‹ Cours de microscopie complémentaire des études médicales (volume 2)Chapitre 1 sur 29 · ATLAS · texte numérisé non relu

ATLAS

I^TR0DÜCTI01V.

Dans l’introduction de mon Cours de Microscopie, j’annonce (page 35) qu’un Atlas doit être joint à l’ouvrage, et que cet Atlas offrira une innovation. « Il comprendra, disaisje, des figures de deux ordres-, les unes seront exécutées d apres les idées que je me fais de la structure intime des objets microscopiques dont il sera question; ces figures systématiques sont destinées à faire bien comprendre les descriptions du texte et à les compléter. A côté de ces figures on en placera d’autres représentant exactement les objets, indépendamment de toute interprétation; pour arriver à ce résultat, je n’ai voulu me fier ni à ma propre main ni

liNïllODüOTlON.

même à celle cruii dessinaleur, toujours plus ou moins iufiuencë par les idées théoriques de rauteur. Profitant de la merveilleuse invention du daguerréotype, les objets seront reproduits avec une fidélité rigoureuse, inconnue jusqu’ici, au moyen des procédés photographiques. »

J’ajoutais ensuite: «On se souvient des premiers essais que j’ai faits pour appliquer la méthode daguerrienne à la reproduction des objets microscopiques*, il y a quatre ans j’ai eu l’honneur de présenter à l’Académie des Sciences un microscope-daguerréotype au moyen duquel j’avais obtenu l’image de plusieurs objets d’histoire naturelle et de quelques tissus, tels que le tissu osseux et le tissu dentaire^ depuis lors ces essais ont été repris avec le plus grand succès par un jeune savant, amateur distingué de photographie. Les résultats obtenus par M. Léon Foucault avec le microscope-daguerréotype , non-seulement sur les objets solides, mais sur les particules intimes des fluides, telles que les globules sanguins des diverses classes d’animaux , les globules du lait, du mucus, du pus, les zoospermes, etc., sont véritablement des plus remarquables, et donneront une valeur particulière à notre Atlas ^ notre collection de dessins n’est pas encore complète, mais ce que nous possédons déjà nous permet d’annoncer aux micrographes des résultats tout à fait dignes de leur attention et de leur intérêt....))

L’Atlas que nous offrons est l’accomplissement de cette promesse^ on verra comment nous avons réalisé notre projet*, mais, avant de donner l’explication des planches, il est nécessaire d’entrer dans quelques détails sur nos procédés.

liNTRODUCTION. 7

pour meure les observaleurs à même de les apprécier el de les appliquer.

Convenons d abord que ce premier résultat n’est qu’un essai plus ou moins heureux, mais susceptible de perfectionnement. Quel que soit le soin que nous ayons apporté dans la piépaiation des objets et dans l’emploi des procédés photographiques, avec quelque bonheur qu’aient été exécutées plusieurs de nos planches , nous sommes bien persuadés que nous ferions mieux encore dans une application ultérieure, et nous prions qu’on ne juge pas du mérite de la méthode par les imperfections que l’on remarquera dans ce premier produit-, des difficultés de plus d’un genre, dont nous parlerons plus bas, se sont en effet rencontrées ici, qui ne se présenteront plus dans une autre entreprise.

En tenant compte de ces difficultés et des défauts inhérents à une première application de procédés nouveaux, que nous croyons destinés a beaucoup d’amélioration et d’avenir, les résultats néanmoins nous ont paru assez satisfaisants et assez complets pour que nous ayons cru tout à fait inutile de donner suite a notre projet de joindre des figures systématiques aux figures daguerréotypées-, celles-ci reproduisent la nature avec une telle vérité, avec tant de nuances, sous des aspects tellement multipliés, qu’elles nous semblent répondre à tous les besoins^ le mélange des images systématiques et des images naturelles n’eùt servi qu’à embrouiller 1 espiit du lecteur, qu a donner des notions fuisses aux commençants, qu à substituer des idées théorifpies aux impressions de la nature.

l^TliODÜCTION.

Oii remarquera, en eiïel, que nous ne nous sommes pas bornés à donner, comme on le fait dans les ouvrages modernes de microscopie , des fragments , des portions du champ microscopique *, que pour représenter , par exemple, les globules du sang, nous n’avons pas pris quelques globules sanguins isolés, dans des positions plus ou moins favorables à nos descriptions*, nous avons reproduit, ainsi que nous le disions tout à l’heure, le champ microscopique tout entier, tel qu’il est venu au daguerréotype, avec ses variétés et ses accidents*, nous n’avons retranché que les parties confuses , déformées par l’aberration de sphéricité sur les contours de l’image, ou par les mouvements qui se sont quelquefois produits dans la matière pendant l’opération *, dans quelques cas nous avons extrait de l’image daguerrienne, pour en composer une figure, les objets particuliers que nous voulions indiquer, sur lesquels nous désirions appeler l’attention, et qui se trouvaient décrits dans notre ouvrage, en ayant soin de les multiplier autant que possible sous tous leurs aspects, mais en les copiant toujours fidèlement*, c’est le seul point qu’il y ait de factice, si l’on peut dire ainsi, dans notre Atlas, c’est la seule licence que nous nous soyons permise , et elle était nécessaire pour éviter toute confusion. On trouvera, au reste , dans l’explication des planches, des détails sur tout ce qui est relatif à la composition des figures , sur celles qui sont rendues telles qu’elles sont sorties du daguerréotype et sur celles qui ont subi quelques modifications, de même aussi que sur quelques sujets qui, ne pouvant pas être reproduits par ce moyen, ont été des-

INTRODüCTlOrV. 9

sinés par les procédés ordinaires. Presque tomes les ligures

indiquées dans notre Traité de Microscopie se trouvent

dans l’Atlas; quelques-unes ont été supprimées comme étant

mutiles ou remplacées par d’autres plus instructives et plus intéressantes.

Cest, suivant nous, un grand avantage que de reproduire les objets tels qu’ils se trouvent disséminés dans le champ microscopique, au lieu de se borner au choix de quelques échantillons , comme on le fait généralement aujourd’hui. Non-seulement il résulte une grande confusion de la réunion dune foule d’objets différents et disparates rangés, les uns à côté des autres, dans une même planche, mais les objets disposés de cette manière perdent absolument leur physionomie microscopique; il est impossible que des personnes inexpérimentées se fassent une idée juste de l’aspect microscopique d’une substance telle que le sang, en voyant quelques globules sanguins plus ou moins exactement dessinés de face, de champ, ou en chapelets, comme on les donne dans les planches actuelles; il en est de même de beaucoup d autres objets; les commençants ne les reconnaissent pas, après les avoir vus figurés, la première fois qu’ils les contemplent au microscope.

Nous ne craignons pas de dire, au contraire, que nos planches rendent exactement la physionomie microscopique, en même temps que la vérité des détails; c’est le champ microscopique mis a la main, et, sous ce rapport, les images daguerriennes nous seront d’un grand secours pour les démonstrations dans nos cours de microscopie ;

INTRODüCTIOfS.

ayaiU, en elle l, conservé les figures clagnerréolypées originales, les élèves auront sous les yeux les objets tels qu’ils apparaissent au microscope, pendant la description que nous en ferons^ ils les connaîtront bien avant de les considérer dans l’instrument, ils auront une notion et une impression nettes de leur aspect, et n’éprouveront aucune difficulté à les retrouver quand ils mettront l’œil au microscope. Indéyaendamment de la confiance que ne peut manquer d’établir la vue de ces images matérielles, imprimées par la nature ellemême, avec une vérité que la main de l’homme ne peut jamais atteindre, ces planches laciliteront singulièrement l’enseignement de la microscopie*, c’est, pour ainsi dire, l’objet même que l’on mettra sous les yeux et à la main des auditeurs, comme fait un professeur de botanique qui passe dans l’amphithéâtre la feuille dont il indique les caractères et la disposition.

Avant de décrire l’appareil qui nous a servi pour obtenir nos images, signalons les difficultés que nous avons rencontrées, et disons quelques mots des moyens employés pour transporter sur le papier les figures exécutées à l’aide du microscope-daguerréotype.

Lorsque nous annoncions le projet d’avoir recours aux procédés daguerriens pour reproduire les objets microscopiques dont nous traitons dans notre ouvrage, nous n’avions exécuté que quelques planches, suffisantes pour expérimenter la méthode et pour prévoir ses résultats*, mais l’ensemble des figures était loin d’être achevé. De là un double inconvénient pour notre ouvrage et pour notre Atlas : en effet.

INTRODUCTION

des ligures prises sur la nature même, par un procédé rigoureux tel que celui-ci, indépendant des vues de notre esprit et de la fidélité de notre main , nous eussent été d’un grand secours pour la rédaction du texte, pour l’exactitude de nos descriptions^ il est évident que dorénavant, dans un travail analogue, les figures devront être exécutées avant

l’œuvre théorique, pour lui servir de base et de guide. Quant à nous, nous n’y manquerons pas à l’avenir*, connaissant les ressources d’un art par lequel la nature se peint elle-même, dans les objets infiniment petits aussi bien que dans les plus grands, nous ne négligerons pas un si précieux avantage : avant de décrire, de tirer des conséquences de nos observations, nous laisserons la nature se reproduire elle-même; nous la fixerons sur une planche daguerrienne , avec tous ses détails et ses nuances infinies , afin de la suivre pas à pas en 1 ayant, pour ainsi dire, a la main. JVous nous ferons une loi d appuyer chaque fait d’observation nouvelle, sur une représentation rigoureuse à l’abri de toute illusion ou d’idées préconçues; c est ainsi que la science microscopique (toutes les fois du moins que la chose sera possible, car nous ne prétendons pas que le procédé photographique soit applicable a tous les objets) s’établira sur une base solide et incontes¬

table.

D apres la marche que nous avons suivie et que nous venons d’exposer, à laquelle nous avons été contraints par le piogies meme d un art naissant, on ne s’étonnera pas que nous ayons reçu quelques démentis de la part de la nature, et que nos descriptions ne soient pas toujours et en tous points

INTRODUCTION

conformes à ce qui est sorti, pour ainsi dire, de ses mains au moyen du daguerréotype -, nous nous y attendions , et loin de nous en plaindre, nous nous en applaudissons comme d’un résultat éminemment favorable au nouveau procédé de reproduction des objets d’histoire naturelle que nous cherchons à introduire dans la science^ nous signalerons avec empressement ces contradictions, en faisant toutefois remar- (juer qu’elles sont peu nombreuses, et que nous pouvons nous féliciter de ne pas nous être trop éloignés de la vérité dans nos observations.

Peut-être aurions-nous pu supprimer quelques figures auxquelles les procédés photographiques ne conviennent que médiocrement*, mais, de peur d’apporter quelque obscurité dans les renvois du texte à l’Atlas, et ayant rencontré dans notre éditeur toute la bonne volonté possible pour donner à notre œuvre la plus grande perfection relative, nous n’avons pas hésité à multiplier les planches, à en donner plusieurs dont on aurait pu rigoureusement se passer, en un mot, nous avons préféré un peu de luxe à trop d’économie. Nous nous proposons même, connaissant maintenant toutes les ressources des procédés que nous employons , d’ajouter à la fin de cet Atlas quelques ligures d’objets qui ne sont pas traités dans le texte et qu’il n’exigerait pas^ c’est ainsi que l’on sera sans doute bien aise de trouver une planche consacrée à des globules de sang de poisson , dont on possède encore si peu de représentations exactes.

Quant au moyen de transporter sur le papier les figures exécutées à l’aide du microscope-daguerréotype, nous avons

INTRODUCTION. 13

liësité un moment^ deux procédés s’olfraient à nous: l’un consistait à transformer en gravures les planches daguerliennes elles-mêmes, par la méthode dont nous avons donné la première idée, et qui a été perfectionnée depuis d’une maniéré si remarquable par M. Fizeau*, ce procédé, dans lequel la plaque d’argent est attaquée directement par un acide, et livrée à l’imprimeur en taille-douce pour en tirer des épreuves, eut été plus conforme que tout autre au but que nous nous proposions-, voulant rendre l’image des objets telle qu’elle se produit d’elle-même, sans y mettre rien de systématique, aucun procédé n’eût été plus convenable que celui-ci ^ c’eût été véritablement le complément de notre système et de notre plan.

Nous avons dû, néanmoins, renoncer à cette voie, dans laquelle il n’est pas encore possible de s’engager avec confiance , quelque satisfaisants que paraissent les résultats obtenus par M. Fizeau-, les produits ne sont encore ni assez précis ni assez certains pour fonder une publication sérieuse sur l’emploi d’un semblable moyen ; il faut attendre de l avenir la solution complète de cet intéressant problème.

Un autre motif nous eût encore arrêté , en supposant que les essais que M. Fizeau a bien voulu faire lui-même, à notre intention, eussent été plus heureux^ nous tenions beaucoup a conserver intactes les figures originales exécutées au microscope-daguerréotype^ ce sont des titres précieux que nous serons toujours heureux de présenter à l’appui de notre travail, et qui nous seront, en outre, ainsi (jue nous

INTRODUCÏIOIN.

l’avons dit, d’un grand secours pour les démonstrations dans nos cours de microscopie. Par ces différents motifs, nous avons donc préféré faire copier nos planches daguerriennes par un graveur habile, et nous avons été assez heureux pour rencontrer un artiste qui ne nous a rien laissé à désirer sous le rapport du sentiment et de la fidélité avec lesquels il a su rendre le caractère et les détails des images photographiques*, nous aimons à rendre justice à M. Oudet^ il s’est presque toujours tiré avec bonheur de la tâche difficile et nouvelle qu’il avait à remplir, et nous espérons qu’il aura ainsi contribué â ouvrir une voie que nous croyons féconde pour les applications ultérieures de la photographie aux sciences naturelles.

Les figures que nous présentons ici ont donc été calquées sur les images photographiques exécutées au moyen du microscope-daguerréotype, et sans altérer l’image originale^ le calque a servi pour la gravure de la planche par la méthode ordinaire. Si le résultat définitif de ce travail, si les épreuves qui composent notre Atlas n’atteignent pas toujours au degré de vérité des images daguerriennes, on peut dire qu’elles en approchent de très-près et que plusieurs sont irréprochables^ mais ce qu’il était difficile, si ce n’est même impossible, de réaliser avec des substances mobiles, mal définies et aussi délicates â manier que les liquides, s’obtiendra sans obstacle avec les solides , ainsi que le prouvent les échantillons que nous joindrons comme exemples à notre Atlas*, aussi nous proposons-nous de donner suite à notre entreprise en publiant une anatomie microscopique des solides

INTRODUCTION

et des tissus de l’économie , et peut-être même un jour des

produits morbides , d’après des planches exécutées par les mêmes procédés.

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