mal ses promesses vis-à-vis des homœopathes, se retira au bout de quelques semaines, apr&s avoir adressé au chef de service une protestation motivée ^ Curie continua quelque temps encore et obtint des succès ; mais une circonstance étrange Tempécha d'en tirer parti.

Il avait été convenu que les observations de tous ces malades seraient relevées sur un registre, et que celui-ci resterait entre les mains de M. Bally. Cette clause fut exécutée. Mais le jour où les homceopathes demandèrent que ces documenls fussent soumis à l'Académie, M. Bally répondit qu'il avait déménagé et que le registre était perdu.

Vous pouvez juger maintenant de la bonne foi de nos adversaires et comprendre pourquoi de pareilles tentatives restèrent sans conclusion.

* Archives de la médecine hottiœopaUùque, t. V.

UÛ COURS DE MÉDFCtNË IlOMCEOPATliKiUE.

Il en est de même des résultats obtenus par le docteur Chargé à THôtel-Dieu de Marseille, en 1852 ^ Au premier abord, ces résultais paraissent foudroyants ; 26 malades furent traités, 21 moururent, 5 seulement guérirent. Reste à savoir ce qu'étaient ces vingt-six malades. On peut le dire d'un mot : tous étaient moribonds lorsqu'on les livra à Thomœopathie.

Pour bien apprécier un pareil résultat, il est utile de connaître les conditions dans lesquelles notre confrère se trouvait placé. Un mol d'historique est ici nécessaire.

Le maire de Marseille, effrayé de la mortalité de THôtel-Dieu, et connaissant les succès obtenus par le docteur Chargé, proposa à celui-ci de lui donner une salle spécialement consacrée au traitement des cholériques par Thomœopathie. Cette ouverture avait lieu le matin, et le soir du même jour le docteur Charge entrait en fonction. H résulta d'abord de cette rapidité dans Texécutiou que la salle livrée à l'homœopathie ne put pas être convenablement préparée quant au matériel. Un seul élève et un seul infirniier y furent attachés. Ce n'était pas suffisant.

De plus, on avait mis cette condition : que l'homœopathie et Tallopathie auraient alternativement leur jour de réception, de telle façon que' les 3, 5 et 7 septembre, tous les cholériques furent confiés au docteur Chargé, et les 4, 6 et 8 à ses collègues de l'Hdtel-Dieu.

Bien n'était plus loyal en apparence, mais les médecins surent exploiter habilement les bonnes intentions du premier administrateur de la ville. Il leur suffit pour cela de garder en ville tous les cholériques qui n'étaient pas mourants les jours consacrés à l'homœopathie, et défaire l'inverse les autres jours.

De ce fait voici la preuve. Un malade placé dans ce qu'on nomme à Marseille la salle des fiévreux, est atteint

* Voy. Trois jours à IHôleJ-Dieii de Marseille, par le D' Chargé.

MOlîE D'ADMINISTRATION DES MÉDICAMENTS. 141

du choléra le 6 septembre. On le garde et on le soigne. La maladie s'aggrave, et c'est seulemont le 7, à six heures du matin, qu'on pense à le transporter dans un autre service. Ce jour étant celui de rhomœopalhie, on fait venir, un brancard et on se dispose à opérer le changement. Mais le docteur Chargé était arrivé et il déclara s'y opposer, disant que ce malade, atteint depuis la veille, appartenait aux cholériques de Tallopathie.

Rien de plus juste assurément. Mais, cela ne faisant pas le compte de nos adversaires, on cherche le directeur, les inspecteurs, elc, et la discussion recommence. Cette fois, elle n'eut pas à se prolonger : au milieu de ces allées et \enues, le malade venait de mourir.

AM nno disce omnes^ pourrais-je dire. Supposez que le docteur Chargé soit arrivé cinq minutes plus tard, et le malade, atteint au centre même de Thôpital et dans les conditions les plus désastreuses, était couché dans la salle de notre confrère et porté au compte de Thomœopathie alors que rallopathie seule lui avait donné ses soins.

En résumé, 26 moribonds furent traités par Thoraœopathie et 5 furent guéris ; voici le résultat vrai de celle expérience. Qu'aurait fait l'allopathie avec de pareils sujels? Il est permis de l'inférer de ses succès antérieurs. Ainsi du 20 juillet au 1*' août, le registre de l'Hôtel-Dieude Marseille constatail 7 admissions et 7 morts; les 6, 7, 9 août, 4 admissions, 4 morts; les 20, 21, 22 août, 4 admissions, 4 morts. Elle a donc eu des jours plus désastreux que ceux de l'homœopalhie. Et dans ses beaux jours que fait-elle? Elle perd, le 2 août, 2 malades sur 3 ; le 17, 4 malades sur 5 ; le 1*' septembre • e même ^ Certes, messieurs, il n'y a pas lieu d'être fier d'un si mince résultat.

Vous ne serez donc pas étonnés, en présence des dé- . lails qui précèdent, si je soutiens que les chiffres de Mar-

* Voy. h brocluire âv D' Chargé.

iiâ COURS DE MÉra:ciNE HOM(ËOFàTHIQUE.

seille n'annulent en rien ceux qui expriment la pratique réelle de l'homœopathie^non pas pendant trois joufs d'une épidémie terrible, mais pendant toute sa durée.

Or, au bout de ces trois jours, l'infirmier et Télève étaient épuisés; malgré les réclamations du docteur Charge, tous les soins accessoires dont les cholériques ont besoin manquaient de la manière la plus complète. Les couvertures elles-mêmes étaient insuffisantes. Notre confrère, obligé de répondre à la fois aux exigences d'une vaste clientèle et au service de Thôpital, était harassé. Il prit donc le parti de renoncer, et cette fois encore, il fallut reconnaître que, s'il y avait eu une victime sacrifiée aux rancunes de parti, c'était Thomoeopathie et non pas les malades confiés à la puissance et au dévouement 3ans borne du disciple de Hahnemann.

J*en ai fini, messieurs, avec ces expériences malbeu* reuses, vous pouvez apprécier leur valeur ; elle est nulle« La question resterait donc tout entière, si Tessier d'une part, le docteur Liagre de l'autre, les médecins des hôpitaux d'Allemagne; d'Angleterre et d'Amérique n'avaient recueilli des chiffres concluants et devant lesquels l'action des médicaments homœopathiques, donnés à doses infinitésimales, ne peut être mise en doute.

On l'a bien senti ; et comme, en définitive, ces faits heijh reux se multipliaient dans la clientèle particulière à cha^» cun de nous, aussi bien que dans la pratique hospitalière, on essaya de les expliquer. Ce fut alors qu'on imagina de renvoyer les succès de l'homœopathie à la sévérité de son régime et de soutenir que notre thérapeutique était seulement une expectation déguisée.

Mais notre régime, il suffit de le connaître pour en ap* précier la valeur.

Dans les maladies aiguës, il ne diffère pas de celui prescrit par nos adversaires ; il se résume en un mot : la diète. Seulement celle-ci est moins sévère, moins rigou-

reuse, surtout moins prolongée avec nous qu'avec eux. La conséquence, c'est que les convale^ence» sont plus coui-tes, les forces ayant été mieux ménagées.

Or, la diète appartient, dans ce cas, à toutes les écoles ; pourquoi est-elle si puissante dans nos mains cl si dangereuse dans les mains de Tallopathie?

Pour les maladies chroniques, le régime est des plus simples; il doit répondre à deux conditions : ne rien permettre qui puisse nuire au malade, ne rien autoriser qui soit capable d'entraver l'action du médicament.

La première condition est un facteur commun à toutes les écoles ; la seconde se réduit à proscrire les épices, le café noir, les liqueurs, les crudités, les viandes fumées, marinées, etc., les excès de tous genres. Mais n'est-ce pas encore ce que font tous les médecins?

Soyez donc justes, et reconnaissez qu*avec de pareilles prescriptions on ne saurait arriver aux résultats que nous obtenons touà les jours. Pour y atteindre, il faut, messieurs , des médicaments choisis d'après les règles que je vous ai tracées, préparés par voie de trituration ou de dilution, et donnés à doses infinitésimales.

L'action de ces dernières, justifiée par la raison et prouvée par l'expérience, est donc hors de toute contestation ; reste à savoir si elle a des limites et quelles elles * peuvent être.

Hahnemann a pris soin de répondre lui-même à cette question. « Ce n'est, a-t-il dit, que dans un cas extrêmement pressant, où le danger que la vie court et l'imminence de la mort ne laisseraient pas le temps d'agir à un médicament homœopatbique, et n'admettraient ni des heures, ni parfois même des minutes de délai, dans les maladies survenues tout à coup chez des hommes auparavant bien portants, comme les asphyxies, la fulguration, la suffocation, la congélation, la submersion, etc., qu'il est permis et convenable de commencer au moins

44i COURS m MfiDmNE H01ICBOPàTHIQU£.

par ranimer rirrilabililé et la sensibilité à laide de palliatifs, tels que de légères commotions électriques, des layements de café foil, des odeurs excitantes, l'action progressive de la chaleur, etc. Dès que la vie physique est ranimée, le jeu des organes qui Tentrelienneat {reprend son cours régulier, parce qu'il n*y avait point ici de maladie, mais seulement suspension ou oppression de la force vitale, qui, d*ailleurs, se trouvait par elle-même dans l'état de santé \ »

Rien de plus précis que ces conseils; en voici d'autres qui démontrent la part faite par l'auteur de VOrganon aux moyens mécaniques. c< On éloigne, dit-il, les fleurs trop odorantesquidéterminentla syncope et des accidentshystériques ; on extrait delà cornée le corps étranger qui détermine uneophthalmie; on enlève, pourleréappliquermieux, l'appareil trop serré qui menace de faire tomber un membre en gangrène ; on met à découvert et on lie l'artère dont la blessure donne Heu à une hémorrhagie inquiétante ; on cherche à faire rendre par les vomissements les baies de belladone qui ont pu être avalées ; on relire les corps étrangers qui se sont introduits dans les ouver- ^tures du corps (le nez, le pharynx, l'oreille, Turcthre, le rectum, le vagin) ; on broie la pierre dans la vessie, on ouvre l'anus imperforé du nouveau-né*, etc. »

J'ai rappelé ces citations parce qu'elles établissent trèsnettement la part des moyens allopalhiques et des procédés chirurgicaux, et cnfm celle des médicaments homœopathiques donnés à doses infinitésimales.

Mais ici, une question pratique se présente encore : nous vous proposons en effet, messieurs, l'emploi des dynamisations poussées jusqu'à la trentième puissance et au delà, et vous aurez le droit de demander quelle est celle de ces divisions que vous devrez préférer. Ma ré-

• Organoti, g 7, note, p. 108.

*Orgation, g 67, p. 155. .

ponse sera bien simple : il faut les employer toutes, fixant votre choix en raison de la nature du médicament, de la susceptibilité du malade, et de la marche de la maladie.

Moins le médicament sera soluble, plus vous devrez élever la dilution ; plus la marche de la maladie sera rapide et les accidents redoutables, plus la dilution sera basse. Quant à l'emploi du médicament en masse, il a été recommandé dans trois cas seulement ; pour Tarnica en teinture mère dans les lésions traumatiques, pour la teinture de camphre dans le traitement du choléra, et pour le sulfate de quinine contre la fièvre interinittente pernicieuse. Dans ce dernier cas, le médicament est homœopathique, car il répond à la loi de similitude. On a donné, pour un moment, une dose massive parce que la maladieavaituneinlensité foudroyante, que le danger était tellement grave et pressant, que quelques heures, quelques minutée de délai pouvaient comproniiettre la vie, enfin parce que la force vitale était comprimée et qu'il fallait exciter la réaction par une violente secousse. Mais la mort éloignée, le malade n'est pas guéri; seulement les dilutions redeviennent suffisantes ; elles se sont montrées telles dans tous les autres cas.

Au point où nous sommes arrivés, j'ai le droit, messieurs, de faire deux hypothèses. Il m'est permis de supposer qu'après m'avoir prêté une attention aussi soutenue et aussi bienveillante, plusieurs d'entre vous se décideront à expérimenter l'homœopathie. Quelques conseils pourront encore leur être utiles»

Je puis supposer aussi qu'un jour viendra où les temps ayant changé, on nous demandera de reprendre les expériences déjà faites et de les reprendre dans un service

public ; je dois dire à quelles conditions une pareille proposition pourrait être accepiée.

1« Si vous voulez expérimenter vous-même, ne négligez aucun des principes dont nous avons parlé. Prenezles pour accordés et demandez seulement à Tapplication clinique cette consécration qu'elle seule peut donner.

Donc^ ne vous attachez pas d une manière trop exclusive aux dénominations pathologiques^ ne poursuivez pas cette chimère qu'Hahnemann appelait la -cure du nom ; n'oubliez pas, par exemple, que toutes les pneumonies ne cèdent pas à Vaconit^ à la bryone et au phosphore ; car, en dehors de ces trois médicaments, exclusivement employés par Tessier dans ses études, il y a encore le sulfur^ le lachesis, la pidsatile^ etc.

Surtout individualisez ; vérîtiez votre médicament ^ et lorsque vous serez sûrs que son choix est bien homœopathique, n'hésitez pa3 à le prescrire.

Avez*vous affaire à une maladie aiguë, dissolvez dans 100 grammes d'eau 5à 6 globules d'une dilution moyenne, et donnez une cuillerée à bouche de cette solution toutes les deux, trois ou quatre heures, selon la gravité de la maladie et la rapidité de sa marche.

Dans les maladies chroniques, employez des dilutions plus hautes, la 30® le plus souvent ; dissolvez encore 5 à 8 globules dans 150 grammes d'eau, et donnez une cuillerée le matin et une le soir.

Ne faites jamais prendre le médicament pendant la digestion ; une heure avant le repas et trois heures après, voilà la limite ordinaire. Si le malade observe la diète, laissez-le boire une demi-heure avant le médicament et un quart d* heure après.

En même temps, tracez le régime en observant les précautions dont je parlais tout à l'heure.

Dès que la maladie vous paraîtra sérieusement modiiiée, choisissez une autre substance qui soit en rapport

avec les symptômes nouveaux. Si ce changement indique une amélioration notable, laissez agir le médicament jusqu'à ce que vous aperceviez une re«rudescence. A ce moment choisissez une autre substance active et donnez-la comme je Tai dit.

Soyez sûrs, en suivant ces conseils, que vous arriverez à un résultat heureux*.

2** S'il arrivait, par impossible, — mais vous savez qu'il est bon d'espérer quelquefois contre toute espérance : spes contra spem, — s'il arrivait, dis-je, qu'on fît de nouveau appel au dévouement des horaœopathes, en leur p]x>posant un service public, voici les conditions qu'il faudrait poser ; les tentatives antérieures nous en feraient une obligation.

Nous demanderions en premier lieu qu'un local tout entier nous soit affecté : nous voudrions être chez nous. Navez-vous pas remarqué que toutes les tentatives faites dans des hôpitaux ou dans des services exclusivement homœopathiques avaient constamment prouvé la supériorité de notre thérapoitiqùe, tandis que les mêmes tentatives accomplies dans des services étrangers avaient échoué?

Cette prétention, au reste, se justifie par cette seule considération : que Thomœopathie est une doctrine et non pas une médication. Or, si une série de moyens peut en quelque sorte s'essayer, partout, une doctrine doit avoir son sanctuaire et pouvoir compter sur ses assistants. De plus, pour diriger un traitement, il faut être libre, pouvair organiser son service selon qu'il est néœs- Biiire ; on agit mal quand on est chez les autres.

2** La seconde condition serait de n'admettre que les malades qui se présenteraient volontairement et le demanderaient ; car c'est surtout quand il s'agit de la santé

* Voy. le Uvi^e <lu D' Teste . Comment on devient homosopathe .

148 COURS DE MÉUECliNE HOMŒOPATIUQUE.

qu'il faut respecter la liberté de chacun. Choisir son médecin el son mode de traitement, n'est-ce pas déjà un soulagement pour celui qui souffre? Cette condition, au reste, avait été officiellement reconnue dans une circonstance dont je dois vous dire un mot.

Vers 1840, le docteur Léon Marchant, de respectable mémoire, devait être nommé médecin à l'hôpital Saint- André de Bordeaux, dont il était déjà médecin-adjoint. Mais au moment de l'entrée' en fonction, on se rappela que notre confrère avait adopté Thomœopathie, et la commission administrative des hospices du chef-lieu de la Gironde imposa pour condition que le nouveau chef de service s'abstiendrait de toute pratique conforme aux enseignements de Hahnemann.

Léon Marchant, pensant qu'il s'agissait surtout d'éviter l'emploi des petites doses, accepta, supposant qu'on n'aurait jamais lieu d'incriminer sa conduite s'il prenait pour guide la loi des semblables, el sur cette dernière question, il voulait être invincible. Comment, en effet, en présence d^une maladie aiguë, s'adonner aux purgatifs et aux vcsicatoires quand on possède des moyens plus directs ?

Léon Marchant, ayant donc choisi ses médicaments pour ses malades de l'hôpital comme il faisait pour ceux de la ville, les prescrivit en teinture, au lieu de les donner en globules. On vit alors figurer sur les cahiers de visite : potion à l'alcoolature d'aconit, de bryone, de belladone, etc. Comme, en définitive, cette pratique réussissait mieux que celle de ses collègues, Léon Marchant fut dénoncé. La commission administrative s'adressa au ministre, et celui-ci consulta l'Acadéniie pour savoir si la pratique qu'on lui demandait de condamner était bien Thomœopathie.

L'Académie fil cette réponse :

1/* La doctrine avouée par M. L. Marchant, et suivie par

MODE D'ADMINISTRATION DES MÉDICAMENTS- i t9

lui autant que cela lui a été possible dans son service à l'hôpital, est la doctrine homœopathique ;

2"* En conséquence, la commission administrative des hospices de Bardeaux est fondée à trouver que rengagement pris par M. L. Marchant, et dont elle avait fait une condition de sa présentation comme chef de service, n*a pas été remplie.

La condamnation était absolue. Ce n'élait pas, cette fois, les doses infinitésimales qui se trouvaient proscrites; mais bien l'emploi des médicaments spécifiques, choisi d'après la loi des semblables.

Seulement, pour être conséquente avec elle-même, la commission administrative aurait dû défendre aux collègues de M. L. Marchant de prescrire la belladone dans la scarlatine, le mercure contre la syphilis, Topium dans le delirium tremens et tutti quanti. Faute d'avoir eu cette pensée, son opposition est devenue un fait personnel et non plus une question scientifique, une sorte de persécution dont les malades seuls ont eu à souffrir.

L'administration supérieure fut mieux inspirée; elle transmit la décision académique sans vouloir s'associer aux vieilles rancunes du docte aréopage, et le ministre ajouta le paragraphe suivant :

« ToutefoiSj comme il s*agit d*une question délicate^ en ce sens qu'elle touche à l indépendance et à la conscience du médecin en même temps qu^au progrès de la science^ il y a lieu d*examiner «i, en obligeant M. Léon Marchant à s^abstenir de toute pratique homœopathique dans son seimce, il ne conviendrait pas de mettre à sa disposition une salle dans laquelle se rendraient volontairement les malades qui préféreraient la méthode homœopathique. De cette manière^ sans confusion et sans inconvénients possibles^ on pourrait expérimenter complètement un système dont le rapport fait à r Académie de médecine constate la nature^ mais non les mauvais résultats^ et on ne mettrait point M. Léon Marchant

150 COUnS DE MÉDECINE HOMŒOPATHIQUF!.

dans la nécessité d opter entre sa pldce et ses convictions scientifiques, qui sont respectables en elles-mêmes^, »

Je le dis hautement, messieurs, un pareil vœu honore à* la fois l'administrateur assez indépendant pour le formuler et le médecin qui avait su s'en rendre digne. 11 justifie également les conditions que je posais à de nouvelles études, je ne dis pas à de nouvelles expériences, car celles-ci sont inutiles : l'homœopathie a fait assez souvent ses preuves.

Si donc les homœopathes étaient appelés à se charger d'un service, il faudrait que les malades eussent le droit de s'y rendre sans contrainte; pour cela, il faut plus qu'une salle dans un hôpital ; un établissement spécial est nécessaire.

Enfin, cette condition étant la seule qui nous permette d'avoir un personnel convenable et sur lequel on puisse compter pour les soins nécessaires entre deux visites du médecin, nous ne pourrions y renoncer sans compromettre le résultat d'une pareille entreprise.

Si la Providence réservait à la doctrine de Hahnemann une pareille épreuve, croyez, messieurs, que tous nous serions prêts à la tenter. Placés ctwiM»e^e viens de le dire, nous demanderions un contrôle complet : celui de notre diagnostic et celui de nos moyens. La surveillance même la plus tracassière, nous Paccepterions encore; mais si les résultats de l'enquête devaient être consignés sur un registre, nous exigerions qu'ils le fussent en partie double, afin que les documents ne se perdissent pas au moment où il serait utile de les livrer à la publicité.

Et maintenant, messieurs, je m'arrête, car j'ai parcouru le cercle que j'avais tracé en commençant. Je voulais vous faire connaître la doctrine de Hahnemann dans ses principes et dans sa méthode, vous avez pu Tapprécier

^Journal de la médecine homœopathiquv , publié par la Socicié hahnemann ienne de Paris, t. V.

SOUS ce double rapport ; je vous avais promis de justifier la valeur des moyens qu'elle emploie, je crois avoir tenu parole à cet égard. Vous pouvez donc répondre à cette question : Qu'est-ce que Thomœopathie?

Vous pouvez aussi comprendre pourquoi mon pèœ la définissait : Une réforme intégrale en l'art de guérir. N'avons-nous pas été obligés de reprendre la science jusque dans ses principes fondamentaux ? n'avons-nous pas dû discuter successivement le problème physiologique, le problème pathologique et le problème pharmaco-dynamique avant d'arriver à la thérapeutique elle-même?

Il y a plus, messieurs. Vous avez pu voir avec quelle rigueur les solutions proposées par Hahnemann s'enchaînent dans leur développement logique et leur application. Je puis donc le répéter à mon tour : La réforme hahnemannienne nous offre trois caractères : elle est une, elle est pratique, elle est suffisante.

Elle est une par le but qu'elle se propose et par la manière dont elle l'atteint ; elle est pratique, car toutes ses conclusions conduisent à mieux guérir en connaissant mieux Thomme sain, l'homme malade, et les médicaments, et en fixant d'une manière précise la loi des actions thérapeutiques.

Elle est suffisante, car elle embrasse toutes les indications à remplir et fixe même les exceptions qu'il faut admettre.

Vous comprenez maintenant pourquoi no$ maîtres ont revendiquéletilred'homœopathes et repoussé l'éclectisme. Qu'aurions-nous, en effet, à demander à la tradition? Des principes ? elle n'en a aucun qui ait traversé les siècles sans rencontrer des principes opposés. Une méthode? elle n'en a pas. Empruntant tour à tour celle du physicien et celle du chimiste, reflétant de la manière la plus exacte les systèmes philosophiques qui se succédaient,

elle n'a point su, jusqu'à Hahnemann, en formuler une qui lui appartint.

Au surplus, messieurs, pouvons-nous supposer que récleclisme, si impuissant en philosophie, ail une si grande valeur pour la médecine ? Vous pouvez en juger par les rësullats.

Représenté sous le premier rapport par un homme au style magique et à la parole entraînante, il n'a point survécu à son illustre représentant, et il s*e$l abîmé entre le matérialisme qui nous menace et la philosophie catholique qui nous défend.

En médecine, il a été plus impuissant encore, et celui qui a voulu en soutenir le drapeau a été le plus grand dogmatiste des temps modernes. Tessier n'a-t-il pas arboré en physiologie le dogmatisme le plus absolu, celui de saint Thomas ? en pathologie, le dogme de Tessentialité morbide, en thérapeutique la loi des semblables? Seulement ces trois dogmatismes, étrangers Tun à l'autre, n'ont pu se fondre pour l'utilité de la science et les progrès de la pratique. S'il en eût été autrement, il serait sorti de leur union une doctrine nouvelle à laquelle il aurait fallu donner un nom. Cette doctrine ayant son critérium aurait dominé toutes les autres, elle aurait été dogmatique et non pas éclectique.

Pour moi, messieurs, je ne connais pas de dogmatisme médical plus complet et mieux enchaîné, surtout plus pratique que celui de Hahnemann ; j'y reste donc attaché, convaincu qu'il est assez large pour accepter tous les progrès et pour embrasser toutes les vérités que nous apporte la tradition, assez précis pour nous garantir de ses eiTeurs. J'espère vous avoir montré dans le cours deces conférences qu'il en est réellement ainsi. Je ne veux donc plus ajouter qu'un mot, remplir un dernier devoir en vous remerciant de votre attention soutenue et bienveillante. Je le fais de grand cœur , car c'est un hommage

rendu à la vérité, un signe infaillible de votre amour pour le progrès, de votre respect de la science et de la liberté du savant.

L'an prochain, je l'espère, il me sera donné de vous convoquer de nouveau ; mais alors nous abandonnerons les questions générales pour pénétrer davantage dans les difficultés de la pratique. Cette étude sera moins attrayante sans doute; mais en vous faisant plus exactement apprécier la puissance de la thérapeutique hahnemannienne, elle vous convaincra mieux encore et vous fera mieux apprécier le génie de Hahnemann et l'admirable découverte dont il a doté la science au profit de rhuroanité.

TABLK

i'* Conférence : Loi des semblables 5

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